‹ Aperçu général sur l'ÉgypteChapitre 58 sur 103 · RE · texte numérisé non relu

RE

Gommes. .

Tissus de lin.

Céréales.

Indigo.

Soude.

Dattes.

Légumes secs.

Opium.

Henneh.

Autres marchandises.

Total.

Exportations.

Il n’est question dans ces tableaux que des rapports de l'Égypte avec l’Europe. Voici, en y comprenant ses relations avec la Turquie, le tableau du commerce gé-

néral d'Alexandrie.

Provenances et destinations.

Autriche .

Turquie .

Angleterre. .

France. .

Toscane .

Syrie .

Barbarie .

Grèce.

Belgique et Suède.

Autres contrées.

Totaux.

Hollande.

Importations. Exportations. Commerce tot.

En 1856, le commerce d'Alexandrie a employé à l'importation 1,255 navires, jaugeant 155,148 tonneaux ; à l'exportation, 1,147 navires et 154,000 tonneaux.

71. Commerce des caravanes. — Le commerce total de l'Égypte par la mer Rouge et par caravanes est évalué à environ dix millions. Tous les ans une caravane venant de l’'Abyssinie arrive au Caire , où elle apporte beaucoup d'esclaves noirs , des dents d’éléphant, des plumes d’autruche, de la poudre d’or, de la gomme, etc. Une autre caravane , se formant dans le royaume de Maroc pour aller à la Mecque en pèlerinage, suit les côtes de la Méditerranée , prend les pèlerins d’Alger, de Tripoli, de Tunis, etc., et arrive par le désert à Alexandrie, avec environ 4,000 chameaux. De là elle va au Caire, où elle se réunit à celle d'Égyple, et toutes deux partent pour la Mecque au mois de février. Le Caire percoit des droits de passage sur les marchandises et sur les pèlerins. Il arrive aussi de temps en temps de Damas quelques petites caravanes qui portent des étoffes de soie et de coton, de l'huile et des fruits secs.

72. Établissements commerciaux européens. — On compte aujourd'hui à Alexandrie quarante-quatre maisons de commerce européennes. Il n’en existait que seize en 1822. Parmi les établissements existants , il en est treize français, sept anglais, neuf autrichiens, huit toscans , deux sardes, un suédois, un danois, un hollandais, un prussien , un établissement du nouvel État grec ; il y a en outre six négociants musulmans et quatre négociants levantins , Grecs catholiques. Au

Caire, ilest peu de négociants qui travaillent pour euxmêmes ; il ne s’y trouve guère que des agents des maisons d'Alexandrie. On y compte un établissement anglais, neuf autrichiens, quatre toscans, deux sardes, deux grecs, dix raïas levantins , et soixante-trois petits négociants, turcs, maugrebins et égyptiens.

75. Réflexions. — Sous la domination des mameluks, l'Égypte était loin de produire autant qu'aujourd'hui. On le comprendra aisément si l’on songe aux soins que Méhémet-Ali a donnés à l’agriculture: il a introduit sur le sol égyptien de riches cultures, auxquelles ilest éminemment propre ; telle est surtout celle du coton, qui forme aujourd’hui la principale branche des exportations.

L’importation s’est aussi considérablement accrue. Les nouveaux besoins de l'Égypte de Méhémet-Ali expliquent ce progrès. Il faut en effet aujourd’hui d’immenses approvisionnements pour les arsenaux , pour les fabriques, pour les écoles, pour les administrations, et principalement pour la nombreuse armée que le vice-roi tient sur pied.

Ce qui manque à l'Égypte afin que sa prospérité commerciale devienne tout ce qu’elle peut être, c’est la paix. Si, sous la haute garantie des puissances européennes, le nœud gordien du différend turco-égyptien se dénouait définitivement, l’agriculture gagnerait des milliers de bras, le budget du vice-roi serait dégrevé d’une forte partie de sa plus grosse dépense; ce serait un double profit pour l'Égypte d’abord, et ensuite pour les puissances européennes, qui ont leurs intérêts commerciaux liés aux siens.

Instruction publique et écoles en Égypte.

Les sciences dans l’antiquité et sous les Arabes. — Période des califes, — des mameluks.— Renaissance des lumières sous Méhémet-Ali.— Mission égyptienne à Paris. — Fondation des écoles. — Ministère et organisation de l'instruction publique.

1. Les sciences dans l’antiquité et sous les Arabes. — L'Égypte fut le berceau des sciences. Elle en conserva le dépôt même après la conquête des Perses. On sait que la plupart des Grecs illustres, Pythagore, Hérodote, Platon, Aristote, vinrent la visiter dans cette période et lui empruntèrent, les uns des idées philosophiques et religieuses, les autres des faits et des systèmes scientifiques. Lorsque les écoles grecques eurent perdu leur éclat, l’école l’Alexandrie s’éleva et devint le foyer des lumières du monde. Le géomètre Archimède , l’astronome Ptolémée ; des philosophes, Jamblique et Plotin; des médecins, Hiérophile, Érosistrate, Galien, etc. , l'illustrèrent depuis l’époque des Ptolémées jusque vers le vre siècle.

Lorsque les Arabes envahirent l'Égypte , province

du Bas-Empire, elle participait à sa décadence. La phrase par laquelle le calife Omar ordonna à Amrou de brüler la bibliothèque d'Alexandrie est devenue fameuse. Peut-être d’ailleurs la perte de cette bibliothèque , remplie de livres de scolastique et de théologie subtile, est-elle moins regrettable qu’on ne l'a généra lement supposé. Plusieurs livres précieux ont échappé à sa destruction; tels sont les ouvrages d’Aristote, d’'Hippocrate, de Galien , et les éléments de géométrie d'Euclide.

2. Période des califes. — Les premiers siècles de la domination des Arabes démentirent les craintes qu’aurait pu faire concevoir le fanatisme de leurs conquérants. La période des califes est une des plus belles dont les fastes des sciences, des lettres, des arts, aient gardé le souvenir. Les noms de Haroun-el-Raschid, d’el-Mamoun, d’el-Mansour, sont devenus 1illustres parmi ceux des souverains qui ont protégé le développement des lumières. Ces califes firent traduire en arabe, par des chrétiens et des juifs de leurs États, les ouvrages scientifiques les plus importants; et, quoiqu'on ait donné peut-être trop de lustre poétique à la civilisation arabe de cette époque, 1l faut reconnaître que , outre de magnifiques monuments , et des ouvrages, littéraires très-remarquables, nous lui devons les premières découvertes de la chimie, les premiers éléments de l'algèbre , des progrès en mécanique , les cadrans solaires, les montres , les orgues , etc.

5. Période des mameluks. — Avec les califes croulèrent les institutions scientifiques qui avaient fait la

gloire de leur domination. Les dynasties qui occupèrent le pouvoir après eux, trop peu solidement assises, laissèrent dépérir la culture intellectuelle. Les sultans qui furent les précurseurs de loligarchie des mameluks ont laissé quelques monuments d’architecture ; ceux-ci, pour lesquels il n’y avait pas d'autre science que celle du maniement des armes , pas d’autres occupations nobles que les exercices du corps, secondèrent les rapides progrès que fit l'Égypte dans la barbarie et l'ignorance. Sous eux , il n’y eut plus à peu près qu'une étude , ce fut celle du Coran; les sciences et les arts les plus utiles furent délaissés; la médecine fut livrée au plus grossier empirisme ; les Égyptiens perdirent tout souvenir, même vague, du passé de leur pays. Lors de l'expédition française, étonnés de la curiosité avec laquelle nos compatriotes allaient visiter les pyramides, ils s’imaginèrent qu’elles avaient été construites par un peuple dont les Francs étaient descendus. Auparavant ils les prenaient, hormis les plus savants, pour une production de la nature.

Le peu de science qui se trouvât en Égy pte était monopolisé par les ulémas. Ils s’instruisaient au Caire, dans la mosquée d’el-Azar, où l’on enseignait la philosophie d’Aristote, les règles de la langue arabe, l’écriture, un peu d’arithmétique, l'interprétation du Coran , l’histoire des califes , etc. Ils n’avaient que des notions fausses sur les principes élémentaires de la cosmographie et de la géographie.

Les trois années de l'expédition française , qui rapportèrent à la science une si riche moisson, ne furent

pas suffisantes pour laisser se développer parmi les indigènes égyptiens des germes d'instruction.

4. Renaissance des lumières sous Méhémet-Ali. — C'était à Méhémet-Ali qu'il était réservé de réintégrer la science dans une contrée où elle avait fait ses premiers progrès et porté de si beaux fruits. Appréciant dès le principe les avantages de l'instruction , le viceroi créa , au commencement de son règne, quelques écoles qui n’eurent pas grande importance. Plus tard il comprit que c'était à l’Europe qu’il fallait aller demander l'initiation aux progrès scientifiques , et alors il envoya en Italie et en France surtout plusieurs jeunes musulmans pour y faire leur éducation. Parmi eux se distingua Osman-Effendi-Noureddin, qui, après avoir passé quelques années dans notre pays , fut placé à la tête du grand collège de Kasr-el-Ain, et fonda l’école d'état-major de Kankah en 1896.

5. Mission égyptienne. — En 1815 , au rétablissement de la paix , M. Jomard, ancien ingénieur de larmée d'Orient et alors commissaire du gouvernement pour la publication des découvertes de l'institut d'Égypte, s’adressa au consul de France à Alexandrie , pour continuer les recherches scientifiques et historiques faites à l’époque de l'expédition, et devina dès lors tout ce que l’on pouvait attendre de Méhémet-Alhi, pour réveiller en même temps les germes déposés sur les rives du Nil lors de ce mémorable événement. Son intention était de rattacher à la France ce pays classique et de lui lier celui-ci par la reconnaissance, en lui fournissant des moyens d'instruction et de développement moral. De toutes les voies d'amélioration et

de civilisation , la plus efficace était l'instruction des indigènes. Le gouvernement égyptien était naturellement disposé à l’employer.

Pendant le séjour d’Osman-Noureddin en France, M. Jomard lui fit part d’un plan qu'il méditait pour arriver à ce but. Ce plan fut mis à exécution en 1826. Le vice-roi confia à M. Jomard une première mission de quarante-quatre jeunes gens, Osmanlis, Arméniens et Égyptiens. Je ne puis pas faire ici l’histoire de cette expédition d’un genre nouveau; je me contenterai de dire que le directeur de la mission égyptienne, au bout d’un ou deux ans, avait obtenu d’assez heureux résultats pour mettre onze des élèves en état d'étudier ladministration militaire, civile, et la diplomatie; huët, d’embrasser la marine, le génie militaire et l’artillerie ; deux , la médecine et la chirurgie ; cinq, l'agriculture, les mines, l’histoire naturelle ; quatre, les arts chimiques ; quatre, l'hydraulique et la fonderie des métaux ; trois, la gravure et la lithographie ; wn, l'art de traduire ; et un, l'architecture. Cinq autres retournèrent pour cause de santé ou défaut d'aptitude. Depuis cette époque, de nouveaux élèves sont venus presque chaque année se joindre aux premiers. De 1827 à 1855, il en est arrivé environ soixante, la plupart fellahs, dont quarante destinés aux arts mécaniques, et douze, à la médecine et la pharmacie, que je conduisis moi-même à Paris. À ces élèves, il faut ajouter sept Éthiopiens et trois sujets de distinclion arrivés cette année, ce qui fait en total cent quatorze. Quels résultats a produits cette mission ? Sans prétendre que tous les élèves aïent également profité, on peut assurer que la proportion

de ceux qui ont réussi a été plus grande qu’on ne l’observe communément. Les succès ont été constatés par des examens publics. Plusieurs élèves ont subi avec distinction les épreuves de nos écoles savantes, et en sont sortis licenciés et docteurs ès sciences, docteurs en médecine et pharmaciens. Nous ne pouvons citer qu’un petit nombre de noms. Cette distinction servira de stimulant pour tous les autres. A la tête, on doit nommer Abdy-Bey et Mouktar-Bey, successivement président du conseil d'État. ministre de l'instruction, et Hassan- Bey, ministre de la marine; Artym-Bey et Khosrew- Effendi, premier et deuxième secrétaires-interprètes du vice-roi; Emyn-Bey, directeur de la fabrique de salpêtre ; Estefan-Effendi, membre du conseil d'État ; le cheik Refah, professeur d'histoire et de géographie, directeur du collége de traduction; Nazher et Moustapha- Makrouzy , ingénieurs; Mohammed- Bayoun, professeur de mathématiques; Hassan- Ouardan , Mohammed-Mourad et Mohammed-Ismayl, graveurs , peintres et professeurs de dessin; Achmed- Yousouf, directeur de la Monnaie, le même qui a visité les sables aurifères de Fazoglou et les mines du Mexique ; Mohammed-Nafy, Achmed-Rachydy et dix autres médecins-professeurs à l’école de Kasr-el-Ain ; Husseyn- Rachydi , chef du laboratoire de pharmacie ; sans parler des artilleurs et même des employés de fabriques, des agriculteurs, etc., dont plusieurs se sont distingués. Ces sujets font près de la moitié du nombre de ceux qui sont restés en Égypte, el ont survécu. Outre les services qu'ils ont rendus et qu'ils rendent journellement, un autre résultat important pour la France

a été obtenu de cette mission, c’est de répandre en Égypte la langue et en même temps l'influence francaises. Ainsi , d’une part, Méhémet-Ali n’aura pas à regretter les sacrifices que lui a coùté cette institution, et la France sera récompensée des soins qu’elle a donnés à l'instruction de la colonie égyptienne. Sa généreuse hospitalité sera payée en reconnaissance et en affection , ainsi qu’en estime pour le caractère national; et M. Jomard, qui, par son zèle, ses soins , son dévouement, aura tant servi à produire ces résultats, aura bien mérité de l'Égypte , de son pays et de la science ’.

6. Fondation des écoles. — C'est en 1827 qué fut établie l’école de médecine d’Abouzabel sur laquelle nous donnerons des détails au chapitre de la médecine. Les écoles furent créées successivement , et n’eurent pas d’abord une organisation uniforme. Elles ressortissaient de différents ministères ; mais cette absence de lien hiérarchique qui les reliât dans un même système fut utile à leurs débuts. Il y eut en effet entre elles une heureuse émulation , et chacune fut poussée par son directeur avec rapidité , sans être astreinte à un développement dont les progrès eussent été ralentis si on les eut calculés d'avance et si l’on eùt empêché leur

x Je saisis cette occasion pour rendre à M. Jomard les éloges qui lui sont dus sous un rapport également honorable Le gouvernement égyptien voulait le récompenser de ses peines, de ses travaux; ce généreux savant a opposé un refus dicté par la plus noble délicatesse à l'offre du traitement important qu’on le pressait d'accepter. Un si noble désintéressement augmente le prix de ses efforts dévoués pour la cause de l'Égypte, et ne saurait être trop payé de sympathie, d'estime et de considération.

libre essor. Du reste, et c’est une chose qu'il importe de remarquer, les Égyptiens ne se prêtèrent pas à l'instruction de leurs enfants. Loin de là, ils lui opposèrent les mêmes obstacles qu’à l’enrôlement militaire et industriel. On vit des parents mutiler leurs fils pour les empêcher d'entrer dans les écoles. Les élèves, néanmoins, étaient non-seulement logés, nourris et habillés; mais de plus ils étaient payés, et le temps qu’ils passaient dans les écoles était une transition qui les conduisait à des positions bien supérieures à celles d’où on les tirait. Dans la suite, les parents ont compris les avantages matériels de linstruction, et ont été moins difficiles. %

7. Ministère et organisation de l'instruction publique. — Lorsque les écoles définitivement organisées eurent produit leurs premiers résultats, on comprit leur importance, et on en donna la direction suprême à un ministère spécial. Le ministère de l'instruction publique divisa l’enseignement en trois degrés : le premier comprit les écoles primaires ; le second, les écoles préparatoires ; et le troisième, les écoles spéciales.

Les écoles primaires furent établies dans les provinces; on en compte quarante dans la basse Égypte, et vingt-six dans la haute. Chacune de ces écoles se compose de cent élèves , depuis l’âge de huit ans environ jusqu’à douze. Ils doivent étudier pendant trois ans, et, chaque année, se renouvellent par tiers. On leur enseigne les premiers éléments de la langue arabe et de l’arithmétique.

Les écoles primaires alimentent les deux écoles prè-

paratoires, dont l’une, très-grande, est située à Abouzabel, depuis que le vaste local de Kasr-el-Ain , où elle était , a été consacré à l'hôpital militaire central et à l'école de médecine, et l’autre à Alexandrie. Dans ces écoles , l’enseignement est poussé plus loin. On y apprend la langue turque, les éléments des mathématiques , la géographie , l’histoire, le dessin, etc. Les élèves y restent quatre ans et s’y renouvellent par quart.

Les écoles spéciales sont celles du génie, dite polytechnique , d'artillerie , de cavalerie, d'infanterie, de médecine , de médecine vétérinaire, d'agriculture, de langues, de musique et d'arts et métiers.

Il y a en Egypte neuf mille élèves ; ils sont logés, nourris, vêtus et payés.

Ils couchent sur des lits de fer recouverts d’une paillasse et d’un matelas. Ils reçoivent par an un tarbouch. quatre chemises, quatre calecons, quatre dikehs, quatre mouchoirs de poche, deux serviettes, trois paires de marcoubs, deux gilets, etc.

lis sont bien nourris, ne font que deux repas par jour : le premier, une heure avant midi; le second, une heure avant le coucher du soleil. Leurs études sont réglées par heures. Ils reçoivent une paye. Les élèves de l’enseignement primaire recoivent. la première année, cinq piastres par mois (1 fr. 25 cent. ); la seconde année, dix ; la troisième, quinze. Ceux qui suivent l’enseignement secondaire ont, la première année, vingt piastres ; la seconde, vingt-cinq; la troisième, trente; la quatrième, trente-cinq. Les élèves des écoles spéciales recoivent, la première année, qua-

rante piastres; la seconde, cinquante; la troisième , soixante ; la quatrième, soixante et dix.

A chaque école sont attachés un nazir ou économe chargé de l’administration matérielle, et un uléma.

Hygiène, maladies et médecine des Égyptiens ; organisation du service médical.

ÉDUCATION, MANIÈRE DE VIVRE ET PRATIQUES DES ÉGYPTIENS CONSIDÉRÉES SOUS LE POINT DE VUE HYGIÉNIQUE.

Éducation des Egyptiens. — Leur genre de vie. — Abstinence du vin. — Usage du café, de l’apium, du haschisch. — Usage des bains. — Conseils aux étrangers établis en Égypte.

1. Éducation. — En examinant l’Arabe dans les différentes phases de sa vie, on le trouve, au sortir du sein de sa mère, exposé nu, ou simplement enveloppé d’un lambeau de toile grossière, à toutes les intempéries des saisons. Il devient ainsi, dès sa naissance, insensible à l’action des causes extérieures qui influent plus ou moins sur l’organisation de tous les êtres. Il se développe promptement, sans être atteint de scrofules, de rachitis, etc. Quelquefois , il est vrai, il présente

dans son bas âge des symptômes morbides du côté de l'abdomen, qui se dénotent par la prédominance qu’acquiert cette partie de son corps. Cette disposition doit être attribuée au défaut de soins éclairés qui devraient entourer l'enfant dans ses jeunes années , à la manière dont on le nourrit, à la quantité de lait dont on le gorge en tout temps, à toute heure de la journée; ce qui occasionne des digestions pénibles et produit, à la longue , le développement des viscères abdominaux , ainsi que nous venons de le dire. Mais ces dispositions ne sont point générales, et, quand elles existent, elles se dissipent promptement. A l’âge de six ou huit mois, l'enfant exerce ses premiers pas dans le monde, et, de sept à huit ans, précoce d'intelligence et de forces, il se suffit à lui-même. Alors commence sa carrière gymnastique. Au Caire, à Alexandrie et dans toutes les villes, on le voit déjà, animé de l’amour du gain, offrir son baudet pour de longues et périlleuses courses. Quel est le voyageur qui n’a pas été assailli par la foule importune des bourriquiers ? quel est celui qui n’a pas admiré leur agilité, leur adresse, leur nullité de besoins dans de longs trajets, faits au galop, sans chaussure, sur un sable enflammé et sous un ciel brülant ?

Le compagnon de ses premiers travaux, quoique fort et infatigable, ne lui suffit plus à mesure qu'il grandit. L’Arabe entre alors dans la classe des sais. Nous avons dit ce qu’étaient ces palefreniers qui contractent dès leur enfance l’habitude de courir presque aussi vite et plus longtemps que les chevaux. Cet exercice, qui serait trop violent pour tout autre peuple que le peuple arabe, ne produit point chez lui tous les

inconvénients auxquels il donne naissance ailleurs : il n’en résulte, pour l’Arabe, qu’un développement considérable des organes respiratoires et musculaires.

9, Genre de vie. — Une des causes puissantes de l'excellence de la constitution des Arabes et des Égyptiens en général est due à leur sobriété naturelle et à la manière dont ils distribuent leurs repas. Le fellah, comme l’Arabe du désert, sait très-bien qu’une nourriture abondante et trop animalisée ne s’accommode point avec le climat de l'Égypte et la chaleur intense du soleil. Il sait par instinct et par expérience que, quand l’estomac ne renferme qu’une petite quantité d'aliments de facile digestion, toutes les fonctions s'exécutent avec aisance et régularité, que la respiration n’est point gênée, que la tête est libre, les articulations souples, et que, dans cet état, on supporte facilement les fatigues les plus considérables. L’habitant du désert, quand il monte sur son dromadaire au lever du soleil pour parcourir de longues distances, n’emporte avec lui, pour toute provision du jour, qu’un petit sac de farine et une outre remplie d’eau. Il pétrit dans une coupe de bois, complément obligé de son équipement, cinq ou six boulettes de pâte de la grosseur d’une noix qu’il fait dessécher au soleil, ou cuire sur la braise. Cette nourriture, accompagnée quelquefois de dattes sèches, suffit souvent à le soutenir pendant toute une journée.

Si les Égyptiens fellahs ne poussent pas la frugalité aussi loin que les Arabes du désert, si les habitants des villes apportent dans le choix de leurs aliments un certain luxe inconnu autres, ils n’en conservent

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pas moins la sobriété la plus grande; ils ne prennent jamais que la quantité de nourriture suffisante pour les soutenir, et n’ont point recours, pour se créer un appétit factice, à tous les mets excitants dont les Européens usent avec tant de profusion.

5. Abstinence du vin. — L’abstinence du vin et des boissons alcooliques , parmi les musulmans, est une autre cause qui tend à les préserver d’une foule de maladies auquelles les habitants des chimats chauds seraient sans cesse exposés, sans cette sage précaution. La grande majorité des Égyptiens ne connait d'autre boisson que l’eau; les chrétiens et les juifs seuls font usage du vin, et plus particulièrement de l’eau-de-vie.

4. Du café et de l’opiumn. — Le café est un des stimulants dont se servent les Égyptiens. Quoiqu'il soit loin de produire sur l'organisme les mêmes effets que les autres boissons excitantes, je crois cependant que son usage habituel parmi les musulmans n’est pas sans influence funeste sur leur constitution, et qu'il doit occasionner de fàächeux effets sur les personnes à tempérament impressionnable. D'un autre côte, le café, comme tous les stimulants, finit par produire l’innervation, et je ne serais pas loin de croire que cette boisson ne soit une des causes de l’impuissance dont se plaignent beaucoup d’Orientaux. Mais une cause plus active encore que le café, qui occasionne l’infirmité que nous signalons, est l’usage de l’opium si répandu parmi les musulmans et surtout parmi les Tures, et dont l’action excitante sur le système nerveux en produit secondairement une autre de prostration et d’abat-

tement considérables. L'usage de l’opium est heureusement assez rare parmi les Égyptiens ; mais , en revanche, ils emploient fréquemment le Aaschich, autre substance dont nous avons parlé, et qui n’a pas moins d’inconvénient pour la santé que l’opium.

5. Usage des bains et du massage. — J'ai déjà parlé longuement de l’usage des bains de vapeur et de l’opération du massage, ainsi que des excellents effets qu'ils produisent autant comme mesures d'hygiène que comme moyen thérapeutique. Je ne répéterai point ce que j'ai dit à cet égard, et je renvoie le lecteur aux détails que j'ai consignés à la fin du premier volume.

C’est aux différents usages que je viens d'indiquer, c’est à ces mœurs sobres, à ces gouts simples et aux diverses pratiques auxquelles il s’adonne, non moins qu'aux circonstances de climat, de localité, que l'Égyptien est redevable de l’excellence de sa constitution et de son tempérament : c’est pour ces motifs sans doute que le cadre des maladies est si resserré en Égypte, et que, dans le Caire, on ne compte sur une population de trois cent mille âmes que dix-huit à vingt morts par jour.

Les Égyptiens s’avancent très-loin dans la carrière de la vie, et il n’est pas rare de rencontrer parmi eux des hommes qui ont dépassé l’époque séculaire. J'ai vu un veillard qui avait atteint l’âge de cent trente ans, sans autre infirmité qu'un œil atteint de cataracte. Il existe dans ce moment à Canerfigum, province de Cherkié, un homme de cent vingt-trois ans, qui jouit d’une santé parfaite, ayant plusieurs enfants: le premier âgé de. quatre-vingts ans, le second, de

soixante et quatorze, le troisième, de trois,et un dernier agé seulement de quelques mois. La pureté des mœurs de la femme du vieillard ne permet pas de douter que ce dernier rejeton ne lui appartienne. Cet homme présente en outre une autre singularité remarquable. A l’âge de quatre-vingt-deux ans, il lui est poussé six dents nouvelles, qu’il a été obligé de faire arracher à cause de l'embarras et de la gêne qu’elles lui causaïent dans la cavité buccale.

6. Conseils aux étrangers établis en Égypte. — Ce que j'ai dit des bons effets qui résultent pour la santé des Égyptiens de leur sobriété naturelle et de l'emploi des différentes pratiques d'hygiène qu’ils mettent en usage, m'engage à ajouter ici quelques conseils pour les Européens qui habitent l'Égypte, comme pour les voyageurs qui visitent ces contrées. Je placerai en première ligne la privation d’une nourriture trop animalisée, trop réparatrice, trop excitante, et celle du vin pur et des liqueurs alcooliques. On ne saurait se faire une idée de tous les funestes effets que produisent les boissons spiritueuses dans les pays chauds, et cependant l'expérience depuis longtemps devrait avoir convaincu tout le monde. Chacun sait l’effrayante mortalité qu’on observe en Égypte parmi les étrangers qui s’adonnent à la boisson. De tout temps on a remarqué que les Anglais établis dans le pays périssaient dans une proportion très-grande relativement au reste de la population franque; et cela, parce que ce peuple conserve en Égypte les usages et les coutumes de sa patrie, usages et coutumes qui ne sont plus compatibles avec le nouveau climat qu'il vient habiter.

Une autre chose que tout le monde doit observer en Égypte, c’est de se préserver de l’action de l'humidité et des changements de température très-fréquents dans cette contrée. Pour cela, il faut avoir soin d’être toujours vêtu chaudement, de ne point dormir dans des appartements dont les fenêtres restent ouvertes pendant la nuit, de ne pas se laisser surprendre par le sommeil à l'abri d’un arbre, ainsi que le font souvent les fellahs. La négligence de ces précautions occasionne souvent des courbatures , des rhumatismes , des ophthalmies, et toute espèce de maladies suivant la constitution régnante et la prédisposition des individus.

Dès que les indigènes ressentent les premiers symptômes d’une indisposition, que généralementils attribuent avec raison , selon nous. à une diminution des sécrétions de la peau, ils ont recours à un moyen tresefficace ; ils vont prendre un bain de vapeur, et suscitent une transpiration abondante qui suffit ordinairement à dissiper tous les symptômes qui commençaient à paraître. Je conseille ce moyen à tous ceux qui se trouveront dans le cas dont je parle, et je suis persuadé qu'il a souvent réussi à faire avorter dans leur principe une foule de maladies qui, sans cela, auraient acquis tout leur développement.

L'usage des bains de vapeur et du massage, considérés comme moyens hygiéniques, doit être aussi adopté par les étrangers qui sont établis en Égypte. Nous avons parlé de tous les avantages qui résultent de cette pratique envisagée sous ses différents côtés.

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