PROCÈS DES JÉSUITES
nouveau général Ricci se fit une complète illusion à cet égard.
Le malheureux procès avait vivement préoccupé l'opinion publique. Los esprits s^'étaient échauifés, et les anciennes plaintes contre la célèbre société s'étaient ravivées. Comme la justice séculière paraissait disposée à la rendre solidaire des actes d'un de ses agents, elle fit la plus grande faute que l'on puisse commettre en affaires, elle varia dans ses défenses. Elle prétendit d'abord que chacune de ses maisons était administrée à part, quant au temporel, et que les négociations du P. Lavalette ne devaient intéresser que la maison de la Martinique. Elle soutint ensuite que le P. Lavalette devait être considéré comme seul engagé, pour avoir violé les constitutions de l'ordre en se livrant à des opérations commerciales. Cette dernière faute mit le comble à toutes les autres. Le Parlement ordonna alors (i) que les constitutions fussent apportées, dans les trois jours, au greffe*^'.
Dès le lendemain, le père de Montignj, procureur de la province de France, s'empressa de se conformer à l'arrêt de la Cour. Des commissaires furent chargés de présenter un rapport sur les constitutions, et le Parlement, sur les conclusions conformes de l'avocat général Lepelletier de Saint-Fargeau , rejeta l'appel des jésuites. L'avocat général établit que, par la nature et les lois de l'institut des jésuites, le général seul tenait en ses mains le patrimoine de l'ordre, que lui seul avait le droit de contracter, et qu'en conséquence, lorsqu'il contractait, il obligeait tous les biens de son ordre; que le P. Lavalette avait fait le commerce de l'aveu et du consentement du général, dont il avait été le mandataire <2),
(l)Le 17 avril 1761. — (2) Ane. lois, 22.511. — (3) Journ. de Barbier, 7.355. — Le P. Prat soutient que Lavalette avait agi à l'insu de ses supérieurs. Destruct. des ordres relig., p. 99. — Artaud, Biog. univ. v° Lavalette.