‹ Aperçus théoriques et pratiques sur les causes, la nature et le traitement de l'hydrocéphale aiguëChapitre 41 sur 44 · VINGT-SEPTIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

VINGT-SEPTIÈME OBSERVATION

Annette le Renard, âgée de dix ans, douée d’un tempérament très-nerveux, dune imagination ardente, possédait une mémoire peu commune ; les soeurs de St.-Charles profitaient ( comme le font tous ceux qui se livrent a renseignement ) de cette aptitude au travail , pour lui faire apprendre davantage ; ainsi , avant la maturité des organes, on les fatiguait , on irritait le cerveau en exerçant à l’excès ses facultés.

L’enfant se plaignait de migraine , de douleur à l’estomac ; il avait perdu le sommeil , il digérait mal, et était fréquemment tourmenté par là soif. Les parens pensaient que les vers occasionnaient seuls ce trouble des fonctions, et , aidés par les conseils des commères du quartier, prodiguaient force contre-vers à leur enfant.

Les choses étaient dans cet état lorsque, vers les premiers jours de mai, Annette fut prise d’un frisson violent et d’un vomissement spontané; je fus appelé le jour même. Je trouvai le pouls plein, large; la peau était brûlante et sèche, la langue blanche dans le milieu, et rouge sur les bords et à la pointe; une douleur au creux de l’estomac, qui s’étendait du côté du nombril; le ventre légèrement ballonné ; les vomissemens ,

d'on liquide jaune tirantsur le vert, continuaient : la même matière était rendue par les selles; les urines étaient rares, rouges, et rendues avec douleur. L'orangeade avec le sirop de gomme , l eau sucrée et aromatisée avec l'eau de Heurs d oranger; un julep avec l’infusion de tilleul, l'eau de fleurs d oranger et le sirop de violettes ; des fomentations émollientes sur l’abdomen

furent prescrits. La nuit fut des plus orageuses : les vomissemens continuaient sans changer de nature , seulement les matières étaient plus délayées par les boissons que l’on donnait souvent et à petites doses. Vers le matin il y eut un peu d amendement dans les symptômes : le pouls devint plus mou , la soif moins pressante et les vomissemens plus rares; la peau s’humecta, les borborygmes se firent entendre , le ventre continua d’être ballonné , les déjections alvines se modérèrent.

Jusqu’au io.e jour, la maladie marcha vers le mieux: les nuits furent plus calmes, les vomissemens disparurent totalement , et, avec eux, la céphalalgie, la gastralgie devinrent peu à peu insensibles ; la soif s’amenda , et la langue , qui avait été sèche et rugueuse vers sa pointe , prit un aspect plus favorable. Tout me faisait espérer une guérison prochaine, lorsque le lendemain j’appris qu’ Annette avait passé la nuit dans un

déliré permanent , qu’elle avait fait des efforts pour sortir de son lit, et qu'on n’avait rien pu lui faire avaler. Je crus d’abord qu’on avait fait quelque imprudence, mais je reçus le témoignage le plus positif du contraire. En me livrant à l’investigation de ce nouvel état, voici ce que je remarquai : La malade était couchée sur le dos, les yeux ouverts, fixes, la pupille dilatée ; * la respiration suspireuse, les dents serrées , la déglutition difficile et avec bruit , le ventre affaissé et sans douleur; le pouls serré et vite, les extrémités froides, et de fréquentes syncopes. Les vésicatoires furent appliqués aux jambes, des fomentations sinapisées furent faites sur les pieds , et remplacées par des cataplasmes de riz saupoudrés de farine de moutarde ; on lit des fomentations avec l’écorce de quina et les plantes émollientes sur l’abdomen; on continua les boissons mucilagineuses et tempérantes ; je lis passer quelques grains de calomélas. M. Martin le jeune, appelé en consultation, sanctionna ce traitement.

Le 1 2.e jour, convulsions des y eux, des muscles de la face, des membres pectoraux; délire, pouls serré, irrégulier, syncopes fréquentes, strabismes trismeux. ( fomentations émollientes sur l’abdomen, glace sur la tête, cataplasmes chauds sur les pieds , iavemens de quinquina

dans la vue d'exciter les gros intestins et rompre la direction fluxionnaire vers le cerveau , boissons gommeuses sucrées. ) Nuit plus calme , déglutition plus facile.

Le i3.% météorisme du ventre, pouls plus régulier, moins vite, développé; amendement marqué des symptômes hydrocéphaliques.

( Meme traitement. )

Le 1 4.% idiotisme, perte absolue de la mémoire, mouvemens automatiques indéterminés^ regards hébétés , ventre douloureux , selles abondantes. ( Fomentations émollientes continuées sur l'abdomen , boissons douces administrées largement, bouillon de poulet. )

Le i5.e, i6.e, i7.e et 18.% retour gradué à la santé.

Le .25.% guérison.

VINGT-HUITIÈME OBSERVATION (i).

Lucien T...., âge de cinq à six mois, petit-fils d’un négociant de la ville de Lyon, fut vacciné â la fin du printemps. La vaccine réussit parfaitement; mais les premiers jours du mois de mai ayant été un peu humides , l’enfant fut pris d’une toux légère qui devint chaque jour plus forte. Tous les moyens employés pour faire suppurer la partie du bras qui avait été le siège des boutons ne purent soulager le jeune malade : l'inflammation des bronches augmenta , et l’estomac ne tarda pas à devenir le siège d’une inflammation aussi violente. Il vomissait très-souvent, et cependant il prenait le sein de sa mère avec le plus grand appétit. Cet état dura plusieurs jours; mais le 2 y juin , jour où je fus appelé à onze heures du soir, les accidens augmentèrent d’une manière effrayante : la figure de l’enfant, ordinairement assez fraîche, était décomposée; les vomissemens fréquens qu’il avait eus dans la journée l’avaient mis dans un abattement extrême ; ses cris n’avaient presque pas cessé dans le jour, et dans les courts intervalles il avait pré-

(0 Recueillie par M. le docteur Clerjou.

sente un état de somnolence. Qaand j'arrivai , je trouvai les extrémités froides, le pouls était assez dur, mais fréquent et irrégulier, la respiration était courte; la figure était couverte d’une transpiration assez abondante, mais froide. Je fis appliquer de suite, sur la région épigastrique, une peau de lapin fraîchement écorché, et sur les pieds, du coton cardé, enveloppé avec du taffetas ciré, en recommandant aux parens de remplacer ce coton par un cataplasme de farine de graine de lin, avec un cinquième de moutarde très-forte , si les accidens continuaient encore dans la matinée. J’ordonnai en meme temps une potion calmante et légèrement narcotique; je recommandai de plus de faire continuellement sur l’épigastre , après avoir enlevé la peau de lapin , des fomentations avec une décoction de feuilles de mauve et de tête de pavot fraîches. Le lendemain, la somnolence avait cessé; mais Fenfant criait et toussait plus fréquemment. Le coton cardé fut continué sur les pieds, et une légère moiteur fut entretenue par tout le corps de Fenfant; car les parens avaient remarqué que Fenfant s’était trouvé soulagé après une forte transpiration que les moyens employés pendant la nuit avaient déterminée. Le 29 juin, Fenfant fut mis à l’eau de violette et de gomme, mêlée avec une légère décoction de fleurs de coqueli-

cot. La mère était soumise à un régime trèsadoucissant , car l’enfant prenait le sein de temps en temps. Le3o juin , Tenfant était dans la même situation que le jour précédent; mais son sommeil était moins interrompu et ses cris moins fréquens. Le i.er juillet, il eut une diarrhée assex abondante, qui se continua le jour suivant. Le 3 juillet, tous les accidens avaient cessé :1a toux avait diminué par l’usage fréquent de la gomme et de petits potages de fécule de pommes de terre. Il est vrai que la mère, habitant les hauteurs de la colline de Fourvières», avait évité avec le plus grand soin d’exposer son enfant à l’humidité ou à la fraîcheur dans le jardin. Depuis le commencement de la diarrhée , les vomissemens n’ont pas reparu; bientôt après, les symptômes qui s'étaient manifestés du côté de la tête ont cessé ; une légère éruption qui s’est manifestée sur tout le corps de l’enfant a hâté la guérison. 11 est actuellement parfaitement rétabli, mais dans un état de faiblesse qui accompagne toujours ces graves maladies.

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