LIT DE JUSTICE DU 12 NOVEMBRE
alors, vers le roi, prit à genoux les ordres de Sa Majesté, fit donner lecture de l'édit de rétablissement du Parlement, et dit au premier président : « Le roi vous permet de parler. »
Le premier président d'Aligre, après avoir rappelé que la reconnaissance est le plus solide fondement de la fidélité et de l'amour, et que c'est surtout dans les magistrats qu'éclatent ces sentiments, ajouta : « Sire, nous osons offrir à Votre Majesté ce que nous seuls pouvons peut-être lui promettre, sans mélange et sans autres réserves que celle qu'impose le respect, ce qu'on peut promettre de plus utile à un souverain et de plus onéreux au sujet qui le procure, c'est. Sire, la connaissance de la vérité. . . . Nous nous en acquitterons en vous jurant, en toute occasion, la même fidélité dont nous avons toujours usé envers les rois vos prédécesseurs; nous ferons tout notre bonheur de la gloire d'avoir rempli un si grand engagement, et notre tranquillité sera fondée sur le témoignage que notre conscience nous rend que nous en sommes uniquement pénétrés'^*. »
L'avocat général Séguier, ayant été autorisé à prendre la parole, s'exprima ainsi : « Sire, votre avènement à la couronne n'a été marqué que par des actes de bienfaisance et de justice, et la bonté qui éclate dans toutes les actions de Votre Majesté, nous annonce qu'elle ne veut faire usage de la puissance royale que pour multiplier le bonheur. . . Cédant au mouvement de votre cœur, encore plus qu'aux vœux de tous les ordres de VEtat, Votre Majesté vient de rétablir dans ses fonctions le corps antique, honoré, depuis sou établissement, delà confiance des rois, vos illustres ancêtres, et que les services les plus éclatants ont toujours fait regarder comme une des plus fermes fonctions de la monarchie .... Ce fut avec
(1) Ane. lois, 23.80.
(1774) DISCOURS DE l'avocat général séguier 255
toute l'amertume du désespoir que nous nous vîmes réduits à la cruelle nécessité d'abdiquer les fonctions honorables qui nous avaient été confiées ; c'est avec la joie la plus vive que nous nous trouvons rappelés à ce ministère, unique objet de nos vœux. . . L'appareil éclatant et la pompe que Votre Majesté a voulu mettre à cette auguste cérémonie, ne peuvent qu'ajouter une nouvelle sanction à la loi immuable de la propriété et à la loi politique de V inamovibilité des offices; tous vos sujets regardent comme un bienfait le rétablissement des tribunaux qu'ils osaient espérer de votre justice, et les éloges que l'amour et la reconnaissance vont prodiguer à Votre Majesté, répétés d'un bout de la France à l'autre et perpétués d'âge en âge, retentiront jusque dans la postérité la plus reculée. Votre Parlement, Sire, se fera un devoir et un honneur de justifier, par sa sagesse et la modération de sa conduite, la juste confiance de Votre Majesté. Pénétré de vos bontés, il s'empressera de donner à tous vos sujets l'exemple de l'amour, du respect et de l'obéissance (i'. »
Le roi ayant repris la parole, dit : « Vous venez d'entendre mes volontés. J'attends de votre zèle pour le bien public et de votre attachement aux vrais principes de la monarchie, que vous vous conformerez exactement à ce que je viens de vous prescrire. Comptez sur mes bontés et sur ma protection tant que vous remplirez dignement vos fonctions et que vous ne tenterez jxis de franchir les bornes du pouvoir qui vous est confié ^^\ »
Le Parlement, ainsi réinstallé, ne parut pas recevoir sa réintégration comme un bienfait ^3'. Il avait été blessé des reproches et de la défiance du roi, non moins que des prohibitions et des mesures de précaution prodiguées dans les divers édits rendus pour son rétablisse-
(1) Ane. lois, 23.84. — (2) Cons. sec, X 16.8965. — (3) De Lacretelle Hist. du XVIII' siècle, 4.303.