‹ Aperçu historique sur le Parlement de ParisChapitre 165 sur 288 · NECKER OFFRE SA DÉMISSION · texte numérisé non relu

NECKER OFFRE SA DÉMISSION

et offrit sa démission en cas de refus. Maurepas fat d'avis qu'on lui accordât l'entrée au Conseil, s'il abjurait solennellement les erreurs de Calcin. Il le savait incapable d'un pareil acte. L'entrée du Conseil lui fut définitivement refusée. Necker insista pour obtenir d'autres marques de la confiance royale, nécessaires, disait-il, à l'autorité de son administration ; il ne put les obtenir. Contrarié dans ses projets, déçu dans ses espérances, il adressa au roi sa démission (i\ Il s'était formé contre lui une coalition de tous les intérêts froissés, de toutes les ambitions inassouvies, et de toutes les doctrines qui attendaient leur tour d'être mises à l'épreuve. Louis XVI , combattu par des influences et des désirs contraires, hésita d'abord et finit par accepter la démission de Necker '2^, dont la hauteur lui déplaisait (3).

En se retirant, le directeur général, que la reine essaya en vain de retenir (^), écrivit au roi, sur un petit papier, sans titre en vedette : « La conversation que j'ai eue avec M. de Maurepas ne me permet plus de différer de remettre entre les mains du roi ma démission. J'en ai l'âme navrée. J'ose espérer que Sa Majesté daignera garder quelque souvenir des années de travaux heureux mais pénibles et surtout du zèle sans bornes avec lequel je m'étais voué à la servir <^5'. »

Comme Turgot, Necker succomba au moment où il venait d'atteindre le plus haut degré de puissance. Tous deux aimèrent le bien public et poursuivirent les abus ; mais Turgot avait le désintéressement d'un sage, tandis que Necker n'était désintéressé qu'en matière d'argent. Turgot avait foi dans ses principes et Necker avait foi en lui-

(1) Louis Blanc, Hist. de la révol. franc., 2.69. — (2) Oger, Hist. de Fr., 275. — (3) Sallier, Annales françaises , 22. — (4) Droz , Hist. du règne de Louis XVI, 1.229. — (ô) Le 19 mai 1781. Soulavie, Mém. sur Louis XVI, 4.217.

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même; aussi, le premier voulait former l'opinion publique et le second s'inclinait devant elle^^). Il ne songeait qu'à la suivre et à la satisfaire , sans paraître soupçonner à quel point elle est vaine et mobile ; aucun homme ne poussa plus loin la confiance en lui-même et le sentiment exagéré de sa propre valear. Avec Necker finit le règne des ministres réformateurs, et le règne des ministres courtisans recommença'^'.

Le Parlement n'était pas resté étranger à la ligue qui avait amené la retraite de Necker. Il avait protesté contre le rétablissement des Assemblées provinciales, qui avait pour objet d'établir une répartition plus équitable des charges publiques et de déplacer le pouvoir dont il avait toujours joui. Il cherchait d'autant plus à se défendre que le péril était plus grand. Malgré le temps et les idées, il se constituait le champion des privilèges surannés, et soutenait une lutte d'autorité et non de bien public, au moment où les réformes ne pouvaient plus être ajournées sans péril pour tous. A cette époque, tout était dérangé dans les esprits et dans les moeurs, symptôme d'une révolution prochaine. Une administration tantôt arbitraire et audacieuse, tantôt faible et craintive, des vérités et des erreurs répandues par une nouvelle philosophie, l'enthousiasme pour une liberté longtemps enviée à l'Angleterre par la France, qui venait de l'atFermir en Amérique, le mécontentement du peuple écrasé d'impôts, la popularité des Parlements lorsqu'ils résistaient au ministère, enfin un désir presque général d'innovations et de réformes produisaient, au milieu d'une monarchie presque absolue , une sorte de fermentation républicaine ^^\

La retraite de Necker fut considérée comme une cala-

(1) Droz, Hist. du règne de Louis XVI, 1.230. — (2) Vivien, Hist. de la révol. franc., iutr. 20. — (3) De Ségur, Mém., 3.312.

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