‹ Aperçu historique sur le Parlement de ParisChapitre 30 sur 288 · FLEURY RAPPELLE LE BLANC · texte numérisé non relu

FLEURY RAPPELLE LE BLANC

Fleiiry n'est pas l'époque brillante du siècle, mais il en est l'époque tranquille. Loin cradopter la vengeance de Dubois et du duc de Bourbon contre Le Blanc, qui avait été secrétaire d'Etat de la guerre sous le régent, il le rappela. L'habileté et la souplesse de caractère de Le Blanc avaient plu au duc d'Orléans, et excité l'ombrage du cardinal Dubois, jaloux de toute espèce de mérite. Après la chute du système, le trésorier de la guerre La Jonchère fit banqueroute, et on reprocha au ministre de la guerre d'avoir puisé pour son propre compte dans la caisse de La Jonchère "^^^ L'accusation était basée sur un mémoire des frères Paris, « par lequel ils justifiaient que les trésoriers généraux de l'extraordinaire de la guerre avaient dissipé, de concert avec Le Blanc, douze millions (^\ » Cette accusation, en ce qui concernait le ministre de la guerre, n'était pas aussi claire que le prétendaient les frères Paris, tout dévoués à la marquise de Prie. Dans les démêlés que la marquise avait eus avec M"® de Planeuf^ sa mère, Le Blanc s'était montré fidèle à cette dernière. La marquise ne l'avait pas otiblié, et elle avait usé de totite son influence sur le duc de Botirbon pour perdre Le Blanc, qui fut d'abord renvoyé du ministère et exilé.

La poursuite pour pécttlat contre La Jonchère et Le Blanc ftit compliqttée d'une accttsation d'assassinat contre Pâris-Dtivernej, dans laquelle furent impliqués les deux petits-fils du malheureux Fouquet, les deux frères de Belle-Isle, sans avoir contre eux d'autre indice que leur caractère audacietix et le désir de venger Le Blanc, leur protecteur. Le Blanc était ancien maître des requêtes ; son aîfaire fut disjointe de celle de La Jonchère et de ses

Fleury, les droits des églises sont irrévocables et ne peuvent être soumis à aucune taxe de confirmation ou autres. » Guizot, Hist. de France rac, o.~2. (1) De Lacretelle, Hist. de Fr. au xviii* siècle, 1.10. — (2) Journ. de Barbier 1.261.

54 LA. JONCHÈBE ET LES FBÈREs DE BELLE-I5LE ( l~"2ô)

complices ^^. La Jonchère fui condamné pour péculai au blâme, à une amende considérable et à la restitution de deux millions quatre cent mille livres. Le comte de Belle- Isle fut déclaré sa caution pour six cent mille livres et le chevalier de Belle-lsle fut mis hors de cause '-.

Le procès de Le Blanc fut instruit avec beaucoup de solennité. Le duc de Bourbon abandonna un peu par vengeance Le Blanc à la rigueur des lois, et le duc d'Orléans prit ouvertement la défense du favori de son père ^ . Malgré tous les efforts du gouvernement pour « gagner ou intimider les magistrats, ils maintinrent leur indépendance ^. » Ils renvoyèrent absous l'ancien ministre de la guerre, le 15 janvier 1725. mais il fut maintenu à Vincennes par ordre du roi. Telle fut la solution de ce procès, dans lequel s'agitèrent tant de mauvaises passions et qui devint une affaire de parti. Le Blanc ne rentra à Paris qu'après le chute du duc de Bourbon '5'. 11 fut alors remis dans son ancienne place « avec applaudissement de tout Paris <^>. »

Le cardinal Fleury rappela également une autre victime de Dubois, le chancelier d'Aguesseau "', dont la place était plus occupée que remplie. Les sceaux, toutefois, ne lui furent pas encore rendus'^; ils furent donnés à Chauvelin, qui avait exercé avec distinction les fonctions d'avocat général au Parlement de Paris. Avant d'enregistrer les lettres patentes accordées à ce magistrat, le Parlement envoya une dépuiaiion au chancelier pour lui exprimer son incertitude sur la régularité de l'acte royal qui morcelait ainsi ses attributions. D'Aguesseau répondit :

(l)Le 10 avril 1724. — (2) Journal de Barbier, 1.349. — (3) Journal de J5ar6ier, 1.374. — (4> De Lacretelle, Hist. de France au xvin' siècle. 1.15. — (5) Le 3 juin 1726. — lô.i Journal de Barbier, 1.428. — iT» Le 15 août 1727. BouUée, Hist. de d'Aguesseau , 2.34. — Falconnet, Etudes sur d'Aguesseau, l.lOô. — (S) Il ne les obtint de nouveau qu'en fév. 1737. BouUée. Hist. de d'Aguesseau, 2.70.

(1727) FLEURY FAIT RAPPELER d'aGLESSEAU 55

« qu'il voulait donner l'exemple de l'obéissance » et les lettres patentes furent enregistrées sans opposition ^^K

Il est des circonstances et des temps où l'honnête homme ne peut que s'abstenir et s'isoler. D'Aguesseau ne sut pas résister aux avances de Fleury et du régent, mais il discerna d'un coup d'oeil les changements considérables qui s'étaient produits à la cour. Peu consulté, moins écouté encore, il ne prit qu'une faible part à la direction des atifaires d'Etat, auxquelles on le considérait comme étranger, parce qu'il l'était aux intrigues de cour. Préoccupé surtout du besoin d'une législation uniforme, il prépara par les belles ordonnances sur les tutelles, les donations, 'les testaments et la plupart des réformes législatives que le Code civil à consacrées.

D'autres préoccupations absorbaient l'évêque de Fréjus. Il abolit l'impôt du cinquantième <^-, diminua les tailles, rétablit les rentes supprimées et accorda des remises sur les contributions arriérées ; mais il manqua de grandeur, parce qu'il manqua de prévoyance. Il laissa tomber en ruine notre marine, et la France ne se trouva pas en mesure de lutter, lorsque la guerre éclata avec l'Angleterre ^3'.

Une autre faute , beaucoup plus grave , que commit l'évêque de Fréjus, ce fut de manquer de tolérance. Dès le début de son ministère , il ^donna aux évêques une preuve de sa sollicitude pour le clergé. Par une déclaration du 8 octobre 1726, il décida que les biens du clergé « étant dédiés à Dieu et hors du commerce des hommes, ne seraient jamais soumis à aucune taxe ("*). » Le cardinal ne se borna pas à donner aux évêques ce gage de sa sollicitude pour les intérêts de l'Eglise. En 1727, le Père Soanem, de l'Oratoire, évêque de Senez, alors âgé de quatre-vingts ans, ayant publié une instruction

(1) BouUée, Vie de d'Aguesseau, 2.35. — (2) Déclar. du 7 juillet 1727. Ane. lois, 21.306. — (3) Duruy, Hist. de Fr., 170. — (4) Atic. lois, 21.301.

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pastorale où il renouvelait, contre la bulle Unigenitus, un appel déjà interjeté par lui au concile général, le cardinal Fleury le fit juger par un concile provincial réuni à Embrun, suspendre de ses fonctions et enfermer dans une abbaye ^^\ Cet acte de sévérité envers un prélat universellement estimé, ranima toute l'ardeur des disputes religieuses. Le cardinal de Noailles et douze évêques protestèrent contre l'assemblée d'Embrun ^^>. Cinquante avocats du Parlement signèrent une consultation, où ils établissaient le droit d'appel au futtir concile, malgré la déclaration de 1720, et concluaient à la nullité de l'assemblée d'Embrun (^>. Le clergé demanda des rigueurs contre les avocats, mais le gouvernement crut plus sage d'étouffer l'affaire ; il se contenta de supprimer, par un arrêt du Conseil (■*), la consultation que la cour de Rome condamnait et défendait délire, sous peine d'excommunication '^^ La décision du Conseil d'Etat ne mit pas un terme à la querelle suscitée par la bulle Unigenitus. Deux libelles, que le Parlement condamna au feu, le 8 mars 1729^^^, révèlent le degré de passion auquel les partis étaient arrivés. Dans l'un, intitulé : Réfutation de V opinion de plusieurs catholiques de France, qu'on peut toujours cornojimiiquer licitement^ quant au spirituel^ avec les ennemis de la Constitution Unigenitus , les jansénistes étaient attaqués avec une grande ardetir, et on ne parlait de rien moins que de renotiveler contre eux les fureurs de la Saint-Barthélémy. Dans l'autre, intitulé : A Nos Seigneurs les plénipotentiaires du congrès assemblé à Soissons, on dénonçait les jésuites et leur doctrine, et l'on sollicitait contre etix le secours de l'étrane-er.

(l)Rocquain, L'Esprit rév. avant la Rév.,^. — (2) Rocquair., 'Esprit rév. avant la Révol., 44. — (3) Cette consultation est datée du 30 octobre 1727. Rocquain, L'Esprit rév. avant la Rév., 45. — (4) Du 3juillet 1728. — (5) Journ. de Marais, 3.561. — (6) Rocquain, L'Esprit révol. avant la Révol, ., 51.

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