CHAPITRE VII
Avant de parler (lu traitement des diiTormilés toutà-fait développées des membres et de la colonne vertébrale, nous devons nous occuper du traitement préservatif, ou des moyens propres à empêcher la naissance et les progrès de ces déviations.
Nous avons déjà dit que ces affections étaient presque toujours annoncées par quelques signes particuliers, comme le gonflement des extrémités articulaires des os longs , et quelquefois l'engorgement des os courts; engorgemens souvent douloureux. Les malades éprouvent surtout de vives douleurs dans toute l'étendue des os longs , mais principalement vers le point qui doit commencer à se courber. Ces douleurs se montrent dans la plupart des cas, plusieurs mois avant qu'on s'aperçoive de la difformité, et elles sont si violentes qu'on ne sait par où toucher
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les enfans. Il en est de même pour l^s déviations vertébrales; celles-ci ne se développent ordinairement que lorsqu'elles ont été annoncées par des douleurs , du malaise le long de l'épine , principalement vers le point qui doit se dévier le premier. Les enfans ne peuvent se tenir debout, marcher ou rester assis, sans prendre des attitudes vicieuses ^provenant de l'irritation desligamens vertébraux. Les jeunes malades sontlanguissans , ont presque toujours le ventre gros , et souvent des diarrhées; d'autrefois ils sont constipés. C'est particulièrement lorsque les enfans sont d'une constitution très lymphatique et très faible , soit de naissance, soit à la suite de longues maladies qu'il faut les surveiller, surtout si l'on voit leurs poignets, leurs genoux et leurs malléoles se gonfler , leur ventre devenir gros et chaud; et plus attentivement que jamais, s'ils sont sujets au dévoiement^ ou si un des membres inférieurs est atteint d'une paralysie partielle ou de contracture. Dans ce cas le membre s'amaigrit, diminue de volume, et la crue totale en est retardée. Ces paralysies partielles , comme nous l'avons déjà dit, peuvent déterminer des déviations des genoux en dedans , des pieds-bots consécutifs , et être la cause de déviations vertébrales . etc.
Lorsqu'un enfant présente quelques-uns des signes précurseurs que nous venons de rappeler , ou qui sont mentionnés au chapitre des causes^ lorsque surtout il a déjà un commencement de difformité , il faut se hâter d'apporter remède à ce mal commençant. Et d'abord, il faut traiter les maladies chroniques subsistantes. Ce sont le plus souvent des gastrites, des entérites chroniques, des catarrhes, qui succèdent aux rougeoles , à la coqueluche , etc. Voilà , en effet, quelles sont les causes maladives quimodilîent le plus profondément la constitution, qui la rendent lymphatique , scrophuleuse et rachitique. Le traitement de ces affections chroniques est trop connu aujourd'hui pour que nous devions le rappeler ici ; mais pendant que ces maladies existent, lorsque les enfans à cause d'elles , sont tombés dans un grand état de faiblesse , si leurs membres ou leur épine dorsale sont douloureux, si leurs articulations sont gonflées, outre les moyens ordinairemen t employés à l'intérieur , il faut en même temps conseiller un traitement externe. Nous mettons en première ligne dans ce traitement, les bains sulfureux, les bains salés; mais particulièrement ces derniers; les frictions
go TRAITEMENT.
sèches OU avec de la flanelle imbibée delinimens excitans sur tout le corps; la promenade au grand air, au soleil, et quelques exercices gymnastiques. Pendant rexercice , les muscles sont soumis à des contractions répétées qui font circuler le sang avec plus de vitesse ; ces mouvemens favorisent la nutrition de tous les organes, surtout des organes agissans. Mais une chose de la première importance , c'est que les malades habitent des lieux secs, élevés, où l'air et et la lumière aient un facile accès.
On peut conjecturer que la maladie est arrêtée, lorsque tous les signes précurseurs ont disparu, et que les enfans acquièrent une constitution moins lymphatique et plus forte.
Quoique la plupart des déviations des genoux et
des courbures des membres dépendent de maladies chroniques antérieures , on en voit néanmoins quelques-unes qui surviennent à la suite d'une constitution lymphatique originelle, d'une faiblesse native, etc. , sans que les^ enfans aient jamais, éprouvé de inaladies.
L'irritation du périoste et de la membrane médullaire des os longs, ainsi que l'engorgement de leurs
ligamens , naissent alors sans avoir été précédés de maladies antérieures et sans aucune autre cause appréciable. Une chose bien digne de remarque dans ces différens cas , c'est que presque tous les enfans déformés ont leurs premières dents très tard. J'en ai vu qui avaient trois ou quatre ans qui ne présentaient pas la moindre apparence de dents.
Dans ces cas , je conseille à l'intérieur dès amers , l'infusion de houblon avec du bicarbonate de soude ; quelquefois du sirop de quinquina; du sirop antiscorbutique ; les eaux minérales artificielles,, de Vichy , de Spa , de Forges. A l'extérieur les bains de Barrèges ou de Ludion, les bains de sels, dans lesquels je fais ajouter chez les gens riches , une forte décoction de quinquina. Les eaux de Bourbonne et et les bains de mer conviennent aussi beaucoup dans les circonstances dont nous parlons; mais principalement ces derniers qui agissent non-seul^^ment par eux-mêmes, mais encore par l'air que l'on respire sur les bords delà mer; cet air sans cesse agité et renouvelé, très chargé d'oxigène et de fluide électrique, est: un puissant stimulant des différentes fonctions, admirablement approprié aux constitutions limphatiques des individus atteints de difformités.
Lorsque les difformités sont confirmées et qu'il n'y a, plus d'espoir de les faire disparaître h Taide des moyens énoncés ci-dessus , on est forcé d'avoir recours aux moyens mécaniques , lesquels doivent agir en déprimant graduellement les parties qui forment saillie. On obtient ce résultat , dans les déviations des genoux en dedans , en faisant porter aux malades des brodequins à montans ou tuteurs externes , à triple brisure y fixés inférieurement à l'étrier du brodequin et supérieurement à un ceinturon. De plus^ on applique sur le centre de la convexité , ou sur les condyles internes des fémur et tibia ^ une fronde ou genouillère lacée, que l'on fixe, au moyen de boutons , au montant ou tuteur. On agit de la même manière dans les cas de courbures des jambes en dedans; c'est-à-dire , que l'on presse sur le centre de la convexité delà courbure avec une fronde matelassée, fixée à des boulons attacbés sur le montant externe. En agissant ainsi dans les cas de déviations des genoux en dedans , on écarte , on relève les condyles externes des fémur et tibia, déprimés et amincis de ce côté qui forme la concavité de la courbe. C'est toujours d'après des idées semblables que l'on agit
dans le Iraitement des différentes courbures des jambes et dans les pieds-bots: clépnmer graduellement les parties saillantes , et relei^er les parties affaissées , ou en d'autres termes , exercer une compression sur les saillies afin d'oucrir les arcs formés par les courbures. Voilà ce qu'il faut obtenir dans le traitement des déviations des genoux et des courbures des jambes ; dans le traitement des pieds-bots et môme de la colonne vertébrale. Nous ne décrirons point toutes les machines que nous employons dans la cure des différentes difformités; car, pour être compris j il faudrait un grand nombre de planches, et cet opuscule n'est que l'abrégé d'un travail complet que nous publierons dans le courant de l'hiver prochain. Dans cet ouvrage, nous montrerons par de nombreuses ligures les diverses machines que nous avons perfectionnées ou inventées pour les différentes difformités. Même avec l'ouvrage le plus complet sur les difformités , et avec les machines les plus ingénieuses , l'Orthopédie n'en restera pas moins une des parties les plus difficiles de l'art de guérir : chaque cas de courbure de membre ou de pied-bot , présente presque toujours une particularité qui exige
impérieiisement que l'on modifie telle machine qui a réussi pour un autre sujet , et dans un cas qui de prime abord paraissait analogue ou même identique. Il faut des recherches , des études de tous les jours pour celui qui se livre à cette partie difficile de l'art de guérir , surtout en ce qui regarde lx3s piedsbots, dernière affection qui nécessite toujours plusieurs changemens dans les machines mises en usage pendant la durée du traitement. Indépendamment des appareils mécaniques , pendant la cure des torsions des pieds , il faut encore des massages et des pressions réitérés ; et tous ces moyens auxiliaires ne peuvent être employés que par un médecin expérimenté qui connaisse parfaitement la nature de la maladie, ainsi que tous les changemens apportés dans la conformation du pied par la difformité.
Gomme le traitement des courbures de la colonne épinière, principalement des courbures latérales, est depuis quelques années presque universellement employé , et que ces courbures altèrent la forme de la poitrine et du canal vertébral , cavités qui renferment des organes si essentiels à la vie^ nous allons nous en occuper d'une manière un peu plus étendue.
TRAlTEMKN'i'. g'i
Le Irai Icment des diflcrenles déviations <1<,' la colonne vertél)rale trouve encore rjuelcpies eonlradicleurs parmi les médecins; les uns prétendent que ces déviations dépendent toutes d'une maladie des vertèbres, d'une carie, d'un ramollisement de ces os, et ren^ardent en conséquence leur traitement au moyen de l'extension , comme pouvant devenir dangereux^ D'autres ne voient dans ces afîections, au moins dans les déviations latérales, que des dilTormités provenant de l'action irrégulière des muscles , pensant que l'on peut les guérir en rétablissant l'équilibre entre ces organes du mouvement. En examinant les causes des différentes déviations vertébrales , nous nous sommes suflisamment expliqués sur leur origine pour ne plus devoir y revenir maintenant.
Lorsque la colonne épinière commence h se dévier dans une de ses régions , ou même lorsque la déviation occupe déjà deux régions , comme par exemple, une partie de la région lombaire et , en sens inverse, ime partie de la région dorsale; ou la cervicale et la partie supérieure de la région dorsale ( aussi en sens inverse) , il est souvent possible de guérir ces difformités commençantes avec des moyens très simples.
qS TRx\1TEMENT.
Voici le plan de traitement qui m'a souvent réussi.
i». Faire coucher les jeunes malades sur un sommier de crin piqué, et , lorsque les enfans sont d'une faible constitulion , sur un sommier de fougère et de serpolet , ou de toute autre plante aromatique. Le sommier doit être étendu sur un fond de lit en planches , incliné de la tête aux pieds , comme un lit de camp , sans oreiller ni traversin. Il faut que le malade reste couché sur ce lit non-seulement la nuit , mais quelques heures aussi pendant le jour, surtout quand il a éprouvé quelque fatigue; car alors les muscles dont l'office est de maintenir l'épine dorsale ne peuvent plus résister au poids des parties supérieures du corps, et laissent les rachis s'incliner dans différentes directions.
2», Il faut exercer les enfans deux fois par jour , une grande demi-heure chaque fois , h monter sur la concavité d'une échelle située obliquement. Quand les jeunes malades commencent à se livrer à cet utile exercice , ils doivent se servir tout à la fois de leurs deux mains et de leurs pieds; mais toujours employer la main du côté de la petite épaule , c'est-àdire, du côté concave, pour saisir l'échelon supé-
rieur. La main du côté de la convexité doit toujours
être placée un échelon ou deux au-dessous de l'autre.
Quand le malade est arrivé au haut de l'échelle, les
1 pieds doivent abandonner celle-ci , et le malade en
j descendre avec les mains seulement. La main du côté
de la convexité , à son tour , doit descendre la première , de manière à ce que les muscles du côté de
! la petite épaule exercent une action beaucoup plus forte que ceux du côté opposé. Cet exercice développe tellement les forces des jeunes sujets qu'il est rare qu'après quinze jours de son emploi, les malades ne puissent pas monter avec les mains seulement sans le secours des pieds. Je regarde cette ascension sur la concavité d'une échelle , comme l'exercice le plus propice auquel puissent se livrer les enfans déviés , parla raison qu'il exige les actions de tous les muscles du corps.
3<>. Lorsqu'il est possible que les jeunes malades portent des béquilles, j'en conseille l'usage , car je
I regarde la progression sur de longues crosses, comme unexcellentexercicegymnastique.Eneffet, chaque fois
\. que le sujet se déplace avec ces supports^ il met en ac-
I tion presque tous les muscles du corps , et comme la
marche ne s'opère qu'à l'aide d'une succession de sauts, il en résulte des distensions réitérées de l'épine, lesquelles sont favorables h la cure des distorsions rachidiennes. Mais cet exercice n'est pas toujours possible , même dans des degrés plus avancés de la difformité. Comme les parens cachent souvent la maladie de leurs enfans, ils s'opposent en conséquence à l'emploi de ce moyen -, qui trahirait leur secret , surtout quand le traitement s'effectue chez eux. Voilà pourquoi j'ai inventé il y a quelques années un corset qui peut remplacer jusqu'à un certain point les béquilles. Ce corset consiste en deux tuteurs latéraux, lesquels sont fixés sur une ceinture disposée de manière à ne gêner nullement les mouvemens et à ne point comprimer les muscles. Cet appareil , ainsi que l'a modifié M. le docteur Jalade Lafond , est une acquisition précieuse pour le traitement des déviations de l'épine. Je l'ai souvent conseillé pour des jeunes personnes faibles , qui étaient sujettes à prendre des attitudes vicieuses , un mauvais maintien, sans pour cela être décidément déformées , mais qui n'auraient pu manquer de le devenir, car les attitudes vicieuses dont je parle , jointes à une grande fai-
blesse, sont le prodrome presque toujours certain des courbures de la taille.
4°. Je fais frictionner matin et soir l'épine du dos et les membres avec un morceau de flanelle imbibée de baume de Fioraventi ou mieux du liniment ou baume fortifiant que je fais préparer par mou frère , Richard Duval , pliarmacien , rue Croix-des- Petits-Cbamps , n» 27 , etc. Ces frictions ont la propriété de fortifier les parties sur lesquelles on les exerce ; elles activent et facilitent le cours du sang , favorisent la transpiration , excitent la chaleur , et raffermissent les tissus.
5». Je fais donner trois bains salés par semaine , froids pendant l'été , et très chauds pendant l'hiver; on prépare ces bains en faisant fondre quatre , six ou huit livres de sel de cuisine dans une baignoire ordinaire. Ces bains ont une propriété tonique très marquée: je vois tous les jours des sujets d'une constitution très lymphatique , chétive, que l'emploi réitéré de ces bains, pendant deux ou trois mois, ranime et fortifie d'une manière très sensible. Au lieu de présenter l'aspect des lymphatiques , des scrophuleux , leur teint devient brun, leurs pommettes pren-
loo TRAITEMENT.
nent une bonne coloration , leurs chairs deviennent fermes , etc. Les bains salés sont ordinairement très salutaires, lorsque le bon état de l'estomac permet d'en augmenter les effets par des boissons toniques , comme l'infusion de houblon , dans chaque verre d(^ laquelle on fait fondre de cinq à six graines de bicarbonate de potasse ou de soude. Ils ont pour résultat immédiat de rougir le sang , de l'oxigéner , comme le remarque judicieusement le docteur William Steevens. Sous leur puissante influence , la constitution la plus scrophuleuse , la plus misérable , se trouve la plupart du temps très heureusement changée. Tous les jours âmes consultations ^ je parviens ainsi à modifier avec avantaoe la constitution d'enfans manifestement scrophuleux et rachitiques; enfans qui ont été pour ainsi dire saturés depuis lon-g-temps de sirops antiscorbutique, de gentiane, de quinquina ; de teinture de peyrhile, d'iode , etc. Je guéris assez promptement ces jeunes malades en les faisant baigner comme nous venons de le dire , frictionner, coucher sur des planches aromatiques , se promener et s'exercer au soleil; et surtout en les soumettant h un régime intérieur approprié à leur état actuel ,
TRAITEMENT. loi
mais , avant tout le reste , en leur faisant cesser l'usage des excitans à l'intérieur , quand il existe des maladies du tube digestif; car ces mëdicamens , produisent alors plus de mal que la maladie à laquelle on croit devoir les opposer.
Voilà , en grande partie , la base du traitement que je conseille dans les cas de déviations latérales encore peu avancés. Mais lorsque les concavités des courbures présentent une profondeur de six à huit lignes seulement, ces moyens ne suffisent plus; il faut alors avoir recours au grand moyen , je veux dire l'extension de la colonne vertébrale sur un plan incliné. Le procédé extenseur que je préfère , est celui que nous avons employé pendant plus de dix ans, et je dois dire avec un grand succès, dans notre établissement orthopédique de Chaillot; c'est l'extension rémittente , que M. le docteur Jalade Lafond , inventeur de ce procédé, a appelé oscillatoire. J'ai modifié cet appareil précieux en faisant mouvoir la roue oblongue par le malade lui-même, à l'aide d'une manivelle placée à portée de la main du côté de la petite épaule, c'est-à-dire, celle qui est du côté de la concavité de la courbure. L'action de mouvoir
cette manivelle est pour le malade un exercice gymnastique aussi puissant que salutaire; employé de temps en temps lorsque le malade est couché , ce léger exercice ranime la circulation dans les muscles vertébraux , et dans ceux de l'épaule abaissée. L'action des muscles de la petite épaule , tend à ramener vers la ligne médiane , d'où elles se sont écartées, les vertèbres dirigées du côté de la grosse épaule . et par conséquent à rendre au tronc sa rectitude naturelle.
L'expérience m'a appris que lorsqu'une déviation latérale de l'épine présente une courbure de sept ou huit lignes de sinus , il n'est plus possible de la guérir avec des exercices gymnastiques ou autres moyens. Il faut alors inévitablement que le malade soit soumis au plan incliné , et même à l'extension sur un lit orthopédique.
Dans toutes les déviations , certains muscles sont allongés, d'autres sont raccourcis, et de là résultent de notables changemens dans leur contractilité aussi bien que dans leur nutrition; de là provient une grande faiblesse qui porte les jeunes sujets déformés à rechercher le repos et à fuir l'exercice , qui pour-
TRAITEMENT. lo"?
tant leur serait si salutaire. Les médecins qui n'ont pas étudié d'une manière spéciale ces sortes de maladies ;, ne sont frappés, dans l'origine de toute déviation, que de la faiblesse des jeunes malades, et ils dirigent toute leur attention vers les moyens de la combattre. Ils espèrent qu'en leur rendant des forces, la difformité qu'enfin ils aperçoivent , disparaîtra d'elle-même. Mais presque toujours malgré leurs efforts, la difformité fait des progrès tellement rapides, qu'il n^est bientôt plus possible de la guérir radicalement; on ne peut plus la redresser qu'imparfaitement , et l'on doit même s'estimer fort heureux si l'on peut conserver d'une manière durable le mieux obtenu , car l'équilibre n'est stable qu'autant qu'il est parfait , et il ne peut être tel , tant que la colonne vertébrale est déviée dans quelque sens et à quelque degré que ce soit. Cependant j'ai vu des sujets atteints de courbures latérales de l'épine, même très développées , que les bains de mer , les exercices gymnastiques aidés d'un bon régime , avaient sensiblement soulagés, et qui peu à peu avaient recouvré de la santé et des forces. De pareilles améliorations ont quelquefois duré plusieurs années; mais une maladie quoique
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légère détruisait bientôt cet heureux état de chose: la difformité , en quelques mois, même en quelques semaines , faisait ensuite de tels progrès , que toutes les fonctions en étaient troublées , an point que l'état des malades n'était plus supportable. Il fallait alors en venir à un traitement complet , ou exposer les malades aux risques de périr par la phthisie pulmonaire, par une maladie du cœur , etc.
Ainsi donc , chaque fois qu'une déviation de la colonne vertébrale aura atteint le degré que nous venons de mentionner, il faut le plus promptement possible avoir recours à l'extension de l'épine sur un plan incliné de la tête aux pieds ; mais avant tout , il faudra s'être bien assuré que la maladie n'est pas due à une affection des vertèbres et que la cause en réside, soit dans un ramollissement , soit dans un changement de forme des substances intervertébrales. Car si quelques vertèbres étaient cariées , le malade courrait de grands dangers. Heureusement ce cas est très rare: un médecin qui aura bien étudié ces sortes de maladies ne tombera jamais dans de pareilles erreurs.
Les moyens extenseurs que l'on doit employer
TRAITEMENT. lof)
pour traiter les déviations de l'épine , je le répète , sont les lits à extension élastique, parce que cette tension n'est pas constante et qu'elle procure des remissions. Lorsqu'un malade vient d'être soumis à l'extension, les muscles vertébraux se contractent et semblent résister àl'action extensiveà laquelle on les soumet; mais, après avoir résisté pendant quelque temps, ils cèdent enfin h Taction extensive et tombent dans une espèce de relâchement, et même d'atonie ; état de relâchement que le sommeil augmente. Alors l'extension agit facilement sur la colonne vertébrale, et l'action n'a pas besoin d'être aussi forte qu'au moment où le malade s'est couché , la résistance des muscles n'étant plus aussi énergique. L'extension élastique, par le moyen de ressorts, se trouve merveilleusement approprié à l'objet qu'on se propose. On sait, en effet, que les ressorts élastiques, ne produisent pas une tension toujours la même; qu'ils se relâchent facilement. Il n'en est pas ainsi de l'extension fixe au moyen de poids , l'action de celle-ci est invariable , soit que les muscles se contractent , soit qu'ils se relâchent , il résulte de cette extension persévérante et toujours au même degré, une
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grande distension des moyens d'union des vertèbres ; et si, comme l'a dit feu M. Delpech, de Montpellier, un jeune sujet . pendant le sompieil , fait quelques mouvemens brusques , le poids retombe avec force , et il en résulte une secousse violente , dans tous les organes et quelquefois des accidens graves.
Dans les premiers temps du traitement , les moyens extensifs doivent être appliqués aux deux extrémités de Tépine seulement ; mais lorsque les angles des courbures se sont ouverts , sont devenus obtus, il faut alors avoir recours aux pressions latérales. Ces pressions doivent aussi être pratiquées au moyen de ressorts élastiques, et agir sur le centre des courbures , sur leur point le plus convexe. Elles ont pour effet direct de renvoyer les vertèbres déviées vers la ligne médiane du corps. Ces puissans moyens qu'on n'applique que vers la fin du traitement, quand il ne reste plus que de légères courbures , sont indispensables; car si on voulait obtenir un redressement complet par la seule tension sur les deux extrémités de l'épine, on n'y parviendrait qu'en employant une très grande distension du rachis , ce qui pourrait être dangereux pour les malades.
La principale indication à remplir clans le traitement des gibbosités , ou courbures de l'épine en arrière, est, comme le [conseille le docteur Bampfield, de tenir le plus long-temps possible , les malades couchés sur la face antérieure du corps , sur le ventre. Dans cette position l'épine tend à se diriger en avant par son propre poids, et la courbure diminue bientôt de volume , surtout si elle comprend les dernières vertèbres dorsales et les premières lombaires, comme cela a lieu le plus souvent. Dans cette position les muscles fléchisseurs des cuisses sont tenus dans un état d'extension , et les parties antérieures des vertèbres sont plus espacées les unes des autres, et par conséquent , leurs fibro-cartilages intermédiaires moins pressés , moins comprimés. Les parties antérieures de l'épine, particulièrement celles qui sont comprises dans la courbure , sont débarrassées de toute pression, et de toute irritation provenant de cette pression même : alors aussi les apophyses épineuses des vertèbres sont rapprochées , ce qui diminue la gibbosité. Les muscles du dos , n'étant point comprimés , peuvent participer aux mouvemens que le malade exécute quand il remue la tête ou qu'il
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veut se servir de ses bras j car il lui est facile alors de se tenir ^ de temps en temps, sur ses coudes. Ces mouvemens empêchent les muscles de tomber dans un état de grande faiblesse et d'émaciation. Cette position permet en outre de faire des applications convenables sur les parties déformées. De plus , quand le sternum est porté en avant par l'aplatissement latéral delà poitrine, cette position le faisant arc-bouter contre le lit , il se trouve ainsi repoussé vers les vertèbres; et les côtes, en conséquence du mouvement de bascule éprouvé par le sternum auquel elles sont unies , reprennent bientôt leur forme naturelle. Lorsque la courbure a lieu dans les cinq ou six premières vertèbres dorsales^ cette position est alors moins efficace , car le cou présente , dans ce cas, une véritable cambrure, h raison de la courbure en sens inverse qu'il subit. Il faut donc à cause de cela , alternativement coucher le malade tantôt sur le dos , tantôt sur le ventre , afin d'empêcher l'augmentation de la cambrure du cou.
Le décubitus en pronation, comme on l'appelle, est surtout utile dans les cas où il existe une paralysie des membres inférieurs. Au moyen de cette position
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on n'a pas autant h craindre les contractures des muscles fléchisseurs des cuisses; contractures qui , lorsqu'elles ont duré quelque temps , deviennent pour les malades de nouvelles difformités. Dans ces cas de paralysies des membres inférieurs , il faut de temps en temps mettre les malades sur le dos , faire agir leurs membres , les masser et les frictionner,
Concurremment avec cette position qui présente tant d'avantages dans le traitement des gibbosités , il faut employerles bains composés^ les bains sulfureux ou les bains salés; auxquels on peut ajouter de fortes doses de quinquina.
Lorsque les malades éprouvent de la douleur dans la partie déviée ^ même le long du trajet de l'épine ^ ce qui arrive fréquemment ; de la douleur dans les flancs , dans un point de la poitrine ; lorsque les membres perdent leurs forces et qu'ils éprouvent des contractions, des espèces de soubresauts, alors on peut conjecturer qu'il y a, non-seulement une irritation des substances intervertébrales et des ligamens, mais encore une inflammation du tissu cellulaire qui environne la moelle épinière, ainsi qu'un commence-
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ment de compression de ce dernier organe , si essentiel à la vie. Il faut dans ce cas se hâter d'attaquer le mal par les antiplilogistiques : les saignées locales , répétées tant que les douleurs persistent et que l'état des forces le permet; il faut tenir la tumeur couverte de cataplasmes de farine cle graine de lin , arrosés de laudanum. Lorsque l'inflammation a beaucoup dimiiiué, il faut frictionner le trajet de l'épine, matin et soir , avec une pommade dans laquelle on fait entrer les extraits de jusquiame, de belladone , de stramonium j et seconder l'effet de ces moyens par les bains émolliens. Si le canal dio;estif est en bon état , si le ventre n'est ni tuméfié, ni chaud; s'il n'y a point de diarrhée , on pourra administrer les narcotiques à l'intérieur: je prescris alors avec beaucoup d'avantage des pilules avec l'extrait de juscjuiame. Lorsque la maladie est devenue chronique ; que les douleurs sont obtuses, je conseille les bains et douches gélatino -sulfureux que je fais alterner avec les douches et les bains salés , qui réussissent merveilleusement dans ces sortes d'affections , ainsi que les frictions stimulantes tout le long de l'épine et des
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membres. Tant que la douleur existe et que le malade a de la fièvre la nuit, le régime doit être composé d'alimens doux , de facile digestion , et pris en petite quantité , de boissons rafraîchissantes, etc. Mais plus tard, quand l'appareil digestif est sain, je prescris h l'intérieur de légers toniques auxquels je fais ajouter de petites doses de bicarbonate de soude , et un régime fortifiant, approprié à Tétat des jeunes malades.
Les cautères , généralement employés dans le traitement des gibbosités, m'ont rarement réussi; je ne les emploie que lorsqu'il existe des abcès par congestion , avec carie , dans les environs de la difformité , et cela dans le but de faciliter l'écoulement du pus. Ces cautères entretenus pendant des années, déterminent vers la partie malade un centre de fluxion qui est assurément plus nuisible qu'utile : la gêne qu'ils occasionent oblige les malades à prendre des attitudes extrêmement vicieuses , nouvelles causes de l'augmentation de la difformilé.
En terminant, nous devons dire que nous sommes bien secondés dans nos traitemens des hôpitaux
par M. Pissot , mécanicien de l'administration : cet artiste comprend et exécute bien les divers appareils mécaniques que nous conseillons.