‹ Aperçu statistique de l'Exposition de Limoges en 1855Chapitre 3 sur 58 · I. — APERÇU HISTORIQUE ET STATISTIQUE DE CETTE FABRICATION · texte numérisé non relu

I. — APERÇU HISTORIQUE ET STATISTIQUE DE CETTE FABRICATION

On appelle porcelaine une poterie caractérisée par une pâte fine, dure, translucide, et une glaçure dure, terreuse, nommée couverte. La pâte est essentiellement composée de deux éléments principaux : l’un , argileux, infusible, le kaolin ; l’autre, aride, fusible, le

LA PORCELAINE

feldspath. La glaçure consiste en feldspath quarzeux, tantôt seul, tantôt mêlé avec du gypse, mais toujours sans plomb ni étain.

La fabrication de la porcelaine est originaire de la Chine. Quelques auteurs prétendent qu’on l’y connaissait l’an 2600 avant J.-C. Mais il est certain qu’en 163 avant J.-C., sous la dynastie des Han, elle était assez fréquemment employée. Cependant, ce ne fut qu’en 1508 que les Portugais l’introduisirent en Europe. Au commencement du xvmc siècle (1695-1700), on commença à fabriquer de la porcelaine tendre à Sèvres et à Moscou ; mais cette poterie n’avait que les qualités extérieures de la porcelaine de Chine; la pâte, privée de kaolin, contenait un principe qui lui donnait assez de fusibilité à une haute température, pour qu’elle pût prendre, en approchant de cette température, une translucidité approchant de celle d’une matière vitreuse ; mais elle n’avait ni la solidité, ni la dureté de la pâte et de l’émail de nos porcelaines actuelles. C’est ce qu’on nomme le vieux Sèvres, aujourd’hui si recherché des amateurs.

En 1706, deux Allemands , Bottger et Tschirnhausen , découvrirent le kaolin en Saxe, et, grâce à leurs travaux, l’Autriche, Francfort, le Palatinat, le Danemarck, la Bavière, la Prusse, furent successivement dotées de fabriques de porcelaine.

Mais les pays voisins de la France interdisaient l’exportation absolue des kaolins, et nos fabriques

de Sèvres, de Vincennes, de Saint-Cloud, de Chantilly et de Sceaux, durent se borner à continuer leurs travaux sur la porcelaine tendre.

Enfin, en 1761, un Strasbourgeois nommé Hannong, vendit à M. Boileau, directeur de la manufacture de Sèvres, le secret des procédés employés par les Allemands. En 1765, M. Guettard découvrit pris d’Alençon un gîte de kaolin et de feldspath (pétunzé) ; et, la même année, le duc d’Orléans fit exécuter de la porcelaine dure à Bagnolet.

Presque à la même époque , Mnie Darnet , femme d’un assez pauvre chirurgien de Saint-Yrieix , cheflieu d’arrondissement du département de la Haute- Vienne , remarqua dans un ravin des environs de cette ville une terre blanche, onctueuse, qu’elle regarda comme une matière savonneuse propre au blanchissage du linge; elle la fit voir à son mari qui, ' soupçonnant dans cette terre une toute autre propriété, en adressa des échantillons à M. de Villaris, pharmacien de Bordeaux. Ce dernier partit pour Saint-Yrieix et y reconnut l’existence des kaolins.

Ce fut au domaine du Clos-de-Barre, à un kilomètre et demi de Saint-Yrieix, qu’on trouva les premiers kaolins ; mais plusieurs affleurements se montrant dans les environs, partout ils furent fouillés et recherchés avec soin , et, dans peu d’années, on posséda des carrières importantes.

Ces découvertes redoublèrent l’ardeur des savants. Guettard, Darcet et M. de Lauraguais, sans s’être

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