VINGT-UN1ÈME OBSERVATION
Charlotte Gode, âgée de 5 ans, vive, haute en couleur, d’une imagination active, est prise pendant la nuit d’un violent mal de tête qui lui arrache des cris aigus. Appelé à deux heures du matin, voici ce qu’elle présente à mon examen: visage tantôt pâle , tantôt coloré ; syncopes fréquentes , pouls irrégulier et variant d’une minute à l’autre ; mouvement automate des mains vers la tête, convulsions des yeux et des muscles de la face. ( Trois sangsues à chaque tempe ; fomentations chaudes émollientes sur les jambes et les pieds, boissons douces et calmantes; coton cardé et taffetas ciré sur les jambes et les pieds. ) Le 2.e jour, immobilité et resserrement des pupilles, assoupissement, réveil en sursaut , vo-
missement bilieux, langue blanche, soif, clëgoût pour les boissons chaudes , appétence pour les boissons froides , acidulées ; constipation ( même traitement ); nuit agitée.
Le 3.e jour, coma, yeux chassieux et renversés en haut, insensibles à la lumière; déglutition difficile, décubitus sur le dos. ( Vésicatoires aux jambes, fomentations sur le ventre, cataplasmes de riz saupoudrés de moutarde , appliqués trèschauds à la plante des pieds; compresses trempées dans l’oxycrat à la glace sur la tête , lavemens laxatifs.) Selles copieuses ; nuit plus tranquille.
Le 4«e jour, météorisme du ventre, diminution progressive des symptômes hydrocéphaliques, soif pressante , déglutition facile , diarrhée bilieuse, jaune et verte. M. Merraet (i), appelé en consultation, approuve tout ce qui a été fait, et conseille le calomélas. L’état d’irritation du ventre en fait suspendre l'emploi. ( On insiste pour les fomentations sur l’abdomen avec la décoction des plantes émollientes, les boissons mucilagineuses et calmantes ; on permet du bouillon et la crème de riz. )
Le 5.% 6.e, 7 .e et 8. e , amélioration sensible ( même traitement , même régime ) ; retour prompt à la santé.
' (i) Ancien doyen des médecins de l’Hôtel-Dieu , placé à juste titre au rang des premiers praticiens de cette ville.
VINGT-DEUXIÈME OBSERVATION (i).
L’enfant N. , âgé de 5 ans , d’une constitution grêle 5 jointe à une intelligence précoce, affecté du carreau, par suite d’une nourriture mal appropriée à son âge durant son allaitement, revint graduellement à un état de santé plus satisfaisant, par rinfluence d’un traitement antiphlogistique ; mais , à l’approche de tous les étés , cet enfant ressentait quelques atteintes de gastroentérite sub-aiguë , avec pâleur , fréquence du pouls le soir, alternatives de diarrhée et de constipation , gonflement abdominal. Les parens , sans l’avis de la médecine , administrent un contrevers intempestif: laphlegmasie exaspérée se réfléchit brusquement vers la tête, et je suis appelé. Je trouve l’enfànt couché sur le dos, décoloré, les extrémités froides, le ventre affaissé mais plus chaud que les autres parties ; la langue peu rouge, le pouls inappréciable; cris plaintifs, faihl es en quelque sorte, périodiques à des intervalles de 3 à 4 minutes , accompagnés de grincemens de dents , et de l’extension convulsive des bras et des jambes; les traits rétractés, les pupilles dilatées et insensibles ; les yeux
(i) Recueillie par mon collègue M. Gueyrard dis.
caves , la télé tombant par son propre poids , les carotides ballant avec précipitation, aucune connaissance.
A ma première pensée d’attaquer la gastroentérite comme point de départ de la congestion cérébrale, succéda celle de la rappeler au contraire, tant 1 irritation secondaire me parut prédominer ici sur la primitive; en conséquence je prescrivis : six sangsues aux jugulaires avec hémorragie de 6 heures , glace permanente sur la tète ; 2 grains de proto-chlorure de mercure tous les quarts -d’heure, jusqu’à selles copieuses et retour de la faculté des sens ; cataplasmes chauds et sinapisés , légèrement renouvelés avec permanence autour des pieds; infusion de fleurs de mauve, lorsque la déglutition sera possible.
Pendant la nuit, le petit malade a parlé, reconnu sa mère; il a eu d’abondantes évacuations à la 4-e prise de coiomel , dont il n’a pris que 8 grains.
A ma visite , je trouve la scène totalement changée .-aucun symptôme de phlegmasie cérébrale, mais tous ceux d’une hépatite grave, avec vultuosité, chaleur vive , fréquence et dqreté du pouls , région hépatique rémittente et sensible àîa moindre pression. Cette nouvelle maladie produit, de l’art, fut la seule dont j eus dès-lors à m’occuper;
elle a cédé graduellement a des saignées locales répétées, à des fomentations perpétuelles, à l’usage du petit-lait et des bains prolongés , joints au régime diététique le plus scrupuleux; la convalescence a été longue.