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EDUCATION POSITIVISTE

Nous commencerons ce chapitre par un simple traité de l'éducation positive dans l'époque normale; il ne pourrait occuper une meilleure place, car si l'intelligence est le moyen, la sociabilité est le but de l'éducation. La morale y domine avec une haute prépondérance, d'abord spontanée, puis systématique. Elle s'y trouve liée d'une manière sensible au système entier des connaissances réelles. C'est par des démonstrations que se formeront des convictions inébranlables, et que les opinions, les mœurs deviendront identiques. L'éducation disposera les praticiens, les femmes.

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les prolétaires à remplir leur office social et leurs fonctions spéciales. De sorte qu'une telle exposition rfoit naturellement lier le dogme au régime public.

L'éducation commençant à la naissance pour finir à la majorité, se divise en deux parties bien distinctes, l'une spontanée, sous l'exclusive direction de la mère, jusqu'à l'âge de 14 ans; l'autre systématique, sous la direction du sacerdoce, et sous la présidence paternelle, jusqu'à Tàge de 21 ans.

Pendant les sept premières années, Tenfanf, libre de toute entrave, reçoit une éducation purement physique, et n'apprend encore ni la lecture ni l'écriture. Il se prépare à l'observation, à l'action, en cultivant ses sens, en exerçant son adresse ; on le laisse s'instruire des faits naturels qui frappent ses yeux. On se contente de diriger vers le bien toutes ses inspirations ; on redresse ses torts avec bonté ; on l'initie aux bons sentiments en évitant soigneusement de s'abandonner envers lui à la colère, de le frapper, et même de l'humilier. Il est alors fétichiste ; on lui laisse ses impressions naïves.

De 7 à 1 4 ans l'éducation commence à devenir

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. systématique. La famille s'en occupe encore uniquement : c'est le moment où Ton doit essayer de développer les goûts esthétiques de l'enfant; il reçoit alors les premières notions de musique^ de dessin, de chant , de danse, de littérature sacrée. Les parents dirigent les leçons qu'ils ne pourront pas toujours donner eux-mêmes. Il est naturel de supposer que les candidats au sacerdoce emploieront leurs loisirs à un tel exercice, si la mère ne peut y suffire. Aujourd'hui peu de familles pourraient s'acquitter de telles fonctions ; mais avant qu'une génération soit écoulée, il en existera de fréquents exemples. Cette seconde moitié de l'éducation spontanée sera consacrée à l'art et à la connaissance des idiomes. L'art fondamental, la poésie sera cultivée de concert avec les arts spéciaux, la musique et le dessin. Les langues occidentales étudiées directement dans les chefsd'œuvre, à Vaide des dictionnaires^ permettront à chacun d'écrire dans sa propre langue. Chaque pays devra connaître les langues limitrophes, ' ainsi, d'après sa position centrale, la France s'assimilera les autres idiomes occidentaux. Il ne faut pas s'exagérer la difficulté d'un tel sujet. Le lourd étalage des grammaires rend aujourd'hui pénible

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une telle tâche ; le procédé que nous avons effleuré vient à bout des langues les plus rudes et les moins sympathiques. Disons en passant qu'une telle vulgarisation des divers langages humains est le seul moyen de créer peu à peu la langue commune à tout l'Occident (!)•

(1) J'emploie ici à dessein le singulier, afin d'indiquer ma conviction bien arrêtée sur Tunité du langage humain, quoique la nature et la destination de cet ouvrage ne me permettent pas d'y examiner même sommairement cet important sujet. Dans le traité spécial que j'ai annoncé, je pourrai ultérieurement justifier ce lumineux principe, qui peut seul conduire à constituer, en temps opportun, une vraie philosophie du langage, et que l'esprit posijlifdoit envisager, ce me semble, comme Tune des grandes données préalables fournies à la sociologie par la biologie. Car chaque espèce d'animaux supérieurs étant toujours douée en vertu de son organisation, d'un certain langage propre, dont l'identité nécessaire se fait partout sentir à travers les diverses modifications quelconques, souvent très-notables, de climat et même de race, une vaine et fallacieuse métaphysique me paraît seule pouvoir conduire à concevoir irrationncllement notre espèce comme arbitrairement soustraite à cette loi universelle du règne animal, sans que rien, dans notre organisme, pût certes motiver cette étrange anomalie. Quand les hautes recherches philologiques qui, du reste, commencent déjà spontanément à converger avep évidence vers une telle tendance, pourront être enfin convenablement instituées, par l'indispensable concours permanent d'une plus saine éducation préliminaire avec l'usage régulier d'une théorie sociologique vraiment directrice, je ne doute pas qu'elles ne fassent alors de rapides progrès dans la manifestation irrécu-

Dans cette seconde et dernière moitié de la première phase, l'enfant, d'abord fétichique, devient polythéique. Loin de l'en empêcher, on respectera ses croyances. Si l'aspect de la nature si le spectacle des phénomènes célestes, éveille en lui l'idée d'une puissance extérieure, ainsi qu'il arrive toujours; si la lecture des poètes polythèiques le dispose à de telles suppositions, ses parents se contenteront de l'avertir que ses croyances conviennent à son âge, et le conduiront elles-mêmes à d'autres, suivant la loi de l'évolution humaine. Là finit l'éducation privée.

A l'âge de 14 ans commence la seconde éducation positive. De privée elle devient publique, puisqu'elle exige des leçons publiques. Mais il ne faut pas néanmoins séparer l'enfant de la vie de famille. C'est là où doit s'accomplir» sous la présidence maternelle, son éducation morale, destinée à le retenir dans un juste milieu entre la personnalité et la sociabilité.

On objecte aujourd'hui, pour maintenir les cloîtres universitaires, que les contacts avec les condisciples rendent l'enfant sociable. Ceux qui

sable des vrais éléments fondamentaux de la langne humaine. (Philosophie positive, t. V, p. 47.)

parlent ainsi n'y ont pas heureusement passé leur jeunesse ; ils sauraient que ces spécieuses apparences de sociabilité y sont rapidement dissipées par une vanité précoce, une envieuse émulation. L'égoïsme n'y étant plus balancé par l'amour^ maternel, y prend des proportions regrettables; il est d'ailleurs inconcevable qu'un père de famille, qui respecte son enfant et écarte de son oreille, avec un soin religieux, tout propos ^au-dessus de son âge, n'hésite pas à l'envoyer dans un milieu où règne quelquefois, dans les discours d'une jeunesse trop précoce, une licence en vain réprimée. En restant dans sa famille, l'enfant choisira ses relations, d'autant plus douces qu'elles ne lui seront pas imposées et qu'elles seront guidées par ses parents. C'est dans les écoles annexées au temple positiviste que les enfants iront s'instruire une fois par semaine, le dimanche. De cette façon les travaux intellectuels n'interronapront pas l'apprentissage de l'atelier, car c'est au même âge que doit commencer le travail professionnel. La vie de l'adolescent sera donc ainsi organisée. Tous les jours de la semaine, pendant un nombre d'heures sagement proportionné à ses forces, c'est le travail de l'atelier. Il revient ensuite dans sa famille, où sous

la direction de la mère et du père, il élabore la leçon qu'il a reçue le dimanche. Il poursuit en même temps, si ses dispositions particulières l'y poussent, le cours de ses* études esthétiques.

L'éducation est encyclopédique ; l'élève franchit " tous les degrés de la hiérarchie scientifique. La première classe comprend les sciences préliminaires, mathématique, astronomie, physique, chimie, et dure quatre ans. Elle exige deux leçons par semaine pendant les deux premières années. Les travaux de l'ateHer ne seront pas encore assez étendus pour interdire une telle durée. La biologie est enseignée dans la cinquième année, et la sociologie statique et dynamique dansla sixième, à raison d'une leçon par semaine. Dans la septième année, une exposition méthodique de la morale dirigera cette éducation vers sa principale destination sociale.

Pendant tout ce cours d'études, une vacance de trois mois sera consacrée chaque année à des examens publics destinés à constater la concentration de ces études, sans aucune spécialité. Les exercices esthétiques de la première éducation ne cesseront de se prolonger pour ceux qui y montreront de l'aptitude, au milieu des travaux scientifiques de la seconde. A titre de complément

poétique, on coraplétera l'étude d'abord spontanée de nos principales langues par celle des langues anciennes, celles d'Homère et de Virgile.

Pendant ces sept années, l'évolution philosophique de l'individu subira graduellement sa dernière préparation en passant du polythéisme au monothéisme. L'esprit y deviendra de plus en plus prépondérant sur l'imagination. L'essor mathématique conduira bientôt chaque disciple à réduire sa théologie à un déisme vague, que l'étude physique et chimique fera dégénérer en une sorte d'athéisme. Mais bientôt les conceptions biologiques, et surtout sociologiques, feront aboutir le jeune serviteur de l'humanité au Positivisme.

De cette façon la morale pourra, la septième année, coïncider avec un plein sentiment de la filiation humaine.

Un tel plan d'éducation semble d'abord incompatible avec la précieuse pratique, qui consacre les dernières années de l'apprentissage industriel à de libres voyages. jGet heureux usage ne contrarie pas ces études sédentaires, puisqu'il donne lieu à de longs séjours dans les principaux centres de production, où l'ouvrier retrouve un cours annuel semblable à celui de son pays natal, grâce à l'ho-

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mogénéîté de la corporation philosophique. Le positivisme veut, au contraire, que les voyages s'étendent sur tout l'Occident, développant la fraternité universelle complétant les études esthétiques, familiarisant avec les idiomes appris pendant la seconde enfance, élevant Tàme par les ceuvres musicales, pittoresques, monumentales, qui ne peuvent s'apprécier qu'à leur source locale. On pourrait craindre que les 360 leçons de cet enseignement septénaire ne suffisent pas à une telle éducation encyclopédique ; mais il faut remarquer que les longueurs des études actuelles ne tiennent qu'à leur spécialité, qui permet à chacune d'elles de prendre un développement superflu. Les sciences seront dégagées de toutes les superfluités métaphysiques et des puérilités académiques, pour se bornera ce qu'elles ont de réel et d'utile(l). Déjà des professeurs positivistes s'offrent pour faire une telle éducation, aux parents assez sages pour la préférer aux vaines et oiseuses divaga-

(f) Les spécialités doivent disparaître, et la règle philosophique suiyante doit prévaloir. c< Réduire Tetude de chaque science à ce qu'exige l'avènement de la suivante, n n ne faut plus s'efforcer, suivant la tendance des académiciens, - de développer indéfiniment chaque phase encyclopédique, en risolsmt de l'ensemble.

lions des précepteurs ou des pédants scolastiques. D'ailleurs,' la difficulté est levée objectivement par l'apparition du premier volume de la synthèse subjective, consacré à la philosophie mathématique, où la logique seule est enseignée en 1 20 leçons. En voici le détail, c'est-à-dire la table de ce premier volume :

Calcul aritliniétiaae (16 leçons).

Appréciation générale (4 leçons).

Instituiion fondamentale (3 leçons).

Coordination spéciale (8 leçons) .

Calcal algébrliiae (16 leçons).

Appréciation générale (3 leçons).

Institution fondamentale (4 leçons).

Coordination spéciale (8 leçons).

Cléométrle préllminafre (lO leçons).

Appréciation fondamentale (2 leçons).

Préambule général (3 leçons).

Coordination spéciale (10 leçons).

Géométrie algébrique (IG leçons).

Conception fondamentale (2 leçons).

Préambule général (3 leçons) Coordination spéciale (10 leçons).

Géométrie différentielle (iO leçons).

Conception fondamentale (2 leçons).

Préambule abstrait (5 leçons).

Constitution concrète (8 leçons).

Géométrie intégrale (90 leçons).

Application générale (1 leçon).

. Domaine subjectif (10 leçons).

Complément objectif (8 leçons).

Mécanlaae générale («O leçons).

Appréciation fondamentale (3 leçons).

Préambule général (4 leçons).

Coordination spéciale (12 leçons).

Il faut ajouter à chacune de ces sciences une leçon servant de résumé. Enfin, la conclusion ellemême est un résumé tenant lieu d'une table raisonnée, indiquant l'objet et l'enchaînement des 1 20 leçons propres au cours de logique. (Voir le premier volume de la Synthèse subjective.)

Sept professeurs non spéciaux, mais tous encyclopédiques, seront voués à une telle éducation, chacun d'eux conservant les mêmes élèves pendant toute sa durée. Ils saisiront, ainsi que les parents, chaque occasion de développer le sentiment social, de raffermir le cœur par les lumières de l'esprit, d'élever la sociabilité au-dessus de la personnalité. Mais une telle éducation générale ne comporte aujourd'hui aucune organisation immédiate. Les enfants doivent être élevés suivant les convictions et l'assistance paternelles, il faut, auparavant, qu'une doctrine universelle ait prévalu.

Nous présentons donc, comme tm des attraits

les plus puissants du Positivisme, le tableau^ des

sciences préliminaires et finales que les hommes

et les femmes de tous les rangs s'approprieront ainsi en 360 leçons. C'est la hiérarchie théorique des conceptions humaines, ou le tableau synthétique de Tordre universel, d'après une échelle encyclopédique à cinq ou sept degrés, tableau extrait du Catéchisme positiviste (page 62).

La synthèse subjective comprend la mathématique depuis l'arithmétique jusqu'à la mécanique générale. Il faut encore approprier les autres sciences à cet enseignement encyclopédique. C'est une immense tâche léguée par Auguste Comte aux philosophes futurs. WditaitV Astronomie populaire , son principal ouvrage didactique; mais le plus difficile reste à entreprendre. C'est d'abord une physique proprement dite , oîi toutes les théories, dégagées d'hypothèses, soient exposées comme celle delà pesanteur. C'est une chimie, également conçue d'après la méthode positive. Voilà pour la philosophie naturelle.

Dans l'ordre humain , c'est une biologie, puis une sociologie, enfin un traité de morale. La mort a surpris Auguste Comte travaillant à ce dernier ouvrage. Puisse cet avertissement pousser à ce vaste travail les grands savants de tous pays.

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