‹ Aperçus théoriques et pratiques sur les causes, la nature et le traitement de l'hydrocéphale aiguëChapitre 3 sur 44 · CERVEAU · texte numérisé non relu

CERVEAU

JB IANCHI , Rega , Kaanv Boerhaave et cV autres 5 ont rapporté l'influence sympathique des lésions de l'estomac sur un grand nombre d organes divers , à ce que ce viscère est pourvu , surtout dans son orifice gauche , d’une très-grande quantité de nerfs par lesquels il fait sympathiser à ses affections tout le genre nerveux. Cette opinion parait être fondée d’après la considération du grand nombre des maladies de nerfs , dont la cause primitive est dans l'estomac, comme l’apoplexie, l’épilepsie, l'affaiblissement delà vue, Fhémérolopie , etc. (i).

Aussi , il faudrait se refuser a toute évidence pour nier faction sympathique qu’exerce cet organe sur le cerveau ; et en effet, depuis le plus léger embarras de 1 estomac jusqu’à l’inflammation la plus aiguë, on voit se développer dans l’encéphale et ses membranes des phénomènes morbides constans; la douleur sus - orbitaire tantôt

(i) Barthez , Science de l’homme.

obtuse ? tantôt aigue ; le délire léger subdelirium , le délire calme on furieux; les altérations variées des facultés mentales dans les différens degrés delà gastrite, de la gastro-entérite , sont autant de signes qui mettent au grand jour cette puissance occulte mais active, qui unit l'appareil digestif et l'appareil cérébral.

Lorsque l'irritation de l'estomac est simple , comme à la suite de 1 ingestion du café ou de quelque boisson spiritueuse, le cerveau est légèrement excité: alors ses facultés sont augmentées et reçoivent une nouvelle extension ; alors la mémoire, le jugement et la réflexion ont plus d assurance : mais si l’irritation de l'estomac est poussée plus loin par de nouvelles doses de boissons excitantes , l'irritation sympathique du cerveau se change en maladie qui peut devenir essentielle, ses fonctions se troublent; de-là, l’ivresse marquée par un délire gai , ensuite furieux, par l’abattement, le sommeil et le coma. Le lendemain de tout cet appareil de phénomènes morbides, dans des organes remplissant des fonctions si essentielles à la vie , il ne reste du côté du cerveau que de la pesanteur et un peu de migraine (céphalée) ; toutefois T estomac est encore irrité, et la soif, et l'envie des boissons froides acidulées, annoncent qu i! était déjà arrivé au premier degré d'une maladie qui serait devenue

plus grave, pour peu que les causes d irritation eussent persisté dans leurs effets.

Quand F estomac, dit M. Pdchond (i), reçoit une dose d’irritation plus forte que ne le comporte 1 état normal, soit que les alimens ou les boissons trop 'stimulantes le déterminent , soit quelle lui ait jeté transmise par un organe souffrant, il se manifeste des symptômes plus ou moins appréciables suivant le degré d intensité de la cause et celui d excitabilité de la membrane muqueuse. Dans le premier degré, dans celui qu on appelle embarras gastrique, en même temps qu’il y a perte d appétit, bouche amère, langue plus ou moins chargée de mucosités, anorexie , appétence des acides , etc. , on peut observer qu il existe presque constamment une céphalalgie sus-orbitaire plus ou moins vive, ou un sentiment de pesanteur de la tête. Les membres sont comme contus, ils se refusent au mouvement ;. le moral est souvent atterré; on est morose, taciturne ; on semble n’avoir plus d énergie, n être plus apte au travail; toute occupation est fatigante. Ces phénomènes s’observent après les excès de table, après Fingestion de substances excitantes , à l’usage des-

(i) Mémoire sur V Apoplexie,

quelles on n’est point accoutumé. La constipation ou l’embarras du gros intestin produit des vertiges, des étourdissemens, des pesanteurs de tête, au poin| souvent de faire craindre une attaque d’apoplexie, ou de simuler même cette maladie. 11 y a plusieurs années qu’on fit entrer dans notre division de FHôtel-Dieu une fille domestique âgée de 28 ans, malade depuis plusieurs jours. Elle était plongée dans une espèce de coma, que tous les moyens employés jusques-là n’avaient pu faire cesser. Cette fille, constipée habituellement, avait le ventre ballonné et rénitent : deux lavemens laxatifs, une once de ricin, en ouvrant le ventre, firent cesser tous les accidensde la tête, et , au grand étonnement de ses maîtres , trois jours après, elle alla reprendre ses occupations, M.me Ch., arrivée au 5.e jour des couches , se plaint de douleur dé tête , et bientôt se manifeste le trouble des facultés intellectuelles : un lavement avec 2 onces d huile de ricin fait cesser tous les accidens. M.mü P., femme infiniment respectable, âgée de 80 ans, était sujette depuis quelques mois à des vertiges , à des étourdissemens qui faisaient craindre d’un moment à l’autre une véritable attaque d’apoplexie; la constipation seule était cause de tout le trouble qu’elle éprouvait du côté du cerveau : quelques laxatifs doux, F usage des lavemens ont fait dis-

paraître jusqu’à la plus légère trace de l’embarras en é halique.

IN ous pourrions citer un plus grand nombre de faits semblables , observes chez les personnes qui exercent des professions sédentaires, et notamment chez les hommes de lettres.

Baglivi (i) remarque que la constipation rend toujours les maladies de la tête plus violentes.

On sait que la léthargie, l’épilepsie, la mélancolie, l’hypocondrie et 1 apoplexie même tiennent souvent à une inflammation chronique de quelques points du tube intestinal.

Lorsque je vois ces tables couvertes de toutes les richesses des quatre parties du monde , dit Addisson , je m’imagine voir la goutte , l’hydropisie , la fièvre, la léthargie en embuscade sous chaque plat. Or, 1 irritation d’un point quelconque du tube digestif peut produire , du côté du cerveau , des phénomènes sympathiques, qui simulent d’abord des maladies que la constance des causes sous l’influence desquelles elles se manifestent détermine plus tard. Mais c’est surtout dans l’enfance que les sympathies entre le cerveau et l’appareil digestif sont plus évidentes; et cela tient à l’activité de leurs fonctions, à l’exal-

(0 Voy. Praxeos medicœ .

tation de la sensibilité et de l'irritabilité qui les caractérisent dans ce premier âge.

Le cerveau, d’un autre côté, est bien plus développé proportionnément que dans la suite ; d’autre part, le foie, organe sécréteur de la bile, est aussi très-volumineux; les alimens , à peine arrivés dans l’estomac , sont digérés, et cette vie active, et cette promptitude à assimiler à nos propres organes les alimens ingérés , expliquent aussi avec quelle facilité l’estomac s irrite , s’enflamme dans le premier âge. De-là, ces dys s ente ri es , ces gastro-entérites si communes et si meurtrières parmi les enfans.

L influence de l'estomac sur la production des affections cérébrales peut souvent être appréciée chez les enfans qui, à raison de 1 excessive sensibilité dont ils sont doués , ont les sympathies très-actives, et présentent en outre une prédominance d action du cerveau assez remarquable.

La plupart des médecins ont vu qu’une nourriture de mauvaise qualité, que 1 usage de boissons excitantes pouvaient devenir cause de convulsions, d hydrocéphale.

Dans la première enfance ( observe Zimmermann, Traité de l expérience , tom . 2 vpag* 284)* l’homme est beaucoup plus mob" le et plus sensible que dans un âge fait, à cause du volume

considérable de la tète, proportionnément aux autres parties du corps : c’est ce qui fait que les petits enfans sont sujets à toutes sortes de maladies convulsives ? conséquemment à l'effet de l’irritation qui est toujours très-grande chez eux. La seule acidité qui se trouve dans l’estomac et dans les intestins leur cause <Vj à les spasmes les plus violens, etc. etc.

Vanhelmont , dans un temps où les sympathies organiques étaient moins connues que de nos jours, appréciant déjà le rôle important que joue l’estomac dans les grands actes de la vie, n’avait pas craint d’y placer son archée. Le cerveau, le cœur, et le ventricule, d’après Bordeu (1), forment un triumvirat qu’il appelle le trépied de la vie : par leur union et leur concert merveilleux , ils pourvoient à la vie de chaque partie et à chaque fonction ; ils sont enfin les trois principaux centres d’où partent le sentiment et le mouvement, et où ils reviennent après avoir circulé ; car la santé ne se soutient que par cette circulation constante. Les rapports sympathiques nombreux unissent tous les viscères internes, dit Bichat (2) , avec le cerveau ou

(1) Œuvres complètes 9 édition de 1818, page 83 1.

(2) Bichat , lit 'cherches sur la vie et la mort , page 65.

avec ses différentes parties. Chaque pas fait dans la pratique nous offre des exemples d’affections de cet organe, nées sympathiquement de celles de l’estomac, du foie, des intestins, de la rate, etc. On peut fréquemment observer que la grande activité de 1 organe pensant est souvent entretenue par les spasmes des viscères du basventre, ou par des points de sensibilité vicieuse établis dans leurs régions. Plénitude ou vacuité, activité ou inertie, bien-être ou malaise de i estomac, tout, en un mot, jusqu’aux singularités les plus fugitives de son goût et de son appétit, va retentir à l’instant dans le centre cérébral ; et souvent on retrouve les traces de ses moindres caprices dans le caractère ou la tournure des idées, et dans les déterminations volontaires les plus distinctes, aussi bien que dans les penchai! s instinctifs les moins raisonnés. Cette fou» gue, cette impétuosité avec laquelle le sang se porte dans le cerveau provient souvent des mouvemens irréguliers et des spasmes qui se forment fréquemment dans les membranes de

jt-

Festomac (î Grimaud, Dumas , Lacaze , Barthez, Cabanis , et tous les physiologistes de nos jours , ont reconnu 1 étroite liaison qui existe entre le cerveau et l’estomac ; Hippocrate lui-

( ï ) Pomme, T rai té des Vapeurs .

même avait déjà remarqué les sympathies du ventre avec les autres parties du corps.

Dans ces derniers temps, le professeur Broussais, entraîné peut-être trop loin dans l’extension qu’il a donnée à sa doctrine médicale , a placé dans l’estomac le siège primitif du plus grand nombre des maladies, parce qu’en effet cet organe a été vu par le professeur du Val-de-Grâce plus ou moins affecté dans toutes les maladies ; mais s’il est constant que l’estomac influence tous les tissus, tous les appareils d’organe , il est aussi vrai de dire que tous l’influencent à leur tour. Dès-lors, pour expliquer la nature de toutes les maladies , il n’est pas nécessaire d’en rechercher toujours la racine dans l’estomac.

Quoi qu’il en soit , nous aimons à le proclamer hautement, M. Broussais a rendu un service signalé à la science médicale en localisant les maladies, et en fixant l’attention des médecins sur la fréquence des irritations de la muqueuse gastrointestinale dans une foule de maladies, et surtout dans les fièvres dites essentielles.

Depuis plusieurs siècles, et jusqu’à ce grand praticien, une foule de maladies qui tiennent essentiellement à l’inflammation de cette membrane, ainsi que l’avaient déjà observé Botal , Sydenham , Bagliei , Stoll , avaient été méconnues, et traitées par des méthodes excitantes:

on connaît les résultats malheureux auxquels cette pratique conduisait chaque jour ! .

Grâce au gënie investigateur du créateur , ou y si mieux Ton aime , du régénérateur de la nouvelle doctrine médicale , la science éclairée par le flambeau de l’observation, dénuée d’hypothèses, brille d’un éclat que la mauvaise foi , ni l’esprit détracteur ne pourront ternir , ni arrêter dans ses progrès futurs !...

Dansl’étatde santé, comme dans celui de maladie, le cerveau exerce à son tour sur l’estomac une influence qui a été également observée ]>ar les physiologistes et parles praticiens de tous les temps ; dans l’état de santé , ne semble-t-il pas commander à la faim et â la soif, et suspendre les sensations qui nous apprennent le besoin qu’ont nos organes de réparer les pertes qu’ils font à chaque instant? ainsi, l’on voit très-souvent des savans , des hommes de lettres oublier les heures du repas, et passer plusieurs jours sans manger. Dans les champs de la victoire, on a vu cent fois nos soldats, pleins de cet amour de la gloire inné chez les Français, se passer d’ali mens pendant plusieurs jours !.... Dans cet état de choses, l’exaltation des facultés du cerveau paralyse celles de l'estomac; aussi les hommes livrés plus spécialement aux travaux de l’esprit, sont en général maigres, ils

digèrent lentement , et l’appareil digestif ne joue dans Tordre de leur organisation qu’un rôle très-passif.

Dans létat de maladie, on remarque journellement, dans la pratique , que les affections morales conduisent aux affections organiques de l estomac; que la commotion du cerveau et les diffërens degrés d’irritation de cet organe ou de ses membranes produisent consécutivement tous les phénomènes de la gastro-entérite , de la gastro-duodéno-hépatite.

Nous ne finirions pas de sitôt, si nous voulions relater ici tous les faits qui établissent les rapports sympathiques qui lient le cerveau et ses enveloppes avec 1 appareil digestif ; mais , dans Tétai où se trouve la science, et pour nous diriger dans le diagnostique, le pronostic et la thérapeutique de la maladie dont nous nous occupons, nous devions préluder par ces considérations générales.

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