THÉRAPEUTIQUE
« Le typhus , a dit Hildenbrand , c’est l’hydre à sept têtes qui dé-
vore l’espèce humaine. » Cette allégorie fait voir combien de difficultés la thérapeutique de cette affection offre à l’homme de l’art.
La plupart du temps nous sommes réduits, en effet, à faire une thérapeutique symptomatique. Cependant on peut établir , d’une manière générale, qne les indications principales à remplir pendant le cours de la maladie , consistent à prévenir les congestions fâcheuses vers les organes importants; détruire des complications plus ou moins influentes ; seconder les mouvements critiques qui peuvent apparaître; régulariser et soutenir les forces vitales.
Mais pour agir convenablement et à propos, il faut, au moyen de l’analyse, bien distinguer presque au début les divers états morbides qui s’offrent dans les fièvres typhoïdes , et les combattre eu égard à leur degré d’importance réelle. Il faut surtout ne jamais perdre de vue ce qui caractérise essentiellement ces fièvres : letat typhode. Or, quels sont les éléments qui le composent ? Il y a , avons-nous dit, prostration des forces : il faut donc relever les forces; de là l’emploi des toniques ; il y a de plus stupeur et délire qui peint un état de modification ou de perversion des forces nerveuses ; de là l’emploi des antispasmodiques et des excitants diffusibles, pour ramener, par une série de mouvements organiques, les fonctions du système nerveux à leur état normal ; enfin , tendance des humeurs à la dissolution ; de là l’emploi des antiseptiques. Telles sont les classes de médicaments où le praticien doit surtout puiser pour combattre l’affection qui nous occupe. Yoilà la thérapeutique de cette maladie réduite, il est vrai, à sa plus simple expression ; mais elle doit être modifiée suivant une foule de circonstances qui peuvent s’offrir.
Parmi ces circonstances, les unes se rapportent au malade : c’est ainsi que l’on prendra en considération l’âge et le sexe de l’individu, les maladies antécédentes , les diverses influences auxquelles il aura habituellement été soumis. Les autres ont rapport à la maladie ellemême ; la forme qu’elle présentera , et les complications qui pourraient survenir, doivent fixer l’attention du praticien. D’autres, enfin, se rapportent à la saison, à la constitution médicale régnante, etc. 4-
Voyons maintenant quelle est la méthode de traitement à suivre dans chacune des trois périodes que nous avons ci-dessus établies.
Dans la première période , si le malade se présente avec les apparences d’une fièvre inflammatoire , s’il est d’une constitution forte et robuste et d’un tempérament sanguin , il n’y a pas à balancer : il faut tirer du sang, mais avec réserve, car l’affaissement ne tarderait pas à se prononcer.
Si la langue est jaunâtre , si la bouche est amère , s’il y a des vomissements bilieux , avec fièvre intense , la saignée sera suivie de l’émétique.
Si l’on craint une complication vermineuse , ou qu’il y ait des signes d’état muqueux, on prendra les moyens curatifs parmi les vomitifs, les purgatifs et les anthehninliques.
Inutile d’ajouter que le malade sera soumis à une diète plus ou moins rigoureuse, aux boissons délayantes et tempérantes.
S’il y a menace de congestion cérébrale avec fièvre , les attractifs doux, les pédiluves avec l’eau chaude, les cataplasmes émollients aux pieds.
Si le tube intestinal est dérangé, les lavements émollients, les fomentations émollientes sur le ventre.
Si, dès le début, apparaît un état ataxique ou adynamique , on proscrira la saignée du traitement , et on choisira , selon le cas , les antispasmodiques, les ventouses et autres attractifs cutanés, ou bien les bols camphrés et nitrés, les toniques, les sinapismes, etc. Il faut respecter les épistaxis si elles surviennent, à moins qu’elles ne compromettent, par leur abondance et leur fréquence, la vie du sujet; entretenir la liberté du ventre par les lavements ou l’émétique fractâ dosij qui a de plus l’avantage de porter à la peau, et de favoriser les sueurs. Si, au contraire, la diarrhée est abondante, il faut la modérer. Il me souvient d’un jeune soldat, couché au n° 4 de la salle S'-Vincent , chez lequel il survint des selles très-copieuses et très-fréquentes après une constipation prolongée; les selles furent critiques. Chez un autre, couché au n° 27, salle S'-François, la diarrhée devint colliquative et l’entraîna au tombeau.
Dans la seconde période apparaissent les phénomènes de faiblesse et de trouble dans les fonctions nerveuses, aussi faut-il se méfier de la réaction qui se manifeste alors ; car elle est plus souvent sous l’empire de l’éréthisme nerveux, quelle n’annonce une trop grande plénitude des vaisseaux sanguins : on ménage par là au malade des forces pour l’avenir. On donne les boissons acidulées, telles que la limonade. Quelques médecins ont vanté l’acide hydrochlorique étendu d’une grande quantité d’eau ; les bols camphrés et nitrés surtout peuvent être alors utiles, ainsi que le quinquina, qui atteint trois buts, puisqu’il est fébrifuge, tonique et antiseptique.
Si une fluxion menace la tête, quelques sangsues derrière les oreilles, les sinapismes au coude-pied, aux mollets, secondés parles dérivatifs légers sur le tube intestinal, etc. ; s’il n’y a pas de diarrhée, ils rendent d’importants services.
Enfin , à la troisième période, les vésicatoires à la nuque, aux cuisses ou aux mollets ou enfin sur la tête, corne l’a fait avec succès le docteur Graves dans quelques cas désespérés; les sinapismes; à l’intérieur le camphre , le musc , le castoréum , le quinquina , la serpentaire de Virginie, le vin et les cordiaux puissants, sont les moyens que l’on doit employer pour relever les forces, ramener les fonctions nerveuses à leur état normal, et prévenir la dissolution des humeurs. Pendant la convalescence, il importe de soutenir les forces par le vin amer, par exemple, ou une décoction de quinquina, et par une alimentation convenablement dirigée.
On a , dans ces derniers temps , vanté quelques médicaments comme spécifiques de cette affection ; nous n’avons que le temps de les mentionner.
Le chlore a été préconisé par M. Réveillé-Parise à la dose de 20 à 4o gouttes dans une pinte de tisane ; j’ai cru observer qu’il était utile , surtout dès le début de la maladie. Le chlorure de soude a été essayé par M. Chomel : il l’employait à la dose de un grain à un grain et demi en tisane et en lavement , répété matin et soir ; il employait aussi, en lotions sur tout le corps, la solution pure de chlorure de sodium. Sur quinze malades traités par ce remède, il compte deux cas de mort.
M. Delarroque prétend avoir obtenu de très-bons effets des purgatifs , tels que l’eau de Sedlitz , le sel d’epsom , l’huile de ricin , le tartre stibié , la décoction de séné , l’huile d epurge et de crotontiglium , à l’intérieur ou par la méthode endermique ; il se fonde sur ce que la bile acquiert dans cette affection une âcrelé extraordinaire , et qui , par son séjour dans le tube intestinal , peut en déterminer l’inflammation.
Les médecins anglais, d’après Edwind Lee, emploient les purgatifs , le calomel surtout , parce que , pour eux , les ulcérations intestinales sont causées par la présence des matières fécales endurcies. Ils ont vu souvent le dévoiement cesser après leur administration ; et ils observent rarement à leur suite la gastrite que l’on redoute tant à Paris. Ils regardent la fièvre typhoïde comme dépen. dant d’une altération du sang provoquée par des causes endémiques et miasmatiques. Ils emploient aussi les lotions froides sur la tête , le quinquina , les vésicatoires , etc.
M. Boudin , médecin en chef de l’hôpital de Marseille , s’est trèsbien trouvé de la solution aqueuse du nitrate d’argent cristallisé , soit en forme pilulaire , soit en lavement : sur cinquante cas de typhus, il ne cite que deux cas de mort, parmi ceux à qui il a fait subir ce mode de traitement ; il fait remarquer qu’on parvient ainsi à triompher de la diarrhée et à faire neutriser les ulcérations intestinales.
Enfin, il a été aussi question de l’efficacité des frictions avec l’onguent mercuriel, et des préparations mercurielles poussées jusqu’à la salivation.
M. Bouillaud a appliqué à cette maladie la thérapeutique qu’il a vantée contre les affections thoraciques, et il saigne , dit-il, avec succès ses malades coup sur coup au début de la maladie.