DISCOURS DE SÉGUIER
de la douleur la plus profonde, que la dispersion de votre Parlement annonce l'anéantissement des formes les plus anciennes, que toute nouveauté est dangereuse, que l'interversion des lois a été plus d'une fois, dans les grandes monarchies, la cause ou le prétexte des révolutions, et que, dans une monarchie, la stabilité seule des magistrats peut leur assurer celte liberté qui doit être l'àme des délibérations et garantir la sûreté des droits respectifs du souverain et de son peuple.
« Puissent nos réflexions, nos prières et nos larmes, se faire passage jusqu'au cœur de Votre Majesté ! Puissent nos vœux et nos supplications désarmer votre colère ! C'est à vous-même que la France appelle de votre sévérité. Consultez votre cœur, et elle reconnaîtra un monarque qui ne veut régner que par l'amour et la justice.
« Dans une confiance aussi juste, assurés de retrouver toujours en Votre Majesté le père de vos sujets, guidés par notre seul devoir, nous ne craindrons pas de supplier Votre Majesté de retirer un édit qui forme un contraste aussi étonnant avec les lois et les ordonnances du royaume, auxquelles il n'a pas même dérogeai*. »
Après ce discours, le chancelier se hâta de recueillir les voix, et fit enregistrer un premier édit portant suppression de tous les anciens offices du Parlement et les remplaçant par soixante et quinze offices gratuits. Après que ce premier édit fut enregistré , le chancelier exposa les motifs du second, qui supprimait la Cour des aides, dont les remontrances avaient paru trop énergiques. Le premier président répondit : « Nous persistons dans les dispositions que nous avons eu l'honneur d'exposer à Votre Majesté, silence, respect et soumission . »
L'avocat général requit l'enregistrement de l'édit cVa^ p7^ès le très-exprès cotnmandement de Sa Majesté, mais il
(1) Dufey, Uist. des Pari., 2.292.