‹ Aper©us de philologie fran©aiseChapitre 15 sur 48 · LA GRANDE GRISE · texte numérisé non relu

LA GRANDE GRISE

La langue cVoïl atteignit aon point culminant^ en quelque sorte européen, vers le milieu du XIII*" siècle.

Bien différent, tout autre en vérité aux yeux de la science, est l'idiome français qui émergea vers la fin du XY® siècle. Le XI Y^ siècle vit la décadence, la dissolution de la demi- synthétique langue d'oïl.

Il n'y a qu'à ouvrir un livre d'histoire pour juger de ce que cet effroyable XI Y^ siècle a été pour la France. Ouragan d'épouvante s'il en fut. Guerre civile, guerre de cent ans avec l'Angleterre, un roi prisonnier, un roi fou, le royaume livré à l'anarcliie et sur le point de devenir sujet d'un royaume étranger, — quelles conditions pour une langue encore fluide, incertaine, et, yu sa nature mixte, en chemin vers un développement logique-

tîO PHILOLOGIE FR.AJS'ÇAISE

qui eût nécessité une période de calme relatif et une autorité littéraire sans arrêt î

Les Anglais repassent le détroit. La société féodale est en morceaux. Les vieilles libertés communales s'abandonnent aux mains de la monarchie, le t vilain », l'homme de la glèbe, se couronne dans la personne d'un roi absolu, — union monstrueuse qui coûtera cher pendant des siècles.

Bref, une nouvelle condition des choses s'est établie, à laquelle correspond un idiome transformé, un idiome nouveau, en quelque sorte une autre langue française aux yeux de la science, — parce que :

1. Le vocabulaire fourmille de mots nouveaux formés indépendamment de l'accent latin, formés par le scoliaste dans sa retraite ou par le moine dans sa cellule, sans doute sur des documents et des parchemins en ce bas-latin de la meilleure manière dont nous venons de parler, — tandis que, nous le répétons à dessein, tous les mots de la langue d'oïl avaient l'accent sur la syllabe qui le portait en latin, ayant été élaborés par les masses populaii-es avec l'oreille seule, tirés, extraits du latin vulgaire, parlé, vivant.

2. Le demi-synthétisme dans la grammaiix» et la syntaxe n'existe plus. Le mécajiisme à trois déclinaisons de la langue d'oïl a disparu. Tout sentiment de la déclinaison s'en est allé. Le nominatif et l'accusatif ne sont plus flexionnellement distincts, Vs de différenciation étant devenu (comme il fvora expliqué plus tard) la désinence du pluîi^V T "*

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