RETOUR DES MAGISTRATS EXILÉS
27 juillet 1754 ^^\ et la naissance du duc de Berry est du 23 août suivant. Les membres du Parlement de Paris ne pouvaient quitter le lieu de leur exil que le 20 août, et ils ne devaient pas arrivera Paris avant le P*" septembre*^'. On ne voulait pas qu'ils pussent assister à la procession solennelle de l'Assomption, où il y aurait une affluence de peuple trop considérable, et on voulait que la Chambre royale finît d'elle-même. Ce ne fut que le 2 septembre que le chancelier se transporta au sein de la Chambre royale et lui donna lecture des lettres patentes du 30 août, qui mettaient fin à son existence. Le maître des requêtes, Feydeau de Brou, qui remplissait les fonctions d'avocat général à la Chambre royale, se borna à dire : « La justice va rentrer dans son temple ordinaire. Hàtonsnous de remettre entre ses mains une autorité que nous avons reçue, non comme un présent dont on veut profiter, mais comme un dépôt sacré qu'on a impatience de rendre ^-^K » Le premier président de Maupeou, qui devaitporter de si rudes coups au Parlement comme chancelier, rentra dans Paris aux acclamations générales'^'.
Les magistrats se réunirent au Palais le 4 septembre ^^'. Ils votèrent l'enregistrement de la déclaration royale du 2 septembre, par laquelle le roi prescrivait de nouveau un silence absolu sur la constitution et chargeait le Parlement de « tenir la main à ce que, d'aucune part, il ne
(1) Voltaire, Le Pari, de Paris, 333. — Journ. de Barbier, 6.42. Pour le l" septembre 1754. Dès le 4 juin, le premier président de Maupeou, mandé par le roi à Versailles, avait eu avec Sa Majesté une conférence qui dura cinq quarts d'heure. Journal de Barbier., 6.35. —(2; Journal de Barbier, 6.42. Monsieur, je vous fais cette lettre pour vous dire que mou intention est que vous vous rendiez à Paris le premier jour de septembre prochain , vous donnant depuis le 20 du mois d'août pour vous y rendre, du lieu où vous êtes, et, lorsque vous serez arrivé à Paris, je vous ferai savoir mes volontés. Sur ce , je prie Dieu qu'il vous ait. Monsieur, en sa sainte garde. Ecrit à Compiègne, le 27 juillet 1754. Signé : Louis. Et plus bas : Voyer d'Argenson. — (3) Paillard, Les grandes remon. de 1753. Revue de Fr., octobre 1876, 186. — (4) Martin, Hist. de Fr.. 15.448. — (5) Journ. de Barbier, 6.53.
fût rien tenté, entrepris ou innové de contraire à ce silence'^'. Les magistrats reçurent ensuite les félicitations des Cours souveraines. Ils nommèrent une grande députation , composée de quarante-deux membres , pour aller remercier le roi. Les magistrats désignés se rendirent à Versailles dans dix carrosses à six chevaux. Admii» auprès de Louis XV, le premier président de Maupeou lui exprima que tomber dans la disgrâce du souverain était le plus grand des malheurs pour des sujets fidèles, que le Parlement venait d'en faire une expérience qui l'avait plongé dans un tel état de douleur, qu'elle ne pouvait mieux être peinte aux yeux de Sa Majesté que par les témoignages éclatants de la respectueuse reconnaissance de ses ministres. Il ajouta : « Qu'il nous soit permis de vous le dire, votre Parlement, sire, ne désirera jamais rien avec autant d'ardeur que de vous savoir pleinement convaincu de la force et de l'étendue de vos droits; il ne peut rien par lui-même ; il n'exécute que la portion d'autorité que vous lui avez confiée; aussi, l'unique but où tendront tous ses efforts sera de se rendre agréable à Votre Majesté et de remplir son devoir, qui l'oblige à veiller sans cesse à la conservation de ce précieux dépôt d'autorité que vous tenez du Tout- Puissant et qui doit être transmis, dans toute son intégrité, à votre postérité la plus reculée. »
Le roi répondit : « J'ai fait ce que j'ai cru convenable pour mettre l'ordre et rétablir la tranquillité; la justice rendue à mes sujets est un des points que j'avais à coeur. Mais, principalement occupé de les faire jouir de tout ce que j'ai fait pour leur bien, j'écarte en ce moment tout autre objet; que mon Parlement suive et reconnaisse mes bontés, qu'il se conforme en tout aux intentions que je lui ai fait connaître et dont le but est de maintenir les lois
(,1) Luynes, Mém. 13.340.