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RÉFORMES DE NECKER

les Parlements se joignirent à celui de Paris pour protester contre cette innovation, qui ne pouvait être d'une grande ressource contre l'état de choses existant en 1778.

Ces résistances n'empêchèrent pas Necker de poursuivre ses projets de réforme économique et sociale. En même temps qu'il réduisait les dépenses publiques et qu'il supprimait les charges inutiles, il faisait rendre le célèbre édit du mois d'août 1779, portant suppression de la mainmorte et de la servitude personnelle dans les domaines du roi. Si Louis XVI n'affranchit pas les serfs des seigneurs en même temps que les siens, c'est qu'il craignit « de blesser les lois de la propriété ''i^. » Comme saint Louis l'avait fait pour l'abolition du combat judiciaire, Louis XVI, qui avait la piété mais non la fermeté de caractère de ce prince, ne statua que pour ses domaines et voulut agir par la force morale de l'exemple.

Une déclaration du 24 août 1780 satisfit aux énergiques réclamations des philosophes, en abolissant la question préparatoire qu'on infligeait à l'accusé pour lui arracher l'aveu du crime. Louis XVI avait puisé dans son cœur cette réforme pleine d'humanité (~). La question préparatoire était « une invention merveilleuse et tout à fait sûre pour perdre un innocent qui avait la complexion faible, et sauver un coupable né robuste (-"^^ » La question préalable, à laquelle on soumettait le condamné pour le forcer à révéler ses complices, fut maintenue jusqu'au P'' mai 1788, et en réalité jusqu'au 9 octobre 1789. Des réformes utiles furent également apportées dans le régime des prisons ^^) et des hôpitaux (•^>.

(1) Marrin, Hist. de Fr., 10.494. — De Sismondi, Hist. des Fr., 30.116. — (2) Feuillet de Conches, Hist. de Louis XVI, du 20 août 1780, t. 1, p. 129. — (3) La Bruyère, Les caract., chap. xiv, De quelques usages. — Beccaria rappelait une boucherie secrète établie dans l'obscurité des prisons. Des délits et des peines, % 12. — (4) Le 30 août 1780. Martin, Hist. de Fr., 16.495. — (5) Un édit du 11 mai 1781 ordonna que, désormais, à l'Hôtel-Dieu de Paris, chaque malade fût seul dans un lit.

280 COMPTE REXDU DES FINANXES (1781)

Necker ne se borna pas à ces améliorations philanthropiques que Louis XVI comprenait si bien lorsqu'il n'en prenait pas l'initiative. Afin de relever le crédit qui s'épuisait, le directeur g^énéral du Trésor publia 'i' le compte rendu des finances, où les recettes y paraissaient supérieures de dix millions à la dépense '-'. La sensation produite par ce document fut prodigieuse. Les Français voyaient pour la première fois soulever le voile qui jusqu'alors avait couvert le secret des finances ^^'. L'enthousiasme et l'admiration pour le ministre furent au comble. Le compte rendu, toutefois, déplut à la Cour, parce qu'il faisait un appel à l'esprit public, et aux courtisans, parce qu'il révélait l'abus des pensions et des offices inutiles dont ils jouissaient. Necker n'avait pas su résister à l'idée de se glorifier de ses premiers succès au lieu de s'appliquer à les poursuivre en silence et à les consolider pour l'avenir <•*'. La ligue qui avait renversé Turgot se reforma contre lui. La majorité du clergé le combattit en sa qualité de protestant genevois, et les Parlements ne pouvaient lui pardonner de s'être exprimé d'une manière très-hostile sur le droit de remontrances. Maurepas, auquel la popularité et l'ascendant du directeur général du Trésor portaient ombrage, ayant remarqué que le compte rendu était enveloppé d'une couverture bleue, l'appela le conte hleu et le fit attaquer par des libelles'^'.

Necker, étonné de ne pas triompher de ses ennemis, crut que sa popularité lui permettait de défier la disgrâce. Il voulut frapper un grand coup ; il demanda son entrée au Conseil, d'où sa qualité de protestant l'avait éloigné,

(1) En janvier 1781. — (2) Compte rendu par Necker, p. 10. Il représentait en revenus, 264,154,000 livres; en dépenses, 253,954,000 livres ; et par conséquent un excédant de 10.200,000 livres. — (3) Sainte-Beuve, Causeries du lundi, 7.272. — (4) Droz, Hist. du règne de Louis XVI, 1.231. — (5) Les Lettres d'un ami et les pourquoi sont d'Augeard , 99.106. Les Comynent. sont l'ouvrage de Galonné. Rocquain, 385

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