L. SAZERAT
Fab. de porcel., memb. de la Soc. archéolog.
feurs sont, par conséquent, obligés de retirer souvent ces braises et de dégorger les orifices. C’est là ce qu’on appelle débraiser, et le produit de cette extraction est vendu pour les usages domestiques sous le nom de charbon de porcelaine.
On conçoit facilement que, plus l’alandier fournit de ces braises , moins il y a de profit pour le fabricant, puisqu’il se produit une grande déperdition de calorique , et qu’il faut plus de bois pour obtenir le résultat proposé.
Considérée à ce point de vue, l’exposition de M. Nivet mérite une attention sérieuse. La question du combustible prend chaque jour une gravité nouvelle et pour lutter avec avantage avec la concurrence que nous font les fabriques voisines , il est de l’intérêt de tous d’arriver promptement à de grandes améliorations dans la conduite des fours
La maison Nivet occupe en moyenne cent ouvriers et vingt-une ouvrières. Le salaire le plus élevé des premiers est de 3 fr. 50 c., et le plus bas de 1 fr. 75 c. Les ouvrières gagnent de 2 à t fr.
Elle consomme, par année, 260,000 kil. de pâte, 46?000 kil. d’émail, 360,000 kil. de sables et de terres réfractaires , 4,600 stères de bois. Le chiffre annuel des affaires est de 240,000 francs.
MM. PATURET ET PARVY.
MM PATURET ET PARVY.
Si jamais il était nécessaire de démontrer Futilité des écoles industrielles dans les centres de fabrication , ou d’attirer sur elles la bienveillante attention des administrations locales, il suffirait, nous en sommes convaincus, de leur montrer des produits analogues à ceux qu’expose un ancien élève de l’école municipale de Limoges , M. Parvy.
La maison Paturet et Parvy, dont cet artiste est l’un des chefs, se présente avec une remarquable collection d’articles manufacturés, dont quelquesuns sont le produit du talent spécial de M. Parvy. On devine que nous voulons parler de ces ravissantes fleurs en bouquets dont nous avons déjà été assez heureux pour faire une première fois l’éloge dans ce journal. Nous avons parcouru attentivement toutes les parties de l'exposition de la porcelaine; nous avons admiré presque partout des produits exceptionnels pour la beauté de la matière , la hardiesse ou l’élégance de la forme et la valeur artistique; mais nulle part nous n’avons vu rien d’aussi délicat , d’aussi frêle, nous dirions presque d’aussi aérien.
Les fleurs de M. Parvy sont plus que de l’art, c’est du sentiment ; il faut que cet artiste ait dans les doigts une souplesse particulière, dans le tact une
LA PORCELAINE
finesse exquise pour modeler des formes aussi fragiles. Le kaolin donne une pâte courte , difficile à manier; M. Parvy l’assouplit et la force à se soumettre à tous ses caprices. Et qu’on veuille bien remarquer que nous ne parlons pas ici de la ténuité extrême de ses feuilles et des pétales de ses fleurs ; ce sont des surmoulures très bien réussies sans doute, mais dont on connaît depuis longtemps les procédés; nous avons surtout en vue la grâce avec laquelle il courbe ses tiges , groupe les fleurs et enlace les uns dans les autres ses branchages , qu’il enroule ensuite sur ses vases ou autour de ses coffrets.
On aura une preuve frappante de ce talent de M. Parvy dans un bénitier formé d’un nid d’oiseau , porté par des tiges de fuchsias et surmonté d’une rose épanouie; dans un bouquet d’héliotrope, qu’il faut regarder à la loupe pour sentir les finesses du modelage ; dans une corbeille garnie de dentelles et couverte de fleurs.
Les boîtes à bijoux de MM. Paturet et Parvy sont surmontées d’oiseaux en biscuit dans l’attitude de combat ou gracieusement posés dans leur nid. Les détails de ces oiseaux et les accessoires qui les entourent sont traités avec un soin extrême et beaucoup de fini.
Au milieu des carafes et des potiches de toutes formes qu’exposent ces industriels, où dont quelquesunes sont enrichies de sujets de chasses en relief, on s’arrête avec complaisance sur deux jolies paires de
jînie VEUVE TH A RA (JI).
flacons à sujets, d’une forme originale, et sur une poticherurne d’un beau style.
Si toute l’exposition de Limoges ne se faisait remarquer généralement par la blancheur et la trans-, lucidité de la pâte, nous nous étendrions volontiers sur le service-Sèvres et la plàtrerie de cette maison. Elle a entre autres trois saladiers qui mériteraient une attention spéciale, tant la porcelaine est égale et bien lavée .
La maison Paturet et Parvy n’existe que depuis un an. Dans les six derniers mois elle a occupé soixante-dix personnes dont la paie est en moyenne de 43 fr. par mois.
Elle a consommé , dans le même espace de temps, 54,600 kil. de pâte, et 4,300 kil. d’émail. Elle a fait vingt-cinq fournées du produit de 50,000 francs.
Mn,e VEUVE THARAUD.
Après celle de MM. Alluaud , la maison Tharaud est la plus ancienne de Limoges. Elle a été fondée en 1822, et n’a jamais cessé le cours de ses opérations. M. Pierre Tharaud , qui l’a créée, était le vingtième ' enfant d’un officier supérieur de gendarmerie ; il entra très jeune dans l’usine de M. Baignoî , en qualité de tourneur en porcelaine, et plus tard il alla se perfectionner à Paris. Son intelligence le fit prompte-
LÀ PORCELAINE
ment remarquer, et iî devint successivement directeur et fondateur de diverses fabriques. A la. fin de l’Empire , MM. Alluaud , ses compagnons d enfance, lui confièrent l’administration de leur établissement, et il resta chez eux jusqu’en 1817, époque où il s’établit sur la route de Paris , dans l’ancienne manufacture royale.
En 1822, il fit bâtir la fabrique actuelle , et , en 1823, il y reçut de l’Exposition générale une mention honorable pour la beauté de ses produits
M. Tharaud avait été un ouvrier habile; il s’attacha d’une manière spéciale à former des élèves dignes de lui, et l’on cite encore à Limoges les tourneurs qu’il a dressés. L’émail qui se fabriquait aux environs lui paraissait défectueux ; il chercha à le perfectionner , et , sans autre guide qu’une vieille expérience, il obtint de très beaux résultats. En 1839 , il reçut une nouvelle mention honorable pour avoir tiré un grand parti, dans la construction des tuyaux de conduite pour l’eau ou le gaz , des terres non réfractaires dont les gisements sont dans les environs de Limoges.
M. Tharaud est mort en 1843, après une honorable, mais laborieuse carrière ; il a donc pu, avant de fermer les yeux, voir le développement de cette industrie , à la prospérité de laquelle il a tant contribué par lui-même et par ses élèves.
Sa maison , aujourd’hui dirigée avec une haute intelligence par Mme veuve Tharaud , n’envoie à
Mme VEUVE tharaud.
J’Exposition que des articles de sa fabrication courante.
Elle se compose d’une série de services de table, forme Sèvres, à soupières ovales et à soupières rondes ; de deux cabarets-Sévres , connus sous le nom de cabaret-boule et cabaret-balustre , dont la vogue est considérable; de tasses -boule d’une forme élégante et de tasses dite mousselines, modèle Sèvres , à thé et à café. La pièce principale de cette exposition est un bol ordinaire de dix-huit pouces de diamètre, tourné à Sauviat par M. Martin , élève de M. Pierre Tharaud, avec une grande précision et une parfaite égalité; il est dignement accompagné par de beaux plats ronds de huit à douze pouces de diamètre.
La réputation de la maison Tharaud pour la fabrication du service de table est assez solidement établie, pour que nous soyons dispensés de faire Péloge de son exposition et comme blanc et comme forme. Cependant nous devons insister sur la légèreté et la parfaite rondeur de ses jolies tasses à café.
La maison Tharaud occupe trente-six tourneurs français et neuf tourneurs anglais, de 4 à 6 fr. ; dix-huit mouleurs, de 3 fr. 50 c. à 5 fr. ; douze mouleuses et garnisseuses, de 1 fr. 50 c. à 2 fr. ; et dix-huit émailleurs, de 75 c. à 1 fr. 25 c. Les enfourneurs ont 100 fr. par mois, les englobeurs et émailleurs, 70 fr. , et les journaliers un salaire qui varie entre 1 fr. 30 c. et 1 fr. 50 c. On compte environ deux cents ouvriers.
LA PORCELAINE
La consommation de cet établissement est, par année, en pâte, de 300,000 kil. ; en émail, 48,000 kil. ; en terre réfractaire, 480,000 kil. , et en bois, de 8,400 stères. La fabrication annuelle s’élève, par année , à 300,000 fr.
La fabrique de Sauviat dont Mme veuve Tharaud écoule les produits, fournit à la consommation pour 250,000 fr. de porcelaine et occupe environ cent soixante ouvriers.