RÉSERVE DU PARLEMENT RÉTABLI
ment. Pas un mot de reconnaissance n'avait été articulé dans le lit de justice du 12 novembre 1774. Le roi n'avait été loué que d'avoir cédé au vœu de la nation en rétablissant une des institutions fondamentales du pays <i\ Une réinstallation si solennelle du Parlement, dans de telles conditions, ne pouvait que faire renaître la guerre entre les magistrats et la couronne, et ouvrir une nouvelle voie aux usurpations <^"2\ Des cris de joie saluèrent le retour du Parlement, mais ils cachaient, sous des dehors trompeurs, la haine contre les ministres qui l'avaient chassé et auxquels on devait la ruine de la Pologne, dont la France s'était montrée très-affectée. Ce fut surtout un acte d'opposition nouvelle sur le sens duquel les magistrats se méprirent. Leur erreur ne dura pas longtemps ^^\
Une partie des gens de lettres se montra favorable à la restauration des Parlements. Voltaire crut qu'il serait tenu en bride désormais par les précautions prises contre lui. La Harpe rédigea pour le Mercure un compte-rendu élogieiix de la cérémonie du 12 novembre. Beaumarchais écrivit à Sartine « que jamais sensation n'avait été plus vive, plus forte, plus universelle, que le peuple français était devenu fou d'enthousiasme; qu'il était inouï qu'un roi de vingt ans, auquel on potivait supposer un grand amour pour son atitorité naissante , ait assez aimé son peuple pour le porter à lui donner satisfaction sur un objet aussi essentiel •*'. » Collé composa des couplets de circonstance, sous le titre de : Les Revenants. Il faisait allusion à ce mot de Maupeou , parlant dti retour des exilés , « qti'il ne fallait pas croire aux revenants. » Louis XVI, de son côté , se fit illusion sur les applau-
(1) De Tocqueville, Coup d'œil sur le règne de Louis XVI, p. 29.— De Besenval, Mérn., 1.382. — (2) La France sous les rois, par Dampmartin, .94. — (3) De Lacuisine, Le Pari, de Bourgogne, 2.453. — (4 » Beaumarchais, Ses œuvres, 6. Corresp. Lettre du 14 novembre 1774 à Sartine.