‹ Aperçu sur les principales difformités du corps humainChapitre 15 sur 18 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Il est facile de reconnailre les difformités , quelles qu'elles soient , quand elles sont parvenues à un dégré avancé; mais il n'en est pas de même quand elles commencent. Très souvent alors , on en ignore l'existence , et l'on attribue l'espèce de gêne ainsi que le disgracieux maintien qu'elles occasionnent, à la négligence des enfans. Puis,, quand on commence à en apercevoir la formation , on l'attribue aux attitudes vicieuses qu'on avait remarquées chez les enfans quelque temps auparavant. On ne se doute même pas que ces attitudes soient l'effet de la difformité commençante. Nous croyons pouvoir affirmer qu'il est toujours possible de reconnaître une difformité dès son principe, et même d'en prévoir el d'en présager le lieu, le siège, et jusqu'à un certain point le moment , quoiqu'il n'y ait encore absolument rien

d'apparent. Selon nous, c'est là le point important de la science orthopédique : il est toujours facile en effet, de combattre une difformité commençante, et bien plus facile de prévenir une difformité qui n'existe pas encore.

Les difformités des membres et une partie de celles de la colonne vertébrale, sont annoncées par des signes qui manquent bien rarement. Jamais une courbure des membres ne s'est développée sans avoir été précédée de douleurs dans le point disposé à se courber , au moins lorsque la courbure devait occuper la continuité des os , soit les fémurs , soit les tibias, ou les os des bras. Ces douleurs occasionées par l'inflammation du périoste , et de la membrane médullaire , sont d'ordinaire tellement vives , que l'on ne sait par où toucher les malades. Assez souvent j'ai trouvé la peau qui recouvre la crête des tibias, rougie, et le tissu cellulaire sous cutané engorgé. Les genoux, les malléoles, et les poignets se gonflent et deviennent douloureux. Si l'on ne remédie promptement à ces symptômes , la courbure des jambes se développe bientôt; et, si l'on veut faire marcher l'enfant alors endolori par tant d'endroits.

affaibli et presque importent, la déviation deTun des genoux en dedans suit bientôt la courbure des jambes. Quand c'est un seul genou qui se déjette en dedans , le membre courbé devenu plus court par la courbure même, amène naturellement la claudication , et par la suite une courbure vertébrale. La colonne épinière et ses ligamens sont dans ce cas très disposés à participer de l'affection des autres os.

La courbure spinale peut résulter de la courbure préalable d'une ou des deux jambes, ou des genoux, l'un des deux étant toujours naturellement plus courbé que l'autre.

Il serait superflu de parler du diagnostic des pieds-bots natifs , toujours faciles à reconnaître. Mais il n'en est pas de même des pieds-bots qui se développent après la naissance , comme ces derniers sont souvent la suite de la paralysie succédant aux convulsions, ou à des gastro-entéro-ceplialites, il est extrêmement important de les reconnaître dès leur début, afin d'en prévenir plus sûrement les progrès.

Les trois variétés du pied-bot commencent par

une contracture ou tension des muscles du mollet, à laquelle succède bientôt une torsion du pied en dedans ou en dehors , ce qu'il est toujours facile de constater. L'amaigrissement du membre du côté ou le pied doit être déformé, décèle toujours aussi le commencement du pied-bot^ et même c'est ordinairement là le premier symptôme qui frappe l'attention des nourrices ou des mères.

Les déviations de la colonne vertébrale sont presque toujours annoncées par quelques signes précurseurs. Le plus constant de ces signes est une douleur dans le point de l'épine qui doit être dévié , douleur qui se propage quelquefois dans toute la longueur du racbis. Elle peut durer quelques semaines j et même trois ou quatre années , avant que l'épine soit encore sensiblement déformée. La déviation ellemême , dans son origine , a toujours pour escorte du malaise , des lassitudes dans les lombes , et souvent des douleurs dans les flancs , dans un point de la poitrine ou à l'épigastre ; de la dyspnée et des palpitations. Quelquefois un des membres paraît soudainement atteint demouvemens convulsifs, de contractures de quelques muscles , et plutôt des fléchisseurs

que des extenseurs. D'autres fois un enfant devient subitement louche d'un œil , ou contracte un tic; ou bien un de ses membres devient faible. Tous ces signes sont certainement dus à une compression de la moelle épinière^ compression occasionée par le gonflement des tissus servant à unir ou solidifier les vertèl^res , ainsi que du tissu cellulaire épars dans le canal vertébral. Quand la difformité doit être en arrière, indépendemment des douleurs le long de l'épine , et des contractions musculaires, l'enfant ne peut marcher s'il ne s'accroche à tout ce qui l'environne , ou s'il n'appuie ses mains sur ses cuisses.

Dès qu'une déviation a commence dans la partie inférieure de l'épine ; aussitôt l'équilibre est rompu , le malade marche en se balançant, et semble boiter: la démarche est incertaine. Si la convexité de la courbure est dirigée à gauche et dans les lombes, comme cela arrive le plus souvent , le malade étant debout , se tient sur le pied gauche , l'autre étant demi-fléchi. Le membre droit parait alors plus long que le gauche, à cause du déversement du bassin de ce côté; le tronc est porté à droite. Mais comme il résulte de cette courbure une attitude gênante , le malade est obligé pour

rétablir l'équilibre , de porter à gauche la partie supérieure du corps ; de manière qu'au bout de quelque temps il se forme, comme je l'ai déjà dit^, une seconde courbure à convexité droite : alors c'est l'épaule droite et non la gauche qui se montre la plus élevée et la plus saillante , et le malade appuie plus volontiers sur la jambe droite que sur la gauche. Lorsqu'il est debout et qu'il veut marcher, il saisit avec la main gauche le bras droit au-dessus du coude, ce qui est l'inverse quand il n'existe qu'une première courbure aux lombes. Si une déviation latérale survient chez une jeune fille de douze à quatorze ans, le signe qui fait d'abord reconnaître la difformité est la situation respective des seins; pendant que, chez les très jeunes filles, c'est plutôt la disposition des épaules. Quand la déviation a commencé dans la région dorsale , c'est toujours par les seins ou les épaules que les mères s'aperçoivent de la difformité de leurs filles. L'épaule et le sein du côté de la convexité sont plus élevés que les mêmes parties du côté opposé; mais quand la difformité a fait des progrès , comme les côtes se sont fortement arquées en arrière, elles se sont dans la même proportion aplaties en avant , de sorte que le

ij6 DIAGNOSTIC.

sein de ce côté paraît plus petit, moins proémineiil que celui du côté opposé. Dans les cas où la déviation a commencé par les lombes et est dirigée à gauche, le sein droit est aussi moins élevé; mais lorsque la difformité a fait des progrès ultérieurs , elle devient tellement apparente, qu'il n'y aurait que des gens ou indifférens ou trop favorablement prévenus qui pourraient en méconnaître l'existence.

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