‹ Aperçu général sur l'ÉgypteChapitre 56 sur 103 · Importance commerciale de l'Égypte. — W est · texte numérisé non relu

Importance commerciale de l'Égypte. — W est

peu de positions géographiques aussi favorables au commerce que celle de l'Égypte ; et même, à ne voir les choses que du point de vue commercial, si une contrée mérite par son importance sous ce rapport de former un État soumis à une administration indépendante, c’est bien l'Égypte. Par le port d'Alexandrie sur la Méditerranée, elle recoit tous les articles du commerce du Nord et de l'Occident ; comme elle tient la clef de la partie orientale de l'Afrique, elle est le confluent naturel d’une portion très-importante du continent africain; maitresse enfin de déboucher par la mer Rouge dans l’océan Indien, c’est à elle que doit revenir un jour le transit de l'immense commerce de l’Asie méridionale, qui prend aujourd'hui une route si allongée pour venir répandre ses richesses en Europe. On ne saurait parler de l'Égypte commerciale sans rappeler que c’est surtout comme route de l'Inde, que l'avenir lui réserve de hautes destinées ; le canal du Nil à Suez, ou tout autre moyen de communication entre la Méditerranée et la mer Rouge, ont été à diverses reprises le rêve de ses gouvernants. Jusqu'au quinzième siècle elle fut l’intermédiaire des échanges entre l’Inde et l'Europe; et ce rôle lui appartient si naturellement que, lorsque les Portugais eurent ouvert la route de l'Atlantique, l’un des hommes qui contribuèrent le plus à fonder leur puissance asiatique , Albuquerque, voulant assurer éternellement à sa nation les avantages qu’elle venait d'acquérir, concut le projet audacieux de détourner le Nil, et de conduire ses eaux dans la mer Rouge, afin d’enlever à jamais à l'Égypte la route de l’Inde ; il n’est pas un homme de génie qui

n’ait profondément apprécié cette position unique. C’est parce qu'il l’a comprise , qu’Alexandre fonda en Égypte un port de mer auquel il délégua l’héritage de Tyr. Le motif qui entraîna Napoléon sur les bords du Nil fut surtout commercial. Ce grand homme voulait enraciner en Égypte une pépinière de négociants français ; il savait bien que du moment où ils lieraient dans le réseau de leurs opérations la mer Rouge à la Méditerranée, le monopole indo-britannique serait sérieusement entamé.

A mon avis, cette position de l'Égypte, précisément parce qu’elle est si importante sous le rapport commercial et qu’elle a été de tout temps si convoitée, ne doit être laissée qu’à une puissance indépendante et foncièrement neutre , comme l’est naturellement le commerce , comme doit l’être tout ce qui touche à ses intérêts.

69. Articles qui composent le commerce de l’ Égypte. — Napoléon a tracé dans ses Mémoires une esquisse rapide du commerce de l'Égypte; elle lui est encore applicable, sauf quelques traits, et pour donner de ce commerce une idée générale, je ne crois pas pouvoir mieux faire que de la citer ici.

« L'Égypte produit en abondance du blé, du riz et des légumes. Elle était le grenier de Rome ; elle est encore aujourd’hui celui de Constantinople. Elle produit aussi du sucre, de l’indigo, du séné, de la casse, du natron, du lin, du chanvre : ; mais elle n’a ni bois, ni charbon, ni huile. Elle manque aussi de tabac qu’elle

4 11 faut ajouter aujourd'hui, en première ligne, le coton.

tire de Syrie, et de café que l’Arabie lui fournit. Elle nourrit de nombreux troupeaux, indépendamment de ceux du désert, et une multitude de volailles. On fait éclore les poulets dans des fours, et l’on s’en procure ainsi une quantité immense.

« Ce pays sert d’intermédiaire à l’Afrique et à l'Asie. Les caravanes arrivent au Caire comme des vaisseaux sur une Côte, au moment où on les attend le moins, et des contrées les plus éloignées. Elles sont signalées à Giseh, et débouchent par les pyramides. Là on leur indique le lieu où elles doivent passer le Nil, et celui où elles doivent camper près du Caire. Les caravanes ainsi signalées sont celles des pèlerins ou négociants de Maroc, de Fez, de Tunis, d’Alger ou de Tripoli, allant à la Mecque, et apportant des marchandises qu’elles viennent échanger au Caire; elles sont ordinairement composées de plusieurs centaines de chameaux, quelquefois même de plusieurs milliers, et escortées par des hommes armés. Il vient aussi des caravanes de l'Abyssinie, de l’intérieur de l'Afrique, de Tangoust et des lieux qui se trouvent en communication directe avec le cap de Bonne-Espérance et le Sénégal. Elles apportent des esclaves, de la gomme, de la poudre d’or, des dents d’éléphant , et généralement tous les produits de ces pays, qu’elles viennent échanger contre les marchandises d'Europe et du Levant. Il en arrive enfin de toutes les parties de l'Arabie et de la Syrie, apportant du charbon, du bois, des fruits, de l'huile, du café, du tabac, et en général, ce que fournit l’intérieur de l'Inde. »

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