‹ Aperçus théoriques et pratiques sur les causes, la nature et le traitement de l'hydrocéphale aiguëChapitre 2 sur 44 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. — INFLUENCE DE L'ÉDUCATION MORALE. — CAUSES PRÉDISPOSANTES.

Parmi le grand nombre de maladies qui atteignent Fespèee humaine , celles qui siègent dans l’encéphale ou les membranes qui l’enveloppent forment une classe qui mérite , de la part du médecin, une attention très -particulière : la délicatesse du cerveau, les fonctions importantes qu i! remplit, la solidité de la boîte osseuse qui le renferme, tout contribue a rendre infiniment graves, sinon toujours mortelles, les phlegmasies qu i! nous offre. D’un autre coté , l’intérêt qu inspire l’enfance , la marche insi-

dîeuse que suit le plus ordinairement la fièvre cérébrale, expliquent assez pourquoi une foule de médecins du premier ordre sen sont plus spécialement occupés. Toutefois, en médecine comme dans la plupart des sciences d observation, on présente souvent les mêmes objets sous des noms différens; et les systèmes qui s’élèvent et se détruisent tour à tour les uns par les autres , en donnant aux idées une direction nouvelle , influent également sur le mode des recherches; mais les faits en tous points semblables, et dans leur cause , et dans leur nature , et dans leurs résultats , quoique présentés sous des noms divers , ne changent pas aux yeux de l’observateur impassible et judicieux. Quoique la maladie qui nous occupe ait été différemment dénommée , elle est constamment restée la même; aussi le praticien , moins attaché au charme entraînant des théories brillantes qu’au tableau fidelle des symptômes, doit surtout s’appliquer à les apprécier à leur juste valeur, pour se diriger dans le diagnostic, le pronostic et la thérapeutique des maladies.

Macbride nomme 1 hydrocéphale aiguë, fièvre hydrocéphalique ; il la considère comme la plus trompeuse des fièvres. Smith , Yeatz rappellent hydropisie aiguë des ventricules du cerveau, hydrocéphale; M. Brochet , hydrocéphalie; MM. Capuron , Gardien , Pinel , fièvre ceTé-

traie (les enfans; M. Coindet, céphalite interna hydrocéphalique, etc. etc.

Dans le cours de ce mémoire, nous la désignerons indifféremment sous les noms d’hydrocéphale aigue et de fièvre cérébrale.

Robert Whytt , le premier qui nous en ait donné une observation exacte , la nomme hydrocéphale interne aiguë du cerveau , pour la distinguer de l’hydrocéphale chronique du meme organe , maladie qui n’a point de rapport avec elle, envisagée du côté des causes, des signes et du traitement. Dans l’hydrocéphale aiguë, le désordre du cerveau ou de ses enveloppes amène l’épanchement; tandis que dans l'hydrocéphale chronique , c’est l’épanchement qui amène les désordres subséquens : dans la première espèce de maladie , l’épanchement se fait en peu de jours ; dans la seconde , il arrive lentement , et met des mois et des années pour se former.

il est plus que prouvé, aujourd’hui , que la lièvre et les signes d’une réaction vive, qui ont lieu du côté de la tête dans les premiers temps de cette maladie , ne sont pas dus a la présence du fluide épanché dans le cerveau ; l’épanchement , au contraire , estla suite de l’altération particulière, de 1 irritabilité et de la sensibilité des vaisseaux exhalans de la membrane arachnoïde,

ce qui a fait appeler celle maladie, par quelques ailleurs modernes, fièvre arachnoïdienne , arachnoïdite : or, F épanchement est un effet de îa maladie et non sa cause prochaine. Ce qui se passe à l'égard de la tète est semblable a ce qui arrive dans 1 hydro-thorax et l'ascite, qui sont la suite de 1 inflammation de la plèvre et du péritoine.

Le docteur Withering observe que, dans le plus grand nombre de cas, si ce n'est dansions, une congestion ou une légère inflammation sont les signes précurseurs de l'épanchement. Le docleur Rusch pense que loin d’être une hydropisie idiopathique, l’hydrocéphale est 1 effet d’une inflammation antérieure , où d'une congestion sanguine vers le cerveau. Le docteur Dcrwin suppose que l’inactivité et la torpeur des vaisseaux absorbans du cerveau sont la cause prochaine de 1 hydrocéphale ; mais il avoue, dans un autre endroit de son ouvrage, que cette torpeur des vaisseaux absorbans peut souvent exister comme effet secondaire.

Camper , Bordeu Bichat , Dumas , Whytt , M. Richerand , et tous les physiologistes qui font aujourd’hui l’ornement et la gloire des facultés de médecine, admettent en principe que la cause de toute espèce d'hydropisie est la même : savoir, que les vaisseaux exhalans fournissent

( ÏT )

une plus grande quantité de fluide que les absorba ns ne peuvent en reprendre.

L 'hydrocéphale , ainsi que nous l’avons déjà dit, a été l'objet des recherches et des méditations d’un très-grand nombre de médecins : cependant , malgré leurs travaux, et notamment ceux de Pwbert Whytt v de JJobson , de Watson, d'Odiei\ de Grégori , de ( hiine , de Ludwig , etc. etc. ; de MM. Vieusseux , Baumes , Bercival , Garnier , Chardet , Br acheta Serres , Richond , Coindel , Lallemand , Jadelot , Bricheteau , M athe y , Cloquet , Il ou d aille , Maréchal , Ixmis Senn , Gintrac , P arent du Châtelet et Martinet, sur les maladies du cerveau et les membranes qui r enveloppent, on peut encore, sans craindre d être taxé de témérité , espérer d’ajouter de nouveaux matériaux à ceux déjà recueillis sur 1 important sujet qui nous occupe. «Ne nous abusons pourtant point (dit notre collègue, M. le docteur Brachet, dans l excellent traité qu’il a publié sur la même maladie) ; tout ce qu’on possède sur 1 hydrocéphale aiguë est encore loin de satisfaire un esprit judicieux : que de recherches à faire avant de pouvoir déterminer les complications et le mode de complication de cette maladie ; avant d’avoir soulevé en entier le voile peut-être impénétrable de sa nature essentielle; avant surtout qu’on ait trouvé un traite-

ment qui la mette en quelque sorte à la disposition de 1 homme de l’art! ( Page 21. )

Les sciences ne connaissent point de limites, et les progrès que la médecine fait chaque jour sont une preuve de la vérité de ce principe : mais, en rendant justice aux travaux de ceux qui nous ont précédés dans la même carrière , en professant pour nos maîtres les sentiment d’admiration et de reconnaissance qu’ils méritent à tant de titres , en profitant de leurs recherches et de leurs savantes leçons, nous devons nous mettre en garde contre cet esprit d enthousiasme qui souvent prend la place d’un jugement sain, et nous fait avouer comme vérité démontrée ce qui n’est quelquefois qu’une erreur fatale dans ses conséquences.

La fièvre cérébrale moissonne un grand nombre d’enfans, elle atteint de préférence ceux nés de pareils irritables, délicats; conçus au milieu des agitations de l’esprit et du cœur , dans le trouble des passions; et, sous ce rapport, quels temps furent plus propres à rendre cette maladie plus fréquente parmi nous, que les angoisses et les inquiétudes dans lesquelles nous avons vécu pendant si long-temps ?... En général, les enfans nés dans de pareilles circonstances sont nerveux, irritables ; la tête présente un volume remarquable ; on observe du coté

des facultés intellectuelles un développement précoce et surnaturel ; ils passent pour des prodiges de mémoire p de jugement, de réflexion; on dit vulgairement qu'ils ont trop d’esprit et qu'ils ne vivront pas : adage vrai dans son sens, et que Ton dédaigne, lors même qu il devrait être la règle à suivre pour l'éducation morale des enfans ainsi organisés.

L hydrocéphale aiguë s’observe plus spécialement dans les grandes villes; là, on apporte peu d'attention à l'accroissement des organes , on vise à l'esprit et rien de plus. Il n'en est pas de même pour les enfans élevés dans les champs: destinés à devenir tour à tour cultivateurs et militaires , on facilite chez eux le développement des forces physiques , avant de penser à fatiguer Je cerveau, et par-là on prépare à l'état des hommes que l'on voit s'illustrer par plus d’un genre de gloire!... Pour rendre ce parallèle plus saillant , empruntons un moment le langage de De Lille : «Deux enfans , dit-il, ont sucé le même » lait ; la même nourrice les a portés dans ses » bras. L'un , sorti de parens pauvres , né pour » acheter par de rudes travaux le droit de vi- » vre , reste dans les champs où il reçut le jour:

là, sauvage élève de la nature , nourri d'un pain » grossier , courant à demi-nu , il semble avoir » été jeté au hasard sur la terre. L’autre , né d'un

» père opulent, retourne à la ville sous les » lambris qui Font vu naître, où de nombreux » domestiques s’empressent autour délai, où la » tendresse inquiète d une mère vole au-de- » vaut de toutes ses fantaisies. Après quelques » années, comparez-! es tous deux : n'examine- ?» rez-vous pas à combien peu de frais Fun est » devenu sain et vigoureux, et combien il en ?» a coûté pour rendre l'autre languissant et ?» débile ? ?»

M. GuERSENT ( Dictionnaire de Médecine ) , en parlant de 1 hydrocéphale aiguë, dit que cette maladie, comme beaucoup d’autres, est moins fréquente parmi les habitans de la campagne que parmi ceux de la ville; ceux qui sont endurcis au travail y sont beaucoup moins exposés que ceux qui exercent plus leur esprit et leur imagination que leurs facultés physiques.

V ous tous qui êtes chargés de 1 instruction publique, de F éducation des enfans, ne perdez jamais de vue que F exercice qui développe les forces physiques doit marcher de pair avec l’éducation morale; que les sciences ne peuvent germer qu imparfaitement dans un cerveau trop excité avant sa maturité !

Les législateurs anciens, bien persuadés que le bonheur de l’homme consistait autant dans l'harmonie de ses facultés physiques que dans

ses facultés intellectuelles, avaient fait de la gymnastique la base essentielle de l’éducation nationale; et les médecins de F antiquité nous prouvent assez, par leurs nombreux ouvrages sur cet art, combien étoit grande la confiance qu’ils lui accordaient dans le traitement des maladies. Les uns et les autres avaient F avantage d’ètre écoutés , et 7 on voyait adopter et fleurir les belles institutions que la saine philosophie et la médecine avaient établies de concert pour le bonheur et la conservation des hommes. La vigueur du corps et F énergie de ses facultés étaient la première récompense que F on relirait de l’adoption de ces institutions : des exercices répétés, une nourriture frugale, en conservant aux moeurs leur pureté, prévenaient ou dissipaient les maladies (i). Aristote et Platon regardaient les exercices de la gymnastique comme d’une très-haute importance, et considéraient comme défectueux et mal organisé Fétat ou ces exercices n’étaient pas institués. Homère , dans son 23. J livre de 1 Iliade, en décrivant les jeux célébrés aux funérailles de Patrocle , raconte que les exercices du corps étaient en usage chez les Grecs bien avant F établissement de leur république.

(i) Voyez Loncle , Gym . Med, ; Boni part, Edite, phys.

Le corps est l’esclave de l ame; mais, pour rendre cet esclave plus utile, il faut le rendre plus robuste : or, cette force du corps ne peut être que le fruit d’une éducation mâle. Loin des enfans, d’abord, tous nos mets raffinés, tous nos poisons agréables : l’enfance est l’âge favori de la nature ; l’art ne viendra que trop tôt le corrompre ; qu il donne au corps nouvellement formé le temps de se fortifier par l’usage salutaire des mets les plus simples, avant de l’énerver par la délicatesse recherchés de nos perfides alimens.

Etudiez les premières sensations des enfans: tout vous dit que le vain raffinement du luxe n’est pas fait pour eux; leur appétit toujours vif n’a pas besoin d’être réveillé par aucun apprêt. Pour eux, à moins qu’on ait pris soin de corrompre leur goût, les mets les plus naturels sont aussi les plus attrayans. Offrez-leur, d’un côté, les viandes les plus rares ; et , de l autre , présentezleur des fruits : on devine aisément leur choix , et je suis bien trompé si le verger d’un paysan ne les tente pas beaucoup plus que la table d’un Crésus. Donnez-leur donc une nourriture plus naturelle que délicate; contentez leurs besoins , au lieu de flatter leur goût, et n’introduisez pas dans leur sein les germes de la mort , dès les premiers instans de la vie. Cette sage réserve ,

cette prudente sévérité, il faut l'étendre à tout, à leurs repas , à leurs exercices , à leurs vêtemens.

La propreté la plus recherchée, dit M.me Campan, la liberté des membres, la régularité la plus ponctuelle pour les heures du sommeil , des repas, sont les bases de la santé des enfans.

Heureux sont les parens dont les enfans sont confiés à des hommes pénétrés de la force et de la vérité de ces principes !... Là, le médecin n’est jamais appelé pour traiter des maladies graves ; la fièvre cérébrale s’y montre rarement , toutes les autres maladies particulières à l’enfance y suivent une marche régulière , et leur terminaison est toujours prompte et heureuse.

On sait, dit Cabanis (i), qu’une bonne éducalion physique fortifie le corps , guérit plusieurs maladies , fait acquérir aux organes une grande aptitude à exécuter les mouvemens commandés par nos besoins ; de-là , plus de puissance et d’étendue dans les facultés de l’esprit , plus d’équilibre dans les sensations; de-là, ces idées plus justes et ces passions plus élevées, qui tiennent au sentiment habituel et à l’exercice régulier d’une plus grande force.

Une entière liberté accordée aux enfans dans les exercices auxquels ils se livrent, en évitant

(i) Rapports du physique et du moral de l'homme

toutefois ce qui peut évidemment les blesser ou les exposer à périr , épanouit toutes les forces vitales et rend franc, généreux et humain ; une contrainte continuelle rend lâche, timide, dissimulé ; la faiblesse envieuse cherche à l’égaler à la force par la ruse et la trahison', ainsi que le corps , l’âme comprimée , avilie , rend le caractère vindicatif et méchant. •

Craindriez-vous, en cultivant la force du corps, de nuire aux facultés de l’esprit ? croyez - vous qu’une constitution vigoureuse exclut nécessairement les dons de 1 intelligence ? Soutenir une telle assertion serait évidemment fermer les yeux à la vérité. Les anciens étaient loin d’avoir cette prévention , que quelques modernes ont cherché à accréditer.

Les Grecs envoyaient leurs fils au Portique , au Gymnase, au Lycée, où tour-à-tour on les voyait briguer le prix de la force, de l’adresse et des arts; maintefois le meme front fut chargé de la triple couronne. Aussi , combien d’entr eux , à la fois guerriers robustes et intrépides , philosophes profonds, ont porté loin la gloire de leur patrie! Si de nos jours on voit peu d’j Epaminonclas , n’en accusons que notre système d’éducation. Nos enfans, élevés d’abord avec trop de mollesse , tenus bientôt sous la férule d’un maître qui les force à rester plusieurs heures la

poitrine courbée sur des livres ingrats et fastidieux, ou dans le siience et le recueillement , peuvent-ils donner à leurs organes ce développement et cette vigueur , fruits heureux de l’exercice ? Si , au lieu de ne s’occuper que du moral des enfans en négligeant le physique ; si, au lieu d’être sacrifiées l une à l’autre, ces deux parties de nous-mêmes recevaient chacune l’éducation quelle exige , n en doutez pas , l’homme parviendrait infailliblement beaucoup plus près de la perfection et du bonheur ( i ). Sénèque dit qu’on ne doit pas violenter la nature, et qu'il faut proportionner le travail , non aux forces, mais à la faiblesse des enfans.

Il ne faut pas exercer de trop bonne heure les facultés de l ame ( a dit depuis long-temps le célèbre professeur Huifeland ) *, c’est un grand préjugé de croire qu’on ne puisse commencer trop tôt à l’exercer. Sans doute on commence de trop bonne heure, si Ion choisit le moment où la nature, encore occupée à former les organes du corps, a encore besoin de toute sa vigueur, ce qui dure jusqu’à 1 âge de sept ans.

Si dès cet âge on fait asseoir et étudier les enfans, alors on enlève à leur corps la partie la plus noble de leurs facultés ; ils la consument par

( i) Manuel des Jeunes Mères ? .par le docteur Léger,

l’opération de la pensée, et il en résulte nécessairement une imperfection dans la conformation des membres , une faiblesse dans les parties nerveuses , de mauvaises digestions , de mauvais sang, des écrouelles, une trop grande activité du système nerveux dans toute la machine , ce qui, pour tout le reste de la vie, occasionne des maux de nerfs, des accès d’hypocondrie, etc. Cependant cela dépend beaucoup de la différence du sujet, de la vivacité plusoumoins grande de son

esprit: seulement doit-on avoir soin d’observer

précisément le contraire de ce qu’on fait ordinairement. Si l’enfant a, de bonne heure, de la disposition à penser et à apprendre, alors, au lieu de le faire appliquer encore plus, on devrait au contraire modérer son zèle ; car une maturité aussi précoce est presque toujours une maladie, ou du moins un état contre nature qu’il faut plutôt arrêter qu’entretenir ; à moins qu’on aimât mieux en faire un prodige d éducation qu’un homme sain et capable de vivre longtemps. Au contraire, on peut de meilleure heure mettre un enfant à l’étude, l’exercer à penser, lorsque la partie matérielle surpasse en lui la partie spirituelle , et que celle-ci semble se développer lentement.

L’objet de Y éducation est de procurer au corps la force qu’il doit avoir; à 1 âme , la perfec-

tion dont elle est susceptible. Elle commençait chez les Athéniens à la naissance de l'enfant, et ne finissait qu a sa 20. e année. Toutefois on n’a pas toujours été d’accord a quel âge 011 doit commencer à faire étudier les enfans : les uns pensent qu’on ne devrait point les appliquer à l’étude avant l’âge de 7 ans; parce qu’avant ce temps, ils n’ont ni l’esprit assez ouvert pour profiter des leçons qu’on leur donnerait, ni le corps assez robuste pour supporter un travail sérieux.

Quint il ien pense que Ton peut commencer de bonne heure à faire travailler les enfans, plutôt â titre d’occupation qu’à titre de travail sérieux. Ce sentiment de Quintilien était appuyé par l'autorité de Chrisippe , philosophe stoïcien qui s’était occupé beaucoup de l’éducation des enfans. Le docteur Pavet de Courteille ( i ) veut qu’on ne fasse étudier sérieusement les enfans qu’arrivés à 9 et 10 ans , et cela doit être encore subordonné à l’état de santé ou de souffrance cle l’individu.

A os premiers maîtres de philosophie , dit PiousseaU) sont nos pieds , nos mains , nos yeux, nos oreilles. Il est certain en effet que, de l’exercice bien dirigé des sens , dépend en grande partie chez l’enfant le développement des facul-

( 1 ) Hygiène des colleges.

tes intellectuelles et affectives. Dès le second ou le troisième mois, l'enfant commence à rapporter ses sensations aux objets qui les déterminent. Déjà ses regards se portent avec curiosité sur tout ce qui 1 environne, et il répond par un sourire aux caresses maternelles, À mesure qu'il prend plus de force physique , il acquiert aussi des idées nouvelles ;et dès l'âge de deux ou trois ans , ses progrès intellectuels le rendent déjà susceptible de raisonnement. Quelques auteurs ont pensé qu'il fallait profiter de cette admirable disposition de la nature, et qu'on ne saurait trop tôt commencer à instruire les enfans; mais l'expérience et le bon sens ont démontré depuis long-temps le danger de cette instruction trop précoce. Semblable à une jeune plante dont une culture intempestive tarit bientôt la sève, lenfant assujetti à des études prématurées reste toujours faible et languissant, et succombe souvent à la fleur de l'âge. Sous ce point de vue, on ne peut nier la justesse de l'adage que nous avons cité.

Tels sont les principes avoués par tous les hommes qui ont mûrement réfléchi sur l7 éducation des enfans , principes qui ont d'autant plus de poids, qu’ils sont fondés sur la connaissance approfondie de 1 homme physique et de l'homme moral.

Les auteurs ont cru remarquer que les enfans étaient plus particulièrement sujets à l'hydrocéphale aigue jusques et y compris la 7.° année; que passé cette époque , qui est aussi celle de la première dentition , ils y étaient moins exposés» Mac bride dit que l’on observe rarement l’hydrocéphale aiguë chez les enfans au-dessous de trois ans ; elle les attaque le plus souvent depuis cinq ans jusqu’à dix et meme plus tard» Nous pensons, et b expérience nous I apprend chaque jour, qu on peut étendre ce temps jusqu’à la puberté; alors nul doute que 1 orgasme qui s’établit dans l’appareil génital ne soit avantageux chez les individus menacés de cette grave maladie, et ne détruise toute espèce de prédisposition à la contracter.

» y a ici une véritable dérivation, qui devient l’ancre de salut contre une foule de maladies qui jusque-là avaient atteint ou menacé tel ou tel sujet.

L’hydrocéphale aiguë se rencontre aussi chez les vieillards, mais plus rarement chez les adolescens et les adultes. Elle paraît plus commune parmi les petites filles que parmi les garçons*

On a vu tous les enfans issus du même père et de la même mère périr de la fièvre cérébrale. Si nous sommes loin d admettre un vice sui gêner i s de cette maladie transmis par les pères aux

enfans , nous sommes d’un autre côte très-portes à croire que les mères peuvent donner le jour à des enfans disposés à contracter cette maladie, d’après les principes que nous avons émis précédemment sur quelques-unes de ces causes éloignées.

Consulté souvent pour des enfans menacés de l'hydrocéphale aiguë, maladie qui déjà avait conduit leurs aînés au tombeau, nous avons la douce satisfaction de croire que par nos soins nous les avons conservés pour le bonheur de leurs parens.

Pour nous résumer sur la part que peut avoir P éducation au développement de l'hydrocéphale aiguë, nous dirons qu’il est permis, d’après des observations nombreuses , d’envisager comme une cause principale de cette maladie une excitation trop précoce de l'encéphale chez les enfans nés de parens délicats et nerveux , non que nous voulions considérer cette cause agissant d'une manière unique et exclusive : dans les maladies , a dit Hippocrate , tout concourt , tout consent, tout conspire.

On a pensé qu’au nombre des causes qui ont contribué à rendre l'hydrocéphale aiguë plus fréquente de nos jours, la vaccine devait occuper le premier rang. jCette opinion , répandue dans la société et émise particulièrement par

les détracteurs de ce précieux antidote de la variole, n’est appuyée d’aucun fait: elle est purement hypothétique. Loin de partager cette opinion , nous pensons que s’il existe des moyens propres à préserver de cette maladie, la vaccine doit en faire partie ; puisque , dans les contrées où cette heureuse découverte est en faveur, on rencontre rarement 1 hydrocéphale aigue. Nous en convenons, et nous ne saurions trop le répéter, cette maladie est plus fréquente aujourd hui qu’anciennement , et, il est essentiel de le dire en passant , cela peut tenir encore , comme nous l avons fait pressentir, à la direction que Ion a donnée à l’éducation morale. En effet, jamais les pères n ont montré plus d’envie de voir leurs enfans s’élever avant la maturité de l âge au niveau des hommes de génie dont les siècles sont avares. Jamais on ne remarqua plus d émulation, plus de rivalité qu’aujourd hui entre les hommes chargés de renseignement public, et depuis le frère de la doctrine chrétienne jusqu’au professeur de philosophie, tous visent a former des sujets distingués, des élèves supérieurs dans le genre qu'ils enseignent.

Je ne balance pas , dit Bernardin de Saint- Pierre , a attribuer a nos éducations modernes l’esprit inquiet, ambitieux, haineux, tracassier et intolérant de la plupart des européens; nous

ajoutons: les constitutions nerveuses, débiles, et une foule de maladies qui en sont le résultat naturel. D’un autre côté les boissons chaudes, échauffantes , telles que le thé, le café, le vin, les liqueurs n’ont jamais été plus à la mode que dans ces derniers temps, pour les grandes personnes comme pour les enfans ; joignez à cela cette longue kyrielle de sirops vermifuges , de poudres et d élixirs purgatifs, stomachiques, dont on fait un usage si commun et si intempestif pour les enfans, et vous aurez un aperçu des causes nombreuses qui prédisposent à 1 hydrocéphale aiguë (i).

Toutefois, nous devons le proclamer a la gloire du docteur Broussais, depuis la propagation de sa doctrine , quoi qu’en aient dit ses détracteurs , le traitement des maladies et le régime des enfans ont subi d heureuses modifications.

Si Ton s’en rapporte à ce qu’ont écrit quelques auteurs, tels que Riverius , Bâillon ,

(i) L’enfant dont l’intelligence n’est pas encore développée ne peut indiquer son mal , ni analyser ce qu’il éprouve; ajoutons encore que la médecine des enfans est défigurée par une multitude de préjugés populaires et par les fatales prétentions des empiriques, des mères, des nourrices à des connaissances qui réclament un talent d’observation qui n’est pas ordinaire. ( Disc, inaug. par M. Richqrd de Nancy. Lyon , i Si'5 , p. 29.)

Brassavola , Ingras sia , Conrad - Rhume lins , Félix Blaterius , W illis , Saahnann , Sauvages , et p dans ces derniers temps , MM. Malhey et \ieusseux de Genève , la fièvre cérébrale aurait régné à diverses époques d’une manière épidémique. Cependant les seules observations qui semblent déposer le plus en faveur de cette opinion, sont celles rapportées par les deux médecins que nous venons de noix mer. L’épidémie de fièvre cérébrale, dont ils donnent lhistoire, se manifesta à Genève au printemps de i8o5; elle régna trois mois, fit des progrès rapides et un grand mal dans quelques familles dont elle moissonna tous les membres; elle ne cessa d’exercer ces ravages qu’au moment où la chaleur de 1 été eut activé le développement entier de la végétation (i). On peut lire avec fruit, sur cet objet, le profond traité des épidémies qu’a publié mon savant collègue et ami M. le docteur Ozanam (2). *

(1) Voyez Journal de Médecine , par MM. CorvisArd , ÏÆRoyx et Koyer , vol. XL Frimaire an XIV.

(2) Hist. Me die . générale et particulière des Maladies épidémiques et contagieuses f etc, 5 vol. în~8.

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