l'Énigmati- V que
Accoutumés à une manière d'écrire dont les signes ne représentoient que des sons, les auteurs grecs et romains qui avoient directement ou indirectement acquis quelques notions du système graphique des anciens Égyptiens , et en particulier de leur style monumental, paroissent avoir été frappés des caractères idéographiques ou figuratifs et symboliques qui s'y trouvoient mélangés : il paroît que ces signes, Lien différens de ceux dont ils faisoient eux-mêmes usage, attirèrent exclusivement leur attention. Aussi nulle part ne mentionnent-ils un autre ordre de caractères ; nulle part ils ne constatent un fait qui devoit pour-
tant être à leur cormoissance , c'est-à-dire que les Égyptiens employoient aussi une certaine classe de signes purement phonétiques ou représentant de simples sons. Clément d'Alexandrie, lui-même, dans le célèbre passage cité plus haut, décrit les hiéroglyphes d'une manière si concise , l'indication qu'il en donne est tellement isolée et si peu éclaircie, que sans l'aide des dernières découvertes il seroit encore incompréhensible pour nous.
C'est à cette circonstance que nous devons particulièrement attribuer le peu de succès des modernes qui ont tenté de déchiffrer les inscriptions hiéroglyphiques. Ne trouvant dans les auteurs classiques que l'indication des signes symboliques 9 et des images des objets, les savans des trois derniers siècles en ont uniformément conclu que l'écriture hiéroglyphique n'étoit composée que de caractères dont chacun représentoit une idée tout entière. Tous s'accordoient sur ce principe élémentaire ; et ce qui sembloit en confirmer la vérité, c'est que les formes et la valeur de certains hiéroglyphes avoient été expliquées par Diodore de Sicile, Horus-Apollo , Plutarqne, Clément d'Alexandrie et Eusèbe. Le nombre de ces symboles, comparé avec l'immense variété de caractères qu'on observe sur les monumens, étoit à la vérité fort petit, mais la sagacité trop empressée des modernes suppléa bientôt à cette disette de matériaux du premier âge. Persuadé que l'on étoit que chaque hiéroglyphe représentoit une idée distincte, on eut la prétention d'en extraire forcément le sens qui devoit s'y trouver caché. On ne doutoit point que les plus profonds mystères de la nature et de l'art ne résidassent sous les sculptures de ces anciens monumens 5 on en regarda les caractères les plus simples comme des types d'idées trop relevées pour l'intelligence du vulgaire, et dignes des archives éternelles à qui l'on en avoit confié la conservation. Ainsi l'imagination prit la place de la raison; les conjectures tinrent lieu de faits, et les savans qui s'étoient livi'és à
ces recherches se perdirent bientôt dans un labyrinthe inextricable • trompés par leurs spéculations métaphysiques, comme les démons de Milton, ils ne trouvèrent point de fond dans les abîmes où ils s'étoient aventurés.
Telle fut la méthode du Père Kircher , si toutefois on peut donner le nom de méthode à la route qu'il a suivie. Les six in-folio de cet infatigable auteur contiennent quelques représentations des principaux monumens de l'art égyptien, apportés en Europe avant lui, exécutées avec assez de fidélité, mais dépourvues d'élégance. Selon ses explications, qui ne manquèrent pas de succès, soit qu'il entreprît l'interprétation d'une inscription par le commencement ou par la fin, les hiéroglyphes des obélisques, des momies, des amulettes sont empreints de la science cabalistique et des monstrueuses imaginations d'un système raffiné de démonisme. Ainsi dans l'anneau elliptique ou cartouche de l'obélisque pamphilien, qui contient simplement le titre AOTKPTP t, Aùroxpâreop ) , Empereur , * exprimé en caractères phonétiques, Kircher T parvient à découvrir l'oracle suivant : « L'auteur de la fécondité et » de toute végétation est Osiris , qui a reçu des cieux la »? faculté génératrice par l'entremise du saint Mophta. » Sur le cartouche du même obélisque , qui porte en caractères également phonétiques les mots KHZP2 TMTIAN2 2BSTS (Kaluap Aopu'navoç SéêaçTÔç), César Domitien .Auguste, il ne découvre pas moins 2 que cette phrase dont on nous dispensera d'entreprendre la traduction : Generationis beneficus prœses j cœlesti dominio quadripotens , aerem per Mophta beneficum liumorem aereum committit Ammoni inferiora potentissimo , qui per simulacmm et cœremonias appropriât as , trahitur ad potentiam exerendam.
Malgré ces extravagances , Kircher fut le fondateur
i ObeliscusPamphilius., 657.
2 Ibid, 559.
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il' une Ecole, et comme il arrive ordinairement, les élèves renchérirent sur l'absurdité de leur maître. Il semble même avoir conservé quelques admirateurs 5 pas plus tard qu'en 1 82 1 , il est sorti des presses de l'archevêché de Gènes une nouvelle version des hiéroglyphes de l'obélisque pamphilien, monument qui, d'après l'OEdipe de ces symboles, « conserve le souvenir d'une victoire sur les impies , )) obtenue par les adorateurs de la trois fois Sainte-Tri- » nité et du Verbe-Éternel , sous la domination des » sixième et septième rois d'Egypte , le sixième siècle » après le déluge. » La même autorité nous apprend que l'un de ces pieux monarques n'étoit autre que Sesac, le même qui, selon l' Ancien-Testament, pilla Jérusalem, et enleva les trésors du temple et du palais de David.
Les rêveries cabalistiques de Kircher ne purent en imposer à la raison forte et à la puissante intelligence de l'évêque Warburton. Dans son ouvrage célèbre sur la divinité de la légation de Moïse , ce savant prélat a discuté profondément les textes des auteurs anciens qui ont rap- • port à la manière d'écrire des Égyptiens. Il a distingué la théorie des différens caractères dont ils faisoient usage 5 il a observé que les hiéroglyphes , ou caractères sacrés, n'étoient pas ainsi nommés pour être appropriés exclusivement à des objets sacrés, mais qu'ils constituoient un véritable langage écrit, applicable aux besoins de l'histoire et de la vie commune, aussi bien qu'aux sujets religieux et mythologiques : les découvertes nouvelles ont confirmé son observation. Il s'est mépris quand il a cru que les trois sortes de caractères cités par Clément formoient chacun un système d'écriture séparé. Cependant , comme il s'est borné à adopter les conclusions générales qui sembloient se déduire des écrivains anciens, et qu'il n'a pas cherché à en faire une application directe aux monumens égyptiens que possédoit alors l'Europe, son erreur est légère, et elle ne sauroit diminuer le respect que lui mé-
rite la sagacité avec laquelle il a deviné une vérité tellement au-dessus de la portée d'un esprit ordinaire.
Si la profonde remarque de Warburton eût été suivie dans ses conséquences, on eût peut-être résolu, cinquante ans plus tôt, le problème des liiéroglyplies. Au lieu de cela, les écrivains postérieurs, dominés par l'esprit de Kircher et ne rêvant que svmboles, n'ont fait que Hasarder des théories discordantes ou contradictoires. L'abbé Pluclie soutient que dans l'écriture des Egyptiens tout est emblème astronomique , et ne se rapporte qu'à la division du temps dans le calendrier. Ses adhérens , peu dégoûtés de l'incohérence de ses explications , ont également rapporté à un genre unique d'idée toutes les inscriptions qui se trouvent dans les régions arrosées parle Nil. Pourtant l'auteur d'un ouvrage publié à Paris en 1812, sous le titre : De V Étude des Hiéroglyphes ,, a suivi une marche différente. Il a cru possible, à l'aide des traditions et du recueil des symboles emplojrés par les peuples divers, d'arriver à un principe général pour expliquer les inscriptions égyptiennes 5 il a formé une collection qu'il appelle les symboles des peuples,, ou symboles de l'Afrique, de l'Asie, de l'Europe et de l'Amérique, et, appliquant sa théorie au portique de Dendera, il y a découvert la traduction du centième psaume de David. Qui se fût attendu à trouver une telle composition dans un tel emplacement? Ce n'est pas tout. L'auteur anonyme de Essai sur les Hiéroglyphes égyptiens , non content de supposer que ces hiéroglyphes n'expriment que les emblèmes d'idées analogues à celles de la Bible , soutient encore qu'ils ne sont que de simples lettres dont la composition forme des termes hébraïques. Mais il ne nous explique pas comment les Égyptiens purent posséder un si riche alphabet, vu que le nombre des caractères hiéroglyphiques n'est guère au-dessous de mille; on pourroit lui demander aussi comment les Égyptiens inscrivirent sur leurs monumens des termes d'une langue que proba-
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blement ils ne comprirent jamais. Enfin M. le chevalier Palin s'est persuadé, et a cru démontrer que les psaumes de David n'étoient que des traductions des hymnes sacrées que l'Egypte conservoit sur les feuilles de son papyrus.
Mais c'est s'occuper trop de cette démence scientifique. Avant d'entrer dans le détail des curieuses découvertes qui ont succédé à tant de rêves, donnons un aperçu général et succinct de leur ensemble et de leur résultat, tels que les avouent et les présentent les inventeurs eux-mêmes. Aujourd'hui l'on reconnoît comme constant qu'une grande quantité de ces hiéroglyphes qui ont si fort embarrassé l'esprit des savans , ne représentent pas des choses ou des idées , mais simplement des sons ou des mots , que plusieurs des figures sont essentiellement phonétiques ou alphabétiques, et que leur signification provenoit de ce qu'ils représentoient des choses, des objets dont l'appellation commune dans la langue vulgaire du pays commençoit par des sons que ces figures étoient destinées à rappeler. On croit que cet emploi des hiéroglyphes ou de l'écriture-peinte , est né de la difficulté d'exprimer des noms propres et surtout des noms étrangers qui ne présentoient en eux-mêmes aucune signification. Aussi le docteur Young a-t-il pensé le premier, quoique mal à propos , que c'étoit le seul cas où ces symboles fussent employés.
Un exemple familier fera mieux comprendre en quoi consiste précisément Ja découverte, que des pages entières d'explications. Supposons que le langage français existât tel qu'il est, mais qu'on n'eût encore inventé aucune autre écriture que les peintures ou les symboles , et qu'il fallût retracer dans une inscription qu'un individu , nommé Jean j, a fait ou souffert quelque chose. Le mot Jean est ici un simple son; on ne peut ni le décrire, ni le définir que comme un son qui rappellera à ceux qui l'enten-
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dront le nom de celui de qui l'on veut parler. On ne sauroit transmettre directement à la postérité , par un symbole ou une peinture, que tel étoit le son usité pour désigner cet homme. La nécessité força donc, en pareil, cas , d'avoir recours à un moyen nouveau ; et, suivant les auteurs de la dernière découverte , voici quel fut ce moyen. On traça une série de peintures d'objets familiers dont les noms , dans la langue parlée , commençoient par les sons que l'on vouloit successivement exprimer, et qui , pris collectivement , composoient le mot que l'on prétendoit énoncer. Pour le son exprimé par la lettre ./, dans l'exemple présent, on dessineroit la figure d'un jonc; pour YE, celle d'un écureuil; pour YA, celle d'une abeille ; et pour Y N, celle d'un nid. Cette espèce d'acrostiche, composant le mot Jean , indiqueroit à l'œil le mot que l'on prétendroit lui faire lire. S'il étoit reçu généralement que telle étoit la voie pour représenter de pareils sons ; si d'ailleurs le peintre ou le sculpteur exécutoient leurs figures avec la fidélité* convenable, il est certain que ce procédé devoit conduire à un résultat exact. Il est à remarquer, d'ailleurs, que tous les groupes de figures destinées à représenter des noms propres accompagnés de titres honorifiques, sont isolés et placés à part dans les sculptures hiéroglyphiques : un ovale, un cartouche dont la forme est constante , les entourent invariablement.
La découverte a donc été complètement vérifiée , à ce que nous croyons ; et nous verrons bientôt qu'en comparant les figures inscrites dans ces cercles avec les noms des objets qu'ils représentent, tirés de la langue copte ou de l'ancienne Egypte, on a déchiffré un très-grand nombre de noms historiques et mythologiques sur des monumens inintelligibles jusqu'à présent. Cependant le docteur Thomas Young, le grand auteur de cette découverte, n'a pas cru qu'elle dût s'étendre si loin. Il a pensé qu'un tel procédé
n'avoit été suivi que pour les noms ou les termes étrangers, et même qu'en les exprimant de la sorte, on mêloit des caractères arbitraires et purement alphabétiques aux phonétiques hiéroglyphiques, ou figures qui rappeloient les sons par leur analogie avec le nom des choses qu'elles représentoient. Les ouvrages où il a émis cette opinion ont été publiés antérieurement aux recherches concluantes de MM. Champollion et Sait ; et nous croyons que M. Young ne la soutiendra pas plus long-temps. Les deux auteurs que nous venons de citer ont formellement établi que les noms et les titres natifs et étrangers étoient toujours tracés par des phonétiques hiéroglyphiques seulement 5 à notre avis , ils ont prouvé de plus que l'emploi de cette espèce d'écriture hiéroglyphique étoit beaucoup plus étendu, et que des portions considérables de toutes les inscriptions exprimoient uniquement des sons ou des mots, et pouvoient conséquemment se traduire en caractères purement alphabétiques.
Rien n'est assurément plus curieux ni plus intéressant que ces découvertes , quoique après tout le fait le plus remarquable qu'elles aient mis en lumière est cette nature composite du système graphique des Égyptiens , cette combinaison extraordinaire dans la moindre légende des caractères phonétiques ou alphabétiques, arec les symboliques ou idéographiques. L'usage des figures et des peintures, abrégé avec le temps, pour signifier les sons ou leurs noms , fut probablement un des moyens qui introduisirent par la suite l'écriture alphabétique chez toutes les nations. Mais il est singulier que les Égyptiens se soient arrêtés au milieu de leur invention même, et que, de siècle en siècle, ils aient continué de mélanger les caractères phonétiques d'un nombre souvent plus grand de symboles et de figures idéographiques. Toutes les inscriptions égyptiennes que nous connoissons contiennent cet amalgame des deux systèmes. La clef du phonétique
est trouvée, à ce qu'il paroît ; quant à celle du symbolique, nous n'avons, pour en tenir lieu, que quelques notices éparses dans les auteurs anciens , ou l'évidence même de la signification de quelques uns de ces emblèmes. La pierre de Rosette a augmenté nos richesses dans ce genre, en nous fournissant la traduction d'un certain nombre de figures ; peut-être découvrira-t-on d'autres légendes accompagnées d'interprétations semblables. Du reste, il faut avouer que l'éclaircissement de ce mystère ne nous a encore révélé rien de profond ou de sublime en philosophie „ ni de vraiment beau pour le style. Quelques dédicaces aux dieux, quelques adulations décrétées à des tyrans vivans ou morts, voilà jusqu'à ce jour ce que l'on est parvenu à nous expliquer. Sans doute la chronologie , les généalogies en recevront quelques lumières ; l'histoire même en obtiendra peutêtre des services plus essentiels.
Nous espérons que ces préliminaires aideront nos lecteurs à suivre plus facilement le compte que nous allons rendre de cette découverte singulière et de l'évidence dont on la dit accompagnée. Comme nous la croyons la plus curieuse par l'accumulation de ses preuves, et la plus honorable pour ses inventeurs , de toutes celles que présente l'histoire de la littérature, nous réclamons une attention proportionnée à la longueur des détails où nous serons forcés de descendre.
On sait qu'une commission de l'Institut J fut envoyée avec l'expédition d'Egypte pour y faire des recherches sur l'histoire de ce pays , et que Napoléon attacha un grand intérêt à ces travaux. Sous de tels auspices il fut beaucoup fait pour éclaircir les antiquités et l'état des arts de ce pays , mais absolument rien pour ce qui concernoit le lan-
i Ceci est une erreur : Napoléon forma en Egypte un Institut des savans qui furent attachés à son expédition.
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gage, la littérature, les hiéroglyphes et les manuscrits. Le temps ou les moyens peut-être manquèrent-ils. A la honte de l'esprit humain, et de la sience en général, un accident, résultat de travaux purement militaires , jeta plus de lumières sur cette étude intéressante, que toutes les veilles des érudits n'en avoient produit dans le cours de dix siècles. Tandis qu'une division française occupoit Rosette , des ouvriers employés à creuser les fondations du fort Saint-Julien découvrirent un hloc de basalte noir, où. se trouvoient gravés les restes de trois inscriptions distinctes. Ce monument tomba entre les mains des Anglais qui, l'ayant transporté, le placèrent dans le Muséum de Londres.
Une inspection sommaire du pilier de Rosette suffit pour confirmer l'observation faite par Warburton, que les hiéroglyphes constituoient un véritable langage écrit. Des trois inscriptions gravées sur ses côtés, une partie considérable de la première manque malheureusement ; le commencement de la seconde et la fin de la troisième sont mutilés. Mais la dernière, qui est en grec, est terminée par cette importante information. Il y est dit que le décret qu'elle contient (en l'honneur de Ptoîémée Epiphanes) a été gravé en trois caractères diffcrens : le sacré ou hiéroglyphique , Fenchorique ou lettres du pays (synonyme de démotique), et le grec : de sorte qu'on y voyoit un spécimen authentique des caractères hiéroglyphiques accompagnés expressément d'une traduction.
Maintenant le premier pas à faire étoit de traduire cette traduction avec exactitude. La société des antiquaires fit donc circuler une gravure correcte des trois inscriptions; PorsonetHeyne, les meilleurs hellénistes de notre âge, travaillèrent à compléter et à éclaircir le texte grec qui formoit la troisième partie de l'inscription. Dans cette tâche, l'assiduité laborieuse du professeur allemand obtint la supériorité sur la vive activité du professeur anglais. Ce pre-
SUR LES HIÉROGLYPHES. a3
mier pas franchi , il en restoit un bien plus difficile à exécuter. On n'avoit point encore obtenu de date à l'aide de laquelle on pût établir de comparaison entre le grec ainsi restauré et le texte hiéroglyphique et enchorique , dont l'on ne connoissoit pas un seul caractère. Il n'y avoit alors qu'une seule marche à suivre : c'étoit de rapprocher les deux inscriptions , de les faire correspondre le plus précisément possible, et, d'après la position des noms propres dans le grec, d'entreprendre de fixer leurs places dans une ou dans les deux autres inscriptions. Si des caractères purement phonétiques entroient dans la composition des textes hiéroglyphique et enchorique , il étoit clair que par ce moyen on obtiendroit la valeur de quelque caractère. Il étoit indifférent de tenter la comparaison du grec avec l'hiéroglyphique ou avec l'enchorique; mais comme l'on soupconnoitque l'enchorique étoit entièrement alphabétique, ce fut par lui qu'on commença l'expérience. En conséquence, M. Silvestre de Sacy ayant examiné les parties de ce dernier texte qui correspondoientpar leur position aux deux passages grecs où se trouvent les noms propres d'Alexandre et d'Alexandrie, reconnut bientôt deux groupes de caractères d'une ressemblance presque parfaite, et il jugea que c'étoit la représentation de ces noms. Il fut également heureux dans la découverte du nom de Ptolémée; mais désespérant d'avancer davantage, il abandonna un travail dont il avoit trop tôt préjugé la stérilité.
La peine qu'il avoit prise fut loin d'être inutile; ce qu'il avoit fait démontroit que l'on pouvoit faire davantage. M. Akerblad, diplomate suédois, reprit l'investigation au point où elle avoit été laissée , et démontra ce que M. de Sacy n'avoit donné que pour une conjecture; c'est-à-dire que le texte enchorique contenoit des noms propres grecs écrits en caractères égyptiens. Ensuite il essaya de construire un alphabet, et de déchiffrer la lecture des autres portions du texte ; mais il échoua sur ce point, parce que, à l'exemple
de son prédécesseur, il avoit pensé que le style total de l'inscription étoit alphabétique; et en second lieu, parce qu'il s'attendoit à trouver dans l'écriture égyptienne un nombre de voyelles égal à celui qu'on rencontre dans les textes coptes encore existans. Il auroit dû considérer pourtant qu'il devoit y en avoir une grande quantité de supprimées, d'après l'usage pratiqué dans l'hébreu, le chaldéen, l'arabe et les autres langues de l'Orient. A l'exception de quelques observations détachées sur les signes de la fin, M. Akerblad ne fit aucun effort pour comprendre les premiers, ouïes hiéroglyphes inscrits sur le pilier; il sembla même disposé à suivre l'opinion de M. Palin, qui pensoit que les premiers signes des hiéroglyphes restoient encore sur la pierre dans leur intégrité.
Tel étoit l'état des choses quand le docteur Young commença ses travaux. On n' avoit presque encore rien fait pour expliquer les hiéroglyphes ; mais le germe de toutes les découvertes subséquentes avoit été trouvé, du moment où l'on avoit su assigner une place aux noms propres, et considérer les groupes de figures correspondans comme représentant leurs sons. Le docteur Young ayant eu l'occasion de publier dans un ouvrage périodique un extrait du Mithridate d'Adelung et Vater, fui frappé d'une note de ce dernier, qui assuroit que la langue inconnue de la pierre de Rosette et des bandelettes qui accompagnoient fréquemment les momies, pouvoit se réduire à un alphabet d'environ trente lettres. Il avoit perdu de vue cette remarque originale et importante ; il ne pensoit plus à ces inscriptions, lorsqu'en i8i4 quelques fragmens de papyrus apportés en Angleterre par sir W. R. Boughton réveillèrent son attention; il les examina, et après une courte inspection de la brochure de M. Akerblad, il communiqua quelques réflexions anonymes à la société des antiquaires. Dans l'été de la même année, il s'appliqua assidûment à l'étude de l'inscription enchéri que, puis à celle enhiéro-
SUR LES HIEROGLYPHES.
glyphes ; et son travail le mit à même en peu de mois d'envoyer à Y Archeologia Britannica une traduction conjecturale de chacune des inscriptions égyptiennes, en y distinguant le contenu de chaque ligne avec autant de précision que le pouvoient permettre ses matériaux. Il fut obligé de laisser dans le doute quelques passages importans ,- mais il espéroit que quelque renseignement plus positif lui permettroit de prononcer avec plus d'assurance ; le pas immense qu'il avoit déjà fait lui promettoit des succès rapides et nombreux. Pour se faciliter ses recherches , il entreprit de se familiariser avec les débris de l'ancienne langue de l'Egypte, tels qu'ils sont conservés dans la traduction copte et thébaine de la Bible r. Il comptoit, avec cette ressource, découvrir un alphabet qui l'aideroit à lire l'inscription enchorique au moins dans un dialecte analogue ; et quoique forcé de renoncer à son attente, il publia bientôt, dans le Muséum criticum de Cambridge, sa version conjecturale augmentée et beaucoup améliorée. Enfin, dans l'article Egypte du quatrième volume de supplément à l'Encyclopédie britannique, décembre 1819, il rangea dans une forme méthodique les résultats de ses recherches, et donna un vocabulaire de plus de deux cents noms ou mots qu'il étoit venu à- bout de déchiffrer dans des manuscrits hiéroglyphiques et enchoriques. On doit regarder cet article comme le monument qui fait le plus d'honneur à la littérature moderne.
Tout en appréciant l'étendue des découvertes que l'on doit au docteur Young, il ne faut pas oublier que déjà M. de Sacy avoit indiqué la place des mots Alexandre et Ptolémée dans le texte enchorique, et que M. Akerblad avoit non seulement confirmé cette indication, mais qu'il
i Jablonski et M- Etienne Qualremère ont suffisamment prouvé l'identité de la langue copte avec celle de l'ancienne Egypte. Voyez principalement les Recherches sur la langue et sur la littérature de V Egypte, de ce dernier.
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avoit dressé ce que l'on peut justement nommer un alphabet conjectural. Aucun d'eux pourtant n'avoit pu déchiffrer un seul caractère de l'inscription hiéroglyphique : cette branche, la plus importante, étoit donc demeurée intacte. Ce fut alors que M. Young commença ses recherches 5 en dirigeant son attention sur le texte enchorique, il vérifia d'abord les observations de MM. de Sacy et Akerblad, et remarqua une collection de caractères répétés vingt-neuf ou trente fois, et comme il ne trouva aucun mot qui, dans le grec, correspondît à cette fréquente répétition, si ce n'est le mot roi avec ses composés, qui se représentait trente sept fois, il en conclut que ce groupe devoit, dans toutes ces occasions, équivaloir au mot roi ou à quelqu'un de ses dérivés. On rencontroit un autre assemblage de caractères quatorze fois, et cet assemblage cadroit avec le nom de Ptolémée qui se reproduisoit onze fois dans le grec. Par une semblable confrontation, on identifia également le nom d' Egypte, qui se trouve plus fréquemment dans l'enchorique que dans le grec, qui lui substitue souvent le mot pays ou qui l'omet entièrement. Un petit groupe de caractères que l'on rencontroit presque à chaque ligne , fut supposé être une terminaison ou quelque particule commune 5 on attendit jusqu'à ce que sa situation, mieux déterminée, eût autorisé à conclure que la copulative et étoit sa signification véritable. Après avoir ainsi obtenu quelques points de rappel, le docteur Young écrivit le grec au-dessus du texte enchorique, de manière à ce que les passages identiques pussent correspondre exactement, et que les parties intermédiaires de chaque inscription obtinssent une position respective également régulière. Cet arrangement diminua les chances d'erreurs ; il ne s'agit plus que d'appliquer à chaque compartimente principe de comparaison, parle moyen duquel la subdivision avoit été obtenue, pour parvenir à déchiffrer l'inscription entière. C'est ce que l'on fit, et, par une alten-
tion soigneuse aux caractères dont le sens avoit été vérifié, on obtint une intelligence passable de la fin de l'inscription enchoriaque, quoique l'on fût privé de la portion correspondante du grec.
En suivant toujours le même procédé, le docteur Young tenta d'analyser et de déchiffrer le texte hiéroglyphique dont une partie étoit à moitié détruite , et l'autre trèseffacée. Par une double comparaison de l'hiéroglyphique avec les deux autres branches de la triple inscription, il parvint d'abord à déterminer les places de certains mots plus apparens, tels que Ptolémée , Dieu , roi , temple ., prêtre. Ayant ainsi obtenu un certain nombre de points de subdivision, il écrivit les trois inscriptions côte-à-côte, et chercha le sens des caractères respectifs, en comparant minutieusement les diverses parties entre elles. Dans sa première inspection , il avoit observé que les lignes enchoriques étoient écrites de droite à gauche, suivant la coutume des Égyptiens, relatée par Hérodote : de même dans celle-ci il s'assura que les hiéroglyphes font face à la droite ou à la gauche du spectateur , selon que les personnages principaux des tablettes auxquelles ils appartiennent regardent dans l'une ou l'autre de ces directions; que, lorsqu'il n'y a pas de tablettes, ils regardent presque toujours à droite ; qu'il faut toujours les lire d'avant en arrière, comme les objets se suivent naturellement l'un l'autre ; et qu'enfin les Égyptiens semblent n'avoir jamais écrit ^ovcrrpQ'fr^ôv, ou alternativement d'arrière en avant, comme il est probable que l'ont pratiqué les anciens Grecs.
Ayant, par cette revue, épuisé toutes les combinaisons , le docteur Young pouvoit déterminer généralement le sens des caractères individuels, ou des groupes de caractères qui représentoient des mots séparés dans le texte sacré et dans l'enchorique ; mais un point important restoit à décider : quelques uns , tous , ou aucun de ces carac-
tères n'étoit-il pas , ou étoit-il alphabétique ? Il est fâcheux qu'en essayant de résoudre ce problème le docteur Young ait laissé s'égarer sa sagacité ; qu'il ait non-seulement laissé à un autre l'avantage de compléter sa découverte , mais qu'il lui ait fourni un prétexte dont il a trop usé, pour s'attribuer tout le mérite de la découverte. Voici comment s'exprime M. Young : « Il sembloit na- » turel de supposer que les caractères alphabétiques » étoient mélangés aux hiéroglyphiques , de la même » manière que les astronomes et les chimistes des temps ■» modernes ont employé des signes abrégés de conven- » tion, pour exprimer les objets qui se présentent le plus » fréquemment dans leurs sciences respectives. Mais aucun » effort n'a pu faire découvrir aucun alphabet qui pût )) rendre cette inscription en général , ni rien qui pût » aider à la transformer en langage égjqjtien, quoique » plusieurs des noms propres semblassent s'accorder assez )) avec les formes des lettres indiquées par M. Akerblad ; » cette coïncidence, à la vérité, se trouve dans le chinois, » ou dans quelques autres langages non alphabétiques , » s'ils emploient des mots dont le son est extrêmement )) simple, pour écrire des noms propres qui sont plus )) composés. » (Supplément à V Encyclopedia Brltann. , vol. IV, p. 04.) Parlant ensuite du nom de Ptolémée , tel qu'on le voit sur la pierre de Rosette, il dit, page 62 : « Dans ce nom propre, et dans quelques autres, il est » fort intéressant d'observer par quelle marche l'écriture » alphabétique a été engendrée de l'hiéroglyphique ; » procédé qui peut s'expliquer par la manière dont les » Chinois modernes expriment une combinaison de sons » qui leur est étrangère 5 ils rendent, dans ce cas, les » caractères simplement phonétiques en y appliquant » une marque particulière, au lieu de leur laisser leur » signification naturelle. » Ensuite il compara les manuscrits sur papyrus, qui avoient antérieurement été re-
gardés comme des échantillons de l'écriture alphabétique des Égyptiens , avec d'autres manuscrits chargés de véritables hiéroglyphes , tracés légèrement , mais non sans élégance, d'une main qui avoit été qualifiée à' hiératique; il découvrit que chaque caractère purement hiéroglyphique avoit son correspondant tracé à main courante ; et de là il conclut que les caractères hiératique et épistolographique n'étoient qu'une première et seconde dégradations du sacré ; ou, en d'autres mots, que le sacré étoit passé successivement de l'hiératique à l'épistolographique, ou écriture vulgaire du pays : cette suite de conséquences mal déduites l'entraîna dans des erreurs , comme il sera ci-après démontré. Elles le conduisirent à croire que les différens systèmes d'écritures suivis par les anciens Égyptiens étoient essentiellement idéographiques; mais que, dans le besoin d'écrire des noms propres étrangers , on avoit recours à des signes représentatifs d'idées seulement, par un procédé analogue à celui des Chinois quand ils peignent uniquement les sons , et que ces caractères employés ainsi dans un but phonétique dévoient produire les élémens d'une espèce d'alphabet hiéroglyphique dont l'emploi étoit restreint à l'expression des sons étrangers. Aidé en conséquence de l'alphabet enchorique d'Akerblad et des lumières acquises par la comparaison des manuscrits hiéroglyphiques avec ceux en papyrus , qui en étoient l'abréviation 5 secouru , de plus , par le copte , démontré par M. E. Quatremere identique avec l'ancien égyptien, le docteur Young entreprit l'analyse des noms hiéroglyphiques de Ptolémèe et Bérénice , le premier tiré de l'inscription de Rosette , le second d'une légende de la voûte du grand temple de Karnak. Nous rapporterons cette analyse dans les propres termes de l'auteur. Quant au nom de Ptolémèe , sa position fut aisément déterminée parla méthode de subdivision et de comparaison décrite ci-dessus , et par l'anneau ovale ou le cartouche
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dans lequel il se trouvent inscrit *. Les caractères qui le composent sont un carré , un demi-cercle , une espèce de nœud, un lion, deux lignes parallèles terminées par une ligne oblique et transversale, deux plumes et un lituus, ou ligne recourbée. Voici l'explication qu'en donne M. Young ; « Le carré et le demi-cercle répondent inva- » riablement dans tous les manuscrits aux caractères du » P etduTd'Akerblad, que l'on trouve au commencement » du nom enchorial. Le second caractère, une espèce de » nœud, n'est pas absolument nécessaire; il est souvent » omis dans l'Écriture sacrée, et toujours dans l'encho- » riale. Le lion correspond au LO d'Akerblad ; le lion est » toujours rendu parle même signe dans les manuscrits : » une ligne oblique et croisée représente le corps , une » ligne verticale la queue. On lisoit probablement OLE et » non pas LO; quoique dans le copte moderne OILI si- » gnifie un bélier. EIUL aussi signifie un cerf, et la figure » du cerf dans l'écriture courante approche de celle du » lion. Le caractère suivant semble avoir rapport kplace en è copte MA.; on le lisoit aussi simplement M, et le carac- » tère est toujours exprimé à main courante par l'M de » l'alpbabet d'Akerblad. Les deux plumes, quelle que fût » leur signification, répondent aux trois ligues parallèles » du texte enchorial, et il semble par plusieurs exemples » qu'on les lisoit I ou E ; la ligne penchée vouloit dire » probablement grand, et on lisoit OCH ou OS; car le » copte shei semble avoir été l'équivalent du sigma grec. » Ces élémens rapprochés nous donnent PTOLEMAIOS ,
i M. Young est dans l'erreur s'il croit avoir été le premier qui découvrit que des noms propres étoient entourés d'un anneau circulaire ou cartouche ■ le docte Zoëga a déjà fait cette remarque : « Conspicuuntur » autem passim in Egyptiis rnonumentis schemata elliptiac planae basi » insidentia, quac emphatica ratione includunt certa notarum syntag- » mata, sive ad propria personarum non. ina exprimenda . sive ad sacratiores formulas designandas. » — De Origine et usa obelisc. , pag. 464-
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)) nom grec, ou PTOLEMEOS, comme peut-être on l'écri- » voit en copte. » — ( Suppl. à l'Eric. Brit. IV, p. 62 ). Après avoir ainsi lu le nom hiéroglyphique de Ptolémée,, il s'applique à déchiffrer celui de Bérénice j femme de Ptolémée Soter et mère de Ptolémée Philadelphie , inscrit sur la légende : Ptolémée et — Bérénice , dieux sauveurs ; la sculpture en est répétée deux fois sur le plafond de Karnak. Ses caractères se composent, suivant le docteur Young, d'une sorte de panier à anses, d'un ovale ou œil sans pupille, d'une ligne en méandre ou zigzag, de deux plumes, d'un marchepied, et d'une oie accompagnée de l'invariable signe du genre féminin. Voici son interprétation : « Le premier caractère de ce nom hiéro- » glyphique est exactement de la même forme que celui w qu'on voit à Biban-el-Molouk 5 c'est une espèce de pa- » nier à anses , et en copte un panier s'appelle BIR. L'ovale, » ou œil sans pupille, signifie ailleurs à, qui en copte est » E ; le zigzag de et peut être rendu par N ; les plumes » par I ; le petit marchepied paroît superflu 5 l'oie est KE, » ou KEN ; Kircher nous donne KENESOU pour une oie 5 » mais ESOU signifie qui vit en troupe, probablement » pour distinguer l'oie du canard égyptien : au reste cette » assonnance approche du nom que porte l'oie dans beau- » coup d'autres langues. Nous avons donc littéralement » BIRENICE, ou, s'il faut y joindre l'N, BIRENICEN, que » les Égyptiens auront facilement confondu avec le nomi- » natif. Les derniers caractères ne sont qu'une terminaison » féminine. — Il ajoute : ce nom nous fournit un second )) exemple de l'écriture syllabique combinée avec l'alpha- » bétique, assez ressemblant à ces mélanges de mots et de » choses dont les enfans se font un amusement. Quoique » cette comparaison avec les Rébus eût pu exciter l'indi- » gnation de Warburton , il n'en est pas moins vrai que » souvent il n'y a qu'un pas du sublime au ridicule. » Des recherches subséquentes, aidées de la découverte
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d'un nouveau monument, ont fait apercevoir d'importantes erreurs dans l'appréciation arbitraire des hiéroglyphes phonétiques dont se composent ces noms. Par exemple, dans le nom Ptolémée, où le P et le T sont correctement expliqués, le nœud, ou plutôt la fleur dont la tige est penchée, que le docteur' Young a jugé inutile, représente l'O : le lion qu'il donne pour l'équivalent de OLE est simplement le signe de l'L ; son MA est M ; son I ou E le grec H ( êta ) et son OS ou OCH, S : de sorte qu'en place du mot ( nTOAEMAlOS ) entièrement exprimé , nous n'avons que son squelette (iITOÀMHS), De même, dans le mot Bérénice j, le BIR du docteur est simplement B, son E est un R, son N est correct, son I est un H (êta')J son marchepied superflu un K, et son KE ou KEN un S, de manière qu'au lieu de ( BIPENIKE ) ou ( BIPENIKEN ), les signes phonétiques produisent seulement ( BPNHK2 ). Mais malgré ces erreurs, M. Young a le mérite exclusif d'avoir expliqué une énigme quij pendant des siècles j avoit bravé la sagacité des érudits. La méthode qu'il a suivie pour déchiffrer les textes enchorique et hiéroglyphique de l'inscription de Rosette, est on ne sauroit plus ingénieuse 5 il est le premier qui ait eu l'honneur de démontrer que dans ces deux sortes d'écritures il y avoit des signes , quelle qu'en fût l'originaire signification, destinés à représenter des sons. Sans doute il a cru que les caractères égyptiens étoient idéographiques , et ne devenoient quelquefois phonétiques que pour l'expression des noms étrangers; mais cette idée erronée, qui retarda les succès de sa découverte, ne l'a pas empêché de jeter les fondemens d'un alphabet hiéroglyphique , et d'en produire un enchorique „ si étendu en lui-même, que jusqu'à ce jour on y a que peu ajouté. Enfin nous ne pouvons faire mieux que de répéter les propres paroles de M. Sait : « Le docteur Young a seul trouvé la » clef de l'écriture enchorique, et c'est lui qui a tracé la
» route qui peut conduire à l'intelligence des hiérogly- >■ plies. » ( Essaj , pag. i, note. )
Nous n'avons aucun moyen d'assigner précisément l'époque où M. Champollion commença ses recherches sur les hiéroglyphes : cette question ne présente d'autre intérêt que celui de fixer la priorité entre lui et le docteur Youngj et sur ce point, nous croyons que personne ne sauroit garder l'ombre de doute. C'est d'ailleurs M. Champollion lui-même qui a mis cette discussion sur le tapis. Après un exposé succinct de quelques propositions énoncées , et de quelques opinions soutenues dans l'article Egypte, il ajoute : « Je dois dire qu'à la même époque, et » sans avoir aucune connoissance des opinions de M. le » docteur JToungj je croyois être parvenu, d'une manière » assez sûre , à des résultats à peu près semblables. » (Précis 17.) » Mais quelques considérations peuvent rendre cette assertion douteuse. D'abord , nous avons le témoignage du docteur Young, que M. Champollion n'a point contredit. « Au commencement de mes recherches » (en 1814 et- 18 10) , je reçus une lettre de M. Champol- » lion, accompagnée d'un exemplaire de son livre sur » l'Etat de l'Egypte, sous les Pharaons, offert à la Société- )) Royale. Comme il me demandoit quelques renseigne- » mens sur différeiis passages de l'inscription enchorique » de Rosette j, lesquels étoient imparfaitement représentés » sur les gravures, je lui répondis, en me référant au mo- » nument original qui se trouve dans le Musée de Lonw dres 5 et peu de temps après , je lui envoyai ma traduc- » tion conjecturale des Inscriptions , telle qu'elle fut en- » suite insérée dans YArchéologia. » Il ajoute « qu'à cette » époque, M. Champollion lui paroissoit peu avancé sur » l'intelligence de l'inscription enchorique; et que ses no- » tions alors sembloient puisées uniquement dans les re- » cherches d'Akerblad, qu'il avoit tacitement adoptées. » (Discoveries in Hierogl. Literature j pages 4° et 41* )
Comment alors M. Champollion prétend-il avoir commencé ses travaux en même temps que le docteur Young , et sans avoir connoissance de ses opinions? En second lieiij, il est évident, par les dates respectives des publications de M. Champollion, qu'environ six ans se sont écoulés depuis cette communication jusqu'à l'apparition de son premier ouvrage, tandis que la traduction conjecturale du docteur Young parut en 1 8 1 5 , long-temps avant qu'on sût que M. Champollion étoit engagé dans des recherches semblables. Lapiiorité de publication est donc démontrée. M. Champollion, d'ailleurs, n'a pas contredit l'assertion du docteur Young, relative à la communication mentionnée ci-dessus ; il convient d'avoir vu l'article Egypte, environ deux ans avant sa. lettre à M. D acier , qui contient ses premiers aperçus sur les hiéroglyphes ; il est donc clair qu'il a eu connoissance des opinions du docteur Young , à chaque époque de ses progrès, et que la question à' originalité est aussi facile à résoudre que celle de l'antériorité de la publication.
On voit que M. Champollion a commencé ses études hiéroglyphiques par un examen attentif du passage de Clément, et qu'il en a conclu, sans conserver de doute, que les signes phonétiques enlroient comme élément intégrant dans le système d'écriture des anciens Égyptiens. Cette conséquence évidente conduisoit à une autre : c'est que si l'on pouvoit construire un alphabet phonétique, on obviendroit la clef des hiéroglyphes en général, et par suite, des résultats très-importans pour l'histoire. Tel fut son principe , et il a le mérite individuel d'en avoir présagé les immenses avantages.
Sa tâche devenoit comparativement facile^ depuis que M. Th. Young avoit démontré la possibilité déformer cet alphabet , en construisant neuf signes phonétiques , dans les noms de Ptolémèe et à^Bérénice^ signes dontleplus grand nombre a été reconnu depuis très-exact. Le premier
pas, et le plus important, une fois fait, il ne falloit que du bonheur, pour aller en avant ; nous disons du bonheur,, parce que le docteur Young avoit tiré de ses matériaux tout le parti possible. Si l'inscription de Rosette fût arrivée dans son intégrité en Europe , il est probable qu'on eût joui d'un alphabet phonétique complet, avant qu'on eût entendu parler des travaux de M. Champollion, en ce genre : mais malheureusement la pierre ne contient que les quatorze dernières lignes du texte hiéroglyphique, et mutilées encore 5 tandis que le nom hiéroglyphique de Ptolémée, enfermé dans un ovale, est le seul, de tous ceux mentionnés dans le texte grec, qui ait échappé à une destruction totale. Ce nom est représenté par huit caractères hiéroglyphiques , où l'un d'eux, la plume, est répété 5 et comme le nom grec nroAEMAlOS est formé de dix lettres , il étoit impossible, sans le secours d'autres matériaux, de fixer exactement le rapport entre sept ou huit signes hiéroglyphiques et les dix lettres grecques. Mais heureusement pour M. Champollion, la découverte d'un nouveau monument est venue dissiper toute incertitude à cet égard, et lui faciliter la construction de l'ai pli ahet tant désiré.
« Le texte hiéroglyphique de l'inscription de Rosette», dit M. Champollion ( lettre à M. Dacier, page 6 ), « ï'o- » bélisque trouvé dans l'île de Pliil se , et récemment trans- » porté à Londres, contient aussi le nom hiéroglyphique » d'un Ptolémée , conçu dans les mêmes signes que dans » l'inscription de Rosette, également renfermé dans un » cartouche, et il est suivi d'un second cartouche qui doit » contenir nécessairement le nom propre d'une femme , )> d'une reine Lagide , puisque ce cartouche est terminé » parles signes hiéroglyphiques du genre féminin, signes » qui terminent aussi les noms propres hiéroglyphiques » de toutes les déesses égyptiennes, sans exception1. L'o-
1 Ici M. Champollion nous semble avoir tout-à-fait manqué d'exac-
» bélisqne étoit lié,, dit-on , à un socle portant une inscripw tion grecque et qui est une supplique des prêtres d'Isis » à Phylse, adressée au roi Ptolémée, àCléopâtre sa sœur, » et àCléopâtre sa femme. Si cet obélisque , et l'inscription » hiéroglyphique qu'il porte étoient une conséquence de )) la supplique des prêtres , qui , en effet , y parlent de la » consécration d'un monument analogue, le cartouche du » nom féminin ne pouvoit être nécessairement que celui )> d'une Cléopâtre. Ce nom, et celui de Ptolémée qui, )) dans le grec, ont quelques lettres semblables, dévoient » servir à un rapprochement comparatif des signes hiéro- » glyphiques composant l'un et l'autre ; et si les signes » semblables dans ces deux noms exprimoient dans l'un » et l'autre cartouche les mêmes sons „ ils dévoient cons- » tater leur nature entièrement phonétique. » ( Lettre à M. D acier, pages 6 et 7. )
La marche de l'investigation ici indiquée, paroît simple et facile ; mais comme le développement de l'alphabet hiéroglyphique provient de la comparaison des différens signes qui composent les noms de Ptolémée et de Cléopâtre, nous devons rendre compte du procédé qui a conduit à cet important résultat.
Dans le carré placé à l'angle inférieur , sur la droite de la planche ci-jointe, sont inscrits trois noms propres, écrits en hiéroglyphes, et entourés chacun d'un cercle elliptique ou cartouche. Le n° 1 est le nom de Ptolémée, pris de la partie hiéroglyphique de la triple inscription de Rosette 5 le n° 1 est le nom de Bérénice, copié sur le plafond de Karnak 5 et le n° 3 est celui de Cléopâtre , fourni par l'obélisque de Philse. Nous avons déjà donné
titude. Les symboles idéographiques de la terminaison féminine (un demi-cercle et un ovale ) sont présentés par lui comme connus et admis depuis long-temps. Cependant l'explication de ces symboles n'ayoit pas même été soupçonnée jusqu'au moment où le docteur Young en fit la découverte. (Discoveries in Hierogl. Literature , p. 45-)
SUR LES IlIÉnOGLYPUES. Z*]
l'analyse qu'a faite des deux premiers ( Ptolomée et Bérénice)le docteur Young, d'après l'euchorial de l'inscription de Rosette 5 et nous prions le lecteur de se rappeler par quels procédés on a fixé sa place et déterminé la valeur de ces caractères. Maintenant nous avons à nous occuper du premier et du troisième , ou des noms de Ptolémée et de Cléopâtre.
Le lecteur, en jetant les yeux sur les cartouches nos 1 et 3, verra que dans celui de Ptolémée ( nTOAMHZ ) n° 1 , les quatrième, sixième, troisième et premier caractères répondant à A , E , H , 0 et n sont identiques aux second , troisième , quatrième et cinquième caractères du cartouche de Cléopâtre ( KAEOnATPA) n° 3, qui doivent conséquemmetit correspondre respectivement aux mêmes lettres A, E, O et n. Ici nous avons la valeur de quatre caractères : le lion , la plume, la fleur à la tige recourbée, déterminée par une espèce de instantia enicis. En même temps se trouve confirmée la solidité de la première hypothèse , qui est devenue une certitude par la présente comparaison de ces noms hiéroglyphiques. Mais le même procédé qui nous sert à vérifier la valeur des caractères communs aux deux noms , nous sert également à évaluer ceux où ils sont dissemblables. Prenons, par exemple, le nom ( KAEOIIATPA). Son hiéroglyphe est construit de neuf signes phonétiques, auxquels se joint le symbole de la terminaison féminine ; dans d'autres mots il y a un caractère phonétique qui correspond à chaque lettre du nom. Mais quatre de ces caractères ont été déterminés par la méthode de comparaison directe 5 or, le nom étant supposé connu, il suit que la valeur des cinq qui restent peut être déduite sans risque de se tromper 5 caria valeur des second, troisième, quatrième et cinquième étant une fois établie, l'on obtient infailliblement celle des premier , sixième , septième , huitième et neuvième. La même opération est applicable au nom de Ptolémée. De là, comme le nom de Cléopâtre cou-
tient huit caractères distincts , et que le nom de Ptolémée en fournit trois , en déduisant les quatre lettres communes à tous deux, on obtient, de l'analyse de ces deux noms seuls , onze caractères divers représentant un nombre égal de sons 5 et si la même méthode est appliquée au nom Bérénice, elle en produira quatre de plus, dont trois représentant des sons distincts, tandis que le quatrième, l'oie du Nil ( vulpanseï^ , ne sera qu'un homophone de la lettre A. De sorte que de ces trois noms sont déduits quatorze signes phonétiques distincts, égalant la moitié de ceux de l'alphabet de Cadmus moins deux, et formant une portion considérable de l'alphabet phonético-hiéroglyphique , qu'il étoit aisé d'augmenter en le comparant avec le contenu d'autres cartouches.
Certes, c'étoit là des données aussi sûres que fécondes. Mais les résultats qu'elles avoient déjà présentés , ont été confirmés par une suite d'observations que M. Champollion a dirigées avec tant d'intelligence et de sagacité, qu'il ne peut plus rester de doutes ni de place à de nouvelles erreurs. Nous aurons plus d'une occasion de fournir à nos lecteurs des exemples de leur évidence. Nous pouvons déjà annoncer que par une suite de vérifications qui , quelquefois s'élèvent à plus de cent sur un seul caractère, M. Champollion a démontré que chaque signe phonétique est l'image d'un objet physique , dont le nom dans la langue vulgaire de l'Egypte, commençoit par le son ou l'articulation que ce signe lui-même est destiné à représenter. Ainsi l'image d'une aigle qui , en copte , est appelée Ahom ou Ahh devient le signe de la voyelle A 5 celle d'un petit va burette, en copte Berbéj, le signe de la consonne B 5 celle d'une main , Tôt „ le signe de la consonne Tj celle d'une hache Kelebiiij, le signe de la consonne K; celle du lion ou delà lionne, Labo, le signe de la consonne L; celle du hibou , Mouladj ., le signe de la consonne M 5 celle de la flûte, Sebiendjo j, le signe de la consonne S ; celle d'une
10m , se ou
SUR LES HIÉROGLYPHES. 3c)
bouche , Rà 3 le signe de la consonne R, et l'image abrégée d'un jardin, Chnêj, le signe des consonnes CH.
C'est ainsi que l'on a formé progressivement un alphabet hiéroglyphique, et ensuite un alphabet général en appliquant la même méthode au caractère enchorial. Dans la planche jointe à cet Aperçu, la première colonne contient les lettres grecques ; la seconde, les caractères démotiques OU enchoriaux qui y correspondent , autant que l'on a pu jusqu'ici les déterminer ; et la troisième, les hiéroglyphes phonétiques, avec les additions récentes que l'on doit à MM. Sait et Champollion. Avec cette clef, appliquée par exemple aux planches de l'ouvrage de Zoè'ga ou aux gravures de la magnifique Description de l'Egypte, le lecteur pourra se convaincre de l'importance d'une telle découverte.
L'alphabet hiéroglyphique étant ainsi dressé, M. Champollion s'en servit à déchiffrer les noms propres inscrits sur les temples et autres édifices de l'Egypte ; et dans sa lettre à M. Dacier, il présente les résultats obtenus sur.les inscriptions des monumens de Dendera ( Tentyrd) Thèbes, Esneh [Latopolis) , Edfou {Appollinopolis magna) Ombos et Philaî. Il considère l'Egypte sous ses rapports avec l'histoire des Grecs et celle des Romains.
I. Pour ce qui concerne la Grèce, nous lisons : i° le nom d: ' Alexandre-le-Grand , écrit AAK2NTP2 sur le temple de Karnak, près de Thèbes. Le docteur Young avoit déjà déchiffré ce nom sur l'enchorial. (Supp. à l'Ency. Brit. vol. IV, planche 70.) 20 Le nom de Ptolémée, commun à tous les Lagides, écrit IITOAMII2 et nTAOMHS sur les temples de Philœ, Ombos, Edfou, Thèbes, Koos et Dendera, et généralement suivi dans le cartouche même des légendes idéographiques 5 toujours vivant j, bien-aimè de Phta , ou bien-aimè d'Isis. 3° Le nom de la reine Bérénice , écrit BPNHKZ sur la voûte du grand arc de triomphe au midi de Karnak. Le docteur Young a le premier dé-
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chiffré cet hiéroglyphe. 4° Le nom de Cléopâtre, écrit KAEOIIATPA sur l'obélisque de Philœ , déjà mentionné, et KAAOnATPAetKAOnTPAsurles édifices d'Ombos,Thèbes et Dendera. 5° Le nom de Ptolémée, surnommé Alexandre, écrit ITTOAMHZ APK2NTP2 à Dendera et à Ombos. 6° Le nom d'un autre Ptolémée à peine connu dans l'histoire, fils de Jules César et de la reine Cléopâtre, Césarioiij dont l'inscription, sculptée à Dendera, près de celle de sa mère, contient la légende IITOAMHZ , surnommé NHOKH2P2 , Ptolémée le jeune César, suivie des symboles idéographiques signifiant toujours vivant, et le titre Bien-aimé d'Isis „ écrit en signes phonétiques.
II. L'alphabet phonétique a pu s'appliquer, sans modification , soit dans la valeur, soit dans l'arrangement des signes , à un plus grand nombre de noms de souverains gravés sur les monumens d'Egypte, et ces noms appartenoient à des empereurs romains. Mais contre toute attente, il s'est trouvé que leurs titres et surnoms étoient exprimés en caractères qui exprimoient, non des noms latins, mais des noms grecs : circonstance qui prouve ce que l'on avoit déjà constaté ailleurs, c'est que, dans les derniers temps, ces ouvrages étoient exécutés par des artistes grecs. Ainsi, nous avons i ° le titre AùrozpzTwp écrit AOTOKPïP et AOTAKPTP z, représenté seul sur les édifices de Philœ , Dendera , etc. , et suivi des légendes idéographiques toujours vivant , bienaimé de Phtaj ou bien-aimé d'Isis. i° Le titre de Kaicrap, Kato-apoç, écrit KHSP et KH2P2 2, accompagné des mêmes qualifications que les précédentes , et remplissant un cartouche à lui seul. 3° Le nom de l'empereur Auguste en deux cercles joints ensemble, et formant la légende AOTKPTP KH2P2, toujours vivant s bien-aimé d'Isis. Il est répété jusqu'à six fois
1 On trouve le même titre écrit AYTKPTP, AXTOKPTP, et AYTOKPTOP. 3 Ce titre s'écrit également sur les monumens égyptiens KZPZ , RI2P2 , KIZAP2 , KAI2P et K AU APS.
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sur la corniche du temple occidental de Philœ , et contient la seule légende gravée sur les premières médailles d'Auguste que l'on ait frappées en Egypte. 4° Le nom de l'empereur Tibère, écrit TBHPZ, et plus fréquemment TBPH2 , qu'on lit sur les murs et dans la galerie du temple occidental de Philœ. Deux anneaux réunis contiennent toute la légende AOTOKPTP TBPH2 KH2P2 2B2TZ , l'empereur Tibère j César ', Auguste; mais plus généralement AOTKPTP TBPH2 KH2P2, toujours vivant s qui est répété neuf fois sur la frise du même temple. 5° Le titre et le nom de l'empereur Domitien > contenus en deux anneaux réunis du même édifice de Philœ , et écrit AOTKPTP TOMTHN x ZB2T2; mais une légende plus étendue se rencontre plusieurs fois sur les édifices de Dendera, dont les cartouches hiéroglyphiques traduits donnent AOTPKPTP TOMTHNZ ZBZT2 , l'empereur Tibère, César, Germanicus, avec le symbole de toujours vivant. 6° Le nom du même empereur sur l'obélisque pamphilien à Rome. Mais ce monument, sur lequel le laborieux Kircher a publié un volume in-folio d'explications, est généralement considéré comme apocryphe; on croit qu'il a été sculpté en grande partie à Rome , à l'imitation du style égyptien, mais avec une telle négligence, que les emblèmes en sont disposés tout-à-fait arbitrairement. 70 Le nom de l'empereur Trajan j sur les murs de l'entrecolonnement de l'édifice occidental de Philœ. Deux cartouches unis et placés devant la figure de cet empereur adorant la déesse Isis et le dieu Arueris portent : ATOKPTP KHZP tphnz, l'empereur César Trajan. La frise des entrecolonnes est composée de neuf ovales : celui du centre porte : TPHNZ, Trajan,, toujours vivant ; ceux de droite, lus deux à deux, donnent les légendes KH2PZ, César j éternel germe d'Isis^ KPMNHKZ KHZPZ,
i Ce nom se trouve sur d'autres niomuncns écrit avec quelque différence dans l'orthographe.
Germanicus César, KH2P2 TPHN2 , César Trajan^ toujours vivant; ceux de la gauche, AOTKPTP 2B2T2 , l'empereur Auguste j, toujours vivant „ AOTKPTP KH2P TPHN2 , l'empereur Trajan,j, toujours vivant. Enfin, deux cercles de sculptures sur le grand temple d'Ombos donnent la légende : AOTKPTP KH2P NPOA TPIEN2 KPMNHK2 THKK2 , l'empereur César Nerva Trajan , surnommé Germanicus Dacique. 8° Le nom de l'empereur Hadrien sur la pyramide à quatre faces de l'obélisque des Barberini à Rome ; le cartouche qui le contient est placé devant la figure d'Hadrien à pied présentant une offrande à Phrè, ouïe soleil. Mais ce monument aussi est d'un artiste romain, et n'appartient pas à l'Egypte. 90 Sur le Typhonium de Dendera, deux anneaux joints ensemble et chargés de la légende : AOTKPTP K2P2 ANTONHN2 , l'empereur CèsarAntoniii; toujours vivant * qui est répétée un certain nombre de fois.
Tels sont, en abrégé, les résultats obtenus par l'application de l'alphabet phonétique aux inscriptions égyptiennes qui se lient à l'histoire grecque et romaine. Nous expliquerons à quel point ils démontrent la solidité de la découverte première, quand nous aurons parlé de l'Essai de M. Sait, dont l'examen trouve ici sa place.
Il nous apprend (Essai, p. 3) que, sur la première nouvelle de la découverte, il avoit conçu un préjugé décidé contre le système phonétique, le croyant fondé sur une base trop conjecturale ; mais qu'ayant lu la lettre de M. Champollion à M. Dacier, et les découvertes dans la littérature égyptienne par le docteur Young, il s'étoit mis à examiner sérieusement leurs doctrines ; il ne pouvoit plus croire que tant de savans reconnus donnassent une attention si suivie à une découverte qui ne reposeroit que sur une vague hypothèse. Convaincu de son erreur, non seulement il admit la vérité des faits établis par M. Champollion, mais aidé de ses propres recherches, il grossit le nombre des phonétiques homophones, et celui des noms
des dieux et rois égyptiens. Dans ce travail pourtant il avoit été devancé par M. Champollion; vo}rez son Précis du système hiéroglyphique des anciens Égyptiens. Voici quelques uns des résultats principaux qu'a obtenus M. Sait. Aux noms déjà déchiffrés, il a ajouté i° Le nom à'Arsinoë j trouvé par lui à Gau-Kibîr , à Edfou et à Dakké : le premier étoit écrit AP2INE entièrement ; le second AP2I avec une contraction; le troisième AP2N, où se joignoit la figure d'Isis, qui probablement indique une déesse : les symboles de la terminaison féminine se trouvoient dans tous les trois. Sur le péristyle de Karnak, le plus beau débris de l'architecture égyptienne , ce nom se trouve aussi joint à celui de Ptolémée, qui est désigné comme père du Ptolémée époux de Bérénice. 2° Le nom de Philippe , père d'Alexandre , se rencontre dans le sanctuaire de granit à Karnak; et sur le même bâtiment est aussi sculpté le nom de son fils, qui est appelé Mai-Amun, aimé d'Amun. L'hiéroglyphe phonétique qui représente le premier, produit $AEEnoz, qui approche du mot grec aussi près qu'aucun autre découvert jusqu'à ce jour, si ce n'est celui de KAEOnATPA qui s'y rapporte lettre pour lettre. 3° M. Salt a fait une correction qu'il croit importante dans la manière de lire le nom de Bérénice. Dans les hiéroglyphes qui le composent, MM. Young et Champollion s'accordent à considérer le dernier caractère comme une oie du Nil. Mais dans tous les cercles qui contiennent ce nom à Karnak, à Edfou, dans le petit temple près d'Esneh, à Dakké, M. Sait a observé que l'oiseau étoit un faucon, un corbeau ou un aigle ; il n'a pas trouvé d'autre oiseau qui pût servir d'indication à la voyelle A. 4° Aux noms des empereurs romains déjà découverts, M. Sait a pu ajouter ceux de Néron j Commode, Hadrien , Antonin, et un autre qui paroît être Marcus Verus Antoninus Augustus imperator Cœsar-j formant les ornemens d'une corniche dans l'intérieur d'un petit péristyle à l'ouest de l'île de Philœ. Il a
copié le nom de Domitien sur l'obélisque de Bénévent, comme l'a donné Zoè'ga : en tout il a pu transcrire environ vingt homophones. Arrêtons-nous ici, et reportons nos regards sur le terrain que nous venons d'éclaircir.
Le système phonétique des anciens Égyptiens, tel que l'ont révélé MM. Young et Champollion, diffère si complètement de toutes les manières d'écrire usitées chez les Européens , qu'au premier abord il est difficile de se défendre d'un peu de scepticisme. Mais les preuves qui ont surmonté la longue incrédulité de M. Sait démontreront également à nos lecteurs que ce système , tout singulier qu'il paroît, fut réellement employé par le peuple extraordinaire auquel on l'attribue. Les considérations suivantes seront de quelque poids pour ceux qui savent chercher et apprécier la vérité.
i . L'existence et l'emploi d'un tel caractère phonétique dans une langue vivante, où tout n'est pas écrit selon le mode phonétique , prouve que ce système n'est pas aussi contraire à l'analogie qu'on pourroit l'imaginer d'abord. Le chinois moderne est un idiome syllabico-idéographique; mais faut-il exprimer des combinaisons étrangères de sons, leurs caractères, au lieu de conserver leur signification naturelle, sont rendus phonétiques par l'application d'un signe spécial, et alors ils représentent seulement le son initial ou prédominant du nom ou du mot dont ils sont les symboles usuels et familiers. 2. Les progrès de la découverte et les faits qui s'y enchaînent semblent réellement en prouver la vérité jusqu'à l'évidence. Le nom de Ptolémée, tiré de l'inscription de Rosette, s'appuie sur la traduction dont il est accompagné 5 on en peut dire autant du nom de Cléopâtre; et de ces deux noms l'on a pu extraire un véritable alphabet hiéroglyphique. 3. Mais le plus fort argument en faveur de cet alphabet , est la parfaite conformité des résultats qu'il a produits avec l'histoire connue des personnages dont on a déchiffré les noms, avec les dates des
SLR LES HIÉROGLYPHES. q •
constructions sur lesquelles ces noms sont inscrits, avec d'autres circonstances particulières ou générales dont la combinaison ne sauroit être attribuée au hasard, et qui force à admettre la certitude de cette découverte. Ainsi, le nom de Ptolémée ne se trouve que sur des édifices dont l'architecture est d'un style postérieur à celle des premiers monumens de l'art égyptien. Le nom de Cléopâtre la représente comme mère de Ptolémée à Ement et à Kous ; et dans ce dernier lieu se trouve aussi une inscription grecque où Cléopâtre est dite régner avec son jil s. Une reine, du même nom est mentionnée comme femme de Ptolémée à Gau-Kibîr, à Dakké, dans un petit temple à Philœ , dédié à Vénus - Aphrodite , et dans un autre découvert par M. Sait, lequel est dédié à Esculape, et partout ce nom correspond aux inscriptions grecques trouvées dans le même pays. Dans beaucoup d'autres temples, une Cléopâtre est toujours associée à un Ptolémée. Sur le beau péristyle de Karnak, le nom de Ptolémée accompagne, comme de coutume, celui de Cléopâtre, et il estreprésexité comme fils de Ptolémée et d'Arsinoè'; le nom d'Alexandre, fils d'Amun, se trouve avec celui de Philippe, son père 5 et l'on voit à Edfou le nom de Ptolémée suivi du titre d'Alexandre et du nom de Bérénice son épouse. De plus , les titres d'Autocrator, de Sebastos, d'Eusèbes, de Kaisar, sont continuellement joints aux noms des empereurs romains, mais jamais à ceux des Ptolémées. Les surnoms de Germanicus, Dacicus, ne se trouvent appliqués qu'aux souverains qui les portent sur leurs médailles 5 le nom d'Hadrien est placé convenablement avant celui de Trajan ; et la plus grande partie des noms des empereurs , depuis Auguste jusqu'à Commode, ne se rencontrent que dans des édifices dont la date annonce une construction plus moderne que les Ptolémées. Tous les noms et les titres que l'on a déchiffrés par la méthode ci-dessus expliquée, ne se bornent pas à quelques cartouches isolés ; ils sont
répandus par centaines, par milliers, sur des édifices séparés, et il n'y a point de manuscrits enfouis dans leurs enceintes qui ne se rapportent à ceux qui ont pris quelque part à leur bâtisse. L'ovale contenant le nom d'Hadrien est sculpté sur une colonne dont les hiéroglyphes ont été exécutés immédiatement après son règne, comme l'apprend une inscription grecque. Le nom de Soter est répété en caractères phonétiques parmi les hiéroglyphes du caveau sépulcral d'un individu nommé Soter; et, ce qui est à remarquer, ce nom est écrit en grec exactement après celui d'Osiris, le docteur Young ayant constaté les noms des personnes défuntes dans les hiéroglyphes du corps. Tant de circonstances réunies constatent de plus en plus l'exactitude de l'alphabet hiéroglyphique, et la justesse des conséquences qu'en a tirées M. Champollion.
Avant d'entreprendre de donner les noms phonétiques des divinités égyptiennes, d'où sont dérivés presque tous ceux des rois d'Egypte , selon l'ancienne remarque du docteur Murray % M. Sait fait mention d'une découverte intermédiaire qui prouve que les signes phonétiques étoient déjà employés sous le règne de Psammetique, et M. Champollion fait même remonter cette époque beaucoup plus haut. Comme ces signes avoicnt été appliqués à des noms de rois étrangers, tels que les Ptolémées et les empereurs romains, il étoit probable qu'on en avoit aussi fait usage pour désigner les princes éthiopiens qui s'étoient rendus maîtres de l'Egypte. Cette conjecture fut vérifiée. Sur des dessins exécutés à Abydos, M. Sait déchiffra le nom de 2ABAKO ou 2ABAKO<ï>0 avec la même terminaison qu'on trouva depuis dans AMENO$0; et dans un dessin tiré d'un petit portique de Medinet-Habou , il découvrit le nom de TIPAKA, qu'il croit être le même que Tirhaliah „ roi d'É-
i Summary \'iew ofEgyptian mythohgy. App. au vol. II des Voyages de Bruce.
thiopie, lequel fit la guerre à Sennakherib, roi d'Assyrie (liv. des Rois, c. XIX. v. 9). Cette identité, une fois admise, on en concluroit que les caractères phonétiques étoient en usage sept cents avant Jésus-Christ, contemporainementàlsaïe 5 cela établiroit l'existence d'un souverain nommé dans la Bible, mais que certains savans ont révoquée en doute. Sur les rocs gigantesques d'Éléphantine, et sur un tronc de colonne du fronton du grand temple de Karnak , et au-dessous du nom surajouté de Ptolémée, M. Sait déchiffra très-aisément le nom de IISAMITIK , écrit phonétiquement. Ce nom se trouve aussi sur un des petits temples d'Eleithias, sur l'obélisque Campensis, et sur celui de Monte-Citorio , dont la gravure a été donnée par Zoè'ga à la fin de son savant ouvrage sur l'emploi des obélisques. Ensuite M. Sait rend un compte abrégé de quelques uns des principaux dieux de l'Egypte et des images sous lesquelles ils sont représentés, avec leurs noms hiéroglyphiques ou phonétiques, autant qu'il lui a été possible de les comprendre. Il commence par les huit plus anciens, cités par Hérodote : voici comment il en détermine les noms. 1 . Knùph ou Ich j, Neuphi ou Kneuph , représenté symboliquement par un poulet qui garde une plume d'autruche , ou par une plume seule dans la position horizontale , ou par un pavillon indiquant Dieu , ou comme l'Agathodémon , par l'image du serpent sacré qui entre dans la célèbre réunion du globe, des ailes, et du serpent qui se trouve à l'entrée de tous les temples de l'Egypte. Le nom phonétique n'est pas connu. 2. Neithj l'une des grandes déesses du firmament , représentée par une figure humaine à tête de lion. Son nom phonétique est NEET ou NO % auquel sont ordinairement joints l'oie et le
i Ce cas se représente souvent, mais dans une telle combinaison avec les symboles connus, qu'il ne laisse aucun doute sur sa signification véritable. Il peut servir à donner une idée plus claire de ce que nous en-
globe, avec la terminaison féminine signifiant idéograficalement fille du soleil. 3. Phtha j, phonétiquement $0A, ayant pour emblème un scarabée, suivant Horus Apollo, et représenté dans les temples sous la forme d'une figure humaine avec un scarabée sur sa tête , quelquefois entourée du globe et du serpent. 4- Amifti , ordinairement représenté sous la forme humaine, de couleur noire, avec la tête d'un bélier, surmonté du globe et du serpent $ en signe phonétique, AMN. 5. Phréj ou le soleil, désigné par le globe entouré du serpent, et portant pour hiéroglyphe le même emblème : l'on ignore ses attributs. 6. Atlior* sous la forme d'une femme , particulièrement coiffée d'un globe où s'attachent deux petites cornes droites , et que surmontent deux longues plumes Son symbole est un faucon inscrit dans un carré, avec un carré plus petit à l'un de ses angles ; son phonétique est le plus souvent A0P. 7. Buto ou Mautj, représentant le firmament inférieur, et désigné comme Neith^ par la forme d'une autruche femelle qui lui sert aussi de symbole : son nom phonétique est MT. 8. MendeSj, ou la faculté générative de la nature, sous une forme humaine avec la tête d'un bouc proéminente sur le front 5 ayant pour symbole un carré, un point, et un poulet qui les surveille : nom phonétique inconnu. Parmi les divinités du second ordre, M. Sait indique les phonétiques et les sjmiboles de i° Hernies ^ EPM2 ; 20 Taut ou ThothjTT ou 0 0, représentant la figure humaine avec la tête d'un ibis ; 3° Osiris „ OYEIPE ou OTZIPI, désigné, comme on sait, par un œil et un siège ou trône $ 4° Neptlwj ANE$©E ; 5° Horus, OP2, désigné par un faucon ou la figure d'un enfant qui porte une main à ses lèvres j 6° Anubisj AN$, par la tête d'un renard , que l'on a pris
tendons par nom phonétique. Neiih est toujours exprimé par un zigzag, deux plumes et une paire de pincettes ; les noms coptes de ces objets commencent respectivement par les lettres ou sons exprimant les lettres N,E (répété) et T ou TH.
souvent pour celle d'un cliien ; 70 Seth ou Solhis , ï® , symbole inconnu; 8° Serapisj, ZAPni; enfin -, 90 Imouth, l'Esculape d'Egypte, écrit IMOY0*, et confirmé par un pa pyrus OÙ on lit : Àay).r,7îioù 6 ici 'ipcûSov utô; Rfiiarov. M. Sait donne ensuite une table figurée des rois et des reines d'Egypte dont les noms sont écrits phonétiquement. Puis il affirme que les caractères phonétiques ayant été employés à une époque très-reculée sur les bords du Nil, leur usage n'a pas dû être restreint aux noms de dieux, de rois ou de lieux. Cette opinion avoit déjà été établie par M. Cliam^ pollion, à l'insu de M. Sait.
Nous sommes amenés naturellement au Précis du système hiéroglyphique des anciens Egyptiens. Cet ouvrage est d'un haut intérêt 5 non-seulement il présente un tableau général des découvertes faites jusqu'à ce jour, mais il contient un grand nombre de recherches propres à éclaircir l'ancien système graphique des Égyptiens et à répandre beaucoup de lumières sur une partie de l'histoire ancienne jusqu'alors abandonnée aux doutes et aux conjectures. L'habile auteur entreprend de prouver : i° que l'alphabet phonétique est applicable aux hiéroglyphes de toutes les époques de l'histoire d'Egypte; i° que cet alphabet est la vraie clef de tout le système hiéroglyphique; 3° que les Egyptiens l'employoient constamment pour représenter les sons de leur langue; 4° que toutes les inscriptions hiéroglyphiques sont en grande partie composées de signes purement alphabétiques ; 5° que différentes espèces de caractères , dont il entreprend d'apprécier la valeur, étoient employés simultanément dans les textes hiéroglyphiques. Enfin, de toutes ces propositions, dont chacune s'appuie sur un grand nombre d'exemples, il essaie de former une théorie générale de l'ancien système graphique des Égyptiens ; tâche difficile sans doute, mais qui est exécutée ingénieusement , savamment, et qui conduit aux plus curieux résultats. Voilà le tableau des entreprises de l'auteur. Nos
lecteurs pourront juger de l'étendue de ses succès, quand ils auront parcouru le court exposé de ses éclaircissemens et de ses preuves.
Mettant à part les endroits de l'ouvrage où M. Champollion conteste mal à propos, selon nous , la priorité à M. Young, et ceux où il retrace les résultats déjà obtenus, parlons de l'application de l'alphabet phonétique aux groupes hiéroglyphiques et aux formes grammaticales que l'on rencontre constamment dans les inscriptions. Et d'abord :
Les groupes hiéroglyphiques les plus fréquens sont ceux qui correspondent aux idées de Jîlsj, sœurJ enfant, nourrissons racej, père,, mène., sœur,, roi, lieu.- r. L'idée de fils est représentée par trois groupes difFérens : le premier et le plus commun est une oie, s ou ch'j'êt une petite ligne perpendiculaire a ou es formant le mot cha, ou che^ ou chéj, évidemment lié à la racine thébaine copte cha^ oriri , nasci, et le chai de Memphis, qui a la même signification, qu'on retrouve dans les composés chemôt 3 fils de père ( frère consanguin ), chenmau, fils de mère ( frère utérin), et chensoîi * fils de frère ou cousin. Le second est formé d'une ellipse ou ovale s et d'une petite ligne perpendiculaire e., d'où nous avons le mot se ou sij qui, dans le copte, fait le nom propre Horsiêsi, Horus , fils d'Isis. ' Le troisième se compose de la figure d'un enfant portant la main à sa bouche , laquelle représente 2 dans le titre Isêauzàç de l'obélisque de la Villa Pamfili , et de la petite ligne verticale e ou ij formant comme ci-dessus le mot se ou si. Un quatrième groupe, désignant la filiation, est écrit mes, équivalent à la racine copte mes enasci , gignere, mas ou mise natus, infans, puilus \ Observons toutefois que ce
i M. Akerblad est le premier qui ait donné la signification de ce nom propre copte.
a Dans l'inscription de Rosette, ce mot, combiné avec deux caractères
groupe indique la descendance maternelle seulement , tandis que le groupe che ou si désigne la paternelle : ainsi , H or che 'n Ousire mes 'n Ese, Horus, fils d'Osiris, né d'Isis. 2. Le groupe exprimant père, lit tue ou touCj, qu'on rapporte aisément à la racine copte taiWj taoue, producere, proferre , dérivée elle-même de to dare , et ouo germen ■ . 3. L'idée de mère' est désignée par un vautour 2, l'un des homophones d'M, etune espèce particulière de hache qui affecte trois formes dans l'écriture égyptienne (par exemple, dans le nom enchorique dePtoléniée), comme signe de la voyelle o ou de la diphtongue ou; d'où l'on obtient mou, analogue du copte hachmourique meou, mère, le thébain maauj et le memphitique mau,, qui a le même sens ; ou par l'addition d'un troisième caractère , le segment d'une sphère, £, signe qui se rencontre fréquemment, nous aurons moutj le mot même que Plutarque a donné, comme mère en égyptien, et comme l'un des surnoms d'Isis 3. 4- Le groupe exprimant roi donne stiij qui dérive de souten^ ou soutorij ou soouta , regere, dirigere. 5. Le mot totoç, place,, dans le texte grec de l'inscription de Rosette est exprimé sur l'hiéroglyphe par un hibou, m,, et un bras étendu, a; ma,, mot auquel le docteur Young a mal à propos attribué la signification de père.
qui signifientyowr , correspond à -rà yeve'0).ia du texte grec où l'on parle de la célébration du jour de naissance du roi.
i Cette étymologie paroît peu fondée. Toue , père, doit être un mot compacte ; il n'est sûrement pas composé. [Note du traduct. )
2 Horus Apollo, Tlierogl. I, la, nous apprend que pour désigner mère, les Egyptiens peignoient un vautour, l-KziS-n à'ppev lv tovtu tô> ycvei
3 H <î l!7!{ £çiv o'7t xal MOT© xai -rra^tv AOupi Svjy.aivovo-i <?è tm pèv
CToûlu tcov èvop.â0uv MHTEPA, «5 SI SvJlépa x. t. \. Delside et Osiride. Un fait confirme le renseignement de Plutaque; toutes les fois que la représentation d'Isis se rencontre sur un monument, elle est accompagnée de la légende : Ese djer/nout, Isis puissante mère. Les Grecs, confondant cette qualification avec Je nom propre, l'ont écrit 0*pfiov0tç.
5à APERÇU
Passons aux signes qui représentent des formes grammaticales, telles que les genres, nombres, personnes et temps.
i. La marque ordinaire du féminin est le segment d'une splière équivalent à T dans tous les noms propres, et répondant à l'article féminin copte indiqué par la même lettre : ainsi , t-che la fille, t-sen la sœur, et t-mou la mère. Mais dans les inscriptions hiéroglyphiques l'article féminin est quelquefois placé à la fin du groupe; voilà pourquoi on rencontre quelquefois mou mère, et quelquefois moût la mère, quoique le copte n'offre point d'exemple de cette inversion. Dans le copte, l'article masculin est P, dont l'équivalent, dans les textes hiéroglyphiques, est un carré strié, signe constant de la lettre n dans toutes les inscriptions grecques et romaines.
2. Le pluriel des noms est exprimé soit par des signes préfixes soit par des terminaisons. Les signes sont la ligne brisée ou horizontale, N, et le vase qui équivaut à NE ou NI. Les terminaisons sont, ou deux petits traits perpendiculaires indiquant la duallité, ou trois pour le pluriel indéfini. Ces trois petites lignes sont quelquefois précédées du lituus ou de la caille, et, rendues par l'alphabet phonétique , sont équivalentes aux terminaisons du pluriel copte oue ou oui.
3. Comme dans le copte certains mots qualifians sont formés par le pronom conjonctif nt (qui), de même dans les textes hiéroglyphiques quelques groupes exprimant des qualités, ou autrement dit, employés adjectivement, commencent par le vase et le segment de sphère, les signes phonétiques de nt.
4- On n'a encore trouvé qu'un seul exemple d'un pronom, sujet d'une proposition, représenté par un groupe séparé^ c'est le pronom de la troisième personne au singulier masculin qui est écrit ntoph, qui représente à la lettre le mot équivalent en copte. Mais on rencontre de
SUR LES HIÉROaLYPHES. OJ
nombreux exemples de pronoms de la seconde et surtout de la troisième personne, combinés avec des noms ou des verbes , tantôt comme préfixes , et le plus souvent comme affixes. Ainsi ripli, ou simplement ph^ étant équivalent au copte naph ou neph qui est masculin, et S étant équivalent au copte nés qui est l'affixe féminin de la troisième personne, nous avons toueph père de lui, toues père d'elle ; montph ou t-mouph la mère de lui, moûts la mère d'elle ; cheph le fils de lui, ches le fils d'elle; t-cheph ou chetpli la fille de lui, t-ches ou chets la fille d'elle; suphle frère de lui, sns le frère d'elle; tsnph ou s^ntph la sœur de lui, snts la sœur d'elle.
5. En copte, la préposition 'n, placée devant un nom, indique le génitif; et dans les hiéroglyphes , la ligne brisée , l'un des homophones d'N, remplit la même fonction. Aussi dans toutes les légendes hiéroglyphiques placées à côté de la représentation du dieu Horus, nous lisons soit H or ché 'a Ousiréj, Horus le fils d'Osiris, ou Tlor ché Ousiré ms 'n Ese, Horus, fils d'Osiris, né d'Isis.
6. Dans la portion hiéroglyphique de l'inscription de Rosette on lit des verbes à trois temps différens : le présent, le passé et le futur, mais seulement à la troisième personne du singulier. Les signes caractéristiques de ces temps, pris phonétiquement, ne sont pourtant que les préfixes et les affixes du copte. Ainsi, la troisième personne du pluriel présent est indiquée par le signe recourbé ou les deux sceptres Z préfixes, ou groupe qui représente le verbe, et équivalent au préfixe copte se. En outre, la troisième personne de ce qui paroît un temps passé est indiquée par l'affixe d'un serpent à cornes (*) si le sujet est masculin, et s'il est féminin, par celui de deux sceptres 2. On retrouve des traces de ces formes dans l'un des temps passés du verbe djô , dicere ; en thébain , pedjais pedjak^ pedje j pedjas ; dans le dialecte de Memphis , pedjêi ., pedjakj et dans le bachmourique , pedjai, pedjakj, pedje.
pedjaphj pedjas. Enfin, la troisième personne du futur pluriel ; ce temps et cette personne , dans les neuf dernières lignes du texte hiéroglyphique de Rosette, sont marqués par un groupe de trois caractères : le signe recourhé ou les deux sceptres 2, la ligne brisée N, et les trois lignes perpendiculaires ï ouE; d'où l'on obtient sne , équivalent au bachmourique sene , et sena dans les dialectes de Thèbes et de Memphis , lequel est la marque caractéristique de la troisième personne du pluriel au futur défini dans le copte.
Le troisième objet de recherches, c'est-à-dire l'interprétation des noms propres hiéroglyphiques des divinités égyptiennes , présente aussi un grand intérêt. Mais le compte que nous avons rendu des travaux de M. Sait , et l'étendue du catalogue contenu dans l'article Egypte, borneront notre analyse aux résultats obtenus et aux corrections indiquées par M. Champollion.
Les images de dieux et de déesses qui couvrent en Egypte les monumcns de tous les ordres, sont toujours accompagnées de légendes hiéroglyphiques commençant par trois ou quatre caractères dont le sens est : voici l'aspect, le mode d'existence, la présence , ou la ressemblance, et cette formule est suivie de la préposition^, exprimée par la ligne brisée ou horizontale , après quoi vient le nom du dieu ou de la déesse. Ce nom est toujours écrit du même caractère phonétique que celui des simples individus 5 mais au lieu du caractère figuratif, homme , qui se trouve à la fin du nom de ces derniers, il est toujours terminé par le signe idéographique de dieu ou déesse , signe dont la signification a été déterminée par la comparaison du grec avec l'hiéroglyphique et l'enchorial du texte de Rosette. Cette formule initiale et le caractère qui termine font aisément reconnoître les divinités de l'Egypte.
1 . Le témoignage des écrivains grecs ne permet pas de douter que le dieu représenté sur les monumens avec la
tête d'un faucon, entouré d'un globe ou disque, ne soit 'nhoç, ouïe soleil, appelé en égyptien, Ré , Ra , Ri et Phré. M. Champoliion a construit le nom phonétique Ré, qui étoit échappé à la sagacité de M. Sait. 2. Artimon* Amoun j, ou Amun ^ la principale divinité de Thèbes , représenté avec une tête de bélier, et que les Grecs assimiloient à leur Zeùç, est lu par M. Champoliion A MN, comme M. Sait l'avoit fait avant lui. 3. Il a découvert sur les peintures et bas-reliefs une seconde divinité à tête de bélier, mais distinguée de la première soit par un uraeus placé entre ses cornes , ou par une coiffure fort compliquée où se trouve un disque solaire et un ou plusieurs uraei. Comme le précédent , ce dieu porte le nom de AMN , quelquefois celui de Amon-ra , ou Amon-rè , mais plus souvent un troisième nom qui varie jusques à quatre fois, NB, NOUB, NM et NOUM. Si nous prononçons le B du nom NB à la manière copte , comme un V ou un F , nous avons NEV ou NEF, le dieu Kvvj? qui, selon Plutarque, étoit la divinité principale de la Thébaïde; de même , dans NOUB (nouf) nous reconnoissons le KNOY*-t<r de Strabon, lequel est identique au Kv*j? de Plutarque et d'Eusèbe. D'autre part, si nous prononçons NOUB simplement, nous trouvons le XNOYB-tn de l'inscription des cataractes, "Apuwvt tw kcù Xvoûfoi, et des abraxas Ammon-Chnubis 3 de l'inscription latine qu'a trouvée Belzoni dans les carrières de Syène. Enfin dans la variation NOUM, nous découvrons aussi le XNOYM-t; des abraxas , qui portent également Xvoù- <p£ç, XvoûStç et Xvovy.tç , et prouvent que ces noms diflerens se donnoient à la même divinité , représentée sous la forme d'un serpent. * 4- Phta , particulièrement adoré
1 Tous les détails que nous ont transmis les écrivains grecs sur la manière dont les Egyptiens représentoient Animon-Knêph , Ammon- Chnouphis, ou Ammon-Chuoumis , sont parfaiement applicables au dieu dont les noms hiéroglyphiques nous ont donné amk, kb, koub etKOTJM.
^t> APERÇU
à Mempliis, et que les Grecs assimiloient à leur*H?atar<^ passoit, suivant Eusèbe, pour le fils du dieu Knêph, ou Ammon-Cnouphis ou Chnubis. Une autre divinité , <TÛvva.og âsoç, se trouve constamment placée à côté des images de DemiwgosJ sculptées sur les bas-reliefs de Tkèbes, Ipsambul , Edfou, Ombos et Philœ. Elle est caractérisée soit par un disque solaire et un croissant qui surmonte sa coiffure, soit par le sceptre ordinaire aux dieux combine avec le nilomètre, une croix, un fouet et uue balance; ou elle est enveloppée depuis le col jusqu'aux
Eusèbe nous apprend que les Egyptiens représentoient le Demiurgos, ou créateur du monde, qu'ils noinmoient Knêph, sous une forme humaine de chair bleue, entourée d'une ceinture, tenant un sceptre, et couronnée ou coiffée de plumes. Porphyre confirme ce renseignement : « Hujus porrô Kvvj? imaginem, inquit, hurnanâ forma depingunt, co- » lore Cîeruleo , zonam tenentem et sceptrum , pennam gerentem in » capite; ovum ab ore producit, à quo nascitur deus quem /Egyptii » Phta, Grseci Vulcanum vocant. » Eusèbe dit aussi que Knêph étoit représenté sous l'emblème d'un serpent, et nous avons vu que sur les abraxas les noms de Xvovtpt;, Xvoûffiç, Xvovp;, sont accomgagnés de l'image d'un serpent. De plus, dans les monumens les plus anciens de l'Egypte, on voit cette divinité ayant quelquefois un uraeus sur la tête ; mais elle est ordinairement précédée ou suivie d'un énorme serpent qui se cache en quelque sorte sous la multiplicité de ses anneaux. Eusèbe nous apprend aussi que Knêph étoit regardé par les Égyptiens comme AyaGo<îat'u.cov, et qu'en cette qualité il étoit représenté par un serpent ; et c'est une chose digne de remarque, que le surnom de TSTîoayaQcxîat'ij.uv donné à l'empereur Néron sur celles de ses médailles qui ont été frappées en Egypte, est joint à l'image d'un énorme serpent barbu et portant sur sa tête une coiffure symbolique. Enfin les deux inscriptions grecque et latine ci-dessus mentionnées, où se trouve le nom d'Ainmon-Cbnoubis , ont été trouvées , l'une dans l'ile de Sehélé, près de Syène, et l'autre à Syène même ; c'est-à-dire à peu de distance de l'ile d'Eléphantine, où Strabon place le temple de Kvovyc;, et où, suivant Eusèbe, cette divinité avoit une forme humaine, la tête d'un bélier surmontée d'un disque , et le corps peint en bleu. De tous ces rapprochemens, il résulte que le dieu nommé dans les hiéroglyphes Neb ou Nef (Noub ou Nouf, et Nouni) est le même qxxJtmmon, et la divinité que les Grecs appellent Knt'pli> Chnuphis et Cknumis. (Voyez le Précis , pages 90-92.)
pieds d'un vêlement étroit qui ne laisse de liberté qu'aux mains armées du sceptre : on ne peut douter que ce ne soit la vraie représentation de Phta* puisque le groupe phonétique, placé à côté de la figure, exprime ce nom en caractères phonétiques. Ici nous avons la preuve complète de l'assertion d'Eusèbe , que Plita passoit pour le fils de Knêph, ou Ammon-Chnouphis , le Demiurgos delà mythologie égyptienne. Parmi les titres que le décret de Rosette donne à Ptolémée Épiphane , se trouve celui de Mai-Phta , rly?.Trriu.ivo; ùnôroù $6à, aimé de Phta. 5. Le nom Petbé* que les Grecs nomment Kronos3 et les Romains Saturne* a été trouvé dans un manuscrit copte du musée Borgia. 6. Parmi d'autres noms de divinités égyptiennes gravés sur une inscription grecque , découverte à Sehélé , entre Éléphantine et Philœ, est celui d'une déesse appelée ZATH-Z ou 2ATI-2, mentionnée immédiatement après Ammon-Chnouhis et correspondant dès lors au grec Hpa et au latin Juno. Mais sur le Las-relief la figure d'Ammon est toujours accompagnée de celle d'une déesse, dont le signe distiuctif est une large plume implantée dans sa coiffure , et dont le nom hiéroglyphique interprété phonétiquement se lit Satè ou Satij évidemment le même que Zôtos ou lànç de l'inscription grecque, 7. Parmi les noms de divinités les mieux connus, ceux qu'a déchiffré M. Champollion sont : Anuhis , fils d'Osiris et de Nepthé, écrit Anb et Anebô J et distingué par la tête d'un chakal que les Grecs ont prise pour celle d'un chien 5 Osiris, époux d'Isis, écrit Aroeri* Harorel ou Haroueri; y joints Horus* Apis* Anubis, Besa* Sdkharis et Thermouthis. Tous ces exemples prouvent que les Égyptiens écrivoient en caractères phonétiques les noms de leurs dieux et ceux de leurs déesses.
L'application de l'alphabet phonétique aux noms propres des individus des deux sexes a produit des résultats aussi curieux qu'intéressans. Les écrivains grecs nous ont conservé beaucoup de ces noms, de divinités surtout, dont
les épithètes s'expliquent aisément à l'aide de la même analyse. Ainsi' Ay-ov-caiog signifie donné par Ammon ; Nttwptg Neith victorieuse fASoâiç, engendréparThot; Mâptç ouMâpiç, don cle Rê ou du soleil 5 2ïpt?ouxpâT>jç , Hercule-Harpocrate ; ©ofzas'çpQa, le monde ami de Plita 5 ïldwiç, consacré à Isis 5 Iiâvovf iç , consacré à Chnouphis ; riaSep^oùr , consacré àThermutliis ; lliZY}Giç> qui appartient à Isis ; Tle-rôaipiç, qui appartient àOsiris ; Minmç, don d'Isis ; Ysvaptoûi^ enfant d' Ammon ; lêvoaop, fils d'Osiris, etc. La même observation est applicable aux noms déchiffrés par M. Cbampollîon ; ils montrent tous que la croyance religieuse des anciens Égyptiens étoit liée étroitement à leur organisation sociale, et à toutes les circonstances de leurs usages et de leur vie privée. Ainsi nous voyons P et amon j celui qui appartieut à Amon j Petamonré „ celui qui appartient à Amonré ; Amenof ' Ap'vcoyjç, abréviation d'Amenoftep ' A/x£«wy8>3S-, agréé d'Amon ; Amontet, qui obéit à Amon 5 Plitabaftep ou Ptahftep, agréé de Phtlia ; Flep-an-Ptab , Ftep-Ptab , approuvé par Ptah ; Ptabdjer, ou Ptadjor, le puissant Ptab ou puissant par Ptah; Petbôrprê, qui appartient à llorus et au soleil; Peteprê ou Petephrê (selon M. Cliampollion, identique au Putiphar de l'Écriture , lequel , dans le texte de la Genèse copte, est toujours écrit Petephrê), celui qui appartient à Rê ou au soleil ; Isidjer ou Isidjor, Isis la grande ou la puissante; Hatôrchê, masculin, et Hatorchet , féminin , enfant d'Athor ; Hôr-Amon, Horus-Ammon ; Horsiêsi , Horus , fils d'Isis , et Hamon-llorsiêsi , Ammon-Horus , fils d'Isis. Tous ces exemples prouvent qu'en Egypte les noms propres du pays étoient écrits phonétiquement, et par conséquent, que le docteur Young, dans l'article Egypte, et M. Cliampollion après lui, dans sa première lettre à M. Dacier, se sont trompés quand ils ont avancé que l'emploi des hiéroglyphes phonétiques étoit borné chez les Égyptiens à la transcription des mots et des noms propres étrangers à ce peuple.
SUR LES HIÉROGLYPHES. 5g
L'ingénieux et infatigable Français ne s'est point arrêté là ; il a analysé les titres et qualifications royales, inscrites sur les plus anciens monumens , et démontré qu'avant l'invasion des Perses , les Égyptiens faisoient usage dans leurs hiéroglyphes de caractères qui représentoient les sons et les mots propres à leur langage national ; et de plus, que ces mots sont exprimés par des signes semblables, pour leur forme et leur valeur, à ceux que l'on employa depuis pour transcrire les noms et les qualifications des empereurs grecs et romains. Parla lecture des noms hiéroglyphiques gravés sur les divers monumens , il a nonseulement constaté la baute antiquité du système pbonétique, mais, dans plusieurs cas, il a fixé l'époque de la construction de ces monumens. Terminons notre travail par quelques exemples relatifs à cette deimière découverte.
Dans la lettre à M. Dacier, il est prouvé , par une suite de faits non interrompue, que les Egyptiens ont écrit phonétiquement depuis l'époque de la conquête de leur pays par Alexandre jusqu'à la fin du règne d'Antonin, c'est-à-dire depuis l'an 332 avant Jésus-Christ jusqu'à l'an 161 de l'ère vulgaire ; autrement, pendant cinq cents ans à peu près. Mais la conquête par les Perses avoit précédé celle d'Alexandre de cent quatre-vingt-treize ans ; et la seconde question étoit de savoir si , dans l'intervalle entre les deux conquêtes, et même avant la première, on pourroit découvrir des traces de ce système graphique. Ce point, une fois décidé affirmativement, l'évidence devenoit complète. Les résultats suivans mettront le lecteur à même de se former une opinion.
i . Sur l'inscription d'un vase d'albâtre appartenant au cabinet du roi, et d'une antiquité très-reculée, M. Champollion a déchiffré le nom de Xerxès, écrit Khchearcha ( nom persan de ce prince ), sans autre omission que celle d'une seule voyelle; et ce qui semble mettre cette manière de lire au-dessus de toute espèce de doute, c'est que le
même vase présente une autre inscription en caractère persépolitain ( l'ancien persan ), où M. de Saint-Martin lit aussi Khchearcha : nouvelle et surprenante confirmation du système phonétique. Le nom hiéroglyphique deXerxès est accompagné de cinq caractères dont la valeur phonétique donne le mot Ierina ou Iriena^ le même qu'/ere, Iranien ou Persan.
2. Dans la vingt-neuvième dynastie (celle de Mendesiens), Manethon place un roi dont le nom est écrit"Axwp«s, le Azoptç de Diodore de Sicile; et ce prince eut pour prédécesseur et pour successeur deux princes du nom de NsyspÊTws comme Manethon écrit, et Nsyspeùç Diodore. Sur deux sphinx dont le style approche de celui des sculptures exécutées sous les rois grecs d'Egypte, nous trouvons les noms hiéroglyphiques d'un roi Hakr ( Axop-iç) et d'un roi Naij roué ou JYaif. roui évidemment identiques, selon nous , à Nephereus ou Nepherites.
3. Sur l'obélisque Campensis qu'Auguste fit transporter à Rome et placer dans le Champ-de-Mars , comme gnomon , et que l'on crut d'abord l'ouvrage d'un Pharaon , (Pline, Hist. Nat. XXXVI, 8,9 et 10), on lit ( voyez la gravure de Zoè'ga ) le nom Psmtk ou Psmtg, l'abrégé de Psammeticus, Psammitichus ou Psammetichus , un des rois les plus célèbres de l'Egypte, le même qui ouvrit aux Grecs les portes de ce royaume , encouragea le commerce et favorisa les arts. M. Champollion prouve que le nom gravé sur cet obélisque est celui de Psammétique Ier, qui vivoit cent vingt ans avant la conquête des Perses.
4- Suivant Manethon, le second roi de la vingt-troisième dynastie ( la Thanite ) portoit le nom de Ocopdoç ou 'oaopSwy • et sur un obélisque de granit à Héliopolis est gravé le nom d'un prince appelé Ousortasen ou Osortasen; ce nom se trouve aussi sur une petite statue en cornaline, dans le cabinet de M. Durand, accompagné delà légende : le fils du Soleil aimé de Phtha. Deux colonnes arrivées
SUR LES HIÉROGLYPHES. 6l
depuis peu d'Egypte couiirment la version ci-dessus , et prouvent l'identité du roi mentionné par Manethon, avec le prince dont le nom hiéroglyphique est Osortasen {Précisj 197 à 200 ).
0. Les mêmes monumens nous font connoître d'autres personnages des deux sexes appartenant à la vingttroisième dynastie : comme Ptahaftêp (le Petubastes des Grecs), père d'Osorthos 5 Ran son épouse; Psdjam „ Psammus , ov HpcotÀÉa AiyÙTcriot èy.ûleax-j fils et successeur d'Osorthos; Amonchet , fille d'Osorthos, et sœur de Psammus ; Beba ou Bebo femme de Psammus; et Amonraou son fils, probablement le dernier rejeton des Tanites.
6. Le chef de la vingt-deuxième dynastie (la Bubastite) est appelé par Manethon liaoy^iç ou ssaoy^wc-tç , le Pharaon qui , dans l'Écriture , est nommé Sesak , Chichak, et qui sous le règne de Jéroboam, petit-fils de David, pilla Jérusalem et emporta tous les boucliers d'or qu'avait fait Salomon (1. Rois XIV, 20, 26). Sur une des colonnades qui décorent le grand palais de Karnak sont deux légendes royales : le prénom de la première contient le titre d: approuvé du soleil, suivi de bien aimé d'Amorij, Cliecho7ik, évidemment le Sesonchis de Manethon : sur la seconde nous lisons le bien aimé d'Amoiij, Osorkon; et nous apprenons que le roi appelé' Ouôp^wv, qu'on a quelquefois confondu avec'ocropQov, étoit le, successeur immédiat de Sesonchis. Cette conséquence est confirmée par beaucoup d'autres inscriptions.
7. Ensuite M. Champollion déchiffre le nom de Pharaon, chef de la dix-neuvième dynastie (une des diospolitaines) qui, sur presque tous les monumens de l'ancien style, est écrit Remses , Ramses , Amon-mai-Ramses, Amon-Ramses-mai ; il établit que c est Rhameses-le- Grandj appelé Sethosis par Manethon, Sesoosis par Diodore de Sicile, et Sesostris par Hérodote et Strabon. La
preuve de cette idendité est irrésistible et mérite l'attention de tous les savans.
8. Enfin dans la dix-huitième dynastie, aussi diospolitaine , il déchiffre lés noms de Meiamoun-Rarnses J de Ramses Ier, d'Amenophis II (que les Grecs appeloient Memnoïij se méprennant sur le titre de Meiamoun ou limé d'Ammon), (XAmenophis Ier , et enfin celui de * Thouthmosis le fondateur. r
M. Champollion, dans le cours de ses recherches, a constaté l'exactitude de la chronologie de Manethon , comme nous Font conservée Jules l'Africain et Josèphe , et qui avoit été jusqu'ici traitée par les savans avec un dédain qu'elle ne mérite pas.
Nous terminerons cet exposé par un abrégé synoptique
i Ces résultats ont été évidemment confirmés par la table généalogique d'Abydos , dont la gravure est en tête de Y Essai de M. Sait , et qui, entre autres choses, contient les noms des rois égyptiens de la dix-huitième dynastie , rangés dans le même ordre que celui qu'a donné Manethon. Cet intéressant monument a été découvert par M. "W. J. Bankes, dans une excavation qu'il faisoit pratiquer pour obtenir un plan exact des vastes ruines d'Abydos. Bientôt après son retour en Angleterre, il en a fait lithographier le dessin, et des exemplaires en ont été distribués en Angleterre et en France. M. Champollion ne pouvoit ignorer ce fait. Dans sa lettre au duc de Blacas , publiée la même année que le Précis, il représente expressément ce monument comme « un » tableau précieux, dbnt une copie est depuis plusieurs années dans » les portefeuilles de M. W- Bankes en Angleterre » ; mais il ne dit pas tin mot qui puisse faire penser que cette découverte soit due aux travaux de M. Bankes. Et, dans le Précis , il affirme que c'est un texte hiéroglyphique d'un haut intérêt, « et dont le dessin a été appointé par notre » courageux voyageur M. Cailliaud », laissant croire que la découverte en est due à ce même voyageur. Nous avons eu déjà l'occasion de signaler son manquement d'égards pour M. Young qui, dans la vraie acception du mot , a été son maître. M. Bankes a rendu également de grands services à la science des hiéroglyphes. C'est à lui qu'on doit la première découverte du nom de Clcopâtre, et le transport de l'obélisque de Philae. Sur le premier point, M. Champollion s'est lu ; il a fait honneur du second à ce pauvre Belzoni qui , s'il eût vécu , auroit rejeté des éloges qui appartenoient à un autre.
des élémens de l'écritnre hiéroglyphique tels qu'on les peut déduire des recherches de M. Champollion.
Le système Graphique des anciens Egyptiens se composoit de trois sortes d'écritures : I, I'hiéroglyphique ou sacré ; II, I'iiiératique ou sacerdotal ; III, le démotique ou populaire, appelé aussi enchorique etépistolographique.
I. L'écriture hiéroglyphique ou sacrée consistoit dans l'emploi simultané de trois signes distincts : i° les caractères figuratif s , qui représentoient exactement l'objet à exprimer; 20 les caractères symboliques, tropiques ou énigmatiques, qui exprimoient une idée par l'image d'un objet physique, ayant avec elle une analogie vraie ou fausse, directe ou indirecte, voisine ou éloignée; et 3° les caractères phonétiques , qui, par l'image des objets physiques, représentoient simplement des sons.
Les caractères figuratifs et symboliques sont employés dans les textes hiéroglyphiques en plus petite proportion que les phonétiques , qui sont les véritables signes alphabétiques exprimant les sons de la langue usitée dans l'ancienne Egypte.
Les caractères phonétiques se combinent pour en former des mots comme ceux de tout autre alphabet, mais ils sont susceptibles d'un arrangement différent. Placés en lignes horizontales, ils se lisent de droite à gauche, ou dans le sens inverse , selon la direction des figures principales ; placés sur des colonnes perpendiculaires , ils se lisent ordinairement de front en arrière. Dans les mots écrits phonétiquement, les voyelles médiales sont souvent supprimées, comme dans l'hébreu, le phénicien, l'arabe et la plupart des langues orientales. Chaque son ou articulation peuvent être représentés par différens signes homophones ; mais l'emploi de Tun préférablement à un autre semble avoir été déterminé par des considérations nées de la forme matérielle du signe et la nature de l'idée à représenter par le caractère phonétique. Les textes
hiéroglyphiques offrent aussi de fréquentes abréviations des groupes phonétiques.
Dans le même texte hiéroglyphique , certaines idées sont représentées quelquefois par un caractère figuratif, quelquefois par un symbolique , et d'autres fois encore par un groupe de signes phonétiques , exprimant le mot qui est le signe de la même idée dans la langue parlée. D'autres idées sont toujours exprimées soit par un groupe formé de signes figuratifs et symboliques, soit par l'union de signes figuratifs, symboliques et phonétiques.
II. L'écriture hiératique ou sacerdotale dérive immédiatement de Y hiéroglyphique, dont elle est, à proprement parler , la tachy graphie. La forme de ses signes est singulièrement abrégée , mais néanmoins ils comprennent les caractères figuratifs^ symboliques etphonétiqueSj, quoique les deux premiers soient quelquefois remplacés soit par des caractères phonétiques ou même arbitraires, c'est-àdire n'ayant point d'hiéroglyphes correspondans d'où nous puissions reconnoître qu'ils dérivent.
Tous les manuscrits hiératiques existans , soit qu'ils appartiennent à l'époque des Pharaons ou à celle des Grecs et des Romains, n'offrent qu'une tachygraphie de l'écriture hiéroglyphique , bien que quelques uns de leurs caractères paroissent en différer. Cette méthode étoit vraisemblablement employée pour la transcription des textes relatifs aux matières religieuses.
III. L'écriture démotique, épistolographique ou enchorique, diffère de Y hiéroglyphique et de Y hiératique dont elle dérive cependant immédiatement. Les signes employés dans la démotique sont de simples caractères empruntés de l'hiératique. La démotique exclut à peu près la figurative j, mais elle admet des signes symboliques pour exprimer des idées relatives à la religion. Les caractères dont elle fait usage sont moins nombreux que dans les autres méthodes , et contiennent des phonétiques
SUR LES HIEROGLYPHES.
en plus grande proportion. Lzs mois ou voyelles médiates . qu'ils soient égyptiens ou étrangers , y sont souvent supprimés comme dans les testes hiéroglyphiques et hiéra tiques ; on y peut exprimer les consonnes et les voyelles au moyen de quelques signes qui, diffèrens pour la forme, indiquent pourtant le même son. Cependant le nombre des homophones démotiques n'égale pas celui des hiéroglyphes ni des hiératiques. *
Pendant un long temps les Égyptiens usèrent simultanément des méthodes démotiques „ hiératiques et hiéroglyphiques.
Tel est le tableau passablement complet des découvertes obtenues dans la littérature hiéroglyphique par la sagacité et la persévérance réunies de MM. Young et Champollion 5 nous avons aussi indiqué , en passant , les résultats qui ont couronné leurs glorieux travaux. L'importance de ces résultats , quant à l'histoire , est il mense , abstraction faite de leur rapport avec le sy tème graphique de l'Egypte. Les noms des princes les plus célèbres , Mispbrathouthmosis , Thouthmosis, Amenophis , Rameses-Maiamoun , Rameses-le-Grand , Sesonchis, etc., ont été déchiffrés sur des monumens construits de leur temps ; après avoir été long-temps abandonnés comme fabuleux, ils sont rentrés dans le domaine de la certitude historique. La chronologie de Manéthon, que des érudits présomptueux avoient si long-temps méprisée , a été réhabilitée dans tous ses points , d'abord.
1 La plupart des papyrus qui ont été examinés sont écrits de cette manière; et c'est à les déchiffrer que le docteur Young s'est distingué particulièrement. On peut regarder son alphabet enchorique comme presque complet , et par ce moyen , il a entièrement traduit deux de ces manuscrits. Par un singulier hasard, on a trouvé plus tard, dans l'enveloppe de la même momie une traduction grecque d'un de ces textes hiéroglyphiques ; et la traduction du savant Anglais en a pu supporter la dangereuse comparaison.
îrars-
par les recherches de M. Champollion , ensuite, par la découverte d'un monument inappréciable , la table d'Abydos. Enfin les erreurs , qui avoient si long-temps prévalu relativement au contenu des hiéroglyphes , et sur l'antiquité comparative des monumens égyptiens , ont été réfutées, et ne pourront plus renaître ; et nous avons l'espoir de voir chaque jour de nouvelles lumières se répandre sur l'histoire de la nation la plus ancienne du monde. Si l'on nous objectoit la modicité de ce qui a été fait jusqu'à ce moment, nous répondrions que ce nouvel art est encore dans l'enfance, et que le peu qui a été opéré est né lorsqu'on n'avoit encore connoissance de rien. Sans doute un grand obstacle à des découvertes futures existe dans la nature composée du système graphique de l'ancienne Egypte j, et particulièrement dans la difficulté d'expliquer les symboles idéographiques qui constituent l'un de ses élémens. Mais heureusement ces symboles, comparés à la somme totale des signes hiéroglyphiques , sont peu nombreux ; et Ton peut espérer que , par la méthode d'épuisement employée déjà avec tant de succès, et surtout par la découverte d'inscriptions nouvelles , accompagnées de traductions , l'on parviendra à déchiffrer nonseulement quelques noms propres ^ quelques mots qui se reproduisent souvent s et quelques formes grammaticales > mais à expliquer des inscriptions entières , et à posséder une pleine connoissance de ces sculptures sacrées qui étoient restées jusqu'à ce jour un mystère pour nous.
11 a paru, l'année dernière, deux productions nouvelles , relatives à l'ancienne écriture de l'Egypte : le ma-
SUR LRS IIIÉROULYPriES. ()J
gnifique ouvrage du professeur Seyffartu ', et une lettre du docteur Young au Comte Pollo?iJ laquelle contient des Remarques sur le compte qu'a rendu M. Peyron d'un papyrus égyptien2. Les travaux de M. Seyffarth paroissent avoir excité une grande curiosité sur le continent, et particulièrement en Allemagne ; et l'on a soutenu hardiment, dans le Journal de Leipsig, qu'il avoit démontré la fausseté des prétendues découvertes que l'on se vante d'avoir faites, en Angleterre et en France, sur les hiéroglyphes. Cette assertion est également dépourvue de vérité et de modestie. Heureusement, c'est ici une question non de simple érudition , mais d'évidence , et les archéologues germains n'en sont pas les juges uniques. D'ailleurs , les Remarques que M. Young- vient de publier prouvent irréfragablement la solidité et l'importance de la découverte dont il s'agit. L'on ne conçoit pas facilement qu'un principe soit faux , lorsqu'il en découle des résultats vrais et confirmés par l'histoire. 3
1 Gustave Seyjfarthi Prof. Lips. Rudiment a Hieroglyphices : accédant Hxplicationes Speciminum Hieroglyphicarum , GLossarium , alque ÂLpliabeta; cum XXXVI. tabules lithographicis. Lipsiae , cioiocccxxv.
4to.
2 Mcmoric di Torino> XXXI, 1826.
3 Les résultats discordans et contradictoires auxquels étoient arrivés les écrivains anciens et modernes, dévoient prévenir en général contre toute possibilité de déchiffrer jamais les monumens de l'ancienne Egypte- Mais si le lecteur fait une attention sérieuse au témoignage que nous allons fournir , il reconnoitra qu'avant les recherches du Dr Young on n'avoit fait aucune investigation méthodique, et qu'on s'étoit contenté de substituer des conjectures ridicules à des conjectures frivoles. Suivant Horus Apollo, ces écrits mystérieux contenoient des indications obscures des choses sacrées et profanes ; selon Clément d'Alexandrie et Plutarque, des sentences morales; selon Hermapion cité par Amraicn Marcellin , les louanges des rois; selon Kircher, des dogmes cabalistiques , métaphysiques et théosophiques ; selon Pluche , de la météorologie, de l'astronomie; selon Denon , les lois du labourage; selon l'auteur de M Etude des Hiéroglyphes , une version des psaumes de
M. Seyffarth ne fait réellement que répéter les doctrines de Spohn ; il reconnoît avec candeur les obligations qu'il a envers l'auteur savant de l'ouvrage DeLingud et Litt. vet. JEgypt. , non -seulement pour la théorie qu'il expose , mais aussi pour une partie des développemens dont elle est accompagnée. r
Nous rendons pleine justice à la franchise de cet aveu, et à la méthode avec laquelle M. Seyffarth expose les opinions de son guide. Nous sommes de plus persuadés que les belles planches lithographiques qui sont jointes à son ouvrage, seront parcourues avec plaisir par tous ceux qu'intéresse la littérature égyptienne. Mais ici se terminent nos éloges. La théorie imaginée par Spohn, et développée par M. Seyjfarthj, repose sur une supposition fausse , entraîne avec elle de grossières absurdités , et ne peut conduire à aucun résultat. Donnons la preuve de ce que nous venons d'avancer.
Voici les principes fondamentaux de cette théorie :
David ; selon Spolin, Dieu sait quoi! Il étoit temps d'abandonner cette étude comme fantastique ou de la soumettre à une analyse exacte et aux règles du sens commun.
i « Quod sibi videtur hic libellus rationem tradere qua hieroglyphica ■» scripta legenda sint; id cujus nomini adscribi debeat, tacere, maxime » impium et invidiosum esset. Scilicet Spohkitjs, vir immortalis meriti, s omnia praeparavit, quae ducunt ad intelligentiam etiam hieroglyphi- » cor uni. Quodsi concessum ei fuisset, pergere in via, quam ingressus « erat, plura Aegyptiorum scripta inspicere, perlegere, inter se compa- » rare , quod mihi contigit ; non potuisset , sed debuisset leges etiam in- « venirc, quibus hieroglyphica scriptura constat. Quae quum itasint, » velim ha'e schedae accipiantur , tanquam placita Spohn n , vel tanquam ■» fructus, qui ex segete ejus prodierunt, quem instauratorem litterarum « Aegyptiacarum veneramur. »
Dans une note de la section suivante, l'auteur dit : « Porrà intégras a inscriptiones demolicas primas (Spohnius ) interpretatus est. "Mais il ne fournit aucune preuve de cette assertion hasardée, et que nous démontrerons fausse. Le seul système d'interprétation claire et évidente est celui qu'a découvert le Dr Young, et qu'a développé et agrandi M. Champollion.
I. La langue hiéroglyphique est un dialecte sacré. * IL Les caractères hiéroglyphiques ne sont pas des lettres j mais seulement des symboles de lettres. *
I. La première de ces assertions n'est étayée d'aucune espèce de preuve. 3 Notre auteur a oublié que le copte est l'ancien égyptien, écrit en caractères empruntés des Grecs , et en partie du démotique : et , quoiqu'il subsiste des restes des différens dialectes de ce langage, il est difficile de prononcer sur le plus ou le moins d'ancienneté de chacun d'eux. Les inscriptions hiéroglyphiques, écrites du temps de Sésostris^j, présentent le même langage que celles qui datent de l'âge bien postérieur d'Antonin. Ce fait ne présente rien de remarquable ni d'extraordinaire; le langage en Orient est resté immuable comme les lois et les usages.
II. Le second point sur lequel on essaie d'apuyer cette théorie , c'est que les caractères hiéroglyphiques ne sont pas des lettres , mais en sont uniquement les symboles, OEdipe lui-même n'auroit pas pu expliquer une semblable
1 Cette notion est fondée sur un passage de Manéthon , cité par le
Syncelle. MocveGg» Ix tuv Iv tyî Syjpiaiîtxvî y7i xstu/vœv çylSiv , ItpS. >
«pyic: , ^ia).£XTO xat ûpoypatptxot; ypa'p.fjiasi xE^apaxTyjpiai^/vuv v-ko 00)9, tov 7rpwT0u Epfxov , xat spiAYjVEvGECctov p.£Ta tov xaTaxtaïa-p^ov Ix tyj; ÎEpaç êioiXéxrov te; tyjv Elï-nvîSoi <pcoVY)'v , x. T. i.
2 Le véritable auteur de cette rêverie est Cosmas Indicopleustes, qui a écrit sur la géographie au sixième siècle, et qui rapporte gravement que Moïse apprit ypiii.p.y.-za. Upoylvtpixoc, piàXAov SI <7VfJt£o),« ypafifAotTUV.
3 Le Dr Sickler, compatriote de M. Seyffarth , a écrit un livre pour prouver que le langage caché sous les hiéroglyphes est l'hébreu , ou au moins un composé des différens dialectes sémitiques.
4 « E verbo diaiecti , quo linguam hieroglyphicam veteres insigni- » verunt satis clarum est, » dit notre auteur, « hanc neque convenisse » cum vulgavi, neque diversam plane fuisse a Coptica. Differt autem » dialectus sacra a Coptica, partim elemenlis scu verbis , parlim legibus » grammaticis . Inter dialectum autem sacram atque profanam veterem » Aegypti omnia intersunt , quibus differt recenliov oratio a veteri na- » tionu cujusque magis .ntbimfc arlium et liltevarum humanitate eru- » ftitae. »
yo APERÇU
énigme. Une lettre est un caractère ou un symbole destiné à représenter un sou élémentaire, ou la combinaison la plus simple de quelques uns de ces sons. Alors que peut-on entendre par le symbole d'un symbole même? Ne désespérons pourtant point. M. Seyffarth , plus obligeant que quelques uns de ses compatriotes , cberclie à se rendre intelligible : prêtons-nous à ses explications. Voici quelle est sa doctrine, ou plutôt celle de Spolm, sur les pas duquel ii marclie.
Il admet qu'en chaque pays, l'Egypte non exceptée, les premiers essais en l'art d'écrire ont consisté en une imitation grossière des objets matériels ou physiques.; que la difficulté et les inconvéniens attachés à cette pratique décidèrent bientôt ceux qui s'en servoient à abréger leurs dessins en présentant la partie pour le tout , par une espèce de sjnecdoche ; que cette tachygraphie pittoresque ne pouvant dépeindre les changemens de relations , les passions et les sentimens des êtres animés, elle fut bientôt améliorée par des symboles proprement dits, c'est-à-dire par des sigjies ou caractères employés à représenter des idées dont la nature n'offre point de modèles sensibles ; que , par la suite des temps , toute trace de rapports entre le signe et la chose désignée dut s'effacer, et que les caractères appliqués au langage usuel ne représentèrent plus que des mots ou des portions de mots, comme parmi les Chinois de nos jours ; et qu'enfin, par un heureux hasard, ou l'habile combinaison d'un génie supérieur, quelques uns de ces caractères furent employés à représenter les sons primitifs de la langue parlée , et qu'en d'autres termes , un alphabet fut inventé et mis en usage. Mais il prétend que les Égyptiens passèrent à travers ces périodes différentes, avant qu'il leur vînt dans l'esprit de construire ces caractères mystiques dont l'explication a éludé la sagacité des savans de tant de siècles; et que, chez ce peuple, les signes alphabé-
tiques , au lieu d'être le produit de l'écriture figurative , soit dans sa forme première ou abrégée, l'ont effectivement engendrée , du moins quant à ce qui concerne les hiéroglyphes.
Si l'on en croit Spohn et son commentateur , ce fut des Phéniciens l que les Egyptiens, aussi Lien que les Grecs, reçurent leur alpliabet ; mais il faut avouer qu'ils firent un singulier usage de cet inappréciable don. Au lieu de travailler à simplifier, à perfectionner une telle invention, ils firent précisément le contraire, ils se mirent à surcharger, à varier, à multiplier ces caractères élémentaires au gré de leur imagination et de leurs caprices. « Licuit cuivis calamo , cuivis cestro , variare hieroglyphica » , dit M. Seyffarth ; mais il ne nous explique point comment ces variations fantastiques purent être intelligibles pour d'autres que pour leurs auteurs. Les trois espèces d'hiéroglvpbes , aujourd'hui parfaitement distinctes , seroient cependant le résultat de ces bizarres opérations. Clément d'Alexandrie nous dit que les Égyptiens apprenaient à lire trois sortes d'écritures , Yépislolographique ou démotique , l'hiératique , et enfin l'hiéroglyphique. Voilà que Spobn et son disciple affirment que l'ordre de cet enseignement étoit aussi l'ordre de l'invention 5 et en conséquence ils donnent pour certain que le démotique fut la base sur laquelle se construisit l'édifice tout entier ; en d'autres mots , que l'hiératique est né des mutations du démotique, et l'hiéroglyphique de celles de l'hiératique : et ces mutations ne sont pas des lettres, mais côptëo),« ypappârov , des symboles de lettres. Selon l'assertion de cet écrivain , les signes de l'alphabet primitif éloient au nombre de vingt-
1 L'auteur ne nous en fournit aucune preuve, il se contente tle citer Zoega, qui, malheureusement pour lui, cherche à démontrer que c'est aux Egyptiens que l'on doit l'invention des lettres. J'oy.Yie, Obelise.,p: fa5.
cinq. Supposons avec lui que chacun de ces signes subît trente changemens pour obtenir la somme totale des caractères démotiques 5 admettons le même nombre de métamorphoses pour former l'hiératique, et un nombre pareil encore pour l'hiéroglyphique. Alors, par un calcul modéré, nous aurons vingt-cinq multipliés par trente 5 plus, multipliés deux fois encore par trente , ce qui nous donnera six cent soixante-quinze mille symboles de lettres, autrement vingt-sept mille 'variations de chacun des vingt- cinq caractères primitifs ! Tel est le calcul de l'auteur lui-même, et personne ne pourroit démontrer mieux que lui l'extravagance du système qu'il oppose à MM. Young et Champollion.
Bruce (Voyages , vol. I, p. i35), Zoega (de Orig. et usu Ob., p. 4^7), et M. Champollion (Précis , p. 267, 268) ont donné des calculs approximatifs du nombre des hiéroglyphes. Bruce, d'après une inspection superficielle des temples et des édifices de l'Egypte , les borne à cinq cent quatorze. Zoega, qui avoit examiné avec attention les obélisques de Rome , et d'autres monumens conservés en Italie, les porte à neuf cent cinquante-huit. M. Champollion, qui a soigneusement analysé toutes les inscriptions copiées dans la Description de l'Egypte et dans d'autres ouvrages les réduit à huit cent soixantequatre. En prenant le moyen terme des deux derniers recensemens, qui est neuf cent onze^ nous approcherons peut-être davantage de la vérité. Si , à ce nombre , nous ajoutons les caractères hiératiques connus, et qui sont immédiatement dérivés des hiéroglyphiques, et les démotiques connus et dérivés des hiératiques, nous trouverons que la somme totale des signes employés dans les trois écritures égyptiennes , monte à peine à douze cents. Ce nombre est bien modeste, si on le compare à cette affluence de symboles de lettres qu'exige la théorie de Spohn et de M. Sevffarth.
SUR LLS HIEROGLYPHES. JO
Le disciple de Spolm, après avoir exposé les principes généraux de sa théorie, entreprend une classification des hiéroglyphes, et il les divise en emphoniques, symphomquesj et aphoniques. Les emphoniques sont ceux qui , « suo ambitu integram litteram liieraticam pluresve des- » cribunt 5 » et qui « sistuntur pro situ literarum in ii.s » latentium et ralione reruin, quas significant. » Ils sont susceptibles d'être transposés, variés et abrégés; on peut les modifier par une écriture tronquée ou amplifiée , par le changement des voyelles ou consonnes , et par les conjonctions. Les symphoniques sont ceux « quse non » nisi cum aliis, sive singnlis, sive pluribus , elementa » verborum vel literas exprimunt » , c'est-à-dire une espèce de symboles littérale et enclitique , qui ne devient significative que par sa combinaison avec les emphoniques. lis sont d'origine hiératique , mais ils se rencontrent plus fréquemment dans les caractères hiéroglyphiques que dans les hiératiques : on les modifie par la permutation, la position, l'arrangement, l'accouplement, la suppression et la séparation. Les aphoniques , « cliversa » sunt a literis , magisque ad picturam quàm scribendi » artem referri debent « 5 c'est-à-dire , ils représentent directement ou par métaphore , non des lettres ^ mais des idées ; ils sont en conséquence divisés en mimiques , « ipsa? rerum imagines » , tropiques ^ « quse imagine » aliéna rerum notiones exprimunt », et allégoriques , » quse alia, quam quce proxime significentur, innuunt. » A cela se bornent tous les éclaircissemens que le professeur de Leipsig a su ajouter à un système qui, suivant lui , avoit mis Spolm à même d'expliquer en entier des inscriptions démotiques , et à produire des merveilles dans cette mystérieuse région.
Quant aux planches dont l'ouvrage est accompagné, nous avouons franchement que nous ne comprenons rien au principe qui a présidé à leur exécution ; nous n'y avon -
7 4 APEBÇU
aperçu que troul)le et que désordre. Les hiéroglyphes sont jetés pêle-mêle sans aucune correspondance relative, et cette vague distribution fait peu d'honneur, puisqu'il faut le dire, à l'intelligence du professeur de Leipsig. Il est vrai qu'il y a joint quelques explications ; mais malgré un certain étalage de lettres chaldéennes, ces explications ne sont passables que lorsqu'elles sont empruntées de M. Champollion. Citons un seul exemple. M. Champollion traduit de la manière suivante un texte hiéroglyphique : « Soutien de l'Égjrptc, dieu fils d'un dieu, soutien de « l'Egypte, ïïorus , manifesté ou engendré par Osiris, en- » gendre d'Isis déesse. » Cette interprétation, qui porte avec elle tous les caractères de l'évidence , a produit, sous la plume de M. Seyffarth , les paroles suivantes : «Venias )> âge Isis ! venias âge , JEgypliorum generator in iEgyp- )) tum deus , » ou bien « Venias âge, Isis, venias âge, » iEgypti generator JEgyptum generator. » On ne peut voir là qu'une mauvaise parodie de la version de M. Champollion, et de plus, l'absurdité de donner à Isis le nom de dieu. M. Seyffarth conclut que le système phonétique de MM. Young et Champollion ne peut être vrai, parce que, en épelant des noms propres , ils omettent tantôt l'une ,' tantôt l'autre, des voyelles. Le savant professeur oublie que cela se pratique presque dans toutes les langues de la souche sémitique. Il oublie en même temps que, d'après son propre système, deux personnes n'écrivoient rarement le même mot de la même manière et avec les mêmes caractères.
Passons à présent à la lettre du docteur Young au Comte Pollon ; elle nous fournira de nouvelles preuves en faveur de l'évidence de sa découverte 5 mais commençons par quelques détails historiques nécessaires pour nous faire mieux comprendre.
L'an 1 830 ou 1 82 1 , M. Casati se rendit à Paris, portant avec lui quelques fragmens de manuscrits égyptiens,
SUU LES HIÉROGLYPHES. ~)J
parmi lesquels M. Champollion en découvrit un qui ressembloit beaucoup par son contenu au texte enchorique de la pierre de Rosette. Comme c'étoit la première fois que l'on trouvoit sur les manuscrits, et les inscriptions examinées, quelques caractères intelligibles déforme enchorique, l'observation de M. Champollion excita un vif intérêt. Le docteur Young se procura une copie de ce papyrus intéressant, et s'occupa bien vite à le déchiffrer avec son zèle accoutumé. Mais tandis qu'il étoit à ce travail, où, livré à ses seules forces, il avoit déjà beaucoup avancé, arriva George Francis G/'ejv, qui rapportait de ses voyages en Orient de précieux papyrus qu'il avoit achetés d'un Arabe à Thèbes, en 1820. Heureusement pour la cause de la littérature égyptienne, M. Grey plaça aussitôt entre les mains du docteur Young ces manuscrits , recommandant à son attention spéciale deux morceaux parfaitement conservés , et portant des caractères grecs écrits d'une main très-lisible. En les examinant de plus près, on trouva que l'un d'eux, « l'antigraphe d'un acte égyptien, » étoit totalement en grec, et que, dans trois autres de la même espèce, les noms propres étoient en grec, et l'acte même en caractères enchoriques.
M. Young examina le manuscrit qui ne contenoit que du grec, et il ne fut pas médiocrement satisfait quand il découvrit que c'étoit une traduction du papyrus enchorique de M. Casati. « Je crus rêver, dit-il, quand j'observai » parmi les noms des témoins Antimâchus , Antigènes , et
y> quelques lignes au-dessous ; Portis Apollonii Je
» trouvai que le commencement étoit la copie d'un écrit » égyptien; je vérifiai qu'il y avoit le même nombre de » noms relatés dans les signatures grecques et égyptiennes » dont j'avois constaté l'identité , et que le nombre dans » chacun des deux idiomes étoit de seize. Le dernier pa- » ra graphe du grec commençait aussi par ces mots : Copie » de l'acte^ ctc, Je rie pus m'empêoher d'en conclure qu'un
» hasard extraordinaire avoit placé entre mes mains un » document dont l'existence d'abord étoil singulière, et » dont la conservation pendant deux mille ans ne l'étoit » pas moins. Ces combinaisons réunies m'auroient, dans » d'autres temps, fait passer pour un sorcier égyptien. » La traduction de l'antigraphe grecque de Casati et des trois actes de M. Grey se trouvent dans les Discoveries in Hierogl. lit. pp. 69 — 83.
Il nous reste à parler d'un événement plus étonnant encore qui se lie à la renaissance de la littérature égyptienne. Outre l'antigraphe grecque, qui a rapport à la vente d'un certain nombre de momies ., la collection de M. Grey contientun second papyrus d'une bien plus grande dimension, sur lequel sont écrits les trois actes égyptiens ci-dessus mentionnés avec des titres sur la marge tracés en caractères grecs fort lisibles. Dans l'espoir de faire de nouveaux progrès dans la eonnoissance de l'égyptien , le docteur Young avoit repris l'examen de ces contrats en caractères enchoriques, et, entre autres choses, il observa la concordance des nombres dans les titres et dans le texte égyptien. Mais tandis qu'il se livroit à cette occupation, parut la traduction faite par M. Peyron ' d'un papyrus de la bibliothèque de Turin, qui se trouva être le rapport d'un procès où il est fait mention des trois actes ou contrats distincts. Voici un extrait de la lettre du docteur Young , relatif à ce précieux et singulier document.
« L'acte commence par cette date : Dans l'année LIV, le » vingt-deux d'Athir, à Diospolis. Par-devant Héraclides , » un des capitaines de la garde, commandant du Nome » Périthébaïque, officier en chef des douanes; en présence » aussi de Palemo, capitaine de la garde; d'Héraclides de
1 M. Améclée Peyron est professeur de langues orientales à Turin; il est connu des jurisconsultes comme éditeur habile des fragmens du Code de Théodose, d'après un manuscrit tiré de la bibliothèque royale de Turin. j°. 1812 4-
» même rang, et Gvmnasiarque • d'Apollonius, fils d'Apol- » lonius, et d'Hermogènes, comme ses amis ; dePancrates, •• lieutenant 5 de Comauus , général , fils d'Ammonms m colon, et de plusieurs autres. ' '
» A comparu Hermias , fils de Ptolémée , du Nome Om- » bitique, comme plaignant contre les Cholchytes1 du lieu, » Horus , et Psenchonsis, et Chonapres, et leur famille. »
» Un Mémoire a été lu, adressé à Hermias, stratège ou » commandant en chef et gouverneur du Nome 5 dans lequel » leplaignantHermias accuse les Cholchytes, et mentionne » un premier Mémoire adressé à Démétrius l'Épistratége » ou haut commandant, l'année précédente, et qui a été » renvoyé par Hermias le stratège au jugement d'Héra- » clides. La cause ayant été plaidée par Philoclès pour » Hermias , et par Dinon pour les Cholchytes , Héraclides » résume les dépositions , discute les argumens présentés » de part et d'autre , et donne gain de cause aux défen- » deurs. m
La prétention d'Hermias paroît avoir été fondée sur un droit de propriété, concédé par une Lobais ou Lubais, l'un des vendeurs d'une maison qui, selon son aveu, ne lui appartenoit à aucun titre. Il avoit soutenu dans son Mémoire que ses ancêtres avoient autrefois été propriétaires à Diospolis 5 que les défendeurs, dont l'habitation ne s'étendoit pas au-delà deMemnonia, résidence de leurs aïeux, sachant qu'il avoit été forcé par des troubles de transporter son domicile, s'étoient emparés de sa maison, qui étoit située au sud-ouest de Diospolis , au nord du cours ou parade qui conduisoit au canal de la grande déesse Junon, et au midi de la voie qui conduisoit au temple de Cères dont les murs existoient encore ; qu'après l'avoir réparée
i Les Cholchytes tiroicnt leur nom « ab ihvolvekdo cadavere », d'après M. Peyron. Le Br Young conjecture que ce mot pourroit dériver de Djot.h ou JôtH, qui veut dire, revêtir, préparer.
ils continuoient de l'occuper et que, non contens d y
demeurer, ils y avoient reçu des corps morts, sans penser aux peines qu'ils encouroient , à cause du voisinage des grandes déesses Junon et Cérès , qui seroient souillées autant par les cadavres que par ceux qui en étoient chargés.
Les Cholchytes répondoient à cela qu'Hermias avoit été déjà débouté d'une demande pareille ; qu'ils avoient d'ailleurs été en possession de cette maison depuis plusieurs générations ; en foi de quoi ils produisoient leurs titres traduits de l'égyptien en grec. L'un de ces titres étoit daté du mois de Pachon, le XXVIII de Philométor, où Teephibis, le père de Psenclionsis l'un des défendeurs, et de Chonopres, acheta d'Elaeis , Lobais, Ibaeais , Senericus , Erieus, Senosorphibis, etSisois, autrement appelé Erieus, (en tout, sept vendeurs) 7 1/2 oecopédiques ou coudées de maison de la partie méridionale de dix coudées de terre improductive qu'ils possédoient. Parle second acte, Asos, père des défendeurs Nechutes et Asos, et de Necliutes cadet et de leur soeur Nechuthis , ont acheté des mêmes personnes deux coudées et demie la même année et le même mois. Un troisième contrat de la XXXV du même Philométor et du mois de Mesore , atteste la vente d'une quatrième part de ladite maison de l'étendue de trois coudées un tiers à Pechites,père des autres, Panas, Patus, Pasemis, Arpchemiset Senamunis,par AmmoniusetZbentedis, à qui elle appartenoit. Les droits attachés à ces transactions avoient été acquittés , et les parties contractantes «voient joui paisiblement durant trente-sept années. On citoit aussi quelques passages d'un édit de faveur qui assuroit la possession de ceux qui auroient pour eux la prescription d'une longue jouissance, quand bien même leurs litres d'acquisition se seroient égarés ou perdus.
Diiion ajoutoit que, a puisque le père du plaignant avoit quitté Diospolis lors des troubles qui avoient eu lieu sous
SUa LES HIÉROGLYPHES. jg
Epiphane.s , son départ datoit de quatre-vingt-huit ans avant le commencement du procès ; car si l'on joint les vingt-quatre ans sous Épiplianus aux trente-cinq sous Philométor, et aux vingt-neuf sous Évergètes , on a quatrevingt-huit ans ; période trop longue pour pouvoir entamer une telle discussion; qu'Hermias n'avoit produit aucun document pour appuyer sa prétention, si ce n'est une sentence frauduleuse obtenue par sa collusion avec Lobais , qui n'avoit aucun intérêt à soutenir l'action ; que quant à 1 idée de transporter les embaumeurs à Memnonia, elle étoit hors de la question, vu qu'Horus et ses collègues n etoient point occupés d'embaumer mais de vêtir les morts; que, dans les fêtes populaires, ils étoient chargés de répandre du sable et de la cendre, et de joncher l'intérieur des temples d' Ammon et de Junon ; et que de plus, dans la procession annuelle qui conduisoit Ammon à Memnonia, ils avoient le privilège de conduire la cérémonie, d'y figurer comme Cholchytes , et de recevoir un honoraire en conséquence. »
Tel est, en abrégé, ce monument digne d'exciter la curiosité des savans. Sans entrer dans de plus longs détails, nous préviendrons le lecteur que, s'il veut recourir aux trois contrats de M. Grey dont le docteur Young a donné la traduction, il trouvera que ce sont les trois mêmes actes dont nous avons donné un aperçu. M. Peyron n'en a vérifié que deux : les acheteurs mentionnés dans le troisième se trouvent être Ammonius et Psenamunis , au lieu d Ammonius et Zbendetis ou Zthenaè'tis ; mais nous sommes de l'avis de M. Young, qui pense que Zbendetis ou Zthenaè'tis avoient deux noms aussi bien que Sisois ou Spois , qui est aussi nommé Éricus, car la date des actes coïncide parfaitement, aussi bien que les noms et les mesures.
On croiroit que le temps des merveilles n'est point passé. Tandis que le docteur Young étudioit le papyrus enchorique deCasati, les premiers manuscrits grecs de M. Grey,
So APERÇU SUR LES HIÉROGLYPHES.
l'autographe d'un contrat égyptien, arrivent comme par enchantement , et se trouvent être la traduction du premier. Et dernièrement, quand il s'étoit remis à l'examen des actes égyptiens de M. Grey, le procès-verbal d'une contestation qui avoit rapport à ces actes arrive à l'improviste de Turin, et confirme les explications du docteur ,on y trouve une exacte description des terrains relatés dans les trois contrats. On ne sauroit résister à l'évidence de tant de rapprochemens inopinés 5 ils feront sûrement réfléchir le docteur SeyfFarth, s'il continue ses veilles enchoriques; et les maîtres ès-arts de Leipsig, trop empressés d'en rendre un compte favorable, qui fait peu d'honneur à leur discernement, examineront plus mûrement les ouvrages dont ils se chargent de donner l'analyse.