DIVISION HISTORIQUE
SCIENCE PRELIMINAIRE on
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208 APKBÇUS GÉNÉBAUX
Toutes les vraies vocations esthétiques pourront se manifester à l'aide d'un tel système d'éducation; la philosophie imprimant une direction fixe à nos pensées et à nos sentiments, nous saurons peindre et idéaliser ce qui nous sera devenu familier. Les poètes, les artistes ne seront plus dispensés de l'initiation philosophique; ils ne pourraient représenter les émotions et les pensées du public s'ils n'avaient pénétré à l'aide de Téducation universelle dans le passé, le présent et Tavenir. La supériorité esthétique n'appartiendra d'ailleurs qu'au génie universel.
Une telle éducation, commune aux deux sexes (1), permettra aux prolétaires et aux femmes de cultiver les beaux-arts, ainsi qu'aux philosophes. Il y en a des exemples anticipés : parmi ceux-ci, on pourrait citer Diderot, Goethe, Buffon, Bossuet. Les femmes pourront aborder les compositions qui n'exigent pas une trop grande contention d'esprit, comme les suaves et délicates poésies de La Fontaine et de Pétrarque (2). Les
(4) Voir chap. vi, p. 264.
(2) Les femmes qui ne participeront plus à la vie active, pourront abréger le nombre des leçons, en ne recevant qu'une leçon par semaine durant tout le cours de cette éducation. Leur esprit plus synthétique que l'esprit masculin.
prolétaires abonderont en organes poétiques et musicaux; les patriciens seconderont sans cesse l'activité esthétique (1).
Les études abstraites dont les inconvénients sont généralement d'enflef et de dessécher, seront d'abord préservées de leurs dangers moraux et intellectuels par l'évolution affective et la culture
pourra s'approprier malgré celte abréviation, autant de clartés scientifiqnes ; mais leur vie intérieure les dispense de pénétrer aussi profondément dans les sciences préliminaires.
(1) L'éducation positive sera ainsi plus esthétique que scientifique, comme Texige la vraie théorie de l'évolution humaine. La science n'y interviendra que pour systématiser définitivement ce que Tart aura spontanément ébauché, sous la présidence directe du sentiment. Puisque l'essor esthétique de l'humanité a précédé son développement scientifique, il en doit être de même dans l'éducation individuelle, dont la marche positiviste consiste à reproduire l'initiation collective. Cette tendance à faire d'abord prévaloir l'instiuclion poétique constitue aujourd'hui le seul principe raisonnable que renferme notre absurde régime classique. On sait d'ailleurs combien reste illusoire une telle prétention, dans un cours d'études qui n'aboutit, au contraire, qu'à développer une vicieuse appréciation et même un profond dégoût de tous les beaux-arts. Pour caractériser son inanité esthétique, il suffirait de rappeler que pendant un siècle, une admiration officielle y érigea en dieu des pédants français celui de nos habiles versificateurs qui fut, peut-être, le plus étranger à tout vrai sentiment poétique. (A. Comte, Discours sur Vensemble du positivisme, p. 296).
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esthétique ; Thabitude continue du culte intime, et la participation naissante au culte public, ea seront en outre les meilleurs préservatifs. Alors, les cœurs initiés aux réactions morales de l'initiation théorique pourront goûter dans toute leur plénitude les émotions propres à la contemplation respectueuse du Grand Être. Loin de se dégrader par un excès d'orgueil, les jeunes disciples de rhumanité sentiront continuellement l'ascendant derhumanité,dont les travaux immenses ont produit les conceptions qu'ils se sont assimilées en quelques années. Ils se soumettront à l'ordre au lieu de se débattre contre de vains sophismes ; la soumission volontaire surgira ainsi de l'éducation encyclopédique, car une sage discipline en écartera la discussion des principes pour borner le domaine de l'esprit au développement de leurs conséquences ; elle en écartera aussi l'esprit critique, en bornant l'examen à comprendre les notions dont on veut se pénétrer, sans soumettre aux épreuves du jugement individuel les questions jugées et approfondies par le passé.
Les mères, développant sans cesse le charme des affections domestiques, présideront directement à l'éducation morale. Elles n'ont d'ailleurs
jamais tessé de s'attribuer cette tâche sublime. Le catholicisme a établi pour la première fois, autant que le comportait le moyen âge, une éducation commune à toutes les classes, sans même excepter ceux qui étaient encore esclaves. Nous lui devons un principe impérissable, la prépondérance de la morale sur la science, dans toute véritable éducation ; les femmes furent ses auxiliaires dans cet immense service, qui se liait à la fondation d'un pouvoir spirituel, indépendant du pouvoir temporel.
On pourrait craindre que l'éducation scientifique n'altère la pureté de cette fleur de sentiment, qui s'épanouit dans le cœur des femmes. Ce danger existe, quand une telle éducation fut exceptionnelle parmi elles; il disparaîtra quand elle sera commune et générale. D'ailleurs le sacerdoce, pendant tout le cours de l'éducation fera ressortir le mérite de la soumission, en développant cette admirable maxime d'Aristote : « La principale force de la femme consiste à surmonter la difficulté d'obéir. » Le sexe affectif comprendra que toute domination le dégrade au lieu de l'élever, en lui faisant obtenir par la force l'ascendant qui n'est dû qu'à l'amour. En même temps les prêtres pé-
nétrant avec sagessedans les familles, sous lemanteau de la science, le protégeront contre la tyrannie des époux et l'ingratitude des fils, en rappelant sa supériorité morale et son ofBce social. Ils sauront par des préceptes évidents ou démontrés consolider tous les liens domestiques, et les rattacher à leur véritable distination.