‹ Aperçu statistique de l'Exposition de Limoges en 1855Chapitre 13 sur 58 · M. NIVET · texte numérisé non relu

M. NIVET

» sant sans débraiser , et non-seulement je brûle » moins d’un sixième de bois qu’auparavant , mais » encore la cuisson est plus belle et plus régulière. » Cela dépend , ainsi que je l’ai déjà dit, d’une aug- » mentation de soins dans la conduite de la cuisson. » J’en ai déjà convaincu quelques personnes qui sont » venues visiter mon établissement. 1 »

i La publication de cet article dans le 20 Décembre a, donné lieu à la note suivante que nous nous empressons de reproduire :

Les intéressants articles publiés dans le 20 Décembre au sujet du nouveau mode de cuisson de la porcelaine, employé par M. Michel Nivet, ont soulevé parmi les fabricants une telle diversité d’opinions , qu’il devenait impossible de discerner la vérité au milieu d’elles.

M. Nivet, après avoir annoncé la solution de son problème économique, a, dans un but qu’il ne nous appartient pas de louer, fait généreusement le sacrifice de ses patientes et coûteuses découvertes , et a voulu éviter ainsi à ses imitateurs l’énormité des risques qu’entraîne inévitablement une question aussi sérieuse.

En quoi consiste son procédé, quels sont ses avantages? Voilà toute la question! — Etant donné à un four à reverbère cuire la marchandise qu’il renferme dans un espace de temps déterminé à l’avance , c’est-à-dire dans les dernières limites du minimum ordinaire , avec économie notable de combustible et presque avec assurance contre l’enfumage de la porcelaine.

Dans le procédé ordinaire de cuisson on compte deux périodes : le grand et le petit feu.

Le petit feu a pour but d’établir un tirage par la raréfaction de l’air contenu dans l’intérieur du four , de détruire l’équilibre naturel des pressions, et de plus de préserver les porcelaines et leurs récipiens de la rupture qu’amènerait une trop subite transition de température.

Il serait donc très onéreux, inutile et imprudent d’employer à cette opération préliminaire des bois trop refendus; mais il est

LA PORCELAINE

Uu grand nombre de nos lecteurs ignorent sans doute ce que signifie le mot débraiser. Voici ce que nous pouvons leur dire : le bois destiné à la cuisson

avéré aussi que l’emploi des souches* brutes est préjudiciable en raison de la difficulté avec laquelle les gaz combustibles se font jotir à travers un tissu ligneux, compact, prompt à se carboniser, et dont la masse trop lentement réduite par i’oxigène ne fait qu’obstruer les alandiers.

M. Nivet, après avoir fixé la dimension de son bois de petit feu, ferme les orifices inférieurs de ses alandiers, et arrive au grand feu sans autre soin que celui de les alimenter régulièrement, d’une manière qui se résume à ceci :

Obtenir une combustion facile en fournissant au combustible une quantité suffisante d’oxigéne pour transformer en acide carbonique (eo2), le carbone à mesure qu’il se produit, et pour forcer l’acide carbonique lui-même à donner, en présence de l’hydrogène dégagé par le bois, naissance à un produit également combustible, l’oxide de carbone (co»). Cette condition indispensable est trop négligée dans le système ordinaire; il en résulte un engorgement des bouches à feu par la braise , qui , nécessitant le débraisage , occasionne la déperdition d’une portion du calorique produit , d’une partie du principe comburant et du principe combustible.

Cette question résolue, les parois intérieures du four, graduellement et uniformément échauffées , arrivent à l’incandescence sans qu’on soit obligé de pratiquer l’opération pénible et dangereuse du forcement depuis longtemps abandonnée à la manufacture de Sèvres. Il suffît alors d’entr’ouvrir les orifices latéraux des alandiers, pour activer la réduction du carbone et dispenser uniformément le calorique latent dans la capacité chauffée.

C’est alors que commence le grand feu. Cette partie de l’opération, quoique simple en apparence, est d’autant plus importante que c’est d’elle que dépend la réussite de la fournée ; c’est sur elle aussi que porte une grande partie de l’économie réalisée par-M. Nivet. La conduite du grand feu exige une suite non interrompue de soins basés sur les influences diverses qu’exercent sur le' tirage des fours la dessication plus ou moins avancée des combustibles , les variations

M. NÏVET.

de la porcelaine est jeté dans des alandiers dont le nombre varie entre quatre et cinq pour chaque four. Là , il se consume rapidement et, dans Tétât ordinaire des choses , il forme un résidu de braises assez considérable. Ces braises finissent par obstruer les alandiers, ralentissent la circulation de l’air et diminuent considérablement la force du tirage. Les chauf-

atmosphériques , et l’état hygrométrique de l’air, qui toutes nécessitent autant de pratiques différentes , pratiques que l’observation peut seule indiquer, et pour lesquelles aucune marche ne peut être tracée.

Invité par la bienveillance de M. Nivet à suivre les diverses phases de la cuisson d’une fournée de porcelaine, dont la durée avait été annoncée devoir être de vingt-neuf heures , nous avons constaté avec satisfaction la régularité de ses manœuvres et la vérité de son assertion. C’est aussi avec un véritable plaisir que nous affirmons que la marchandise de celte fournée était d’une parfaite et très satisfaisante régularité de cuisson , et les files de feu aussi intactes que celles qui étaient le moins exposées.

Enfin nous avons expérimenté nous-méme une première fois (28 mai 1855), sur notre propre four, le procédé de M. Nivet, et nous devons déclarer que l’économie de combustible a été réelle, qu’il n’y avait pas d’enfumage, et que la porcelaine est sortie des gazettes beaucoup plus blanche, mieux lavée et plus également cuite d’habitude. L’émail qui coque quelquefois présentait une belle glaçure et parfaitement unie. Enfin les gazettes étaient dans un état de conservation des plus satisfaisants.

Puisse la fabrication limousine se rendre à l’évidence de résultats, dont l’importance n’a pas échappée à nos voisins de la Nièvre, du Cher et du Berry, et rendre justice tant à la découverte qu’à la conduite désintéressée de notre honorable confrère.

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