AVERTISSEMENT
Les quelques pages qui vont suivre n'étaient point d'abord destinées à voir le jour; méditées et écrites pour nous, à des époques diverses de notre internat, et durant les loisirs de la salle de garde, elles n’étaient souvent que le résumé de conversations intimes avec quelques-uns de nos maîtres et de nos amis, et c’est à des circonstances particulières qu’elles doivent de nous servir aujourd’hui de dissertation inaugurale. Nous avions en effet, dès le début de nos études, entrepris de faire une monographie du diabète sucré, et depuis longtemps nous avions recueilli à ce dessein un grand nombre d’observations, compulsé les auteurs, commencé même des expériences sur les animaux ; mais, au moment de mettre tous ces matériaux en oeuvre, nous nous sommes aperçu que notre monographie dépasserait de beaucoup les limites ordinaires d’une thèse; et. puis surtout de douloureux souvenirs, qui se rattachent directement
point à la médecine comme science, ils n’y croient pas davantage comme art, et s’ils n’affichent pas le scepticisme le plus complet, ils ne l’adoptent pas moins dans leur for intérieur; aussi, quand ils se livrent à la pratique de la médecine, ce n’est pas pour guérir leurs malades, mais pour ravir un peu de considération et de fortune : ce sont de malhonnêtes gens et de la pire espèce.
Nous n’avons point la prétention de tracer ici un tableau complet des hautes questions qu'embrasse la philosophie médicale; il nous suffira d'énumérer les principales pour arriver au but que nous nous proposons. En première ligne, nous placerons l’art de raisonner en médecine, la logique médicale. Deux ordres d’études importantes s’y rattachent: la première est la discussion des méthodes qui doivent diriger le plus sûrement dans la recherche de la vérité, méthodes nombreuses qui se rangent autour de deux types, la méthode numérique et la méthode d’induction ; la seconde étude est l’examen des divers modes d’enseignement théorique et pratique de la médecine; l’organisation de l’exercice de la médecine rentre aussi, en partie du moins, dans ses attributions.
Nous rangerions en second lieu, dans la philosophie médicale, l’étude des systèmes depuis Hippocrate jusqu’à nos jours, leur histoire, leur influence sur l’art de guérir, étude embrassant ces questions ardues relatives à l’essence de la vie, aux forces et aux propriétés vitales, à la nature médicatrice, à la recherche des causes, à l’influence mystérieuse qu’exerce l’état de l'âme sur l'état des organes, etc. Questions ardues, dis-je, qui ont quelquefois l’inconvénient de se perdre dans les hauteurs d’une métaphysique transcendante , mais qui n’en doivent pas moins faire l'objet des méditations de tout médecin sérieux.
La philosophie médicale embrasse encore d’autres horizons : les devoirs et les droits du médecin, et ici quel vaste champ de réflexions, du ressort de la conscience, dans le domaine de la morale et de la religion : examen de tout ce qui a trait au secret médical, à l’expérimentation en thérapeutique, aux procédés curatifs d’une moralité
douteuse, à l’embryotomie, à l’opération césarienne, à la responsabilité médicale, etc. etc.
En résumé, nous croyons qu'il y a dans la philosophie médicale une logique pour diriger à la recherche du vrai ; une métaphysique pour donner la solution des grands problèmes de la vie, ou pour en faire au moins mesurer l’étendue; une morale pour montrer au médecin ses devoirs et ses droits.