APPEL A L.V NATION
approche le plus près de Votre Majesté , est forcée de garder le silence, enfin, l'accès du trône semble se fermer aux princes mêmes de votre sang.
« Interrogez donc, Sire, la nation elle-même, 'puisqu'il n'y a plus qu'elle qui puisse être écoutée de Votre Majesté '1'. »
Cet appel à la nation était grave au moment où la royauté, après avoir détruit l'importance politique de la noblesse au XVII® siècle, détruisait les grands corps de la magistrature à la fin du xviii^ siècle. C'était supprimer l'ancienne barrière élevée contre l'autorité despotique et arbitraire ^-'. La révolution de l'ordre judiciaire s'était opérée sans obstacle ; mais, en attaquant un point aussi important que l'inamovibilité des juges, consacrée par les siècles, Maupeou avait montré à la France que les lois constitutives du gouvernement n'étaient pas immuables. C'était donner à l'esprit révolutionnaire un dangereux exemple.
Fière de son facile triomphe, la royauté se crut à l'apogée de sa puissance, parce qu'elle restait en face du peuple sans intermédiaire. Cette étrange illusion devait durer bien peu. Les princes et les pairs furent convoqués à un lit de justice, tenu à Versailles le 13 avril 1771. Les pairs y parurent, les princes s'abstinrent, excepté le comte de La Marche, à qui le roi dit : « Mon cousin, soyez le bien venu, nous n'aurons pas nos parents '^>. » Le lendemain, les princes reçurent l'ordre de ne plus venir à la cour(^\, et ils durent cesser d'y paraître, tant qu'ils n'auraient pas fait leur soumission.
Dans le lit de justice tenu par le roi pour inaugurer la
(1) De Tocqueville, Hist. phil. du règne de Louis X V, 2 Ail, — (2) Le roi, après avoir refusé de recevoir les remontrances de la Gourdes aides, supprima cette Cour et transféra ses attributions au Parlement, par édit du mois d'avril 1771. Ane. lois, 22.522. — De Tocqueville, Histoire philos, du règne de Louis XV, 2.478. — (3) Michaud, Biog. de Maupeou. — (4) Regnaut, 1.120.