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AGE DES MOTS

<ridées, et on a été bien obligé d'en faire après le XIII^ siècle et surtout à la Renaissance. Seulement comme le sens de l'accent tonique latin était perdu, on a opéré sur des mots morts, sans voix, et on a placé l'accent, comme il s'était placé en français, sur la dernière ou l'avant dernière syllabe des mots, tandis que dans les langues classiques il portait souvent sur la syllabe qui précédait Tavant-demièi'e.

Les mots vievui:, quelque écourtés et contractés qu'ils soient, ont respecté la syllal>e accentuée en latin : môhilis a fait meuble, fràgilis a fait frêle, hlùsphemum a fait blâme. Aux mots neufs correspondants, quelque ressemblance qu'ils aient a^v^c le latin, manque la voix, l'âme latine ; ils disent mobile, fragile, blasphème. Ne nous lassons pas de répéter oe point capital : les vieux mots ont été élaborés par l'oreille populaire tandis que le latin vivait encore, fût-ce d'une vie déchue ; les neufs ont été manufacturés par la plume du scoliaste ou du moine penché dans sa cellule sur le latin mort.

Comme il a été expliqué au chapitre précédent, cette abréviation, cette contraction des vieux mots n'a rien à faire avec le hasard ou le caprice individuel ; elle résulte de l'opération spontanée, fatale, des lois phonétiques qui président au passage naturel du latin en français.

Dans mobilis, meuble — fràgilis, frêle, Yi médiat disparait, et montre la chute de l'avant-dernière syllabe non-accentuée; dans hospitâlis, hôtel — simulàre, sembler, Vi et Vu disparaissent, montrant

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la chute de la voyelle courte précédant la voyelle accentuée; dans confidèntia, confiance — delicàtiis, délié, d et c disparaissent, et montrent la chute (le la consonne médiale.

D'autre part, toutes les lettres qui disparaissent ainsi dans les vieux mots persistent et subsistent dans les nouveaux et artificiels. En sorte que l'on pourrait formuler la règle brève et sommaire que voici :

gardez la syllabe accentuée en latin,

rejetez la voyelle courts non accentuée,

rejetez la consonne médiale, et vous aurez le mot français organique, vicud-. Tout vocable d'étymologie latine qui ne se laiss<:^ pas traiter de cette manière est artificiel, inorganique, neuf.

lie mot soucier, anciennement soulcier, sollicitare, exemplifie le procédé complet. Vous gardez le commencement accentué ; vous i^ejetez le piemier /, voyelle courte non accenttiée ; vous rejetez t, consonne médiale, — et vous obtenez soulcier. Le mot neuf solliciter garde tout ce qui a été ivjeté clans le vieux.

Aux chapitres qui suivent et où il est traité (les dérivés et des composés, nous rencontnewns aussi deux cla-sees de formations, une vieille et une neuve.

Par conséquient, le vocabulaire français, bien (ju'il puisse être dit simple quant à son origine, n'est pas régulier néanmoins. Le vocabulaire français est presque entièrement latin, et pourtant

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double. Les vieux mots constituent comme un idiome à part, une langue dedans une autre langue. Et comme les mots neufs dépassent en nombre les vieux, on serait tenté de leur attribuer un rôle prépondérant, si ce n'était que les articles, pronoms, prépositions, tous les gonds, tous les ligaments du langage, aussi bien que les vocables les plus simples, les plus familiers, ceux qui reviennent à chaque instant dans le discours, se trouvent appartenir à la fonnation vieille, nationale, sonnant le son véritablement organique. Les deux classes, cependant, sont entremêlées dans toute proposition un peu développée, dans le parler et dans l'écrit, et la proportion de chacune vajie avec la date, avec l'auteur, avec le sujet traité.

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