‹ Aperçu général sur l'ÉgypteChapitre 76 sur 103 · CRE · texte numérisé non relu

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traverser. Sans doute, ainsi exécuté , 1 serait encore très-utile, mais il ne donnerait pas ces résultats grandioses qu’attend ie monde de la jonction des deux mers.

Nous envisageons l’entreprise dans un but plus général ; elle doit , selon nous, satisfaire à la condition d'admettre les grands bâtiments des Indes, les vaisseaux de ligne de premier rang et les bâtiments à vapeur des pius grandes dimensions. Pour atteindre ces divers résultats, il faut donner au grand canal vingt mètres de largeur de plafond, dix mètres de profondeur totale, et seize mètres de passage aux écluses et sas.

Ces données du problème exigent impérieusement que le canal de jonction des deux mers soit dirigé de Suez à Péluse, et que des dispositions soient prises pour surmonter tous les divers obstacles qui ont fait envisager cette entreprise comme impraticable, en raison de l'étendue des marais, de la mobilité des sables et du peu de profondeur de la Méditerranée à Péluse ; appuyé de l’expérience et de l’opinion de M. Cordier , qui a approfondi la question , nous considérons la solution de ces difficultés comme très-certaine.

Dans le cas de succès, l'ouverture du canal des deux mers , pour les plus grands navires, de trente-cinq lieues de longueur , exécuté en cinq ans, opérerait une révolution commerciale dans les relations de V’Europe et de l'Inde; en l’accomplissant, le vice-roi mériterait de la reconnaissance des peuples une gloire immortelle.

95. Du chemin de fer projeté de Suez au Caire. — Le maréchal duc de Raguse a exposé, dans son Voyage, avec une haute raison, les inconvénients et les causes d'insuecès et de destruction du chemin de fer projeté entre Suez et le Caire. La mobilité des sables , la rarete des voyageurs , la difficulté de trouver des mécaniciens habiles, justifient ses prévisions.

Le voyageur des Indes arrivé au Caire aurait encore soixante-cinq lieues à parcourir à travers l'Égypte, où la circulation du Caire à Alexandrie n’est établie que par des bateaux à voile ou tirés par des hommes.

Le maréchal montre avec sagacité la supériorité incontestable d’un canal sur un chemin de fer dans ces localités.

Mais ses observations supposent l'ouverture du canal ancien de Suez au Caire ; et il envisage comme impossible, ainsi que tous les autres écrivains, le canal de jonction des deux mers de Suez à Péluse.

Mais s’il est démontré, comme nous en avons la conviction, que la communication navigable entre la mer Rouge et la Méditerranée doit être établie de Suez à Péluse , et que presque tous les vaisseaux expédiés d'Europe dans les Indes prendront cette direction , il sera évident alors que les villes de Suez et de Péluse, alimentées d’eau douce par des dérivations du Nil, deviendraient en peu d'années de grands centres de commerce et des cités importantes, très-peuplées, et que les anciennes villes détruites sur les bords du canal seraient en peu d'années rétablies. Le chemin de fer entre la mer Rouge et la Méditerranée , distance que les voyageurs franchiraient en cinq heures, serait dans

ce cas l’un des plus fréquentés et des plus productifs.

Ce chemin de fer serait établi sur une des digues du canal et ne coûterait que les frais de pose des rails, les digues étant presque droites et horizontales,

Les suppositions que nous avons faites d’un canal ouvert à tous les navires, très-fréquenté, peuplé de villes à ses extrémités et sur ses rives de dérivation du Nil longeant le canal et fécondant sur mille lieues de superficie les sables du désert, donnent la solution des difficultés réelles , des obstacles sans nombre au succès d’un chemin de fer qui serait établi dans ces localités maintenant désolées.

: L'Égypte , régénérée par le vice-roi, nous semble appelée aux plus hautes destinées; en peu d’années . elle sera sillonnée par des chemins de fer, 1° de Suez au Caire et à Péluse sur les digues du grand canal; 2 du Caire à Alexandrie sur les bords du Nil; 3° d'Alexandrie à Rosette , Damiette et Péluse par le littoral de la mer. Lorsque les lacs desséchés auront été rendus à l’agriculture, ces contrées , alors salubres, redeviendront encore les plus fertiles et les plus peuplées du monde , comme les plaines de la Hollande et la Flandre conquises sur la mer, que des canaux et des chemins de fer traversent en tous sens.

24. Conclusion. — L'Égypte est le pays du monde qui a le plus d'avenir et dont la prospérité doit exercer le plus d'influence sur le commerce des nations d'Europe et des Indes en relations d'échanges.

Un canal à grandes sections , de la mer Rouge à la Méditerranée, de Suez à Péluse, abrégerait de plu-

sieurs milliers de lieues les distances entre les Indes et l'Europe. L'emploi des bâtiments à vapeur sur la mer Rouge donnerait le moyen de prévenir les dangers et de surmonter les difficultés, d’ailleurs fort exagérées, de cette navigation.

La différence de niveau des deux mers est un avantage inappréciable qui assure le succès du grand canal par la certitude d'obtenir un mouillage profond au port de Péluse.

En peu d’années les produits du sol de l'Égypte tripleraient ; la population , les richesses et la prospérité de ces contrées croitraient avec sa puissance; Europe applaudirait aux succès du vice-roi ; la France surtout, appelée des premières à prendre part aux bienfails de la grande communication des deux mers, serait satisfaite de cette création , sinon le but, du moins l’une des grandes préoccupations de la mémorable expédition d'Égypte.

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