SUPPRESSION DU GRAND-CONSEIL
ajouta : « Cest contre le témoignage de notre conscience, dont nous déposons au pied du trône la réclamation authentique. » Ces nobles et courageuses paroles ne furent pas relevées, et le lendemain le parquet tout entier envoya sa démission <i^
Le troisième édit, portant suppression du Grand-Conseil, tribunal parasite, sans territoire et sans attributions fixes, qui avait eu tant de démêlés avec le Parlement, fut enregistré sans observations. Le roi fit lui-même la clôture du lit de justice, en ces termes : « Vous venez d'entendre mes volontés ; je vous ordonne de vous y conformer et de commencer vos fonctions dès lundi. Mon chancelier ira vous installer. Je défends toute délibération contraire à mes volontés et toute représentation en faveur de mon ancien Parlement, car je ne changerai jamais'^K » Ce langage, auquel Louis XV n'avait pas habitué ses sujets, loin d'en imposer, parut déceler les craintes du chancelier sur les mesures dont il était l'auteur. On raconte que la comtesse Dubarry, ayant rencontré le duc de Nivernais, l'un des opposants au lit de justice, lui dit : « Monsieur le duc, il faut espérer que vous vous départirez de votre opposition, car vous l'avez entendu, le roi a dit qu'il ne changerait jamais Oui, Madame, répondit le duc, mais il vous regardait '^^ »
Le chancelier installa au Palais de Justice les nouveaux magistrats, au milieu d'un appareil militaire qui donna à cette solennité, purement civile, l'apparence d'une prise d'assaut. Le Parlement se trouva composé d'un premier président, Berthier de Sauvigny, conseiller d'Etat et intendant de Paris, de quatre présidents à mor-
(l)DeSismondi. Hist. des F,\, 29.430. — (2) Dareste, Hist. de Fr.. 6.595. — Regnaut, Hist. des événem. conc. les Pari., 1.148. — 'Md.vûn, Hist. de Fr., 16.285. — (3) Bachaumont, Mém., 1.402. — De Lacretelle, Hist. de Fr. au xviu' siècle, 4.272.