‹ Aperçu historique sur le Parlement de ParisChapitre 197 sur 288 · LE PARLEMENT EXILÉ A TROYES · texte numérisé non relu

LE PARLEMENT EXILÉ A TROYES

mier président communiqua, avec affectation, une lettre du baron de Breteuil qui lui annonçait qu'aux termes des lettres patentes de translation, le Parlement devait rester àTroyes et y passer les vacances. Cette perspective était dure, surtout pour les jeunes conseillers, et il fut décidé que le premier président se rendrait auprès du roi pour lui exposer les difficultés qui entravaient l'exercice des fonctions du Parlement à Troyes^i^. Les négociations, ouvertes dans de telles dispositions, devaient aboutir rapidement. Il intervint un de ces compromis qui affaiblissent les pouvoirs.

Le Parlement, peu conséquent avec lui-même, mais lassé de son exil, où il se trouvait privé, tout ensemble, et du travail qui occupe, et des plaisirs qui délassent ^'^^ , accepta^^Ues propositions du ministre, en disant : « Que la nécessité des circonstances et le désir de ramener la tranquillité publique, lui faisaient impérieusement la loi d'enregistrer le nouvel édit*-^'. » 11 se racheta ainsi de l'exil et donna par cette conduite la juste mesure de son patriotisme ^^^K On lui avait demandé deux choses : de l'argent et une réforme. Il refusa la réforme et accorda l'argent. Cette conduite du Parlement est sévèrement appréciée par quelques écrivains, et cependant la prorogation du vingtième, seule concession du Parlement, était conforme aux droits et aux précédents de la compagnie.

Le Parlement fut rappelé le 20 septembre 1787*^^ et une Chambre des vacations fut établie, comme de cou-

(1) Babeau, Le Pari, de Paris à Troyes, 86. — (2) Sallier, Ann. franc., 100. — (3) l\ faussait ainsi le principe qu'il venait d'établir lui-naême, savoir: qu'aux Etats généraux seuls appartenait le droit de consentir les impôts. De Tocqueville, Coup d'œil sur le règne de Louis X. VI, 254. — (4) Arch. de la nat.i Cons. sec, S. X 16.8986. — Journ.'pour servir à l'Hist. du xviii" siècle, 389. — (5) Bûchez et Roux, Hist. pari., 1.225. — (6) Ane. lois, 28.434. — Journ. pour servir à l'Hist. du xviii' siècle, 413.

(1787) l'édit do timbre est révoqué 329

tume<^). Quatre jours après, le gouvernement fît crier dans Paris une déclaration qui révoquait les édits du timbre et de la subvention territoriale '^2) L^ premier président d'Aligre, chargé de porter au roi l'hommage de sa compagnie, exprima « qu'elle était sensiblement touchée de l'assurance que Sa Majesté voulait bien lui donner qu'il n'était pas de moj-en qu'elle ne fut disposée à employer, lorsqu'il pourrait tendre au bonheur et au soulagement de ses peuples''^'. » Le roi répondit : « Je suis satisfait des marques de fidélité et d'obéissance que mon Parlement vient de me donner; je compte qu'il s'empressera toujours de concourir à mes vues pour le bonheur de mes peuples, et de mériter ma confiance *^^ »

Avant de s'éloigner de Troyes^ le Parlement avait voulu y laisser le souvenir de sa générosité. Il avait fait remettre aux curés des paroisses une collecte qui avait été faite par les 'présidents à mortier. Les prisonniers pour dettes ne furent pas oubliés. M""^^ d'Aligre, Robert de Saint-Vincent, Fréteau de Saint- Just, Morel de Vindé, Chuppin, de Romaguat et de Villers quêtèrent pour eux à l'entrée de la grande salle d'audience'^'.

Le 24 septembre, dernier jour où le Parlement siégea à Troyes, ces dames se présentant aux Chambres assemblées, demandèrent à être introduites avec les prisonniers qu'elles avaient délivrés elles-mêmes. La Cour accueillit leur requête, et elles furent admises à prendre place parmi les magistrats qui jouirent du spectacle de leur bienfaisance^^^

(l)Sallier, /Inw. /"?'., 105. — (2) Rocquain, L'Esprit révol. avant la RévuL, 454. — (3) Journ. pour servir à l'Hist. du xviii' siècle, 412. — (4) Cahiers des Etats gén., intr. 258. — (5) M. le président à mortier Pinon dit, en remettant un louis à la première présidente: « Quand je vais à l'offrande, on méfait toujours baiser la patène. » — « Volontiers, Monsieur, répondit M"" d'Aligre, mais je vous prie d'observer qu'en voilà cinq autres qui vous attendent au même prix. » — a C'est pi'écisément mon compte, dit le président Pinon, » et il remit cinq louis aux autres quêteuses. — Babeau, T.e Pari, de Paris à Troyes, 98. — (6) Nougaret, Règne de Louis XVI, 320. — Journ. de Troyes du 17 octobre 1787. — Babeau , Le Pari, de Paris à Troyes, 99

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