Café. — Après avoir été brülé dans un plateau
le café est pilé dans un mortier de granit creusé en forme conique ; deux ou trois ouvriers le broient dans le même mortier, en le frappant tour à tour d’un pilon du poids de cinq à six kilogrammes ; ils accompagnent leur mouvement d’un chant rhythmique, tandis qu'un enfant enfonce sa main dans le mortier, remue le café, la retire, en se guidant sur la mesure du chant et sans suivre des yeux les mouvements des pileurs. Les Européens témoins de cette opération craignent à chaque instant de voir broyer la main du jeune ouvrier ; mais le sentiment de la mesure est inculqué de bonne heure si profondément dans l'intelligence des enfants égyptiens que l’on ne doit pas craindre d’erreur de leur part dans le broiement du café. Dans les écoles, en effet, le maître les rend habiles à un exercice assez ridicule à la première vue, mais qui, sous une apparence de singularité, cache une utilité réelle que lon peut apprécier dans plusieurs des professions industrielles auxquelles se livrent les Égy ptiens : il frappe de sa baguette sur une table, l'enfant doit poser la main sur le point que la baguette a touché et la retirer aussitôt ; le mouvement devient plus rapide, les doigts de l'élève ont a souffrir dans le principe de la vitesse avec laquelle le maître abat sa baguette ; mais bientôt, instruit à ses dépens et par l'habitude , il parvient à éviter en se jouant les coups redoublés que son grave magister fait pleuvoir en mesure sur la table.
45. Pâtissiers. — Nous avons dit que les Égyptiens sont très-friands de pâusseries ; les confiseurs (/afatery) occupent un grand nombre de boutiques au Caire dans le quartier de Soukalieh. Les gourmands de basse
classe vont manger de la pâtisserie dans les boutiques de ces fataterys.
46. ARTS QUI SERVENT A VÊTIR : ilature. — Avant que Méhémet-Ali eùt introduit les grandes filatures, le coton, le lin et la laine étaient filés au fuseau par les femmes et les hommes, et dévidés au moyen d’un tour simple et ingénieux. On conçoit qu'aujourd'hui cette industrie privée , qui ne se borne plus qu'aux besoins domestiques , ne doive avoir conservé aucune imporlance.
Avant que la grande industrie eùt monopolisé tous les produits manufacturiers de quelque importance, on tissait également avec des appareils très-simples , mails aussi peu puissants, des toiles de lin et de coton et des pièces de laine.
47. Feutre, soie, blanchissage de fils et étoffes , teinture, lustrage, broderies. — On tissait de même quelques étofles de soie ; un assez grand nombre de fabricants particuliers s’occupaient de la confection des tarbouchs feutrés. La teinturerie des étoffes était exploitée assez en grand , mais avec très-peu de perfection. Plusieurs ateliers étaient consacrés, au Caire, au lustrage et au blanchiment des tissus. Les brodeurs, qui avaient un assez grand nombre d'établissements, se distinguaient par le fini de leur travail, et l’élégance et la délicatesse de leurs dessins. Les plus habiles étaient ceux qui brodaient en or et en argent sur le maroquin et sur toute autre espèce de peau.
48. Passementiers. — Les passementiers égyptiens sont très-habiles , ils font des cordons de coton ou de
soie, des fils d’or et d'argent, des glands en soie , en argent, en or, etc.
49. Tanneries. — Les tanneries forment une industrie assez considérable. Les Égyptiens y suivent des procédés qui leur sont particuliers , ils tannent les peaux de vaches, de buffles, de moutons, de chèvres, etc. Ils réussissent très-bien dans la préparation du maroquin, qui n’est autre que la peau de chèvre teinte en rouge, en jaune, ou autres couleurs, après avoir été tannée avec soin.
50. Cordonniers (saramatyl), selliers. — Les chaussures du pays, les mess, les markoubs, les babouches, sont fabriquées au Caire. Dans le quartier de El-Baradeieh, au Caire , un grand nombre d'ouvriers confectionnent les selles de chevaux, de baudets, etc.-Les sangles , les longes et entraves se fabriquent dans.le Shoukalieh. Des broderies quelquefois élégantes ornent ces ouvrages.
51. T'ailleurs (khayhâtyn). — 11 y a au Caire des tailleurs égyptiens en assez grand nombre; ce sont eux qui confectionnent les habillements des indigènes. Ces tailleurs font même les habillements des femmes. Il y a également des tailleurs grecs et arméniens qui servent la classe élevée, et particulièrement les Osmanlis. Ils sont très-habiles , et surtout dans l’art d'appliquer les cordons en soie et en or pour en former des broderies et des dessins très-gracieux ; peu de tailleurs en Europe seraient capables de les surpasser en ce genre.
52. Pelissiers, appelés farrayn. — Ce sont en général des Grecs et des Arméniens. Le nombre n’en est pas très-grand, attendu qu'il n’y a que les grands
seigneurs et les ulémas qui portent de la fourrure.
53. ARTS QUI SERVENT A LOGER : Macons. — Les matériaux que l’on emploie ordinairement à la construction des maisons, sont des briques cuites ou crues , quelquefois des pierres de taille, le plâtre et la chaux.
Les briques, dont la matière est le limon du Nil (plus ou moins mélangé dargile, quelquefois sablonneuse), sont simplement séchées au soleil ou cuites dans des fours spéciaux. Les briquetiers font leurs opérations avec une très-grande vitesse.
Les pierres de taille sont fournies par les carrières du Mokattam ou par des décombres des anciennes constructions.
Les macons brülent la pierre destinée à faire de la chaux à peu près comme en Europe ; ils l’éteignent d’après les mêmes procédés. Mais leur manière de faire le mortier est très-imparfaite ; au lieu de le méler avec le sable, qu'ils ont en si grande abondance et en si bonne qualité , ils se servent de terre mélangée avec de la cendre des fours.
Le plâtre vient de Hélouan et de Bayad. Des ouvriers spéciaux s'en servent pour crépir l'intérieur des maisons. Comme nous l'avons déjà dit , ils n’ont pas de gypse blanc , et emploient quelquefois de la chaux comme on ferait chez nous le plâtre.
La manière de construire des Égyptiens modernes n’a rien de ce caractère de solidité et de perfection qui distingue les travaux de leurs ancêtres. Les matériaux sont de mauvaise qualité : ce sont des moellons trèspetits. Ils font entrer dans l’épaisseur des murs des
iraverses en bois, dans le but de donner de la solidité, et qui empêchent au contraire le mur de se lier et de former un tout. |
Ces maçons ont des instruments très-imparfaits : c’est une petite truelle en fer , très-étroite , qui ressemble à une spatule. Ils se servent très-peu de la règle, de léquerre, des niveaux et des fils à plomb. Aussi leurs murs ne sont pas souvent perpendiculaires et croulent avec la plus grande facilité. II est rare que les portes et les fenêtres soient rectangulaires ou qu’elles ne soient pas penchées de côté. Ils n’ont ui précision ni le sentiment de la symétrie. Les constructions se font presque toujours sans un plan arrêté. Ils ajoutent sans prévision une pièce à l'autre , et assez fréquemment ce n’est que lorsque elle est faite qu'on s'aperçoit qu’on a oublié de lui donner de la clarté et de lui ménager des communications intérieures.
54. T'ailleurs de pierres. — Il y a peu de maisons bâties en pierres de taille. Les musulmans ne visent pas à la conservation de leurs édifices ; ils ne semblent construire que pour le présent , et ne tiennent aucun compte des beaux modèles d’architecture arabe qu'ils ont sous les yeux. En conséquence, l’art du tailleur de pierres et de l’appareiïlleur ne doit pas être trèsrépandu ni très-avancé. Les instruments des tailleurs de pierres sont très-grossiers ; comme ils n’emploient que du grès et du calcaire , ils éprouvent peu de difficultés. Cependant il en est encore quelques-uns qui taillent le granit.
Outre les tailleurs de pierres, il y a encore des
hommes dont la profession est de couper les dalles et de les poser. Ils sont appelés moubayats. La toiture des maisons est confiée à une profession particulière. Les couvreurs attachent sur les chevrons des roseaux , et étendent sur eux une natte, sur laquelle ils étalent un enduit de mortier , que souvent on recouvre luimême de dalles.
55. Forgerons. — Les instruments des forgerons sont très-grossiers. Le foyer de la forge est entretenu par un double soufflet. Au Caire la plupart des forgerons habitent dans le quartier dit Z/-Naassyn ou des chaudronniers.
56. Charpentiers, menuisiers. — Les bois les meilleurs et le plus communément employés sont : l’acacia , le gommier d'Égypte , le lotier (nebka) et le sycomore. Les ouvrages de menuiserie que nous ont laissés les anciens Égyptiens prouvent qu'ils n’employaient pas de bois différents de ceux-là. On importe aujourd’hui beaucoup de bois de planches de Trieste, Venise, Livourne, de la Syrie et de la Caramanie. Les menuisiers égyptiens sont très-adroits ; 1ls n’ont point d’établi ; ils travaillent à genoux ou assis. Le rabot dont ils se servent est semblable aux nôtres ; il en est de même de leur scie. Leur principal instrument , celui dont ils se servent presque pour tous les usages , pour entailler , fendre , frapper , arracher , est une herminette appelée kadoun. De tous les arts, celui de la menuiserie est certainement le moins avancé. Il est très-rare que les Égyptiens fassent des assemblages à mortaise ; ils taillent leur bois en sifflet aux extrémités, et les fixent avec des clous. rarement
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avec des chevilles. Aussi leurs ouvrages sont très-grossiers et très-peu solides. Cependant les arsenaux et autres établissements créés par Méhémet-Ali ont eu pour effet d'améliorer cet art manuel, en formant, sous la direction de maîtres européens, des ouvriers qui sont aujourd’hui d’une certaine habileté.
57. Serruriers en bois (dobbeh). — Ils forment une section de la menuiserie , sont en assez grand nombre, attendu que la plupart des portes ne sont fermées qu'avec des serrures en bois. Ces serrures sont composées de trois pièces.
58. Tourneurs.— Les tourneurs en bois (e/ kaharratyn) sont logés, au Caire, dans le quartier de Charaouy. Ils sont très-nombreux , car il n’est aucune des boiseries qui forment les fenêtres, les treillis des muscharabyehs , des panneaux , etc., qui ne soit composée de pièces de bois tournées. Les tourneurs sont les ouvriers les plus habiles de l'Égygte, et leur art est le plus avancé. Ils n’ont pas , comme en Europe, de tours à établi ; ils sont assis par terre, et tout leur appareil consiste en deux poupées , dont l’une est fixe, l’autre mobile. Cette dernière s’éearte ou se rapproche pour serrer entre deux pointes les objets à tourner. Quoique leurs instruments soient très-simples et très-imparfaits, la dextérité des tourneurs est telle qu'il n’est presque point d'ouvrages dont ils ne viennent à bout.
D’autres ouvriers tournent avec une adresse égale l'ambre ou l'ivoire pour faire des tuyaux de pipe.
59. Poterie. — L'art de la poterie est un de ceux qui sont connus en Égypte depuis la plus haute anti-
quité. On fabrique au Caire, comme dans le Saïd, plusieurs espèces de vases.
Nous avons déjà parlé de ceux qui sont les plus renommés , les bardaques, que l’on fabrique dans plusieurs endroits de l'Égypte , mais surtout à Keneh. La finesse de l’argile qui est employée , l'élégance des formes qu’on leur donne en les faconnant, les parfums dont les fabricants ont l’art de les imprégner, la propriété dont elles jouissent de rafraichir l’eau , sont les causes de la préférence des bardaques de Keneh. On fabrique encore dans cette ville des jarres que l’on expédie au Caire en grande quantité. Leur transport dans cette ville a lieu d'une manière toule particulière. On lie ensemble, l’ouverture en bas, un nombre considérable de ces jarres, dont on compose de grands radeaux , qui, semblables à nos trains de bois flotté , sont portés par le courant du Nil à leur destination.
La plupart des villes de l'Égypte supérieure ont des fabriques de poteries plus ou moins grossières. A Mellaouy et à Monfalout, on fait d'immenses terrines et de grandes jarres employées comme baquets dans les indigoteries, les tanneries, etc.
Dans le village de Belled-el-Balläs , on prépare des vases nommés balläs, qui sont très-bien cuits et trèspeu perméables. Les habitants des campagnes se servent d’une espèce de ballà pour aller chercher l’eau du Nil. On rencontre souvent les femmes du peuple qui les portent sur leur tête dans une attitude pleine de grace.
Les poteries les plus communes sont fabriquées
dans la basse Égypte. Il y a au Caire, ainsi que dans plusieurs villages du Saïd, des ateliers pour la confection des noyaux de pipe. On fait dans la capitale quelques fingeâns vernissées et coloriées (les poteries égyptiennes ne le sont pas, elles conservent leur couleur naturelle : les bardaques, par exemple, sont grises , la plupart des autres sont rougeâtres); mais les fingeâns du Caire sont grossières ; celles dont se servent les personnes riches, de même que beaucoup d’autres poteries, viennent d'Allemagne et d'Italie.
60. Verrerie. — La verrerie est très-imparfaite en Égypte. On y souffle des ballons, des cornues et des bouteilles de qualité inférieure. Méhémet-Ali a fondé à Alexandrie une fabrique de verre dont les produits sont équivalents à ceux d'Europe, et où l’on a confectionné toutes les vitres qui ont servi, depuis ces dernières années à la consommation du pays.
On vient d'établir une nouvelle verrerie au Karyoum, à quatre lieues d'Alexandrie, sur le canal Mahmoudieh. Comme les approvisionnements de combustibles sont, pour tous les établissements industriels de l'Égypte, une question vitale qu’il importe d’assurer , on à l'intention de planter auprès de la fabrique du Karyoum une forêt considérable de saules et des espèces d’arbres qui conviennent le mieux au terrain égyplien.
61. Zijoutiers , orfévres (el seyägh). — Les orfévres : occupent au Caire un quartier particulier. Les plus habiles sont réunis dans le kan Abou-Takyeh. Ce sont des juifs ou des cophtes. L’orfévrerie est loin d’atteindre la perfection à laquelle ont conduit chez nous les
exigences du luxe. Les bijoutiers qui se trouvent au Caire en grand nombre sont des Arméniens et des Constantinopolitains. Ils montent admirablement les pierres précieuses que leur confient les grands seigneurs turcs. Dans le quartier de Margouch, on travaille le corail et l’ambre, on en vé des colliers, des chapelets, etc., etc.
62. Armuriers. — Les armuriers ont au Caire le quartier de Souk-el-Seläh. Les uns ne s'occupent que des armes à feu , et les autres des armes blanches. Ils n'offrent , dans l’exercice de leur art, aucune particularité remarquable. Les plus belles armes que possèdent les personnes riches viennent d'Europe. Les armuriers du pays se bornent à les réparer.
65. Nattiers (el hosz).— L'usage des nattes est si répandu en Égypte que l’on conçoit que leur fabrication doive occuper une quantité assez considérable d’ouvriers. On les tresse au Caire et dans le Fayoum; celles qui sont les plus estimées sont faites avec des joncs appelés samar, que l’on recueille surtout près des lacs de Natron. On teint ces joncs en diverses couleurs , et on forme, en les entrelaçant, des losanges ou d’autres figures agréables à l'œil.
64. InxpusrRiEs DIVERSES. Chibouquiers. — Les faiseurs de tuyaux de pipe doivent naturellement avoir beaucoup de travail dans un pays où tout le monde fume. Ces tuyaux sont ordinairement en roseaux , en bois de cerisier ou en lilas, jasmins. On les perce au moyen d’un archet.
65. Barbiers. — Les barbiers égyptiens se distinguent par une adresse remarquable ; la manière dont
ils rasent me paraît assez singulière pour mériter d’être connue des lecteurs, et, pour leur en donner une idée, je ne crois pas pouvoir mieux faire que de citer la description exacte et pittoresque de M. le docteur Brayer, dans son excellent ouvrage : Neuf années & Constantinople *. Les procédés des barbiers égyptiens sont entièrement identiques à ceux de leurs confrères de Stamboul :
« Dès qu’on a pris place sur le banc de bois qui règne à l’intérieur de la boutique, le maitre vous offre une pipe, se met à préparer une tasse de café, et, deux minutes après, vous l'offre brülante.
« Comme personne n’est pressé à Constantinople, il est d’usage d’attendre tranquillement , quelquefois méme longtemps, que le maître barbier ou son premier kalfa (garçon) ait achevé de raser quelqu'un. Votre tour est-il venu, vous prenez la place de celui qui s’en va. Vous vous trouvez alors avoir au-dessus de la tête une tige métallique fixée par un bout dans la muraille ou au plafond , et dont l'extrémité libre, recourbée, soutient un vase de métal en forme d’entonnoir percé d’un petit trou. Tandis que vous soutenez des deux mains sous votre menton un grand plat à barbe de métal étamé, circulaire et sans échancrure, le vase suspendu vous laisse couler sur la tête un filet d’eau tiède dont le barbier profite pour frotter avec du savon la tête, le visage et le cou. Si l’on a des cheveux, il les savonne et les gratte plus longtemps , les peigne pour ainsi dire avec ses ongles ; puis avec une serviette 1}
: Tome I, page 429
en absorbe l'humidité et vous enveloppe la tête d’une autre serviette bien sèche.
« Enfin il se met en devoir de vous raser. La barbe étant bien humectée , il prend un rasoir d'assez mesquine apparence. Ces lames qui viennent d’Allemagne coutent à peine deux francs la douzaine, mais au moyen d’une pierre et d’un cuir ils savent les rendre excellentes. Le barbier pose son pied gauche sur le banc, puis appuyant la tête de l’individu sur son genou couvert d’une serviette, il rase de haut en bas la joue gauche; il passe de l’autre côté et répète la même opération, il se met ensuite en face et rase le menton, les levres et les poils irréguliers qui peuvent se trouver sur le visage. Si vous tenez à avoir des sourcils réguliers , 1l les rase de telle manière qu’ils sont parfaitement arqués. Les poils étant regardés dans le pays comme immondes, il enfonce les pointes de ses ciseaux dans l’une et l’autre narine, et les coupe; il clapote à plusieurs reprises de l’eau tiède dans les oreilles, enlève avec un petit instrument le cérumen délayé, et coupe les poils qui sont à l'entrée du conduit auriculaire. Trouve-t-il une petite loupe, il l’enlève d’un coup de rasoir après toutefois en avoir demandé la permission à la personne intéressée. Tout cela se fait lentement, en causant, à plusieurs reprises, Car si quelqu'un entre et que le barbier se trouve seul, il laisse sans facon la personne qu'il rasait pour offrir une pipe au nouveau venu et lui préparer une tasse de café. Pendant ce temps-là l’homme à moitié rasé continue de fumer Ja pipe qu’il n’a quittée que momentanément, jusqu’à ce que le barbier le reprenne.
« Quand tout est enfin à peu près terminé , le petit apprenti présente un miroir pour que lindividu voie si tout est à souhait. S'il ne trouve rien à dire, le barbier frotte entre ses doigts la mèche de cheveux que les Orientaux sont dans l’usage de porter au sommet de la tête, la ploie, la couvre du fez et pose par-dessus le turban ou le kalpak. L'opération dure de dix minutes à une demi-heure. »
66. Porteurs d’eau. — Comme l’eau des puits au Caire est légèrement saumâtre, de nombreux marchands porteurs d’eau (sakkahs) gagnent leur vie en fournissant de l’eau du Nil aux habitants. Les uns transportent le liquide dans de grandes outres en cuir placées sur le dos de chameaux ou d’ânes, d’autres l’apportent eux-mêmes dans des outres plus petites sur leur dos. Le cri de vente de sakkahs est : © puisse Dieu me récompenser. Pour une outre d’eau portée quelquefois d’un kilomètre et demi de distance, il obtient rarement plus de dix centimes.
Il est d’autres sakkahs qui se bornent à vendre de l'eau aux passants dans les rues. Un assez grand nombre vendent des breuvages divers, tels que ceux que nous avons détaillés en parlant des sorbets *.
Il est plusieurs autres professions particulières en Égypte, telles que celles d’énier, de chamelier, de marènier du Nil, dont je parlerai avec plus de détails dans lun des chapitres suivants.
67. Marchands. — Nous avons déjà parlé de la forme des boutiques. Nous avons indiqué les différents
LA
1 F7, iome IT, page 8
quartiers du Caire dans lesquels se trouvent les principaux marchands.
Dans la capitale de l'Égypte, en effet, tous ceux qui professent la même industrie se réunissent dans la même partie de la ville. On voit des portions de rue exclusivement occupées par les magasins affectés à un seul genre de commerce.
Les marchands égyptiens , nonchalamment accroupis sur une espèce de divan qui borde leur étroite boutique, sont bien loin d’avoir l’activité qui distingue les détaillants de l’Europe ; 1ls ne font rien pour appeler à eux les chalands ; ils attendent la fortune et ne vont pas la chercher.
Il y a au Caire des marchands chrétiens, juifs, arabes et turcs. Les premiers demandent toujours un prix beaucoup plus élevé que celui auquel ils finissent par céder leur marchandise ; les Turcs, au contraire, sont, sous ce rapport, très-consciencieux ; ils disent , tout d’abord, le prix qu'ils veulent avoir, s’y tiennent invariablement, et ne font aucun effort, aucune concession
pour retenir les acheteurs qui demandent une diminution.