‹ Aperçu général sur l'ÉgypteChapitre 2 sur 103 · Ç IL · texte numérisé non relu

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AMEUBLEMENT. Considéralions.— Mandarah : le dourkah, le lewan, le divan.— Décoration

des murs et du plafond.— Étagères, panneaux.— Vitrages des croisées, draperies.— Objets divers d’ameublement.— Ameublement des pauvres

14. Considérations. — Dans tous les détails de la vie intérieure des Arabes et des Turcs on retrouve for-

1 F. tome Ï, chap. 11, 11 : Plantes céréales graminées.

tement empreintes les traces de leur origine nomade. Leur fidélité aux traditions à été si tenace que linfluence d’une vie sédentaire de plusieurs siècles n’a pas agi encore sur leur ameublement. On dirait qu'ils se tiennent toujours prêts à plier bagage et que leur séjour sur les lieux qu'ils habitent n’a pas plus de stabilité qu’un campement passager. Ils n’ont point de ces meubles lourds , difficiles à transporter , dont se servent les Occidentaux , et par lesquels ils semblent prendre racine à leurs demeures. On ne voit dans leurs appartements ni bureaux, ni consoles, ni commodes, ni tables ; point de lits, point de fauteuils, point de chaises; aucun de ces objets à lutilité desquels s'associent les prodigaliiés du luxe : les glaces splendides , les voluptueuses ottomanes, les riches guéridons , les bronzes , les pendules , etc. Réduit à sa plus simple expression , tout leur ameublement ne consiste. au fond, qu’en des nattes , des tapis, des matelas. Ce n’est donc pas en Orient qu’il faut aller chercher les prestigieuses merveilles du luxe que l'imagination des Occidentaux a seule rêvées, et dont nous devons l’admirable réalisation au génie de nos savants et de nos artistes et à l’habileté consommée de nos ouvriers. L’Oriental, que les poëles se sont plu à placer dans lintérieur d’un sérail ou d’un harem, au milieu de splendeurs féeriques, vit au contraire dans la plus grande simplicité.

15. Mandarah; le dourkah. — Parmi les apparteinents d’une maison égyptienne , il n’y a guère que Île mandarah, où salle de réception des hommes, qui mérite d'attirer l'attention.

Le mandarah est une pièce carrée ou rectangulaire ; il a en général une ou deux fenêtres ouvertes sur Ja cour. Une petite partie du sol qui s'étend de Ja porte au mur opposé à l'entrée est plus basse de cinq ou six pouces que le reste du parquet; on l'appelle dourkah; c'est au centre de cet espace que se trouve, dans les maisons riches, une fontaine jaillissante ( fiskyeh). Le dourkah est pavé en mosaïques de marbre de différentes couleurs, formant d’ingénieuses combiuaisons. À celle de ses extrémités qui fait face à la porte s'élève , adossée au mur , une espèce de console de pierre ressemblant à une cheminée ; elle est haute de trois à quatre pieds; des arches, supportées par des colonnettes, la soutiennent; on la nomme soufah. C’est sur elle que l’on place les urnes à parfum, le bassin et le pot à l’eau dont on se sert pour se laver avant et après les repas et pour les ablutions religieuses, les bardaques, le plateau autour duquel sont ransées les zarfs et les fingeäns du café, etc. Dans les belles maisons , les arches du soufah et la portion de nur qui le surmonte sont plaquées en mosaïques.

16. Le lewan. — La partie du sol plus haute que le dourkah est nommée lewan, mot qui signifie : heu élevé où l'on peut s'asseoir. Le lewan , pavé en pierres communes, est ordinairement recouvert, pendant l'été. d’une natte , et pendant l'hiver, d’un tapis. Autour de ses trois murs se trouve le divan.

17. Le divan. — On désigne sous le nom de divan, qui est aussi donné à l'appartement entier, un sofa formé par une série de matelas plus ou moins longs , larges de deux pieds et demi, épais de quatre à cing

pouces. Ces matelas sont placés sur le sol ou sur des bancs de pierre, de bois ou de grillages de daitiers, hauts de cinq à six pouces et qui donnent au divan à peu près l'élévation d’une chaise. Ils sont faits en toile commune et remplis de coton, ou simplement d’étoupes dans les maisons pauvres. Des coussins, d’un pied et demi de hauteur sur le double de largeur, les longent, appuyés aux murs. Les matelas sont recouverts de pièces de drap dans les divans des hommes , d’éloffes d’indienne ou de soie brochée d’or dans ceux des femmes ; ces éloffes se terminent, en retombant sur la partie antérieure du divan, par une pente garnie d’une frange. Les coussins sont couverts sur une seule de leurs faces d’étoffes semblables, auxquelles sont souvent adaptés des ornements particuliers formés par des cordons de soie de couleurs différentes.

T8. Décoration des murs et du plafoad. — Les parois des murs ne sont jamais tapissées ; elles sont blanchies à la chaux chez les pauvres ; dans les belles maisons , elles sont souvent peintes à l'huile. Comme les Orientaux n’ont pas cultivé la peinture, à cause de la loi religieuse qui leur défend de représenter l’image de l’homme, le pinceau de leurs artistes n’esquisse que de grossières ébauches : ils représentent, en outrageant également les lois de la lumière, de la perspecüve et du goût, des morceaux d'architecture , des palais , des kiosques , des minarets , des arbres, des jardins , des fontaines, etc.; mais leurs œuvres en ce genre sont puérilement grotesques. Ils réussissent très-bien, au contraire, dans ces dessins excentriques, dans ces combinaisons originales de lignes, d’angles .

de cercles, de polygones, tout remplis du génie arabe, qui les sème partout et surtout dans les arabesques. Le plafond est boisé et présente des figures semblables.

19. Étagères, panneaux. — 11 y a en général autour du lewan des étagères et de petites armoires. On place sur celles-là des porcelaines de Chine; on renferme dans celles-ci les ustensiles de table. Les boiseries de ces ouvrages, comme à peu près toutes celles que l’on trouve dans l’intérieur des maisons, sont faites avec de petites pièces de bois rapportées, distribuées souvent en mosaïques. Il v a deux causes à cette particularité de Ja menuiserie égyptienne : la première, c'est que , le bois étant très-rare dans le pays, on cherche à en utiliser les plus petits fragments ; la deuxième, c’est que la chaleur du climat ferait déjeter les grandes pièces , et celles que l’on emploierait éclateraient bientôt.

20. Vitrages des croisées , draperies. — En décrivant les maisons, j'ai dit un mot des croisées ‘. Elles ne s'ouvrent pas à deux battants, comme la plupart des nôtres; leur châssis est divisé en deux parties , aont l’une, celle du haut, demeure invariablement fixée, et l’autre, l'inférieure , se soulève. Les vitrages sont très-mal faits et encore plus mal entretenus. IL arrive que, dans une maison déjà ancienne , les vitres n’ont pas été lavées une seule fois depuis qu’elles ont eté posées. Lorsqu'’elles sont cassées , on les remplace rarement; car la boiserie est faite de telle sorte qu’il

* Tome I, chap. 1ii,T 51 : Maisons d'habiiation.

faut la démonter si on veut poser une vitre nouvelle. Les Égyptiens suspendent devant leurs fenêtres une pièce de percale ou d’indienne , rarement de soie. Cette espèce de rideau n’a que la grandeur de la croisée; 1l n’est orné d'aucune draperie , d'aucune pente , d’aucune frange.

91. Objets divers d’ameublement. — On a déjà vu que les Orientaux n’ont pas de lits et comment ils dorment la nuit. Ils n’ont point de chambre à coucher. Durant l'été, ils se font préparer leurs matelas dans le divan , et pendant l'hiver , dans un petit cabinet nommé Æhasneh, annexé ordinairement au mandarabh. Comme 1l y a en Égypte beaucoup d'insectes , toutes les personnes riches ou aisées garantissent leurs couches avec des moustiquaires. Celles-ci sont faites en toile très-fine , en mousseline, en gaze ou en tissu léger. On forme avec ces étoffes , au-dessus des matelas, une espèce de dais dont les quatre angles sont fixés à des cordons que l’on attache à des anneaux placés aux quatre murs de l'appartement. Il est des moustiquaires si grandes qu’elles occupent presque tout le divan et protégent une famille entière. La richesse des étoffes . la varièté et l'élégance des ornements embellissent , dans les maisons opulentes , ces tentes nocturnes , que l’on fait disparaître le matin pour les déployer chaque soir.

Les Orientaux n’ont pas de garde-robes. Ils font de leur linge et de leurs vêtements des paquets qu'ils enveloppent dans des mouchoirs nommés boggeas ; il y en a un pour chaque espèce d’habillement. Comme le linge n’est ni repassé ni plissé en Egypte, comme lu-

sage des chapeaux, des dentelles, est inconnu aux femmes, aucune des hardes des musulmans n’est exposée à être dégradée par le frois sement; toutes peuvent être serrées de la manière la moins embarrassante, la plus commode.

À part un petit nombre de belles glaces, que plusieurs grands seigneurs ont fait venir d'Europe depuis quelque temps, on ne voit en Égypte que de mauvais petits miroirs de Venise, de très-peu de prix.

Les hommes opulents ont des horloges à rouages en bois ou en cuivre, que l'Allemagne expédie daus le Levant. Les Égyptiens les aiment beaucoup; ils en ont quelquefois trois ou quatre dans le même appartement.

Nous avons parlé déjà du plateau sur lequel les Égyptiens prennent leurs repas et des divers objets qui leur servent pour le même effet.

Les chandeliers sont généralement en cuivre. Il n’y a point de ces beaux quinquets, de ces lampes astrales qui répandent dans nos salons leurs vives clartés. Les Orientaux en sont encore à des lampes grossières, comme en avaient nos pères il y a plusieurs siècles ; ils se servent aussi de chandelles de suif trèsmal faites. Les riches ont des lustres en verroterie de Venise.

Depuis quelques années, beaucoup d'objets de notre ameublement ont été introduits dans les grandes maisons de l'Égypte. Je ne parle pas de celles de LL. AA. qui, par la richesse et le bon goùt des meubles , sont tout à fait au niveau de la civilisation européenne,

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