MM. PO U Y AT
Nous avons étudié ces articles dans leurs détails et nous écrivons sous l’impression qu’ils ont produite dans tous les esprits.
Il est impossible de voir réunir plus de beauté dans la matière, plus de fini dans le travail, plus d’élégance artistique dans la décoration.
MM. Pouyat frères, qui ont conservé la raison sociale de leur père, M. Jean Pouyat, se présentent au double titre d’extracteurs et de préparateurs de matières premières, et de manufacturiers de porcelaine.
La première de ces deux branches d’industrie a été introduite dans leur famille en 1780, et s’y est transmise sans interruption jusqu’à ce jour.
Les carrières dont ils sont propriétaires ont leur gisement à Saint-Yrieix ; au clos de Barre , près Saint-Yrieix;; à Marcognac; enfin à Chanteîoube.
Leurs usines à broyer les matières qui proviennent de ces carrières, au nombre de quatre, sont établies à Limoges, à Parpayat, près Limoges, à Saint-Yrieix et à Saint-Léonard ; elles comprennent douze roues hydrauliques de la force de 100 chevaux , treize grandes meules , quatre-vingts petites meules , qua- V tre batteries à pilons, et livrent annuellement à la consommation de 30 à 35,000 quintaux métriques d’émail.
Ils présentent comme échantillons de leurs matières premières des blocs provenant de leurs diverses carrières, et, comme échantillons de leurs matières
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préparées, les porcelaines qui sortent de leurs établissements. Le poids des blocs exposés varie de 200 à 300 kilogrammes chaque.
Vers 1800, le grand-père de MM. Pouyat établit, rue Fontaine-au-Roi , à Paris, une fabrique de porcelaine.
Leur père, en 1842, et eux-mêmes en 1849, ont repris cette industrie à Limoges et à Saint-Léonard. La réputation qu’ils se sont faite, les résultats qu’ils produisent à l’exposition universelle, établissent mieux que nous ne le pourrions nous-rnème, la part qu’ils ont eue dans le développement que la fabrication a reçue à Limoges.
Le nombre de leurs fours, dont le diamètre varie de 5m66 à 4m 66, est aujourd’hui de cinq.
Le montant annuel de leur fabrication dépasse 700,000 fr.
MM. Pouyat exposent comme fabricants de porcelaines :
1° Leurs articles courants, notamment un service de table ; un service de table pour l’Amérique ; une série de tasses et cabarets ; divers articles d’exportation. Tous ces objets sont d’un blanc magnifique et d’une parfaite cuisson ;
2° Un service de table , émail et biscuit , fait spécialement pour l’Exposition universelle ;
3° Enfin, divers objets en émail et en biscuit, dus à la collaboration de plusieurs artistes aussi attachés à leur élablissement.
MM. POUYAT.
On parlait beaucoup depuis quelque temps dans les fabriques et dans la ville du service que faisaient établir MM. Pouyat ; on avait compris que, propriétaires de magnifiques carrières de kaolin , entourés d’un personnel intelligent , aidés par des artistes habiles, ils ne laisseraient rien sortir de leurs ateliers qui ne fût irréprochable , et Ton attendait avec une vive impatience qu’ils voulussent bien produire leur création. Aujourd’hui ce service est exposé dans leurs bureaux, et, devant un travail aussi riche, devant tant d’élégance et de variété, devant une réussite aussi complète, chacun s’étonne et reconnaît que son attente a été de beaucoup dépassée.
Le but poursuivi par MM. Pouyat était d’appliquer à la porcelaine des formes et des détails plus particulièrement réservés jusqu’à ce jour à l’orfèvrerie ; un artiste habile qu’ils se sont attachés, M. Comoléra , s’est associé à leur pensée et l’a rendue d’une manière exceptionnelle. Comme M. Constant , M. Comoléra est un des ornementistes les plus distingués de Paris; ses œuvres d’art en bronze lui ont valu une médaille à la dernière exposition de Paris et à celle de New-York ; il a résumé dans son travail tout ce que l’orfèvrerie peut aujourd’hui produire de fin et d’élégant. Il ne s’est pas borné seulement à ouvrager chaque partie de son œuvre, à en ciseler, à en buriner, pour ainsi dire, les détails; il a voulu que chaque pièce elle-même eut sa forme propre, particulière; en un mot, il est sorti des
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sentiers battus pour entrer dans une voie nouvelle. De jeunes collaborateurs, dignes de toute considération , Font habilement secondé dans l’exécution des détails, et méritent, à cet égard, une mention spéciale.
Pour pouvoir faire apprécier cette vaste composition , il faudrait appeler à notre aide l’art du graveur, et encore ne pourrait-on pas rendre d’une manière satisfaisante les effets charmants que produit l’opposition du biscuit à l’émail. On sentirait facilement combien le type choisi par l’artiste est correct, combien ses lignes sont pures ; mais on ne pourrait suivre dans ses détails cette délicieuse broderie, vraie guipure en porcelaine , dont est recouvert tout le service.
La soupière, de forme ovale, est enrichie d’une ornementation qui a permis à l’artiste de produire une forme tout à fait nouvelle d’anses. Le bouton du couvercle est formé par une gerbe de blé. Dans une autre partie de leur exposition, MM. Pouyat ont reproduit cette même soupière dégagée de ses sculptures , et en ont fait un magnifique article de commerce. La gerbe du couvercle se retrouve encore dans les guéridons , véritables édifices aériens qui forment de dignes pendants à la corbeille du milieu , conception hors ligne , dont l’effet est prodigieux. Cette corbeille , travaillée à jour, repose sur un socle élevé que forme un groupe de palmiers, dont les branches retombent en cascade ondoyante
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et abritent un groupe de cigognes dans diverses attitudes.
Les plats ovales ont pour arrêtes des courbes gracieuses que recouvre un semis de petits bouquets en émail d’une extrême ténuité; ils ont des anses ciselées qui permettent de les enlever facilement, et le fond lui-même est garni d’une rosace dont quelques parties sont en relief, tandis que les autres, imprimées en creux, permettent d’admirer la beauté et la transparence de la pâle. Ces plats, de diverses grandeurs, sont moulés avec une telle perfection, que placés les uns dans les autres, ils présentent des contours exactement parallèles et également distants. Les rosaces se retrouvent dans les assiettes à manger, qui portent en outre sur leurs marlis ou sur les ailes des guirlandes de fleurs en creux et en relief. Chaque assiette à dessert est un chef-d’œuvre; rien n’en égale la légèreté et le fini ; chacune d’elle est enrichie d’un fruit de grandeur naturelle, dessiné en relief sur son fond. Ce fruit est en biscuit et se détache parfaitement de l’émail. Par une coquetterie charmante, MM. Pouyat en ont pendu quelques-unes aux croisées : on dirait une lithophanie, tant la translucidité est complète.
Nous devrions une mention particulière aux corbeilles de bout de table, aux compotiers, sucriers, etc., qui complètent ce service; mais nous nous arrêtons de peur d’ètre accusé de pousser la louange jusqu’à l’hyperbole.
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Cependant nous ne résistons pas au plaisir de parler du service à thé étrusque dont MM. Pouyat exposent quelques pièces. Voilà vraiment une idée originale et qui ne ressemble à rien de ce qui s’est fait. On connaît la forme des vases étrusques : les grandes pièces en sont la reproduction exacte , mais M. Comoléra y a ajouté des anses et des becs d^un modèle tout à fait neuf , et d’un style identique. Les boutons des couvercles sont formés par des statues nubiennes ; des grecques , des attributs et des dessins empruntés aux meilleurs types en complètent l’ornementation. La soucoupe présente une innovation heureuse. Tandis que dans les services ordinaires , le pied de la tasse est caché par le creux de la soucoupe, M. Comoléra prdfile la sienne de telle sorte que le milieu se trouve au niveau des bords et dégage entièrement la tasse.
Voilà l’œuvre de l’artiste : qu elle est la part de MM. Pouyat? Ils ont voulu, disent-ils, appliquera la porcelaine des formes réservées jusqu’ici à l’orfèvrerie. L’opinion publique va plus loin, car elle déclare hautement qu’il est désormais prouvé qu’à Limoges, avec les éléments que contiennent aujourd’hui ses ateliers, on peut faire le service de table aussi bien qu’à Sèvres. En effet, que présente Sèvres : de belles pâtes? Les kaolins de MM. Pouyat sont, avec ceux de MM. Alluaud, les plus beaux que Fon connaisse. Un soin extrême dans la manipulation? On sait avec quelle attention ils ont fait épurer