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FÊTES PUBLIQUES

75. Excepté la fête célébrée pour l'ouverture du Kahsch :, réjouissance populaire traditionnellement conservée, qui accueille linondation du Nil depuis plusieurs milliers d'années, les fêtes égyptiennes ont toutes un objet religieux.

On dirait que le législateur des musulmans a tout fait afin de les distinguer , dans leurs pratiques pieuses , des sectateurs des autres cultes. Pour les appeler à la prière, il ne s’est pas servi des trompettes des hébreux, des cloches des chrétiens , mais il a employé la voix de l’homime. Les israélites entrent dans leurs temples les pieds chaussés , la tête couverte; les chrétiens

1 Voyez t. I, page 123,

ont la tête nue dans leurs églises ; les musulmans , au contraire, gardent leur turban , mais s’enlèvent la chaussure, dans les mosquées. De même dans le but de n’imiter ni les juifs ni les chrétiens , leur fête hebdomadaire n’a pas été fixée au samedi ou dimanche, mais au vendredi. Du reste, le vendredi, quoique consacré à la prière , n’est pas , comme le sabbat ou le dimanche, un jour de repos. Après s'être acquittés de leurs devoirs religieux, les musulmans vaquent à leurs affaires de même que pendant le reste de la semaine.

Ils n’ont de fêtes publiques et communément célébrées que celles du Ramazan et du Baïram. Leurs autres réjouissances religieuses que je vais énumérer n’ont pas le même caractère de solennité.

L’année musulmane s'ouvre par le mois de #0harrem. Les dix premiers jours de ce mois sont regardés comme bénis ; de nombreuses superstitions populaires s’y rattachent ; mais le dixième surtout, nommé achoura, est sanctifié par plusieurs anniversaires. C’est le jour où Adam et Eve se rencontrèrent après avoir été chassés du paradis terrestre, et celui où Noé sortit de l'arche. On fête principalement pendant l'achoura le martyre d’un petit-fils du prophète, Hussein, qui périt à la bataille de Karbeleh.

Pendant le moïs de safer, le retour des pèlerins de la Mecque excite un grand intérêt au sein de la population.

Dès le commencement du troisième mois on fait les préparatifs de la célébration de l’anniversaire de la naissance du prophète, désignée par les mots : Mouled en Neby. La place de l’'Esbekyeh est, au Caire, le théâtre

des cérémonies. Les derviches saady sont les principaux acteurs de la fête : ils se réunissent en corps et se livrent à la bizarre pratique du zikr, que j'ai décrite dans l’un des paragraphes qui précèdent; leur chef, le Cheik el Bekry, demeure sur la place de l’Esbekyeh; en retournant processionnellement , ce jour-là, de la mosquée à sa demeure , il s'arrête à peu de distance de celle-ci, pour accomplir le doseh. Voici ce que c’est que cette pratique ; cent, deux cents derviches se prosternent sur le sol, la face contre terre, les uns à côté des autres ; ils forment au cheik une espèce de tapis vivant, sur lequel il court à cheval, suivi de quelques-uns de ses confrères qui marchent pieds nus. Les pieux derviches sur le dos desquels la procession a passé ont la prétention de n'avoir pas été endoloris par les sabots du cheval du cheïk : c’est là, disent-ils, une preuve éclatante de leur sainteté.

Plusieurs anniversaires de santons sont fêtés ; ceux qui jouissent de la plus grande réputation et auxquels on consacre le plus de pompe sont le Mouled el Haslaneyn, en l'honneur d'un petit-fils de Mahomet , et le Mouled el Zaïdeh-Zayneb, consacré à la fille de l'iman Aly.

La nuit du 27 du mois de regeb est célébrée comme anniversaire de l’ascension au ciel du prophète , appelée Leylet el Mirag.

Le Ramazan, le petit Baïram , qui le termine, et le grand Baïram, qui correspond à l’arrivée des pèlerins à la Mecque, sont , comme je l’ai déjà dit, les seules solennités publiques. C’est principalement pendant ces dernières fêtes et les nuits du Ramazan que les bate-

leurs , les chanteurs, les conteurs, les danseuses , les musiciens remplissent les rues et amusent la foule, et qu'il est permis de saisir plusieurs des caractères les plus curieux qui distinguent le peuple égyptien.

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