RAPPEL DES MAGISTRATS
et aux intentions que je vous ai fait connaître, pour le rétablissement de la paix, et je ne tarderai pas à réaliser les espérances que je vous ai données , par rapport à ceux de vos confrères dont vous sollicitez le retour; ayez une entière confiance en mes bontés; si vous pouviez en douter, vous cesseriez d'en être dignes^i^.» Deux jours après, sur de nouvelles supplications du premier président et de deux présidents, députés par la Cour^ le roi leur promit que leurs confrères leur seraient rendus pour la Saint- Martin^2\ ce q^i q^^i \{q^ en effet. Le 12 novembre 1757 ^3;^ les seize conseillers exilés assistèrent à la messe rouge, célébrée dans la Sainte-Chapelle.
En même temps, l'archevêque de Paris fut rappelé de Conflans, et tous les prêtres bannis ou décrétés par le Parlement rentrèrent dans leur paroisse. Le gouvernement avait voulu, par ces mesures, se concilier l'opinion, mais le silence absolu qu'il avait ordonné sur les matières religieuses ne fut pas observé. La Sorbonne décida que, vu le serment par elle prêté « de défendre la religion catholique, apostolique et romaine, usque ad effusionein sanguinis, » elle ne pouvait se conformer au silence prescrit par le souverain (^\ Le doyen de la Faculté de théologie, Lelarge, fut aussitôt exilé à cent lieues de Paris (^L Déjà l'archevêque de Paris, qui avait encouragé en sous-main la résistance de la Sorbonne, avait été exilé dans sa terre du Repaire, au fond du Périgord^^^
Un des premiers actes du Parlement fut d'accueillir la requête du provincial des jésuites de la province de France, qui protestait contre les doctrines du jésuite allemand de Busembaum , professées dans un livre intitulé Theologia moralis. Cet écrit dut être brûlé par la main du
il) Journ.de Barbier, Q. 012. — (2) Journ. de Barbier, Q.'Sli.. —(S)Journ. de Barbier, 6.594. — (4) Journ. de Barbier, 7.13. — (5) Journ. de Barbier, 7.15. — (6) Journ. de Barbier, 7.2.
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bourreau, comme contenant des propositions fausses, scandaleuses, détestables, contraires aux lois divines et humaines, tendant à la subversion des Etats, à ébranler la fidélité inviolable des peuples et capables d'induire des sujets à attenter sur la personne sacrée de leur souverain ^1). Deux mois après parut un écrit, dans lequel on faisait l'éloge du livre de Busembaum. Le 10 mars 1758, le Parlement condamna à être brûlé, par la main du bourreau, cet écrit intitulé : Apologie de la Théologie morale du Père Busembaum ^^K
Le Parlement, mécontent de la conduite que quatre de ses membres avaient tenue pendant la durée des démissions, les obligea à se retirer de la Compagnie <3^; en même temps i] dut subir la suppression de soixante -quatre conseillers, indépendamment des charges vacantes, depuis quatre ou cinq ans, par suite de décès. Cette suppression ne donna lieu à aucunes remontrances de la part des magistrats, ils se bornèrent à administrer la justice. La connaissance des alfaires de l'hôpital général*^* leur fut rendue et ils furent confirmés dans le droit de convoquer les pairs ^'^'j en totites occasions, non-seulement sans la permission dti roi, sauf à Itii à y assister s'il le jugeait à propos, mais même sans qu'il ftit instruit des causes de cette invitation et de cette assemblée générale. L'arrêt du 16 juin 1758, sur la plénitude des droits de la pairie et de la cour des pairs, dont le libre et entier exercice demeurait assuré par la réponse du roi^ causa une extrême satisfaction aux magistrats, auxquels il donnait un grand crédit dans le ptiblic.
(1) Le 6 décembre 1757. Jouni. de Barbier, G. 606. — Rocquain, L'Esprit révol. avant la Révol., 207. — (2) Journ. de Barbier, 7.25. — Cette apologie était attribuée aux jansénistes, qui l'auraient imaginée en vue d'attirer une nouvelle condamnation à leurs ennemis. Rocquain, L'Esprit révol. avant la Révol., 208. — (3) Journ. de Barbier, 1.22. — (4) Journ. de Barbier. 7.30. — (5) Journ. de Barbier, 7.62.
(1758) MADAME DE POMPADOLR 135
Le sort précaire d'une favorite ne suffisait pas cà l'ambition delà marquise de Pompadour ; elle n'était pas restée étrangère à la résolution du roi en faveur du Parlement ; par hostilité contr-e les jésuites et contre le parti du dauphin, elle avait été bien aise de relever le Parlement. Elle voulait pouvoir se vanter de faire la paix en France et la guerre en Allemagne ^^'. Les magistrats 'surent peu de gré à M™® de Pompadour de son intervention pour rétablir au dedans du royaume la paix qu'elle lui ôtait au dehors. La guerre amena la déroute de Rosbach^^^, due à la supériorité militaire de la Prusse, qui devait être la cause, en 1870 et 1871, de nouveaux et bien plus grands désastres pour la France.
Il n'entre pas dans notre sujet de faire le triste récit de la guerre de Sept Ans. Jamais la France n'avait vu ses armées si mal disciplinées, si mal commandées et si peu animées du sentiment national. Les revers recommencèrent, et l'énormité des dépenses accabla le pays, malgré les efforts du Parlement pour résister à l'enregistrement des édits bursaux présentés successivement par les contrôleurs généraux Silhouette*^^) et Bertin^'^^. Le mécontentement, causé par d'humiliantes défaites, se manifesta avec une grande vivacité. Les propos les plus hardis circulèrent contre le gouvernement, et des placards séditieux furent affichés aux endroits les plus fréquentés de Paris. Unhuissier des requêtes, Moriceau de La Motte qui avait mal parlé du roi et des ministres dans une auberge, fut condamné à faire amende honorable, en chemise, la corde au cou, devant l'église de Notre-Dame, et à être pendu en place de Grève, sans que cet excès de rigueur arrêtât les propos^-^). Cependant il fallait trouver 200 millions. Bertin recula devant la pensée d'émettre un emprunt national
(1) Martia, Hist. de Fr., 25.512. — (2, Le 3 nov. 1757. — (3) Dareste, Hist. de F)-., 6.498. — (4; Dareste, Hist. de Fr., 6.520. — (5) Barbier, Journ.,1.^.