‹ Aperçu sur l'hérédité morbide directe et indirecte ou de terrainChapitre 2 sur 23 · MONSIEUR LE PROFESSEUR LABOULBÈNE · texte numérisé non relu

MONSIEUR LE PROFESSEUR LABOULBÈNE

Membre de l’Académie de Médecine.

Médecin des Hôpitaux.

Officier de la Légion d'Honneur, etc.

PRÈFACE

La biologie est, on peut le dire sans pédantisme, un immense terrain, en friche sur bien des points. Bien des régions en sont encore incultes et même inexplorées, mais de tous les points qui relèvent du domaine de cette science, peu demandent autant de lumière que la question de l’hérédité. Et cependant, aucune peut-être n'a fait couler plus d'encre : la presse, le roman, le théâtre, la littérature enfin dans tous les genres exploite une matière qui sera féconde pour l'imagination jusqu'au jour, éloigné sans doute, où la science expérimentale viendra poser les lois de la succession en physiologie. |

Pourquoi l'enfant ressemble-t-il à ses parents ? pourquoi hérite-t-il de leurs formes, leur intelligence, leurs penchants, leurs vertus, leurs passions ? Qui nous rendra compte, par exemple, du signe caractéristique de la famille des Cansada ou du profil des Bourbons ? Maïs ne cherchons pas si loïn : un couple nègre donne naissance à un wejeton nègre, quelle ‘en est la raison ‘anatomique et physiologique ? La famille d’Eschyle comptait huit poètes tragiques, le grand Mozart n’est que le plus célèbre d'une lignée de musiciens ; où en voit-on la cause ?

L'hérédité normale est obscure, on peut en dire autant de l’hérédité pathologique.

Tout le monde sait, sans en donner d’explication scientifiquement reconnue vraie, que presque toutes les maladies peuvent être transmises des parents à l’enfant. Il en est ainsi de la goutte, du rhumatisme, de la lithiase, de l’épilepsie, de l’hystérie, pour ne citer que les plus connues. On sait aussi que l’épileptique, s'il lègue quelquefois à ses enfants le mal comitial, peut engendrer aussi des hystériques, des tabétiques, des diabétiques, etc.

L'hérédité pathologique elle-même est, on le voit, un champ d’une étendue infinie : nous n'irons pas nous y perdre. Nous nous en tiendrons aux maladies infectieuses et nous verrons qu'elles peuvent passer de la mère au fœtus. Mais ce mode de transmission morbide est exceptionnel ; les parents atteints d’une infection, transmettent plutôt aux enfants la prédisposition à cette maladie, ainsi en est-il de la tuberculose par exemple. La graine n’est pas léguée, c’est le terrain. Quelle est au juste, la constitution de ce milieu de culture ? L’analÿse n’est pas encore allée jusque-là ; peut-être, les observations qui se trouvent à la fin de notre thèse, en donneront-elles une idée.

Mais auparavant, dans un premier chapitre, nous dirons quelques mots d'historique sur l'hérédité en général, nous y ajouterons quelques-unes des théories qui cherchent à l'expliquer, nous gardant bien d’enrichir le domaine déjà trop riche de l'hypothèse.

Le deuxième chapitre aura trait à l’hérédité directe ; les expériences de MM. Straus et Chamberland, et celles de MM. Charrin et Duclert y trouveront leur place.

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L’hérédité indirecte fera l'objet du troisième chapitre. MM. Charrin et Gley, MM. Charrin et Nobécour ont fait des expériences qui y sont relatées. Les observations qui

suivent ce travail y seront aussi interprétées. Nous y

avons intercalé quelques lignes sur les troubles de nutrition causés par les infections, ils expliquent peut-être que la cellule qui se détache d’un organisme ainsi troublé dans sa physiologie, doit presque nécessairement vivre

d’une façon anormale.

Mais il n'en est pas heureusement toujours ainsi et s’il est vrai, comme le dit A. de Trolles « que tant d'hommes capables engendrent des imbéciles et que tant d'hommes capables naissent d’imbéciles » ilest vrai aussi que des malades peuvent donner naissance à des enfants vigoureux et que l’état maladif de l'enfant contraste quelquefois avec la santé des parents.

Tel est le résumé de ce que nous dirons dans notre travail. Le sujet nous a été suggéré par notre maître M. Charrin qui apporte tous les jours à la biologie des connaissances nouvelles.

Que lélève remercie son maître, rien de plus naturel, surtout quand le maître, à la science joint des qualités qu'il serait trop long d'énumérer.

Nous avons aussi reçu l'enseignement de MM. Aud’houi, Kirmisson, Barth, de M. le Professeur Cornil ; nous leur exprimons ici toute notre reconnaissance : c’est ce qu’il y a de meilleur dans notre thèse.

M. Riche, interne des hôpitaux, a mis à notre service toute son amabilité et les résultats des expériences qu’il poursuit avec M. Charrin ; M. Bonniot, notre excellent

La pee

ami et ancien camarade de l'Hôtel-Dieu, qui fait des recherches sur lerayonnement de la chaleur chez les nouveau-nés, nous a étéégalementtrès utile ; nous les remercions tous deux de leur précieux concours.

A cette époque de l’année, la fatigue et la température rendent bien pénible la présidence d’une thèse, surtout quand le monument à examiner estplus d'argile que d’airain. M. le Professeur Laboulbène a eu la bienveillance d'accepter cette tâche ; qu'ilnous permettede lui dire que nous lui en sommes on ne peut plus reconnaissant.

=. fou Ehctul

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