JEUX ,; EXERCICES ,; BATELEURS
Joux de hasard. — Jeux de ealeul.— Exercices gymnastiques. — Exercices à cheval. — Jongleurs, baladins.
70. Jeux de hasard. — Les Arabes, avec leur imagination ardente, devaient nécessairement être enchins au jeu. Aussi Mahomet a-t-il spécialement défendu les jeux de hasard. Cependant les Égyptiens , beaucoup moins scrupuleux sur plusieurs points que les autres musulmans, ont transgressé la prohibition du prophète; le jeu est une de leurs distractions favorites. Les gens du peuple jouent volontiers à pair et impair.
71. Jeux de calcul. — Mais c’est surtout pour les jeux qui conviennent à leurs habitudes de repos nonchalant qu’ils montrent du goût : ils aiment beaucoup les dames (dahmeh) , le trictrac (faoutah) ; ils ont une grande prédilection pour les échecs (setreng); il n’est pas rare de voir des joueurs leur consacrer des journées entières. Les pièces des échecs sont en général grossièrement faconnées. Les grands seigneurs seuls les ont en bois précieux ou en ivoire.
Les cartes sont peu estimées. Parmi les jeux si divers auxquels elles se prêtent , les Égyptiens en connaissent à peine quelques-uns , qu’ils appellent particulièrement lib-el-koumar (jeux de hasard ou de gain), parce qu'ils ont Fhabitude d'intéresser les parties avec de l'argent.
Il est d’autres jeux qui sont propres à l'Égypte et à l'Orient ; il serait trop long de les expliquer :. L’un d'eux , le mangaleh, se joue à deux avec une planche sur la longueur de laquelle sont creusés de chaque côté six trous formant deux rangées parallèles, et dans lesquels on place de petites pierres ou des coquilles que l'on se propose de ramener toutes, par une suite de combinaisons, à un trou déterminé. Un autre, le {ab, est fort répandu. Il est assez compliqué et présente quelque analogie avec le trictrac. Un troisième, nommé syga, est joué surtout par les fellahs. Le jeu de dames est celui auquel il ressemble le plus.
On fait la partie dans les maisons particulières et dans les cafés. On risque rarement de l'argent ; l’enjeu ordinaire ne dépasse pas quelques tasses de café.
712. Exercices gymnastiques. — La torpeur habituelle des Égyptiens les rend peu propres à ces sortes d'exercices, qui demandent de l’agilité, de la vigueur, de l'adresse. On ne les voit pas se disputer la supériorité à la course ou dans ces luttes qui développent la vivacité et la souplesse des mouvements. Il est vrai que les fellahs s’escriment quelquefois, dans les fêtes publiques surtout, avec de longs bâtons nommés nebouts, dont ils s'efforcent de frapper leurs adversaires à la tête. Mais ils portent et parent les coups avec mollesse, et leurs combats ne sont jamais ni ardents ni bien habiles. Il y a aussi des lutteurs qui, à demi nus et le corps frotté d'huile , ont l'air de chercher à se terrasser. Leurs efforts paraissent ridicules à ceux qui con-
1 M. W. Lane en a exposé la théorie dans le tome IT de son ouvrage
On tñe manners and customs of te modern Egyptians.
naissent l'énergie et l'adresse de nos lutteurs d’Europe.
15. Exercices à cheval.— L'équitation est en grand honneur chez les Orientaux. Ils la regardent comme un exercice noble. A peine sortis de l'enfance , les jeunes gens de familles riches ou aisées apprennent à manier le cheval. Ils ne tardent pas à monter avec aplomb les coursiers les plus fougueux et à exécuter sur ces animaux des exercices qui développent leur vigueur et leur adresse. Autrefois les mameluks surtout se distinguaient dans ce genre; l’art qu'ils avaient de se servir de leurs armes et de faire à cheval des évolutions rapides et difficiles avait mérité à leurs célèbres phalanges la réputation d’être la meilleure cavalerie du monde.
L'un de leurs exercices favoris, et qui leur a survécu en Égypte, était celui du djérid, qui rappelle nos tournois et nos carrousels chevaleresques. Voici en quoi il consiste : deux cavaliers courent au galop à la rencontre l’un de l’autre. Pendant cette charge , l’un des jouteurs lance avec force et comme un trait à son adversaire un bâton de palmier long de quatre à six pieds. S'il l’atteint, il peut quelquefois le blesser grièvement et même le tuer , tant le djérid est jeté avec vigueur. Mais l'adresse consiste à l’éviter ou à le saisir à la volée par la main. Avant de devenir acteurs dans ce jeu belliqueux, les Arabes s’exercent longtemps à frapper du djérid un but immobile.
Ces exercices équestres sont loin d'approcher de ceux que l’on voit dans les manéges d'Europe.