DIVERS TRAVAUX
Nouveau phare d'Alexandrie. — Embarcadère et rail-way du Mahmoudieh. — Chemin de fer du Delta.
25. Nouveau phare d'Alexandrie. — Chacun sait que toute la plage de l'Égypte est extrêmement basse et qu’on peut à peine l’apercevoir de jour à trois lieues de distance ; aussi l'impossibilité où se trouvent souvent les navires de s'éloigner à temps des côtes amène
de fréquents naufrages. l'établissement d’un feu de premier ordre élait donc vivement réclamé par les intérêts du commerce et de humanité. Le vice-roi à ordonné la construction d’un phare sur la pointe de Ras-el-Tin.
Cet édifice aura 65 mètres de hauteur au-dessus du niveau de la mer, et le feu qu’il doit renfermer sera vu à huit lieues au large. Il est entièrement construit en pierres de taille, en forme de colonne. Son diamètre extérieur est de 9 mètres 75 centimètres à la base. Le milieu de la colonne présente un cylindre creux de 5 mètres 75 centimètres de diamètre où sont les marches donnant accès à la chambre de la lanterne. Ces marches semblent, au premier aspect, ne pouvoir pas se soutenir, tant il y a de légèreté ei de hardiesse dans leur con:truction. La base est soutenue par une enceinte circulaire de bâtiments destinés au logement des gardiens et à lemménagement des huiles. La tour, qui aura 60 mètres de hauteur, est déjà arrivée à 48 mètres, et le feu pourra être allumé l'hiver prochain. Ce travail, dans son ensemble ct dans ses détails, est fort bien entendu, et tous les voyageurs viennent Padinirer. 1] fait le plus grand honneur à lingénieur égyplien élevé en France, Mazhar-Effendi, qui le dirige, et sera un nouveau témoignage des efforts que fait le vice-roi pour ramener l'Égypte à son antique splendeur. Il est seulement à regretter qu’on songe à adopter le système vicieux d'éclairage anglais, tandis qu'en Angleterre on commence à lui substituer celui de France, plus avantageux sous tous les rapports. il faut espérer que Méhémet-Ali, éclairé par l'opinion
des personnes instruites, renoncera à cette idée et couronnera un travail si remarquable par l'introduction de la belle découverte de Fresnel.
96. Embarcadère ct rail-way du Mahmoudieh. — Tous les produits territoriaux de la haute et de la basse gypte, destinés à l'exportation , arrivent par eau à Alexandrie et sont renfermés dans de vastes entrepôts pour être expédiés quand l’occasion s'en présentera. Comme le transport par mer de la plupart des céréales n'est pas toujours sans inconvénient à cause de la fermentation occasionnée par le contact prolongé d’une chaleur humide, il arrive que les chargements se font presque tous pendant la saison d'hiver ; et, pour salisfaire aux exigences de tous les bâtiments, on est alors obligé d'employer des masses considérables d’hommes s’éievant par jour de quinze à dix-huit cents, qui transportent le grain dans des paniers, des magasins aux barques, lesquelles vont accoster les navires tenus assez au large dans le port.
L'emploi d'un si grand nombre de travailleurs sur un espace assez resserré amène nécessairement de la confusion dans le travail, de la perte dans les denrées, des lenteurs dans les chargements et quelquefois même des luttes.
Pour obvier à tous ces désavantages, le vice-roi, mettant à profit le zèle de M. Mongel pour tout ce qui peut contribuer aux intérêts généraux, l’a chargé de construire un chemin de fer qui, partant du centre des magasins, vient aboutir à l'extrémité d'un embarcadère assez avancé dans la mer pour que les navires y touchent. Ce chemin de fer a deux rails et une longueur
de 300 inètres. Vingt waggons, contenant chacun 50 hectolitres , descendant d'eux-mêmes jusqu'à lembarcadère , laisseront tomber de leurs trappes dans l’écoulet du navire les grains dont ils auront été chargés dans l'intérieur des magasins ; il ne faudra que deux travailleurs pour opérer ce déchargement. Ce chemin doit déjà fonctionner depuis quelque temps. Tout le commerce applaudit à celte nouvelle amélioration qui facilitera beaucoup les mouvements du port et laissera disponibles pour d’autres travaux des bras si mal employés.
Le vice-roi songe à couper le Delta de Kafret-el- Majeur à Mansourah par un chemin de fer. Déjà le tracé est fait, et une grande partie des rails est arrivée sur les lieux. Malgré ces préparatifs , j'aime encore à croire que ce projet sera abandonné, et qu’on préférera un grand canal dont le creusement et l'entretien seront plus faciles et moins coûteux, et qui aura de plus Pavantage de fournir à l'irrigation des terres adjacentes. L'Égypte est essentiellement propre à la canalisation, tandis que par son terrain, par ses inondations, par le manque complet de la matière première et de l'agent moteur, elle n’est nullement un pays à rail-ways. Préférer les rails aux canaux, c’est rejeter les moyens que là nature nous a mis sous la main pour en demander, d’ailleurs, de plus dispendieux, de plus difficiles et de moins sûrs.