AGE DES MOTS FRANÇAIS — DOUBLETS
Il suffit d'avoir la moindre connaissancie du latin pour être frappé du fait qu'il existe en français comme deux séries, deux classes de mots latins : les uns plus longs et ressemblant fort au latin, les autres plus courts, contractés, comprimés, défigurés, et soumettant l'étymologiste à un effort plus grand. Ainsi, ministère se trace à simple vue au latin ministerium, et solliciter à sollicitare, mais il faut un peu plus d'adresse pour joindre écouter à misciiltare, entier à integrum, pêche à j)ersica, sembler à simulare, lyorclie à porticîis.
C'est que l'origine du français est une et évidente, mais la filiation est double : organique et inorganique, vieille et jeuue.
Les éclaircissements donnés au chapitre précédent, tout sommaires qu'ils aient été, suffiraient déjà à expliquer la divergence. La série tronquée, contractée, est vieille, le produit de l'élaboration organique, naturelle, acoustique, spontanée, par le peuple, tandis que l'autre, calque si fidèle du latin, est neuve, postérieure au XIII® siècle, le produit de la fabrication inorganique, maladroite, artificielle, par les savants ou pseudo-savants.
En science linguistique l'apparence extérieure, par elle-même, est insuffisante à fournir un cri-
riIILOLOGIE FRANÇAISE
ieriuin de tout repos quant à rorigine et à l'âge (les mots. Il y faut des contre-épreuves additionnelles.
Or il arrive ici qu'un grand nombre de vocables latins ont donné, cbacun, deux vocables français, Tun de fonnation populaire et vivante, l'autre de formation purement érudite. Ce fait doit permettix> d'arriver à une détermination vraiment scientifique de l'âge des mots.
Qu'on examine ce tableau :