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Aperçus historiques sur la boussole et ses applications à l'étude des phénomènes du magnétisme terrestre [microforme]

Nous considérons volontiers les Chinois, du haut de nos idées européennes, comme un peuple emmailloté depuis des siècles dans les langes d’une civilisation avortée et rachitique. S'il en faut croire pourtant quelques studieux investigateurs des annales de ce peuple (qui marque le pas depuis si longtemps sur la voie du progrès où notre activité nous emporte à toute vapeur), ces Chinois siationnaires auraient devancé de bien loin les nations de l’ardente et ingénieuse Europe dans une foule d'inventions de la plus haute importance.

Pour venir tout de suite à l'objet spécial de ce discours, la Boussole (ou du moins un petit appareil auquel on attribue une destination analogue) aurait été connue en Ghine... de temps immémorial, suivant les

(2) légendes des âges fabuleux, — depuis une antiquité plus que respectable, selon des traditions tardivement recueillies, — tout au moins depuis un siècle avant notre ère, d'après des témoignages historiques irrécusables.

Il s'agissait alors de Chars iidicateurs du sud, dont les descriptions et les figures, extraites des livres chinois, sont loin de nous paraître avoir mis la structure et l'application possible de instrument lui-même à l'abri de toute contestation : toujours est-il, néanmoins, que l’idée seule d’un fantoche porté sur un pivot tournant, et représentant un génie qui de son bras tendu montrait invariablement le sud, semble constater la connaissance de la propriété directive qui caractérise l'aimant. Quoi qu’il en soit, l’art de faire ces chars merveilleux se perdit, et l’on se contenta désormais de procédés beaucoup moins compliqués.

Sans nous arrêter à de premières indications un peu trop vagues pour ne laisser place à aucune incertitude, nous rencontrons enfin, dans un livre écrit à une date beaucoup moins éloignée de nous (vers la fin du x1° siècle de notre ère), une mention très exgresse de l'aiguille aimantée suspendue à un fil ou introduite dans un léger flotteur, et se dirigeant à peu près au sud. Ce n’est pas encore là tout à fait la Boussole, mais c'en est le germe ; ei quoique le même procédé rudimentaire soit resté en usage en Ghine, en Corée, et au Japon, jusqu'à une époque relativement très récente, il ne serait pas impossible, à la rigueur, que la Boussole proprement dite, à aiguille en équilibre sur un pivot, eût été trouvée aussi par ce peuple industrieux, dont, au dire

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des Arabes, Allah a logé l'esprit dans les mains, comme il a mis dans la langue celui des enfants de Mahomet, et dans la tête celui des Francs.

Mais comment cette précieuse notion de l'aiguille aimantée, confinée presque exclusivement dans des livres chez les Chinois, aura-t-elle passé d'une notoriété si restreinte à une pratique générale, et dès longtemps perfectionnée, chez les Européens ? — La solution de cette question ne pouvait pas se faire attendre de la part des champions dela science chinoise ; il y a même eu tout de suite deux solutions : la transmission directe, — la transmission par intermédiaire.

La transmission directe, quoi de plus facile quand on à sous sa plume le nom du fameux voyageur Marc Polo, Messer Millioni, homme aux millions, qui, parmi toutes les richesses qu'il rapportait de ia Chine, avait bien pu sans difficulté rapporter aussi, de fait ou de souvenir, quelque semblant de Boussole. Cependant, pour de mieux avisés, Marc Polo, revenu de Chine seulement en 1205, ne saurait avoir révélé alors à ses compatriotes ce que notoirement ils savaient euxmêmes cent ans auparavant. Mais qu'importe ? si ce n'est Marc Polo, ç’aura été quelque antre Franc revenu avant lui du fond de l'Orient, fût-ce quelque obscur anonyme, plus obscur encore que ce Guillaume, de Paris, ou cette Paquette, de Metz, rencontrés là-bas par le moine ambassadeur Guillaume de Rubrouk, et dont la présence au cœur du Céleste-Empire semble prouver que la route en était alors frayée mieux que de nos jours.

Toutefois l'hypothèse de transmission directe d’une

(4) notion de la Boussole, des Ghinois aux Francs, a pour adversaires déclarés les partisans des Arabes, qui prétendent trouver en ces derniers, sinon les inventeurs mêmes (comme plus d’un pourtant est bien tenté de l'affirmer), au moins les propagateurs par l'intermédiaire desquels aura pénétré en Occident cette découverte chinoise, qu’ils avaient dû apprendre dans les mers de l'Inde et transporter ensuite dans la Méditerranée.

En fouillant dans les livres des Arabes pour y chercher quelque indice de leur rôle d'initiateurs de l'Europe latine à la connaissance de l'aiguille aimantée, on a recueilli le témoignage d’un écrivain de cette nation qui, faisant en 1242 la traversée de Tripoli de Syrie à Alexandrie d'Égypte, vit de ses yeux le pilote du navire consulter, pour régler sa route, la direction de l'aiguille adaptée à un flotteur nageant sur un vase d’eau.

La date de 1242, il le faut avouer, est quelque peu tardive ; et le procédé décrit par l’auteur arabe était alors si vulgaire en Europe, que les poëtes de France y avaient déjà fait allusion dans leurs bibles satyriques et leurs chansons galantes. Le nom d’Aristote, mêlé d’ailleurs à tort ou à raison (à tort suivant toute apparence) à l'exposé des doctrines arabes sur la vertu directive de l'aimant, ne semble-t-il pas énoncé tout exprès pour ne laisser aucun doute sur la source européenne des informations ainsi recueillies ?

Venons donc sans plus tarder à l’histoire de la Boussole dans notre Occident, sans nous opiniâtrer davantage à en rattacher les origines aux douteux enseignements des Arabes et des Chinois. Si les Européens

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