‹ Aperçu sur l'état typhode et les fièvres dites typhoïdesChapitre 10 sur 11 · NATURE · texte numérisé non relu

NATURE

Les noms divers que les praticiens ont donnés à l’ensem ble des phénomènes morbides dont nous venons de tracer rapidement les

causes , les symptômes et le traitement , nous font connaître les idées qu’ils s’étaient formées de sa nature. Hippocrate est peut-être le seul qui, sans rien préjuger à cet égard, le désigna sous le nom de zvcpog (stupeur) , l’un des signes les plus caractéristiques de cette maladie. Plus tard, Galien, l’attribuant à une altération des humeurs, la dénomma synochus putridus (fièvre putride). Bordeu et d’autres Tout appelée maligne, à cause de sa gravité. Enfin, de nos jours, le chef de l’école physiologique, croyant qu’il s’agissait seulement de l’inflammation du tube intestinal et de l’encéphale, l’a décorée du nom de gastro-entéro-céphalite ; mais des recherches d’anatomie-pathologique plus exactes ayant fait découvrir que l’inflammation n’existait pas précisément dans la muqueuse, mais dans les follicules de Peyer et de Brunner, les sectateurs de la doctrine l’appelèrent entérite folliculeuse; nom sous lequel la désigna encore M. Scoutteten. MM. Àndral (1) et Louis, ne voyant plus dans cette lésion la cause de la maladie , mais bien un symptôme qui l’accompagne souvent, lui ont donné les noms suivants : Andral , celui d’exanthème intestinal ; Louis, celui de fièvre typhoïde. Quant à M. Bretonneau, pour lequel l’exanthème intestinal existe toujours, il l’appelle dothinentérite §o9m euzepov ( bouton, intestin ) , prenant ainsi en considération l’analogie qu’elle offre avec les fièvres exanthématiques.

Voyons maintenant si l’on a ainsi dévoilé la nature de l’affection qui nous occcupe.

On ne peut révoquer en doute la fréquente altération des humeurs dans cette affection : elle se trahit, pendant la vie, par la fétidité de l’haleine , des sueurs, de l’urine, des matières fécales; par la facilité avec laquelle se forme l’éruption rosée , brune ou livide , les escarres , les abcès, les parotides; par la fluidité du sang fourni parles saignées et les hémorrhagies (quelques auteurs ont même parlé de l’odeur fétide exhalée par ce liquide au moment où il s’échappait de la veine). Après la mort, il est digne de remarque que les cadavres passent très-promptement à l’état de putréfaction ; et on trouve ,

(1) Première édition de sa clinique médicale.

à l’autopsie , le sang très-séreux et parfois même sanieux. Toutes ces choses, nous les avons plus d’une fois mentionnées dans les observations ci-dessus relatées.

Mais cette altération des humeurs existe-t-elle toujours? Si elle est constante, il faut avouer du moins quelle échappe quelquefois à nos sens; et partant, nous ne pouvons dire que cette maladie dépend seulement d’une altération du sang, et la désigner, avec Galien, sons le nom de fièvre putride.

Recherchons maintenant l’importance des lésions anatomiques décrites avec tant de soin par M. Bretonneau. Ainsi que l’a très-bien fait observer le professeur Caizergues , i° l’on ne trouve pas constamment la lésion des follicules intestinaux; 2° on les rencontre chez des individus qui ont offert des symptômes d’une nature bien différente ; 5° il s’en faut qu’il y ait un rapport constant entre l’intensité des symptômes et celle des lésions du tube digestif, comme l’ont voulu établir MM. Trousseau et Bretonneau ; 4° outre les lésions de la dothinenterite , on trouve aussi à l’autopsie, bien plus rarement, il est vrai, d’autres lésions qui peuvent avoir leur part dans la production de la maladie, telles que l’altération des humeurs, des congestions sanguines de l’encéphale , etc. 5° Lorsqu’on injecte , dit AI. Andral , des substances putrides dans les veines d’un chien, par exemple, on produit des symptômes analogues à ceux de la dothinenterie; et cependant on ne rencontre pas toujours la lésion des follicules , et lorsqu’on la rencontre, on peut soutenir quelle n’est pas la cause des symptômes observés, mais bien le résultat de l’introduction des matières putrides au sein de l’économie.

On trouve, dans l’ouvrage de M. Louis et la clinique de M. Andral, des faits assez nombreux qui prouvent l’absence des lésions dothinentériques dans les cas de fièvres typhoïdes.

De tout cela concluons que nous ne pouvons dire , avec AL Bretonneau, i° que la dothinenterie soit une pyrexie exanthèmateuse siégeant dans les follicules de Peyer et de Brunner ; qu’à l’époque de la suppuration , il s’établisse une liaison directe entre les lésions intestinales et les symptômes observés pendant la vie.

Pour nous , la fièvre typhoïde, dont il ne nous est pas permis de découvrir la nature intime , existe dans l’ensemble des phénomènes qui constituent cet état particulier que nous appelons typhode. Cet état, comme nous l’avons dit, se dévoile aux yeux de l’observateur par les symptômes suivants : abattement et prostration des forces > trouble dans les idées 3 soporositè 3 délire, stupeur, et enfin tendance des humeurs à la dissolution et à la formation de l’exanthème intestinal : tels sont les symptômes que nous avons vu le plus constamment exister dans cette affection; ils expriment évidemment une sorte d’intoxication de toute l’économie. C’est, comme l’a dit Stoll, une maladie totius substantice ; ou, comme l’a dit en d’autres termes Bordeu : « La fièvre maligne n’est ni une inflammation du cerveau, ni une fluxion de poitrine, ni une inflammation de l’abdomen, ni une dépravation des humeurs, ni un dérangement du système nerveux ; elle est tout cela en même temps. » Nous préférons le nom de fièvres typhoïdes ou detat typhode, parce que lorsque le siège et la nature intime d’une maladie sont inconnus , il convient de la dénommer d’après les symptômes dominants.

Quant à la contagion , admise par les uns , et rejetée par les autres, nous croyons quelle peut exister, surtout durant les épidémies typhoïdes.

Il n’y a, dit Hildenbrand , entre le typhus et la fièvre typhoïde, d’autre différence que celle du plus au moins. C’est aussi notre opinion. Le typhus est une fièvre typhoïde devenue épidémique et contagieuse : dans les deux cas , c’est l’état typhode qui constitue le fond de la maladie.

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