APERÇU
SÜR
LÉTAT TYPHODE
Il règne, a dit ïïildembrand (1), une grande confusion dans les ouvrages d’Hippocrate (2) au sujet du typhus. Malheureusement pour l’humanité, une confusion analogue existe de nos jours.
Désireux cependant de nous faire une idée aussi exacte que possible de ce qui caractérise cet état morbide, énumérons succinctement,
(1) Traité sur le typhus contagieux.
(2) Liber I, II, de morbis popularibus.
d’après Ozanam (1) et quelques autres, quelques-unes des maladies qu’ils ont classées sous les noms de typhus et de fièvres typhoïdes.
En 1620 (2), après le siège de Montpellier, il régna une fièvre maligne caractérisée par la stupeur , X abattement , le délire, des mouvements convulsifs, un pouls petit , fréquent, inégal, et des parotides mortelles.
En 1680 (3), parmi des troupes cantonnées à Presbourg, se manifesta une affection contagieuse, attaquant de préférence les jeunes gens et les adultes , et qui dura tout l’hiver. Au début : frisson suivi de chaleur, céphalalgie, soif, nausées, veilles, lassitudes ; vers le quatrième jour, chaleur brûlante, inquiétude , prostration des forces , délire frénétique, stupeur, tremblement des mains et des lèvres , hémorrhagie nasale goutte à goutte , langue sèche , brune ou noire , pouls petit , pétéchies et parotides.
En 1754 (4) , au printemps, les troupes impériales, campées à Heilbrunn, furent attaquées du typhus; les jeunes soldats et les recrues le contractèrent plus tôt que les vétérans. II débutait par les symptômes d’une fièvre catarrhale; bientôt délire , abattement , pétéchies, soporosité , hémorrhagies nasales passives. Une diarrhée critique au septième jour jugeait la maladie. A l’autopsie, les glandes mésentériques furent trouvées engorgées. On employa la limonade végétale et minérale , la crème de tartre , les évacuants salins , les antispasmodiques ; une diète sévère fut observée, et des amers furent donnés à la fin.
En 1705 (5), à S'-Pétersbourg , il se déclara tout à coup, sans cause connue , une fièvre maligne. Les malades se plaignaient de lassitudes, ; bientôt suivait un accès fébrile avec prostration des forces; le quatrième jour, fièvre continue avec redoublements ; pétéchies , pouls
(1) Histoire générale et particulière des maladies épidémiques, T. III.
(2) Rivière, p. 102.
(3) Lew, p. 1 4 1 2 3 4 5 -
(4) Kramer, p. 149.
(5) WeilbreCi p. 1 5 1 .
petit, fréquent; inquiétude, soif, veilles, délire, somnolence, surdité; langue blanche, humide, puis noire et sèche; diarrhée, soubresauts des tendons, et sueurs profuses. Un ptyalisme abondant fut d’un heureux augure; la saignée et l’émétique furent dangereux. On employa de préférence la limonade minérale , les vésicatoires, et surtout le vin et le quinquina.
En 1740, Huxham (1) a décrit une fièvre nautique. L’invasion se manifestait par un frisson suivi de chaleur : pouls vibré , faible ; céphalalgie, insomnie , soporosité , otalgie , bouche amère et infecte , vomissements bilieux ou muqueux; langue jaune, puis brune; prostration subite des forces , douleurs dans tous les membres ; bientôt délire frénétique , inquiétude, coma vigil , pétéchies, soubresauts des tendons , froid des extrémités , scotomie ; sueurs froides ou visqueuses ; la diarrhée modérée, l 'épistaxis abondante, et une expectoration libre et abondante, étaient critiques. Saignée au début, émétique , s’il y avait des nausées ; doux purgatif et lavement ; boissons acidulés et aromatiques ; à la fin , teinture de quinquina ou de Huxham.
En 1770 (2) , régnèrent à Moscow des fièvres putrides. 1 81 Degré: céphalalgie, anxiété, nausées, lassitude, stupeur , débilité , froid des extrémités ; langue muqueuse ; frissons et chaleurs ; soif nulle. 2me Degré : pouls serré et petit, otalgie, peau aride , débilité extrême, yeux larmoyants, tremblement des narines; délire, stupidité. 3me Degré : pétéchies rouges ou brunes, sueurs, pouls faible , surdité, langue noire , trismus , convulsions , mort. Dès le principe , l’ipécacuanha , de légers laxatifs et des boissons sub-acides : au icr degré, la nature provoquait par les sueurs et les urines une solution'critique; dans le 5me degré, tout dépendait de l’art : le quinquina, le vin, le musc et les vésicatoires , étaient lame du traitement.
En 1799, M. le professeur Caizergues (5), alors chef de clinique,
(2) De Mertens, p. 149»
(3) Rapport sur la fièvre nosocomiale de 17995 par MM. Caizergues et Rogery.
fut chargé de faire un rapport sur la fièvre typhoïde ( fièvre putride maligne de l’auteur ) qui , ravageant tout le midi de la France , se manifesta d’abord dans les hôpitaux et prisons de la ville de Montpellier ; elle fut liée à un état catarrhal et gastrique. Au début : céphalalgie intense , lassitude , douleur aux lombes, langue blanche et humide, toux, nausées, vomissements, fièvre intense; bientôt prostration des forces , diarrhée , langue sèche et noire , pouls filiforme ; stupeur profonde , délire tranquille et rarement frénétique. Le traitement qui fut couronné d’un si beau succès, qu’ils n’eurent à regretter que quatre morts sur un grand nombre de malades soumis à leur observation, fut le suivant : au début, l’émétique qui simplifiait la maladie et prévenait toujours la malignité des périodes subséquentes; les sudorifiques, rarement des saignées; les sangsues aux tempes et au cou contre le délire; les boissons acidulés; les poudres tempérantes avec le camphre et le nitre ; les lavements répétés ; les fomentations aux pieds avec l’eau chaude ou le vinaigre ; la serpentaire de Virginie, le quinquina, l’angélique, le camphre.
En 1808, la France ressentit les effets d’une maladie épidémique et contagieuse qui sévit depuis les Pyrénées jusqu’aux environs de Paris. Les docteurs Geoffroy et Nysten , envoyés par le gouvernement sur toute la route, observèrent partout les mêmes symptômes, et virent | quelle étaie contagieuse et épidémique. En voici les symptômes : malaise, alternatives de chaud et de froid, lassitudes , perte d’appétit , douleur de tête , constipation ou diarrhée , insomnie > langue saburrale ; nausées, vomissements spontanés; pouls égal, régulier , petit ; épistaxis , prostration des forces , stupeur > pétéchies g sueurs , diarrhée colliquative ; vermination. Au début , l’émétique , boissons sudorifiques ou acidulées; les bains tièdes, les antispasmodiques , les toniques , les dérivatifs , le quinquina , le vésicatoire à la nuque. A l’autopsie : épanchement séreux entre la dure-mère et l’arachnoïde et dans les ventricules; les poumons gorgés de sang, le cœur flasque , le tube alimentaire à l’état normal 3 le foie et la rate volumineux et ramollis.
En 1 8 1 5 , le typhus fit un ravage épouvantable à Wilna ; lama-
ladie débutait par de la céphalalgie ; bientôt le délire survenait mais surtout la stupeur et de Yabattement.
En 1817, on le vit régner en Italie, et le long des côtes de Daîmalie. Il y avait pouls faible , céphalalgie, langue blanchâtre , bouche insipide ou amère, vermination, délire, surdité, langue sèche, pouls filiforme s abolition des forces , stupeur , froid des extrémités, mort. L’estomac et les intestins étaient intacts ; le foie volumineux et frappé de stigmates noirâtres , ainsi que les poumons. On saigna très-peu; lemétique au début, de légers laxatifs, des boissons acidulées et mucilagineuses , des lavements, les sinapismes et les cordiaux, furent les moyens les plus efficaces.
En 1 827 , M. le professeur Caizergues a observé , à l’hôpital S'-ÉIoi , parmi des Suisses, la fièvre typhoïde sous le type continu rémittent; en voici les symptômes : au début, somnolence, anorexie ; lassitude, céphalalgie; faciès sombre, inquiet; peau aride et sèche; pouls petit, vile, serré; abattement, soif; envies de vomir; selles diarrhoïques; soubresauts des tendons; délire, sourd ou furieux; langue et dents fuligineuses. Prostration de forces, stupeur, météorisme . Pouls vermiculaire , mort. La maladie durait de 20 à 21 jours. A l’autopsie, on trouve dissolution complète du sang ; ulcérations des glandes de Peyer et de Brunner ; rougeur comme sanguine au cerveau.
En 1829, M. le professeur Caizergues observa encore, sous le même type, des fièvres graves caractérisées par frissons, céphalalgie , lassitude, abattement, bande jaune aux ailes du nez et autour des lèvres; langue jaunâtre, bouche amère , nausées, vomissements; stupeur, prostration de forces; météorisme; muscitation; haleine fétide ; langue et dents noires, pouls petit, crocidisme, mort. Elle se compliqua de diarrhée, de dysenterie et de catarrhe pulmonaire. A l’autopsie, l’encéphale présente quelquefois des traces d’une légère inflammation; les intestins grêles ulcérés dans le quart inférieur de l’iléum; les ganglions mésentériques tuméfiés et ramollis. Le traitement fut dirige de maniéré a combattre les differents éléments fie la maladie.
Prenons deux observations dans l’ouvrage de M. Chomel et celui de M. Andral. 9
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La seconde observation de l’ouvrage de M. Chomel nous offre les symptômes suivants : dévoiement avec colique depuis un mois ; céphalalgie avec fièvre depuis cinq jours. Prostration , stupeur > pouls ondulant; langue blanche ; bouche amère; selles liquides ; abdomen ballonné et sensible à la pression (saig. de 10 onces, solut. de sirop de groseilles, lavem. ). Délire , agitations, fuliginosités sur les lèvres et les dents ; éruption de taches rosées , lenticulaires. Le neuvième jour , le délire a cessé, mais il y a prostration extrême; l’éruption devient livide; mort à 10 heures. A l’autopsie, on ne trouve que les lésions de dothinentérite.
La première observation de la clinique de M. Andral nous offre , au début, céphalalgie, mal de gorge, anorexie, lièvre, dévoiement; neuvième jour , céphalalgie, face pâle, pupille très-dilatée , abattement , langue blanchâtre , nausées, constipation, douleur vive entre la quatrième et la cinquième côtes ( 20 sangs, à la nuque , tis. d’orge oxym. ) ; et le soir, prostration, deux selles liquides, etc., etc. Il survient du délire; stupeur , météorisme, dilatation extrême de la pupille, face cadavérique, et mort. A l’autopsie, on trouve 60 ascarides lombricoïdes dans l’iléum, avec des élevures des glandes de Peyer, et des vers tricocéphales dans les intestins ; rien dans le cerveau.