DIAGNOSTIC
Le diagnostic de la fièvre typhoïde est très-difficile au début de la maladie. Toutefois, si le sujet a éprouvé un chagrin violent; s’il s’est livré à des excès, qu’il ait de 20 à 5o ans , etc., qu’il ait été, en un mot, soumis à une ou plusieurs des causes ci-dessus énumérées; s’il éprouve de la lassitude; si sa figure présente déjà de la stupeur, ainsi que nous l’avons souvent observé chez les soldats qui entraient à l’hôpital ; si le pouls est lâche , quoique fréquent et plein ; si les mouvements sont lents et pénibles ; si une épistaxis a lieu, on peut présumer qu’il y a chez ce malade une tendance à tomber dans l’état typhode , quelle que soit l’affection dont il olfre les symptômes. A plus forte raison il y aura lieu de le penser, s’il règne une épidémie de typhus.
A la seconde période, le diagnostic se confirme de plus en plus: alors apparaissent l’éruption et la diarrhée ; la stupeur et la prostration de forces augmentent ; le malade répond avec peine aux questions qu’on lui adresse; il survient du délire; et la maladie finit enfin par se caractériser, à la troisième période, par une stupeur profonde, la prostration extrême des forces, le trouble des fonctions intellectuelles, le délire muet ou furieux; le pouls faible et déprimé, et la tendance générale des humeurs à la dissolution , se manifestant par les hémorrhagies nasales , intestinales et utérines ; les escarres au sacrum et aux trochanters; la fétidité des sueurs, de l’haleine et des matières stercorales , etc.
Mais il s’en faut que les symptômes soient toujours aussi tranchés, et partant le diagnostic aussi aisé à établir. La difficulté est plus on moins grande , suivant la période à laquelle le praticien est appelé, et les renseignements qu’il peut se procurer sur les antécédents du malade.
Les maladies que l’on pourrait confondre avec celle que nous étudions, sont : la phlébite, l’empoisonnement par les poisons septiques,
l’inflammation des membranes du cerveau, l'entérite, la péritonite latente compliquée d’adynamie chez un sujet jeune.
Mais ici l’examen des causes , de l’état du sujet , la connaissance des maladies régnantes , et les symptômes , viendront éclairer le praticien dans son diagnostic.
C’est ainsi que la phlébite est très-rarement spontanée , mais se montre, i° à la suite de la saignée (et dans ce cas on peut suivre la maladie en examinant le point de départ ) ; 2° à la suite de plaies et des grandes opérations (cet accident arrive souvent lorsqu’on n’a pas employé la réunion immédiate ) ; 5° à la suite d’un accouchement.
La méningite se distingue de la fièvre typhoïde , par la douleur aiguë et constante qu’éprouve le malade, qui porte souvent la main à sa tête; par les cris continuels qu’il pousse; par l’état du pouls, la contracture des membres. Le diagnostic est moins douteux s’il y a eu chute ou coup sur la tête; tandis que, s’il apparaît une éruption de taches lenticulaires ; s’il y a diarrhée, prostration de forces, et délire tranquille avec stupeur, on pourra dire qu’il y a fièvre typhoïde. Toutefois il est possible que l’inflammation des méninges advienne avant ou pendant l’état typhode ; en effet , nous avons observé avec quelle facilité se forment les congestions sanguines sur l’encéphale : la fluxion a d’abord lieu, et l’inflammation peut s’ensuivre; aussi a-t-on trouvé, à l’autopsie, l’arachnoïde injectée, et de la sérosité entre les membranes et dans les ventricules , et plus souvent encore une simple congestion sanguine.
On la distinguera de la péritonite latente , se manifestant dans les conditions ci-dessus indiquées, en ce que , dans celle-ci , il survient le plus souvent des vomissements , de la constipation , et un épanchement plus ou moins considérable dans l’abdomen; la douleur que le malade éprouve s’étend dans toute l’étendue des parois abdominales , et semble partir d’un point comme d’un centre d’où elle va en s’irradiant ; ou bien il y a retrait des parois abdominales vers la colonne vertébrale ; taudis que, dans la fièvre typhoïde, il y a le plus souvent diarrhée même involontaire , insensibilité de l’abdomen , ou seulement douleur dans la fosse iliaque droite; un météorisme
plus ou moins prononcé de l’abdomen, des épistaxis, de la céphalalgie , line éruption de taches lenticulaires , et de la stupeur , etc. t
En général, lorsqu’il sera permis à l’homme de l’art de suivre la maladie dès le début, il lui sera toujours assez facile de reconnaître l’état typhoïde. Il importe de distinguer letat typhoïde de l’état adynamique et de letat ataxique; car ces deux états entrent bien dans sa composition ; mais il y a quelque chose de plus ici : l’état typhoïde a une physionomie qui lui est propre.
Au n° i3, S-François, était couché un jeune soldat qui, jusqu’au troisième septénaire, conserva de la faiblesse, de la fréquence dans le pouls, et du délire; il parlait souvent de sa mère et de son pays, et conservait assez de gaîté pour qu’on ne le crût pas atteint de nostalgie. Fatigué de voir que les remèdes employés étaient sans efficacité contre cet état, et pressé d’autre part par ses demandes, mon père lui fit donner des aliments : et bientôt la fièvre et le délire disparurent, les forces revinrent , et le malade entra en convalescence. Un autre fait à peu près semblable s’est offert à moi. Y a-t-il là état lyphode? Il n’y avait chez lui que de la faiblesse, un état d’adynamie. Il est bon d’observer que le malade n’offrait pas de la stupeur; tandis que , dans l’état typhode , nous trouvons constamment la prostration extrême des forces, le trouble des fonctions nerveuses, la stupeur, et la tendance des humeurs à la dissolution.