PRODUCTION
CONDITIONS CLIMATIQUES.
Parmi les régulateurs les plus puissants de la production, däns un pays quelconque, il faut compter le climat. En Russie, le climat, vu l'énorme étendue de Pempire, joue un rôle trèsimportant et détermine, de concert avec la position géographique et la configuration du sol, non-seulement le nombre et la nature des produits, mais encore toutes les conditions de la production et le genre de vie des populations, qui suivent forcément l'impulsion donnée par la nature elle-même.
Les conditions climatiques de la Russie sont très-variées. Ilest notoire que le voisinage des grands bassins d'eau tempère les chaleurs au milieu de l'été et les froids pendant l'hiver; or, la plus grande partie de la Russie est éloignée de la mer et soumise à toutes les rigueurs d’un climat essentiellement
continental. La majeure partie de la Russie d'Europe est sé- J [
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parée de l'Océan par toute l'étendue de l'Europe occidentale et exposée au vent du nord, venant de la mer Glaciale, et au vent du nord-est, venant de la Sibérie. Quant à la Sibérie, elle est fermée à l'influence du sud par de vastes chaînes de montagnes et entièrement exposée au vent boréal qui y refroidit la température. Le sud et le sud-est de la Russie d'Europe sont sous la domination du voisinage de l'Asie centrale. Les vents venant du sud-est n'apportent jamais la pluie et occasionnent souvent des sécheresses. Aussi toute cette partie de l'empire qui, d’après sa position géographique, pourrait compter sur un climat indulgent, se trouve sous la domination alternative du froid et de la chaleur, qui rendent le climat inconstant et occasionnent une grande différence de température entre l'été et l'hiver. Seulement les parties défendues du côté du nord par des montagnes, comme la Transcaucasie et une partie de la Crimée, jouissent d’un climat doux et régulier.
En général le climat de la Russie, au même degré de latitude, est beaucoup plus àpre que celui des contrées occidentales de l'Europe et se refroidit à mesure que l'influence continentale devient plus sensible, c’est-à-dire à mesure qu'on avance vers l’est. C'est ainsi que les lignes dites isothermes et marquant sur la carte la température moyenne de l’année, à de légères déviations près, suivent constamment la même direction en s'inclinant vers le sud, à mesure qu’elles avancent vers l’est. L'isotherme marquant + 7°, d'après le thermomètre de Réaumur, commence à Tarnopol (frontière de la Gallicie), coupe le Dniéper à Alexandrowsk, descend jusqu'à Marioupol, sur la mer d’Azoff, et va finir à l'embouchure de la Kouma (mer Caspienne). L'isotherme de + 6° passe par Steltin, Varsovie, Kieff, Tscherkassk et Astrakhan. Celle
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de + 4 réunit Pernow (golfe de Riga), Vitepsk, Orël, Ssaratoff et le lac Issyk-Koul. Helsingfors, Saint-Pétersbourg, Vladimir, Ssamara et Orsk (sur l’Oural) ont presque la même température moyenne (+3). Wasa, sur le golfe de Bothnie (Finlande), Petrosawodsk, Vologda, Kasan et plusieurs points de la steppe des kirghiz ont + 2°. Enfin, Tornéo, Arkhangel, Perm, Ischim, Barnaoul {dans l'Altaï), ont à peine + 1°. En Sibérie, les isothermes vont un peu plus régulièrement, vu que la configuration du sol exerce partout la même influence.
Le trait caractéristique de tout climat continental consiste dans la grande différence du maximum au minimum de la température. Le climat de la Russie présente non-seulement des différences énormes entre les températures de l’hiver et de l'été, mais encore les transitions sont très-brusques. On parle généralement de la rigueur de l’hiver en Russie. Cette remarque est juste, mais il faudrait la compléter par la remarque, que, plus les froids sont intenses, plus les chaleurs sont excessives. C'est ainsi que les parties moyennes de la Sibérie ont presque la même température de l'été que Perm, Moscou, Varsovie et Berlin (4-14). Orenbourg, Yassy (en Moldavie), et Belgrad (en Servie) ont la même température d'été (+- 16°). En revanche, Dantzic (en Prusse), Varsovie, Kaménetz-Podolsk, Odessa, Kherson, Yekathérinodar sur le Kouban, et Stavropol (Caucase), présentent la même moyenne pour l'hiver (— 2°); Riga, Minsk, Kieff, Taganrog et Astrakhan sont réunis par l’isochimène de — 4°. Wasa, Saint-Pétersbourg, Smolensk, Koursk, Tzaritzine et Gourieff (embouchure de l'Oural) et la partie méridionale de la steppe des kirghiz, ont un hiver de — 6°; Arkhangel et Orenbourg ont également — 10°.
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C'est grâce au climat que des portions très-considérables de la superficie de la Russie sont tout à fait inaccessibles à la culture du sol. Le climat, non-seulement pose des limites infranchissables à l’agriculture et à l’industrie, mais encore détermine d’une manière absolue le genre et le développement de la production. C'est ainsi que la presqu'île de Kola et les vastes toundras du nord, en Europe et en Asie, sont incultivables. La pêche, et en partie la chasse, sontles seules occupations des habitants ; le renne et le chien les seuls animaux domestiques de ces contrées. Au sud de la région des : toundras, une large bande de terrain occupant une partie des gouvernements d'Olonez, d'Arkhangel et de Vologda et presque toute la Sibérie moyenne, grâce à la petite durée de l'été, est privée de la culture des grains (exceptionnelle dans ces lieux), et n’a pour toute richesse qu’une masse de forêts et les produits de la chasse. Au sud, la steppe des kirghiz et presque toute la steppe du sud-est de la Russie d'Europe, entre l'Oural, le Volga inférieur, le Manytsch et la Kouma, grâce aux conditions duclimatet du sol, est forcée de chercher ses moyens d'existence exclusivement dans l'élève des bestiaux. L'agriculture et la culture des plantes textiles est gènée par le climat et par la rigueur de l'hiver, surtout dans les parties orientales de l’empire, et même les richesses minérales restent quelquefois sans exploitation, grâce aux difficultés du climat qui couvre le sol de glace pendant la majeure partie de l'année et rend impossible l'entretien d’un nombre suffisant de travailleurs. Si, grâce à son étendue et grâce à la variété du elimat, l'empire russe possède une quantité de produits et de richesses naturelles qu'aucun autre pays del’Eurupe ne saurait présenter, c'est aussi grâce au climat que l'exploitation de ces richessesest beaucoup plus restreinte que dans d’autres pays,
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et le produit reste au-dessous de la proportion qu'on serait en droit d'attendre. |
La vaste étendue de l'empire russe rend très-difficile la détermination exacte de la partie cultivée de cette étendue, de même que la détermination des différents éléments qui composent cette partie. Aussi la statistique officielle est hors d'état de répondre d'une manière satisfaisante aux questions détaillées touchant cette matière, et ne donne que des chiffres approximatifs, basés sur des évaluations. Encore faut-il remarquer que ces chiffres ne se rapportent qu'à la Russie d'Europe. Quant aux autres parties de l'empire, la Finlande, la Pologne, la Sibérie et le Caucase, même en réunissant avec tout le soin possible les renseignements épars qui existent sur ces parties, on ne saurait obtenir des données complètes. Pour le nord et pour le sud-est de la Russie d'Europe, les renseignements sont aussi très-vagues, non-seulement à cause de l'étendue, mais encore gràce à la nature des lieux.
En comptant pour toute la Russie d'Europe 438.301.445 déssiatines d’étendue (482.131.592 hectares), il faut retrancher de ce total une superficie de 125.018.448 déssiatines (137.520.332 hectares), occupées par les lacs, rivières, routes, constructions, enclos, marais, pâtis, landes, etc.; reste pour la partie productive du sol une superficie de 313.283.000 déssiatines (344.611.300 hectares), ou environ 71 *,. La plus grande moitié de cette superficie est couverte par des forêts ; le reste se compose de terres arables (jachères, vignes, jardins, plantations de tabac, de betterave, etc.) et de prairies, Les tableaux suivants donnent la distribution, par gouvernements, de chacune de ces trois catégories.
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