‹ Aperçu général sur l'ÉgypteChapitre 74 sur 103 · OUVRAGES PRINCIPAUX EN PONTS, CHAUSSÉES, DÉY BARRAGES, ETC., ETC · texte numérisé non relu

OUVRAGES PRINCIPAUX EN PONTS, CHAUSSÉES, DÉY BARRAGES, ETC., ETC

FARCHOUT.. . Pont-barrage sur le canal de Ma-

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SOUHAYE . . .{ Pont-déversoir à la digue de Cho- DR fu D Nr Et Pont-déversoir à la digue de Beni- PE cs mine DA era

Pont-dév De à la digue de Qelaye.

de Syout .

TS de » de Syout même à l'entrée de la ville. . .

Pont-barrage à Basra. . . . . . .

Auprès de Banoub, pont aqueduc ALPHET CHAR Ja MO E . ". .

MaAnNFALOUT. . Un pont-déversoir à l’Atamné. , . MELLAOUY . . » à Catta-Abou- AFEIE LS ER dat émis 2 x Pont-déversoir à la digue de Tani- ChHAONÉ RARE nuls shine MENYER. - - | pont- déversoir à la digue de Ta- ROME HS I NEUAR., FAI 20 Pont-déversoir à la digue deBimbal.

EL-FECHN. . . ” d’Arganous .

” de Chinestad

GIZER. . . . ” de Recca . .

BÉNISOUEr . . A la digue de Chouché, ponts-berges . “luoéza-somahiaer or Réservoir à Tasse 2000 PARA. : . ) à: SeNNOUrYS ue) cr.

Haute et moyenne Égypte.

/ERSOIRS,

Le pont-barrage de Chercaouieh. 15,000 KELYouB . . .4 Huit ponts sur le canal Zaffrani . 72,000 Le pont-barrage à Abou-Ménégéh. 9,000

Le pont-barrage au canal Nahanyéh.. ... «60e CR 9,000 MeExour.. . .{Lepont-barrage au canalSersawe. 9,000 » Bayouri. 21.000 » Mit-Afif. 21,000 » Soutta 21,000 . ” Rahimbeim .. . . . OR 21,000 GARBIEH . ...( Le pont-barrage au canal Demiré . 21,000 ” Sirri. . . 15,000 » Biali. . . 15,000 » Nicherti. 15,000 » Bouhiéh. 9,000 » Mansou- , rie. . . 2 PR 9,000 CHARKIÉE. - | Grand pont-barrage à trois faces, ’ Zagazieh:.'. 124. RSR 45,000 Pont-barrage à trois faces, Sofra. 15,000 L Burergatte. 15,000 BAÏREB . . "ponts et Fe A du Mahmoudieh. 132, 000 Basse Égypte. . . 489,000 14. Résultats de ces travaux '. — Le total des grands canaux s'élève donc à. . . . 964,140 Auquel on peut ajouter pour les ouvrages de moindre importance. . . 1.850.000

Les ouvrages de maçonnerie présentent donc un total de mètres cubes. . 2,814,140 Grâce à cet ensemble de travaux aussi largement concu que rapidement exécuté, la basse Égypte est

1 Les chiffres qui précèdent ont été publiés dans le Sémaphore d'Orient dont j'ai déjà parlé, et à la rédaction distinguée duquel je me plais de nouveau à rendre toute la justice qu'elle mérite.

régulièrement fécondée par une inondation à peu près complète, quelle que soit la crue des eaux du Nil.

La haute Égypte n'a pu encore, malgré tous les efforts du vice-roi, être appelée à jouir du même bienfait ; pendant les crues moyennes du Nil, une assez grande partie des terres ne peut être atteinte par l’inondation, ce qui avait inspiré au pacha le projet d’un canal latéral au Nil, coulant le long du désert, et qui, ayant sa prise à Gebel-Selseleh, aurait pu maintenir ses eaux au moyen d’un barrage constamment au-dessus des terrains avoisinants.

La haute et la moyenne Égypte auraient ainsi profilé d’une inondation complète et dirigée à volonté; car ce canal aurait à la fois servi à l'irrigation pendant les basses eaux et aussi à l’inondation graduelle des différents bassins, à mesure que le Nil les aurait laissés à sec en se retirant.

Dans la basse Égypte elle-même, les canaux, quoique en très-grand nombre, ne suffisent pas toujours à rendre linondation complète à cause de l’impossibilité où l’on est de les curer chaque année, et de l’augmentation continuelle des cultures ; quelquefois aussi les eaux du Nil sont trop basses pour qu’elles puissent se répandre dans tous les canaux. C’est pour obvier à ces inconvénients qu'a été conçu le projet des barrages du Nil au sommet du Delta, travail immense dont je vais parler dans un paragraphe spécial.

Ÿ Il .

BARRAGES DU NiL.

Leur importance. — Plan des barrages d’après M. Linant, — Résultats des barrages. — Opinion et plan de M. Cordier sur les barrages. — Conditions auxquelles ils doivent satisfaire. — Du mode de construrtion et des dépenses des barrages du Nil. — Barrages sur le Nil dans la baute Égvpte.

15. Leur importance. — Quand on considère que pendant l’étiage du Nil et aux époques des mauvaises inondations , la plus grande partie des terres ne peuvent être atteintes par les eaux et sont condamnées à la stérilité, il vient à la pensée de chacun que l’homme peut et doit enlever à la Méditerranée les tributs constants et inutiles que lui apporte le fleuve au détriment du pays.

Les ingénieurs de l'expédition française paraissent être les premiers qui aient concu l’idée grandiose de construire des barrages propres à arrêter les eaux du Nil et à arroser à volonté pendant toute l’année les terres de sa grande vallée. Napoléon avait dit, dans des notes rapidement écrites, d’après les impressions que lui avait laissées son passage en Égypte :

« Un travail que l’on entreprendra un jour sera d’établir des digues qui barrent les branches de Damiette et de Rosette au Ventre de la Vache, ce qui, moyennant des batardeaux, permettra de laisser passer successivement toutes les eaux du Nil dans l’est et l’ouest, dès lors de doubler l’inondation. »

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Les ingénieurs employés par le vice-roi n’ont pas dù lui laisser ignorer et le projet concu pendant l’expédition française , et les études entreprises pour en préparer l’exécution. Méhémet-Ali a été frappé de l’importance d’un travail semblable, par lequel les possesseurs de l'Égypte se rendraient maîtres absolus du Nil, c’est-à-dire auraient en leurs mains un moyen toutpuissant d'obtenir du sol tout ce qu'il peut donner. Aussi, comme tentatives partielles, mais néanmoins très-utiles, avait-il fait faire plusieurs petits barrages dans les principaux canaux. Ainsi sur celui de Moeys à Zagazieh, à quatre lieues de son embouchure, on a construit un magnifique pont où, au moyen des écluses, on porte l’eau dans une grande partie de la province de Charkieh qui en était privée auparavant; les premiers succès obtenus par ces coups d'essais encouragèrent le vice-roi. Après avoir dompté les canaux, il concut l’idée de maîtriser aussi le Nil. Plusieurs ingénieurs furent chargés de rédiger des projets dans ce sens. Celui de M. Linant fut adopté. Je vais dire en quoi 1l consistait.

16. Plan des barrages d’après M. Linant ‘. — M. Linant choisit le point de la bifurcation des deux branches du fleuve comme le plus convenable pour retenir les eaux et les faire déverser sur le Delta et sur les terres qui l'entourent.

Il prit, pour établir les barrages, deux espaces de terrains compris entre des courbes des branches du Nail. Là 1l se proposait d'exécuter les travaux à sec.

© Voirei-contre le plan que j'en doune

Après leur achèvement, on aurait fait pénétrer les eaux du Nil dans ces lits artificiels. Les travaux projetés se composaient de : deux ponts-barrages avec écluses et vannes, deux déversoirs avec portes pour rejeter le superflu des eaux dans les anciens lits, deux canaux de navigation avec sas, et trois canaux d'irrigation : l’un destiné au Delta, le second à la province de Baïreh, le troisième à celle de Charkieh.

Le pont-barrage dela branche de Rosette devait avoir vingt-quatre arches de dix mètres de largeur, plus, une arche au milieu de trente-quatre mêtres de large, restant constamment ouverte pour donner un écoulement à la masse des eaux. Le radier a neuf mètres six cent trente-quatre millimètres au-dessous du terrain naturel.

Les déversoirs de cette même branche auraient eu vingt-neuf arches de dix mètres de largeur. Le radier a un mètre dix-huit millimètres au-dessous du terrain. Le canal de navigation, creusé pour permettre aux barques de passer du Nil dans la branche arüficielle, en évitant de franchir la grande arche du barrage dont le passage présenterait des difficultés à cause de la violence avec laquelle les eaux contenues du fleuve s'échapperaient par cette issue, avait seize mètres de largeur. Le sas pouvait contenir quatre grandes barques.

La branche de Damiette avait un pont-barrage de seize arches de dix mètres de largeur, plus une arche au milieu restant constamment ouverte pour l’écoulement des eaux. Le radier a neuf mètres soixante et dix centimètres. Son déversoir aurait été de vingt-cinq

arches de dix mètres de largeur ; le radier a un mètre quarante centimètres au-dessous du terrain. Quant aux canaux de navigation, ils auraient été les mêmes que pour la branche de Rosette.

Dans les plus hautes eaux, tous ces barrages devaient rester ouverts, à l'exception des écluses qui ferment les canaux d'irrigation; dans les plus basses eaux, les ouvertures des ponts-barrages et des déversoirs devaient rester fermées, à l'exception des deux grandes arches et des écluses des canaux d'irrigation.

Le canal d'irrigation devait passer, au moyen de ponts aqueducs , sur les canaux de Nananïeh, Mit- Afif, Chybyn, Messid-el-Radrakh , et leur verser, pendant les basses eaux, l’eau nécessaire à l’arrosage des terrains qu’ils parcourent aujourd’hui ; le canal d’irri- ‘gation du Baïreh devait alimenter en même temps le Mahmoudieh par le Bahr-Jousef ; le canal du Charkieh devait fournir des eaux au canal de navigation à établir avec Suez.

17. Résultats des barrages. — On voit que ce travail hydraulique est le plus gigantesque qui soit connu. Son exécution sera la plus éclatante et la plus profitable victoire que la puissance humaine ait jamais remportée sur la nature. Ses résultats seront immenses ; non-seulement ils porteront l’arrosement sur le Delta, mais encore sur les provinces orientales et occidentales du Nil; ils fouruiront les moyens d’arroser en tout temps la valeur de plus de quinze cent mille hectares de terre; ils dispenseront de l’usage de plus de vingtcinq mille sakyès qui demandent chacune le travail constant de deux bœufs et d’un homme , ce qui fait

une économie de vingt-cinq mille hommes et de cinquante mille bœufs. L'élévation des eaux du Nil et leur écoulement facultatif par des déversoirs permettraient d'établir des chutes, par conséquent d'employer la puissance hydraulique pour la création d’usines, et de donner une impulsion plus grande à l’industrie égyptienne. Tous les heureux effets de l'exécution des barrages avaient si vivement frappé le vice-roi, qu’impatient de les voir achever, ilavait déjà fait mettre la main à l’œuvre et réunir des machines sur les lieux ; mais la guerre et les préoccupations politiques , en ab$sorbant toute son attention, ont dü faire suspendre ces: beaux travaux, et remettre à un temps plus tranquille de les continuer et de les mener à fin.

18. Opinion et plan de M. Cordier relativement aux barrages. — La question des barrages étant la plus importante que puissent soulever les intérêts matériels de l'Egypte, puisque sa solution en assurait inébranlablement la prospérité, on conçoit que j'aie dù demander sur elle leur avis à tous les hommes compétents qu'il m’a été permis d'approcher. J’ai été assez heureux pour obtenir, sur ce point, l'opinion d'un des ingénieurs les plus distingués de Ja France, M. Cordier, député du Jura, qui a exécuté d'immenses travaux hydrauliques sur le Rhin , l'Escaut , etc. Quoique le projet de ce savant ingénieur soit différent de celui de M. Linant qui a pourtant réuni de très-honorables approbations, je m’empresse de le faire connaître à mes lecteurs; sans m'établir juge d’ailleurs sur des matières qui me sont étrangères, je regarde comme une très-bonne fortune pour moi de pouvoir donner Popi-

ion d’un homme aussi compétent que M. Cordier. D'autant mieux que la solution qu’il propose, promet d'immenses avantages avec des économies si considérables de temps , d'argent et d'hommes , que, s’il ne doit pas rencontrer d'objections , ce projet sera la fortune del Égypte et pourra en très-peu de temps commencer, pour ce pays déjà st favorisé de la nature, une ère toute nouvelle de grandeur et de richesse.

Je crois ne pouvoir mieux faire que de laisser ici parler M. Cordier, qui a eu la bonté de me donner les notes suivantes.

19. Conditions auxquelles doivent satisfaire les barrages. — Avant la découverte des sas et des écluses de diverses formes pour maitriser les eaux et en régler à volonté les niveaux et les écoulements , les canaux de dérivation du Nil ne pouvaient procurer qu’une faible partie des avantages que les progrès de la science hydraulique permettent maintenant d'obtenir.

En raison de l’encaissement du Nil et des canaux, on était forcé d’employer , et on emploie encore plusieurs milliers de bœufs, dans chaque province, pour élever les eaux des bras du rs sur les terres adjacentes.

Les coupures des dérivations faites au Nil appauvrissent le fleuve ; la navigation n’a lieu pendant six mois que pour des barques d’un faible tonnage, et le halage par chevaux n’est possible que sur de grandes longueurs.

Les bras du Nil, près de leur embouchure dans la mer, n'ayant qu'un faible volume , les eaux salées de la Méditerranée remontent le fleuve dans les gros

temps , inondent les lacs et rendent le littoral malsain, infertile et presque inhabitable.

Les barrages projetés sur le Nil doivent donc satisfaire à trois conditions principales du problème.

1° Empêcher l’invasion des eaux de la Méditerranée dans les lacs du littoral.

20 Perfectionner la navigation des branches du Nil, la rendre permanente , régulière et facile pour les plus gros navires.

5° Conduire les eaux du fleuve sur tout le solégyptien, plus bas que le niveau des grandes inondations , et doubler ainsi les terrains cultivés.

Nous exposerons en quelques mots le projet qui remplirait ces divers buts en l’appliquant d’abord à la branche de Rosette.

Nous nous proposons d’établir près de l'embouchure de ce bras à la mer un barrage éclusé avec double sas pour le passage des navires de diverses grandeurs et avec des bassins et écluses de chasse latérales et portes tournantes, pour approfondir le chenal. Ce barrage empêcherait l'invasion des eaux de mer , donnerait un tirant d’eau suffisant au Nil pour le passage des grands navires, et permettrait l’arrosage des campagnes voisines.

Chaque barrage créant une chute , on emploierait la puissance des eaux du Nil à faire mouvoir des machines hydrauliques destinées à dessécher les lacs et à les rendre à l’agriculture.

A l'aval de l'embouchure du canal de Rahmänieh à Alexandrie, on construirait un second barrage , ayant la même destination et les mêmes avantages.

Entre Rahmänieh et le Caire, on construirait deux autres barrages pour racheter la pente du fleuve; le premier serait établi à Benoüfur et le second à Terraneh.

La pente du fleuve du Caire à l’étiage, étant de 5 mètres 60 centimètres, serait rachetée par les quatre barrages éclusés, en leur donnant à chacun une chute moyenne de 1 mètre 40 centimètres.

Si, à côté de chaque barrage, on construisait un déversoir fixe ayant deux fois la largeur du fleuve, et son couronnement à 1 mètre 50 centimètres au-dessus de la ligne d’étiage, les grandes crues, ayant au Caire 60 mètres 40 centimètres au-dessus de la ligne d’étiage, recouvriraient de 5 mètres le déversoir du barrage fixe ; le niveau des inondations n’éprouverait aucune sur-élévation appréciable par l’effet du barrage.

Par ces divers travaux plusieurs conditions du problème seraient déjà remplies, la mer ne remonterait plus dans le Nil, le chenal du port serait approfondi, le littoral de la mer serait cultivable, le fleuve aurait partout 1 mètre 40 centimètres de plus de tirant d’eau, qui, ajouté à celui de l’étiage, donnerait un mouillage suffisant pour recevoir, en toute saison , des navires de 600 tonneaux ; il ne resterait plus à satisfaire qu’à la dernière condition, la plus importante, l’arrosage naturel et direct des campagnes. Pour y parvenir, on élèverait le couronnement des écluses au-dessus des plus grandes crues, afin d’assurer en tout temps le passage des navires , et on établirait sur les barrages fixes dont il a été fait mention un barrage mobile pour soutenir les eaux du Nil à un niveau déterminé, qu'on

elèverait à volonté, même jusqu’à la ligne des grandes crues.

Nous avons la certitude du succès de ces travaux, parce que nous avons fait construire des ouvrages analogues, non sur un fleuve comme le Nil, mais sur des rivières où les difficultés étaient les mêmes , et le but qu’on se proposait a été complétement rempli avec des dépenses modérées.

Après la canalisation de la branche de Damiette, on entreprendrait sur les autres branches du Nil des barrages semblables, qui procureraient les mêmes avantages ; savoir : le refoulement des eaux de la mer , le creusement des ports, le desséchement des lacs du httoral , leur fertilité et leur salubrité, le perfectionnement de la navigation, enfin et surtout l’arrosage direct et continu de toutes les campagnes de l'Égypte 4 maintenant en partie envahie par les sables du désert.

20. Du mode de construction et des dépenses des barrages du Nil. — Les auteurs d'ouvrages remarquables, et qui font autorité, ont publié, sur les grands barrages nouveaux entrepris sur le Nil, des documents qui donneraient à penser, comme eux. que ces travaux doivent être d’une dépense excessive et d’un succès fort incertain. Après une étude des projets du Nil, nous ne partageons pas leur pressentiment.

Nous avons sous les yeux le profil du Nil dans la vallée de Syout, au-dessus du Caire, où les eaux du fleuve sont réunies dans un seul lit; pendant l’étiage, le fleuve a 3580 mètres de largeur, 760 mètres de-section, et donne 760 mètres cubes par seconde en sup-

posant une vitesse de 1 mètre, ou 1,000 mètres avec une vitesse de 1 mètre 55 centimètres par seconde, qui paraît exagérée , d’après le calcul des pentes et de la surface.

À 1,000 mètres cubes par seconde, le volume des eaux dépensées par 24 heures est de 86,400,000 mètres cubes :. Ce volume n’est pas moitié de celui de la Seine dans les temps des inondations, et les barrages à construire sur le Nil ne s’élèveraient pas à trois fois la dépense d’un barrage sur la basse Seine.

Mais le Nil devant être réparti de nouveau entre ses sept branches anciennes pour vivifier toutes les pro” vinces et repousser les lignes du désert, chaque barrage sur un bras est un ouvrage aussi facile , aussi peu coûteux qu’un barrage de l’Escaut, de la Tamise, et du Rhin en Hollande. Toutefois, des dispositions nouvelles, justifiées par l’expérience, doivent être adoptées pour diminuer les frais de construction et augmenter la solidité des ouvrages. |

La basse Égypte et toute la vallée du Nil, dans la haute Égypte, étant formées d’alluvions d’un limon mêlé de sable , des travaux hydrauliques fondés sur pilotis coùteraient des sommes excessives et n’auraient pas une suffisante solidité. Il faut, surtout en Égypte, éviter les ouvrages d'art qui exigent l'emploi d’ouvriers très-exercés, très-rares même en Europe , et des matériaux éloignés et de choix d’une dépense excessive.

1 Cette évaluation serait de moitié plus faible que celle qne nous avons donnée tome 1, page 125,

On épargnera une grande partie des dépenses d’argent et de temps en fondant les barrages sur béton. au moyen de draguage dans le limon et sans épuisement. On donnera aux fondations beaucoup d’empattement pour prévenir les affouillements. L'Égypte fournit abondamment tous les matériaux nécessaires à ces constructions, que les ouvriers du pays, bien dirigés , exécuteraient avec économie. La masse du béton serait continuée et montée jusqu’à la ligne d'étiage et couronnée par une maçonnerie générale en pierres de taille , s'élevant à 1 mètre 40 centimètres au-dessus de l'étiage.

Dans cette maçonnerie serait encastré le barrage mobile, fermant avec des vannes ou poutrelles, et destiné à soutenir les eaux jusqu’au niveau fixé et même jusqu’à la hauteur des crues du Nil.

On doit faire remarquer 1° que le Nil ne charrie point de glaces , et qu’ainsi les poteaux montants des barrages mobiles ne seraient point exposés à des avaries dans les crues ; 2° que la longueur des barrages étant double du lit du Nil, on peut fonder le barrage presque à sec en commencant les ouvrages hors du lit actuel ; 5° que les inondations artificielles seraient réglées et renouvelées à volonté.

Chaque barrage ainsi construil ne coûterait pas audelà d’un million à un million et demi, selon les localités , mais le choix des emplacements est d’une grande importance, ne peut manquer d'exercer une grande influence sur les résultats et sur les dépenses , et exige une expérience consomméedes travaux hydrauliques.

Avec les barrages successifs proposés , le système d'arrosage ancien ne serait point changé, on n'aurait pas à creuser des dérivations nouvelles , on profiterait de tous les canaux existants, on ferait le curement des anciens canaux qui distribueraient les eaux du fleuve sur toutes les campagnes, on n’occasionnerait aucune perturbation, enfin et surtout on mettrait à profit la totalité des eaux du fleuve.

Les grands barrages projetés au Ventre de la Vache, en aval du Caire , s’ils étaient achevés , ne rempliraient pas la même destination sous aucun des rapports que nous venons d'examiner.

Une dérivation éclusée, ayant vingt-neuf arches éclusées de 10 mètres et d’une longueur de 5,000 mèetres, n’est pas plus utile qu’une coupure de 200 mètres de longueur et de 20 mètres de largeur dans le fond , avec des écluses aux extrémités; les passages laissés ouverts à la navigation dépenseraient un grand volume d’eau et produiraient une cataracte que les bateaux montants ne pourraient franchir qu'avec une extrême difficulté. ,

Les barrages établis dans le haut du fleuve n’auraient aucune influence sur les améliorations à obtenir dans les plaines inférieures, d’une surface dix fois plus grande que la zone à arroser par les nouveaux canaux projetés.

L'emploi du bois pour fondation entrainerait dans de grandes dépenses, sans procurer la même garantie de solidité, parce qu’il faut descendre les pieux à une grande profondeur dans le limon du Nil pour les rendre solides, tandis qu’une masse générale de béton de

3 mètres d'épaisseur , reposant sur la vase , supporterait les plus lourdes constructions.

21. Des barrages sur le Nil dans la haute Égypte. — Les barrages du Nil dans la haute Égypte sont plus faciles encore à exécuter que sur les bras du Nil dans la basse Égypte. Les matériaux étant sur place et de la meilleure qualité , ces barrages , construits d’après le même système, auraient aussi pour résultats de doubler lPétendue des terrains cultivés en fécondant par des irrigations les sables du désert.

Les emplacements les plus convenables pour établir ces barrages sont déterminés par les points où le fleuve est plus resserré et devient très-sinueux. Les cartes détaillées ne sauraient suffire pour faire le meilleur choix entre les localités les plus favorables ; 1l faut encore étudier le cours des dérivations et des localités et toutes les circonstances à coordonner pour en assurer la réussite avec le moins de dépense.

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