‹ Aperçu sur l'état typhode et les fièvres dites typhoïdesChapitre 4 sur 11 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Il résulte, ce semble, de l’exposé auquel nous venons de nous livrer, que les désignations de typhus et de fièvres typhoïdes ont été à peu près indifféremment données à des maladies affectant des formes diverses , mais ayant toutes néanmoins un fond commun, l’état typhoïde.

Dans ce qui va suivre, nous nous occuperons surtout de mettre en relief les diverses circonstances pathologiques qui ont trait à cet état morbide.

ÉTIOLOGIE.

Les causes de la fièvre typhoïde, a dit Chomel, comme celles de la plupart des maladies internes , sont enveloppées de la plus grande obscurité.

Nous connaissons bien, en effet, quelques-unes des circonstances sous lesquelles elle se développe avec une préférence marquée; mais la cause efficiente échappe, dans l’état actuel de la science, à toutes nos investigations.

Parmi les causes occasionnelles et prédisposantes , on range le séjour récent dans une grande ville, comme à Paris, par exemple; l’habitation dans des lieux bas et humides, mal aérés, ou desquels s’élèvent des émanations infectes; les grandes réunions d’hommes, comme cela arrive dans les hôpitaux, dans les prisons, sur les vaisseaux, et enfin au milieu des camps; les temps de détresse, la disette, la famine, les saignées et les épistaxis abondantes» D’autres y ajoutent l’emploi d’un purgatif donné d’une manière intempestive, une forte commotion physique , une forte insolation , l’impression subite du froid pendant une chaleur exagérée , la constitution de l’air atmosphérique, dont nous ne pouvons apprécier complètement la viciation. Des excès en tout genre, les chagrins, une impression morale vive , et surtout la nostalgie, sont aussi des causes qui précèdent souvent son apparition.

L’âge auquel l’homme en est le plus souvent atteint est celui de 20 à 3o ans; ainsi, à l’époque de la vie de l’homme où ses forces sont le plus développées, on voit apparaître le plus souvent la fièvre typhoïde, fièvre de prostration et de faiblesse; mais remarquons que c’est aussi pendant cette période que l’homme, en proie aux passions les plus violentes , abuse le plus de ses forces.

Les émanations des amphithéâtres, les travaux et les veilles prolongées, une alimentation peu proportionnée aux pertes journalières, l’introduction dans l’économie de substances délétères , telles que les

aliments qui ont déjà éprouvé un commencement de putréfaction , et les poisons septiques , peuvent aussi la favoriser.

Il s’en faut qu’une constitution chétive y prédispose d’une manière bien marquée ou quelle soit alors plus souvent mortelle ; elle se montre peut-être plus communément chez les hommes à peau brune, à système musculaire très-prononcé. D’après le relevé qu’a fait M. Andral , la force de résistance vitale ne se traduit pas toujours par un appareil musculaire imposant , mais bien par l’activité du système nerveux.

On a cru remarquer que c’était à la fin de l’été et en automne quelle régnait le plus souvent. Cette remarque souffre de nombreuses exceptions. Parmi les épidémies relatées, plusieurs ont lieu au fort de l’hiver et d’autres au printemps.

Avouons toutefois que l’on voit souvent des individus qui semblent avoir été soustraits à l’action de toutes ces causes, pour lesquels on ne peut invoquer un principe contagieux , et qui cependant sont attaqués de cette terrible affection.

SYMPTOMATOLOGIE.

Pour tracer rapidement les symptômes qui s’observent le plus souvent dans la fièvre typhoïde , nous admettrons , avec M. le professeur Caizergues, trois périodes distinctes; nous appellerons la première, période à' incubation et d 'invasion; la seconde, période d irritation; la troisième, période nervoso -putride.

Période d’invasion et d’incuration. — Le malade offre un faciès triste et inquiet; il a moins d’aptitude aux travaux intellectuels; sa contractilité musculaire est affaiblie ; les sens ont perdu de leur finesse et de leur étendue; il devient parfois irascible; des malaises généraux, des douleurs dans les muscles avec lassitudes se font ressentir; il y a perte d’appétit, bouche pâteuse, quelquefois amère; langue blanchâtre , jaunâtre ou plus ou moins rouge , quelquefois naturelle; la diarrhée, des nausées et même des vomissements; une attaque

épileptiforme a été observée par M. Chomel chez un jeune homme qui offrit tous les caractères de la fièvre typhoïde. Ces préludes n’ont pas toujours lieu ; quelquefois l’invasion est plus prompte : alors il ressent de la céphalalgie plus ou moins vive; les signes de la stupeur apparaissent; déjà les mouvements sont plus lents, parfois pénibles; souvent il survient dès le début des frissons suivis de chaleur et d’une forte fièvre; nous avons vu souvent la maladie apparaître sous le type rémittent ou intermittent. Le pouls est rarement plein, dur et fort, mais tantôt peu accéléré, tantôt faible, tantôt déjà intermittent; la démarche du malade est chancelante ; la diarrhée qui a quelquefois précédé, reparaît, ou bien on observe, dans quelques cas rares , de la constipation. La physionomie , peu mobile , n’offre d’autre expression que celle de l’indifférence et de l’apathie dont il est difficile de tirer le malade. Déjà on remarque de légers troubles dans l’intelligence ; le malade reste couché sur le dos ; s’il se lève ou s’il s’assied , il éprouve des vertiges et des tournoiements de tête , au point qu’il se laisse parfois tomber. La nuit, les instants de sommeil sont courts, il y a de l’insomnie ou bien de la somnolence, de la soporosité ; la langue est collante parce que la salive est sécrétée en petite quantité ; parfois la bouche conserve son humidité pendant toute la maladie ; bientôt elle se sèche, devient noirâtre ainsi que les dents et les lèvres ; la soif est vive ; souvent le ventre augmente et se météorise. Le malade ressent de la douleur dans la région iliaque droite; du gargouillement se fait entendre dans cette région; d’autres fois le ventre est souple et indolent. La peau tantôt est chaude, colorée , tantôt sèche ou couverte de sueur visqueuse. L’épistaxis , que nous avons observée presque toujours, advient au début ou à la fin de cette période. Enfin, l’éruption de taches lenticulaires sur la partie antérieure de la poitrine et de l’abdomen, ainsi que sur les bras , a lieu à la fin de cette période ou au commencement de la suivante; elle est ordinairement d’une couleur rosée; lorsqu’elle devient brune ou livide , nous l’avons vue souvent devancer la mort. M. Dor, ancien interne de l’hôpital de Marseille, cite, dans la Gazette médicale, une observation de fièvre typhoïde où l’éruption

présentait le meme aspect que 1 éruption varioleuse. La mort arrive rarement à la fin de cette période.

Période d’irritation. — Du septième au neuvième jour , si les taches lenticulaires rosées n’ont point encore paru , elles ne tardent pas à paraître ; elles s’effacent au bout de cinq à six jours ; elles offrent une légère élévation à la peau , mais ne sont pas vésiculeuses. Dans quelques cas , on a observé une autre éruption appelée sudamina; mais cette éruption, qui est incolore, de forme vésiculeuse , se montre autour du cou. C’est pendant cette période que j’ai vu survenir, chez un soldat couché au n° 12 de la salle S'-François de l’hôpital civil et militaire du Pont S'-Esprit, une escarre à la partie antérieure du scrotum. L’endroit où l’on a appliqué des vésicatoires se couvre d’une pellicule d’un blanc gris; des escarres peuvent survenir à la place qu’ont occupée les sinapismes; les piqûres de sangsues offrent aussi une disposition à l’ulcération. Outre ces phénomènes, qui arrivent à des époques diverses de cette période, ceux de la première augmentent d’intensité; les facultés intellectuelles sont encore plus engourdies. A l’entrée de la nuit , il 11’est pas rare que les malades délirent, parlent beaucoup de leur pays et de leurs parents s’ils sont nostalgiques. Pendant l’exacerbation, qui paraît alors, ils semblent plus forts: ils se lèvent , se promènent , et les gardes sont obligés de les ramener dans leur lit. Mais arrive bientôt un prolapsus complet : le malade est dans le décubitus dorsal , et se laisse aller du côté où le lit penche. Les mouvements sont de plus en plus pénibles. Les excrétions de l’urine et des fesces sont involontaires. La sueur et l’haleine exhalent une odeur d’une fétidité parfois extrême; il n’est pas rare même d’observer la rétention d’urine ; quelquefois l’affaiblissement s’étend aux muscles de la respiration , et le malade est menacé d’une mort prochaine. Le pouls est lent ou accéléré , mais lâche , faible et concentré ; la langue est sèche , fendillée ; si l’épistaxis a lieu , elle se fait goutte à goutte par une espèce de distillation du sang; des soubresauts dans les tendons, des mouvements convulsifs des lèvres et des ailes du nez apparaissent à la fin de cette période. J’ai observé une aphonie presque complète chez un soldat couché au n° 21 de la salle

S'-Vincent de l’hôpital civil et militaire du Pont SVEsprit.. La carphologie et la contracture des membres ad viennent quand l’issue doit être fâcheuse; la stupeur devient de plus en plus prononcée; ordinairement il est assez facile de tirer le malade de cet état de stupeur, mais il ne tarde pas à y retomber ; quelquefois les malades ont en apparence le libre usage de leur raison , quoiqu’ils soient dans le délire : c’est ainsi que j’ai vu un soldat , couché au n° 02 de la même salle, me prier en grâce et avec convenance de punir son caporal qui était cause de sa maladie. Dans quelques cas, 011 rencontre de la dureté dans l’ouïe; le goût est altéré; la vue est faible et trouble, la conjonctive injectée; les yeux se dérobent à l’action de la lumière; la chaleur de la peau est âcre; elle est sèche et rugueuse au toucher; les lèvres et les dents sont fuligineuses ainsi que la langue ; pendant cette période, on voit survenir des hémorrhagies intestinales qui entraînent les malades au tombeau. Dans un compte rendu de la clinique du professeur Caizergues , on parle d’un homme à qui l’on avait appliqué par erreur des sangsues au cou. L’hémorrhagie dura toute la nuit, et le lendemain le pouls était vermiculaire, la prostration des forces extrême; le malade meurt d’une véritable anémie; le météorisme augmente; la mort arrive quelquefois pendant cette période, qui dure jusques au quatorzième ou quinzième jour. Les symptômes que nous venons de décrire varient beaucoup d’intensité, suivant que l’issue doit être heureuse ou malheureuse.

Période nervoso-putride. — Chomel prétend que, quelle que doive être la terminaison de la maladie , c’est presque constamment pendant cette période que cesse le mouvement fébrile. Si elle doit se terminer par la santé, le malade répond avec plus de promptitude aux questions ; la physionomie s’améliore ; le pouls se relève , la langue s’humecte; la prostration est moins grande; le coma vigil fait place à un sommeil tranquille qui vient assurer la guérison : ce signe fut toujours vrai pendant une épidémie rapportée par Ozanam. Cela s’observe du neuvième au vingtième jour ; toutefois il faut se défier de cette amélioration apparente, comme l’a trèsbien dit Avicenne : Quùm homo habet solum intensivam et invertit ai -

teralionem et quietam calliditatis subito absque nisi manifestâ tune judlca quod morielur velociter. Le commencement de cette troisième période varie du huitième au trentième jour. Si la mort doit s’ensuivre, la langue devient brune, noire; l’haleine, la sueur et l’urine deviennent fétides; le coma vigil est remplacé par un coma profond; la respiration devient stertoreuse, le pouls vermiculaire ; les escarres s’étendent en surface ; la stupeuf et la prostration sont profondes , l’amaigrissement est considérable ; faciès hippocratique , crocidisme . léthargie ou convulsion , mort.

Les mouvements critiques s’opèrent du quinzième au trentième jour ; ils ont lieu, ainsi que nous l’avons plus d’une fois observé? par les sueurs, une diarrhée modérée, les urines, une épistaxis assez abondante, un ptyalisme considérable ; c’est ce qu’observa de Mertens pendant le typhus de Moscow. M. Otto, professeur à Copenhague , qui l’a observé sur lui-même et sur d’autres malades , le regarde comme judicatoire, et s’étonne de ce que personne n’en a fait mention. Les furoncles sur diverses parties du corps, crise que je viens d’observer chez un de mes amis, les abcès et surtout les parotides, jugent souvent cette maladie. Il me souvient à ce sujet d’un soldat plongé dans une stupeur profonde qui ne cédait à aucun des médicaments employés , et chez lequel sé manifesta du soir au lendemain une collection purulente à la parotide gauche ; une abondante suppuration suivit l’ouverture de cet abcès, et, trois jours après, le malade était en pleine convalescence.

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