‹ Aperçu sur l'état typhode et les fièvres dites typhoïdesChapitre 6 sur 11 · TERMINAISON · texte numérisé non relu

TERMINAISON

Lorsque la maladie se termine par la santé, la convalescence est très-longue, les rechutes presque toujours mortelles; on observe, à cette époque , l’œdème des extrémités inférieures , des douleurs dans ces mêmes parties ; les escarres , s’il en existe , tendent à la cicatrisation, mais elle est lente à arriver ; le malade met longtemps à reprendre sa première vigueur; il n’est pas rare d’observer la stupidité chez les individus qui ont échappé à cette fièvre. M. Chomel cite une jeune fille qui devint folle , fut envoyée à la Salpétrière, d’où elle sortit au bout de quinze jours parfaitement bien remise. Quelquefois ce n’est pas la fièvre typhoïde qui enlève le malade , mais bien toute autre maladie : c’est ainsi que Ton voit des pneumonies, des péritonites déterminées par la perforation du tube intestinal , et surtout l’érysipèle de la face. Voilà tout autant de causes de complications fâcheuses de celte affection.

Quand elle se termine par la mort , on trouve à l’autopsie les lésions suivantes : selon MM. Chomel et Bretonneau , on rencontre constamment des altérations diverses des glandes de Brunner et de Peyer. i° Elles sont tuméfiées et constituent ce qu’ils appellent des élevures ou des bosselures au premier degré, et au second des plaques gaufrées. 2° Elles peuvent être ulcérées , et dans ce cas l’ulcération peut avoir détruit une partie des parois du tube intestinal, quelquefois même toute son épaisseur. Si la muqueuse, ramollie d’abord, est détruite, ils donnent aux ulcérations le nom de plaques à surfaces réticulées. Enfin , on observe dans d’autres cas des ulcérations qui tendent à se cicatriser, et d’autres qui le sont déjà. M. Andral mentionne beaucoup de cas où il n’a trouvé aucune lésion de dothinenterite ; M. le professeur Caizergues nous en a cité plusieurs où il n’en existait pas.

Nous avons vu que dans les épidémies de typhus, parmi les rares autopsies qui ont été faites, le cerveau et ses annexes ont été trouvés tantôt altérés, tantôt intacts; que le tube intestinal a présenté tantôt des signes d’inflammation , tantôt s’est trouvé à l’état normal ; que la rate et le foie étaient hypertrophiés et ramollis ; que le sang se coagulait difficilement, était même très-fluide et parfois sanieux. M. Chomel a remarqué qu’à la suite des fièvres typhoïdes , la rate offrait un volume anormal et était ramollie ; les glandes mésentériques , surtout celles qui avoisinent le quart inférieur de l’iléon, sont remarquables par l’augmentation de leur volume et leur ramollissement. Dans une épidémie de typhus décrite par M. Gerhard , médecin de l’hôpital de Philadelphie, ce praticien a remarqué, à l’autopsie , qu’il n’existait aucune lésion des organes intestinaux ; et Edwind Lee, Alliotson , d’Édimbourg , qui ont assisté aux autopsies faites à l’Hôtel-Dieu de Paris, ont rarement observé, dans leurs hôpitaux respectifs, les lésions de la dothinenterie à la suite des fièvres typhoïdes. Dans ces derniers temps, on a mentionné la découverte des cristaux microscopiques , soit dans les ulcères du tube intestinal , soit dans les matières fécales chez les individus qui avaient succombé à une fièvre typhoïde; mais on les a rencontrés aussi chez des personnes atteintes d’affections diverses , et même chez celles qui semblent se bien porter. Enfin, outre ces lésions qui existent le plus souvent, on rencontre les lésions des maladies qui ont compliqué ou ont été compliquées d’état typhoïde.

Formes. — Étudions maintenant la fièvre typhoïde dans ses principales affinités.

L épidémie, rapportée par Ozanam ( qui affligea Vérone en i58o ) , s’offre au début avec le type intermittent et les symptômes d’une fièvre inflammatoire : face rouge , yeux larmoyants , pouls élevé , céphalalgie gravaîive. Aussi la diète, au début la saignée, et plus tard les ventouses, furent-elles utiles.

La saignée que Rivière employa avec sijccès pendant celle qui se déclara après le siège de Montpellier, en 1623, indique aussi son caractère inflammatoire.

MM. Chomel et Andral citent un grand nombre d’observations qui prouvent l’union de l’état inflammatoire avec la fièvre typhoïde. On l’observe principalement chez les individus jeunes, pléthoriques, adonnés aux liqueurs alcooliques, pendant l’hiver ou le printemps.

M. Caizergues observa , en l’an VIII, cette affection, liée à un état catarrhal et gastrique. Aussi les saignées furent-elles bannies du traitement; et l’émétique dès le principe, en débarrassant les premières voies , simplifiait beaucoup la maladie et rendait souvent les autres périodes plus bénignes.

En 1740 , Huxham nous peint l’état bilieux par les symptômes suivants : frissons, bouche amère , vomissements bilieux , langue jaunâtre ; il employa au début la saignée suivie de l’émétique. C’est ainsi qu’on attaqua l’épidémie qui sévit en Lorraine. Cette année , nous avons vu l’état bilieux apparaître au début de la fièvre typhoïde, chez les malades qui ont été soumis à notre observation à l’hôpital S-Éloi ; état qui dépendait de la constitution médicale régnante.

L’état muqueux est bien manifeste dans l’épidémie décrite par Rocderer et Wagler ( de febre mucosâ ). Us firent les premiers mention de la lésion des follicules intestinaux ; cet état est souvent compliqué de vermination ; mon père l’a observé aux mois de Mai et d’Avril de celte année ; Rœderer et Wagler en parlent aussi dans leurs ouvrages. Dans l’observation citée de M. Andral , nous lisons les symptômes suivants : langue blanchâtre , dégoût profond, nausées , pupille dilatée pendant toute la durée de la maladie ; ventre bombé, indolent; douleur entre la quatrième et la cinquième côte , etc. L’on sait ce que l’on trouva à l’autopsie. Voilà un cas où la prostration , la stupeur et le délire semblent être causés par la présence des vers.

L’état ataxique est très-bien décrit dans cette espèce de typhus qu’Hildenbrand désigne sous le nom de typhus contagieux irrégulier : c’est la prédominance de cet état que nous retrouvons dans l’épidémie rapportée par Ozanam , qui régna en i5y4 dans toute la Belgique, où les saignées étaient mortelles, et où l’on préféra les ventouses, les antispasmodiques, tels que le camphre, sirop de nym-

phæa et de pavots. Mon père l’a observé chez quelques soldats qui , croyant obtenir leur congé à l’inspection, tombaieut , quand ils ne l’obtenaient pas , dans un état déplorable , et mouraient au bout de trois à quatre jours. On peut ranger ici la fièvre lente nerveuse d’Huxham. Lorsque l’état ataxique prédomine, la mort arrive plus souvent et rapidement.

Il importe de distinguer l’état adynamiqne apparent où il y a seulement oppression des forces, de l’état réellement adynamique. L’épidémie survenue après le siège de Louvain , qu’Ozanam a classée dans son ouvrage sous le nom de typhus , ne nous offre qu’un état apparent d’adynamie, prostration de forces, pouls petit, accéléré, céphalalgie. Le remède par excellence fut la saignée, répétée trois ou quatre fois, qui suffit seule pour guérir certains malades. Ce qu’il y avait détonnant, c’était de voiries malades, abattus, reprendre des forces après cette évacuation. L’état adynamique demande , par son importance, à être traité d’une manière plus spéciale : c’est ainsi que nous voyons défendre, dans l’épidémie de S*-Pétersbourg , qui, dès le début, s’annonça par de la lassitude, de la prostration des forces , etc., la saignée et l’émétique comme nuisibles, et prescrire la limonade minérale , les vésicatoires, et surtout le vin et le quinquina.

Ces deux états, l’état ataxique et l’état adynamique, apparaissent toujours, il est vrai, vers la fin de la fièvre typhoïde, et viennent contribuer à former l’état que je désigne sous le nom d’état typhode; mais l’état typhode n’est ni de l’atonie, ni de l’adynamie, mais un état particulier composé de ces deux états, ayant une physionomie qui lui est propre avec tendance bien marquée à la dissolution des humeurs. Or, cet état peut survenir chez un individu pendant qu’il est atteint de pneumonie, par exemple, et donner par là naissance à une fièvre typhoïde ; de même que nous avons vu la pneumonie attaquer des individus plongés dans un état typhode avancé. Nous voyons la même chose arriver tous les jours pour l’intermittence et la rémittence de la fièvre qui peut encore s’unir à l’état typhode, ainsi que l'a observé le professeur Caizergues , en 1827 et 1829. De même, toutes les plaies sont susceptibles d’être compliquées de la pourriture d’hôpital lorsqu’elle se déclare.

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