Aper©us de philologie fran©aise
Ce petit ouvrage ne s'adresse pas aux savants. Je ne suis pas un savant. Mais, de bonne heure dans \'â vie, je fus un amant des mots. Petits bruits de convention pour la plupart des hommes, petites âmes ailées pour moi. L'émerveillement, le respect m'a saisi devant le parler humain, ces quelques sons s'unissant en combinaisons variées à l'infini pour exprimer au dehors notre être sentant et pensant, et cela aussi vite que l'éclair et au moyen d'un mécanisme dont aucun mécanisme n'approche.
L'indifférence générale pour le langage en soi surprend et attriste. On prend intérêt aux plantes, aux animaux, aux étoiles, aux fonctions du corps, à la genèse et aux transformations de notre planète, aux faits et gestes des générations qui ne sont plus, aux procédés physiques et mécaniques qui nous ont apporté la richesse, le bien-être, les améliorations de toute nature, et l'on passe froidement devant le verbe magique, vivant, ailé, sans lequel aucune connaissance, aucun bien, ne seraient.
Laissant là le point de vue global, on peut encore moins s'empêcher d'être étonné, peut-être même ui> peu scandalisé, de l'incurie des Français (je parle de ceux qui ont de l'instruction) quant aux dessous élémentaires de leur langue, en dehors du dogmatisme brutal de la grammaire et de la syntaxe d'école. Je lis dans la Préface de l'excellente ' Grammaire historique '' de M. Ferdinand Brunot : « On racon- <i tait, l'an dernier, dans une de nos Revues les plus «< estimées, qu'au milieu d'une conversation à la- <( quelle plusieurs membres de l'Institut avaient pris '' part, un des interlocuteurs, peul-être aussi maliu cieux que curieux, demanda ce que c'était que le^ * doublets. A cette question tout le monde, paraît-il, « resta coi 1 »
Je ne suis pas un savant, mais d'autres, dont l'attention n'a pas été éveillée sur le sujet ici traité, ou qui n'ont pas eu le loisir de s'en occuper, en savent, semble-t-il, encore moins que moi. C'est pour eux que j'ai rassemblé ces pages. S'il leur reste un peu de leur latin d'école, tant mieux ; si non, ils pourront, je l'espère, glaner quand même quelques notions sommaires profitables.
J'ai compilé, ordonné de mon mieux, cousu ensemble, des notes que j'ai prises pendant un nombre d'années. Je les ai prises en vue de mon instruction
personnelie, et, malheureusement pour l'usage que j'en fais aujourd'hui, j'ai négligé d'affîxer à chacune de ces notes sa provenance. 11 me serait impossible de la rechercher à l'heure présente. En sorte que. en maint endroit, on me trouvera avoir cyniquement pillé des savants et des écrivains à qui je ne puis faire restitution honorable. Je me souviens de Diez, Schleicher, Max Muller, Whitney, Littré, Brachet, Rivarol, Génin, Pott, Sayce, — et plus récemment Clédat, Brunot, Darmesteter. Je leur demande pardon pour l'amour de mon désir de vulgarisation et je les remercie tous à la fois et de grand cœur.
Cousu ensemble, ai-je dit. C'est bien cela que j'ai fait. Dans nombie de chapitres je n"ai guère fourni que le fil et l'aiguille.
On me reprochera certaines répétitions. Quelquesunes sont voulues.
Si l'on rencontre des points qui ne paraîtront pas très clairs au premier abord, qu'on veuille patienter ; ils seront éclairés plus loin.
En somme, j'ai voulu appeler l'attention sur des choses peut-être insoupçonnées jusque là, exciter l'intérêt, engager à l'étude, faire réfléchir, ouvrir des horizons.
Je n'ai pas cherché, on s'en apercevta, à faire du stvle. J'ai parlé tout uniment.