‹ Aperçu historique sur le Parlement de ParisChapitre 121 sur 288 · PAMPHLETS CONTRE LE PARLEMENT MAUPEOU · texte numérisé non relu

PAMPHLETS CONTRE LE PARLEMENT MAUPEOU

Les huissiers eux-mêmes laissèrent éclater leur répulsion contre le P^r/e^H^w^pos^'/cAe'i). On avait désorganisé le Conseil d'État, sans parvenir à organiser la magistrature de la capitale. Plusieurs membres du Grand-Conseil refusèrent de remplacer les parlementaires auxquels ils tenaient par des liens de parenté, et les autres Cours souveraines, qui avaient leur siège dans Paris, exprimèrent des vœux pour le rétablissement des magistrats supprimés. Les princes du sang eux-mêmes se laissèrent entraîner par le sentiment général d'hostilité contre l'entourage royal. Au lieu de se serrer autour du chef de leur maison, ils protestèrent contre tous les actes accomplis depuis le 27 novembre 1770 « et particulièrement contre l'effet des surprises multipliées faites à la religion du roi par son chancelier, qui lui présentait comme une loi l'édit de décembre de 1770, dont l'eifet serait la destruction de toutes les lois et l'établissement légal du pouvoir arbitraire ^^K » Treize pairs, dans l'intérêt des prérogatives de leur pairie, adhérèrent à cette protestation.

De son côté, la Cour des aides tit entendre au roi d'éloquentes remontrances, ouvrage de Lamoignon de Malesherbes, futur défenseur de Louis XVI. « On vous a présenté. Sire, le fantôme d'une révolte générale de la magistrature, dit le premier président de Lamoignon, on a calomnié votre Parlement de Paris, et quand on vous a déterminé à une vengeance éclatante, le moyen qu'on vous propose pour punir les ministres des lois est de détruire les lois elles-mêmes; et pour marquer votre mécontentement au Parlement de Paris, on veut enlever à la nation les droits les plus essentiels d'un peuple libre. Voilà ce qui résulte de l'édit de décembre 1770. »

De Lamoignon de Malesherbes ajouta : « Par quelle fatalité. Sire, veut-on forcer les plus fidèles sujets à rappe-

(1) Martin, ffist. de Fr., 16.2S1. — ^2) Dufey, Hist. des Pari. 2.281.

(1771) DE I-AMOIGNON DE MALESHERHES 217

1er à leur maître les lois que la Providence lui a imposées en lui donnant la couronne? Vous ne la tenez que de Dieu , Sire , et il était superflu de l'annoncer dans le préambule de votre édit, puisqu'il n'est point de Français qui ne soit prêt à répandre son sang pour soutenir cette vérité contre toutes les puissances rivales de la vôtre ; mais ne nous refusez pas la satisfaction de croire que vous êtes aussi redevable de votre pouvoir à la soumission volontaire de vos sujets, et à cet attachement pour votre sang auguste qui nous a été transmis par nos ancêtres. Daignez considérer que la puissance divine est l'origine de toutes les puissances légitimes, mais que le plus grand bonheur des peuples en est toujours l'objet et la fin, et que Dieu ne place la couronne sur la tête des rois que pour procurer aux sujets la sûreté de leur vie, la liberté de leurs personnes et la tranquille possession de leurs biens. »

Ces paroles, si respectueuses mais si significatives, indiquaient que si le roi tenait sa couronne de Dieu, il la tenait également de l'adhésion des Français, et que la puissance remise entre ses mains ne lui avait été donnée qu'à la condition de s'en servir dans l'intérêt de ses sujets. La Cour des aides disait ensuite : « Pour la première fois, Sire, depuis l'origine de la monarchie, nous venons de voir la confiscation des biens et celle des ofiSces prononcées sur une simple allégation et par un arrêt de votre Conseil .... Le peuple avait autrefois la consolation de présenter ses doléances aux rois vos prédécesseurs, mais depuis un siècle et demi les États généraux n^ont pas été convoqués. Jusqu'à ce jour au moins les réclamations des Cours suppléaient à celle des Etats, quoique imparfaitement ^ mais aujourd'hui l'unique ressource qu'on avait

laissée au peuple lui est enlevée Le peuple dispersé

n'a plus d'organe pour se faire entendre; la noblesse, qui

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