RENVOI DU DUC DE BOURBON O
cette alfaire. La France, lasse de son guide, n'offrait plus que troubles, murmures et confusion. Le duc de Bourbon, dans une sorte de vertige, ne se préoccupait nullement de mettre un terme aux malheurs de l'Etat, lorsque, le 11 juin 1723, le roi, partant pour Rambouillet, lui dit avec un sourire plus gracieux qu'à l'ordinaire : « Mon cousin, ne me faites pas attendre pour souper (i). » Et, quelques heures après, le duc de Charost lui remit, de la part du monarque, une lettre qui lui ordonnait de se retirer à Chaillot. Paris apprit avec des transports de joie la chute du premier ministre et l'exil de M™® de Prie ^2> et des frères Paris qui, sous le nom du duc de Bourbon, gouvernaient si mal la France.
Le septuagénaire*'"^) évêque de Fréjus, Fleury, fut appelé à remplacer le duc de Bourbon. Il s'empressa d'apaiser Philippe V, et obtint facilement la cessation des hostilités. La constante maxime du nouveau ministre, dont la politique se trouve résumée dans ce mot qu'on lui prêta : « Quand nous donnera-t-on du bon sens en échange du bel esprit <^'*>, » fut la paix au dehors et l'économie à l'intérieur. De sages réformes signalèrent son administration, et il rendit des forces à la France épuisée^ en la laissant se rétablir d'elle-même à Taide de son tempérament robuste (^). Trois mois après avoir été appelé au ministère, Fleury fut élevé à la dignité de cardinal ^6), et son autorité fut absolue. Le gouvernement de
(1) Lemontey, Ilist. de la régence, 2.259. — (2) Seule, sous Louis XIV, M"° de Maintenon, élevée au rang d'épouse, avait eu part aux affaires de l'Etat. Le régent n'avait jamais accordé aux femmes aucune influence politique. M"" de Prie, la première, s'empara d'un pouvoir destiné à tomber souvent, après elle, entre des mains aussi corrompues que débiles. Guizot, Hist. de Fr. rac, 5.60. — (3) Vl avait 73 ans. — (4) Lettres morales de Caraccioli , 1767, 1.27. — (5) Chateaubriand, Etud. hist., 4.456. — (6) Dans le mois de septembre 1726. Journ. de Barbier, 1.444. — La cour de Rome paya sur-le-champ le service que lui avait rendu le nouveau ministre en affranchissant le clergé de l'impôt du cinquantième. « Dédié à Dieu et hors du commerce des hommes, avait dit